DOMAIN K ET FROMAGERIE DU CHALET
soit une opération agricole, contrairement à ce qui a été objecté pour la fromagerie centrale de M. Champion. Il nous semble, au contraire, qu'un semblable exemple aurait mérité d'entrer en ligne de compte pour la grande récompense qui n'a pas été décernée en Ille et- Vilaine; car si dans le Nord les sucreries et distilleries agricoles, par la culture de la betterave, ont conduit à des rendements maxima de céréales, la fabrication du fromage conduit à son tour à une production fourragère d'aliments moins épuisante que celle des céréales, dont les prix sont du reste si peu rémunérateurs aujourd'hui.
La spéculation laitière s'impose même dans certains pays granitiques qui ne peuvent produire avec avantage ni céréales, ni betteraves, sans une transformation nécessaire par le calcaire, le drainage, et les labours profonds. D'uilleurs, il ne se rencontre que trop en Bretagne de sous-sols imperméables en dehors même du granit que couvre trop souvent un sol trop maigre pour le revêtir. On disait il est vrai, il y a quelques années, que la France est un pays essentiellement producteur de blé. Mais les circonstances climatériques et autres, que nous subissons depuis quatre ans, sont bien de nature à faire réfléchir sur le point de savoir si on ne devra pas retrancher beaucoup sur l'assolement de froment, dont la production n'est plus rémunératrice et dont la qualité s'est trouvée, ces années-ci, inférieure à celle des blés exotiques.
Il semble, à ce propos, que les membres de certains jurys, ayant toujours en tête la culture intensive des céréales, l'assolement de Norfolk, et la production d'une tête de bétail par hectare, ne se rendent pas assez compte de ce que l'agriculture est loin d'être soumise à des conditions uniformes, qu'elle doit être appropriée aux conditions du s'ol et du climat, que pour être durable elle doit être avant tout profitable, que les domaines étendus et bien constitués de la Beauce et de la Bi'ie, exploités par des fermiers intelligents, possédant ou trouvant le capital nécessaire à leurs exploitations, ne se retrouvent pas })artout; que le sol du bassin calcaire de la Mayenne et de l'i^njou, si favorable à la production d'animaux qui lui empruntent les éléments de leur constitution plastique, ne se rencontre pas en Bretagne, dont le terrain est en général granitique.
On a été surpris que dans un département comme l'Ille-et- Vilaine où l'initiative agricole a été grande depuis quelques années, la prime d'honneur n'ait pas été donnée, et que la catégorie des exploitants directement par eux-mêmes, n'ait rien obtenu. Ce fait s'est à la vérité reproduit dans les concours régionaux de l'année, sauf cinq, et ce résultat ne peut provenir d'un mot d'ordre, mais bien d'idées préconçues. I] paraîtra regrettable que dans les tristes circonstances oii se débat l'agriculture les récompenses aient été ménagées à ceux qui soutiennent vaillamment la lutte.
Le domaine du Chalet appartenant à M. Champion se compose de 226 hectares dont 120 sous taillis, landes, bruyères et marais; il reste donc 106 hectares consacrés à l'agriculture sur lesquels 12 hectares de marais ont été transformés en oseraies cultivées suivant les essences et d'après les assolements suivis dans la Somme pour cette culture qui y entre toujours en ligne de compte pour les produits de la terre, avec la pisciculture elle-même pratiquée dans les étangs créés par l'extraction de la tourbe.
En dehors des bois, pâtis et marais qui tiennent eiicore une large