RAPPORT SUR LE MÉMOIRE DE M. BUNUEL
L'infiJtration aqueuse du tissu cellulaire, l'état lavé des chairs, la tluidite du sang décoloré, tout venait à l'appui de l'étiologie admise.
On n'avait pas méconnu, cependant, l'existence de vers particuliers dans le foie du mouton cachectique; mais ces vers, auxquels leur forme avait fait donner le nom de douves, étaient considérés comme un fait accessoire. Leur présence était expliquée par 1 épuisement de rorganisme. Si la douve s'y développait, c est que, dans ses conditions maladives actuelles, l'organisme lui était devenu un milieu favorable.
Les études zoologiques ont conduit à une conception tout autre que le Mémoire de M. Zuudel a pour but de faire connaître.
D'après la nouvelle manière de voir, qui est établie sur des notions scientifiques certaines, les rôles sont renversés. Si le mouton devient cachectique, c'est parce que, dans le milieu où il vit et se nourrit, se rencontrent les conditions pour qii'il soit infesté par des vers. Sa cachexie ne dérive donc pas directement de l'influence de l'air et de la nourriture, par Tintermédiaire desquels l'eau pénétrerait en lui et le sursaturerait par une sorte d'imbibition mécanique. Le fait n'est pas si simple. L'ensemble des phénomènes procède de l'altération d'un organe essentiel, le foie, qui devient l'habitat du ver, et se trouve empêché dans son fonctionnement par des modifications fondamentales que lui fait éprouver la présence d^^ parasite.
Ainsi la cachexie aqueuse doit être considérée comme la maladiç de la douve ou du distome, de la môme manièi-e que la gale est celle de l'acare. Identité des phénomènes dans les deux cas, au point de vue etiologique; différence des manifestations, dépendance delà différence des organes envahis et de l'impùPtance des lésions produites.
Il y a deux espèces de distoines, tous deux de la Êamille des trématodes : l'un appelé hépatiifie, l'autre lancéolé. Tous deux peuvent exister simultanément. Le plus petit, le lancéolé^ pénètre plus avant dans les canaux hépatiques et produit des altérations plus profondes.
La marche de la distomatose est généralement lente. On peut lui reconnaître trois périodes, qui coïncident avec les périodes de l'infestation parasitaire et les altérations que le foie subit successivement sous leur influence.
Première période. — Elle coïncide avec les mois d'août, septembre et octobre, époque où les helminthes, déglutis à l'état rudimentaire avec les fourrages et reçus dans l'appareil mtestinal, pénètrent dans les voies biliaires. Le parasite, très petit alors, donne lieu à une irritation du foie, qui se traduit par un flux biliaire plus abondant.
Deuxihnb périole. — Les vers, groupés en pelotons, obstruent en partie les canaux cholédoques dont la muqueuse irritée est plus épaisse et réduit leur calibre intérieur. C'est de septembre en novembre que cette altération se constitue; avec elle coïncide l'anémie, à son début, se caractérisant par la décoloration des tissus et la faiblesse générale.
Troisième période. — Le foie s'atrophie. Cette altération fondamentale s'elîectue graduellement dans les mois de janvier, février et mars. Elle se caractérise par l'état cachectique qui est symptomatiquement bien connu, et entraîne fréquemment la mort des sujets. Lesdislomes, arrivés à leur complet développement, distendent les canaux hépatiques. C'est depuis avril jusqu'à juin, un peu plus tard même dans les pays du nord, qu'ils quittent leur habitat hépatique pour passer dans