‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 183 sur 752 · PRODUCTION CHEVALINE DANS LA MAYENNE ET LA SARTHE · texte numérisé non relu

PRODUCTION CHEVALINE DANS LA MAYENNE ET LA SARTHE

Les essais tentés à cette époque, vers 1835, pour régénérer les chevaux de ce pays par l'administration des haras, furent malheureux. Croisés avec cette mauvaise race, les grands chevaux de sang anglais ne donnaient que des poulains décousus, de peu de valeur et d'une vente très difficile. Les chevaux du haras furent bientôt délaissés et il ne pouvait en. être autrement. Le milieu d'alors ne comportait pas une grande et forte l'ace, à plus forte raison une race de luxe.

Telle était en 1835 la pauvre situation de l'espèce chevahne dans la Mayenne, et cependant l'ère d'une transformation complète était proche, alors même qu'il ne se trouvait dans le pays aucun agriculteur pour la prévoir. Ceux même des agriculteurs locaux qui y ont le plus contribué, M. Jamet par exemple, n'y songeaient guère. Cette illustre agronome a même préconisé dans ses derniers écrits, l'emploi du bœuf nantais de travail, pour les labours, à l'exclusion du cheval. Les chevaux, vers cette époque, et longtemps après encore, passaient presque inaperçus dans les comices agricoles, où, lorsqu'ils étaient appelés à y figurer, ils étaient en si petitnombre et de qualité si inférieure, qu'on ne s'en occupait que pour la forme.

Toute l'attention, tout l'intérêt étaient concentrés sur l'espèce bovine. On introduisait alors le durham dans l'arrondissement de Château-Gontier d'abord, puis dans celui de Laval. Quelques propriétaires et surtout la ferme-école du Camp, près Laval, tendaient à répandre cette précieuse race dans le pays.

Mais les bœufs durham sont de mauvais travailleurs ; force a donc été de les remplacer par des chevaux dont il a fallu augmenter la masse et la taille. De là l'emploi de l'étalon percheron, ce rude cheval de trait, à l'aide duquel, et par dessus tout, grâce à l'introduction des prairies artificielles et à la nourriture au trèfle et quelque peu à l'avoine des poulains, la maigre espèce de chevaux d'autrefois est devenue, tout en doublant de nombre, la rude et forte race d'aujourd'hui.

On peut prévoir que le même mouvement hippique va bientôt avoir lieu dans les parties du département de l'IUe-et-Vilaine et de la Loire-Inférieure voisines de la Mayenne et de Maine-et-Loire, où commence actuellement, par l'introduction du durham, la transformation de la race bovine de travail indigène en race pure de boucherie. Dans le département de la Nièvre on introduit maintenant l'étalon percheron pour subvenir aux mêmes besoins, la race bovine charolaise tendant à devenir de plus en plus impropre au travail par l'incessante infusion du sang durham. Partout ailleurs la même cause amèoera le même effet. L'extension du durham qui tend à supplanter les races de travail, doit donc amener une immense extension de l'espèce chevaline en France.

Depuis dix ans une nouvelle transformation s'est faite dans la Mayenne. Presque tous les chevaux avaient pris la couleur grise du percheron et devenaient promptement blancs. Maintenant les étalons gris sont partout délaissés et deviennent rares. Encore quelques années, et les chevaux gris deviendront une rare exception. Déjà la plus grande partie des poulains sont bais, rouans ou noirs.

Cette nouvelle et rapide transformation témoigne à nouveau de l'intérêt que tout le monde prend à la production du cheval dans le département de la Mayenne. Le paysan tend à devenir de plus en plus homme de cheval. Des courses de chevaux ont été étfibUes d'abord à Craon, piiis à Saint-Ouën-des-Toits, près Laval, à Meslay et à Gorron, et les populations rurales passionnées pour ce spectacle, y accourent de toutes parts.

Jusqu'à présent l'administration des haras, rebutée sans doute par le triste avortement de ses premières tentatives, ne s'est guère occupée à influer sur la production chevaline dans ce département. Elle a toujours maintenu une station d'étalons à Craon. Elle a récemment créé la station de Château-Gontier, Laval et Mayenne : en tout une quinzaine d'étalons. C'est bien peu pour une production annuelle qui peut être évaluée à 22,000 poulains, au moins. Cependant le pays est mûr pour le progrès hippique. Les étalons des quatre stations existantes deviennent tout à fait insuffisants. Les juments de base de trait léger^ propres aux étalons de demi-sang bien étoffés et bien membres, existent presque partout. La majeure partie des producteurs ne tarderaient pas à reconnaître que l'infusion d'un

Îieu de sang donnerait à la robuste race du pays, qui trotte passablement déjà, es qualités qui lui manquent, un peu plus de légèreté, d'énergie et de vitesse, sans que pour cela elle devienne moins propre au service de la charrette et de la charrue. Et puis, quelle précieuse ressource pour la Franceque ces 15,000 poulains qui sortent annuellement de la Mayenne (déduction faite de ceux qui restent pour le renouvellement de la race), pour être élevés dans la Normandie ou dans la Beauce et dont la plupart pourraient faire de si excellents chevaux d'artillerie et

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