‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 239 sur 752 · S[IR PLANT OU MÉRITHALLE RACINES ET ARRACHAS · texte numérisé non relu

S[IR PLANT OU MÉRITHALLE RACINES ET ARRACHAS

Greffons d'abord un plant ou un mérithalle racine. Avec le sécateur, ou mieux avec la serpette, faisons sauter la tête du plant aussi près que possible, au-dessous du nœud qui la porte, de manière à ce que le mérflballe qui existe entre ce nœud et le suivant soit aussi long que possible. Une fois cette tête enlevée, il n'y a plus de différence sensible entre un plant et un rnérithalle racine.

Il y a encore une opération préliminaire qui n'est point indispensable, mais que fait tout greifeur soigneux : c'est d'essuyer l'extrémité du mérithalle à greffer avec le coin de son tablier^, faute de mieux; mais le mieux, c'est d'avoir sous la main un torchon iiTOS-

Fig. 21. — Grenoir.

sier et rugueux, pour cet usage. Cette opération très rapide n'est pas du temps perdu, mais du temps gagné. Un buis bien propre ménage le tranchant des outils, et permet de voir bien mieux ce que l'on fait.

Avec le couteau à greffer, simple, fort, à lame très mince, très large et pas trop longue, à gros manche remplissant bien la main (fig. 21), faisons d'abord, de haut en bas, au tiers ou au quart du diamètre, une fente bien droite et bien régulière de 3 à 6 centimètres de long suivant la gmsseur du sujet (û^. 22).

Il faut ensuite fermer la main gauche, la paume en dessus et, entre le pouce bien allongé et l'index bien fermé, insérer le sujet de manière à ce que les racines soient là-bas, plus loin que le pouce; que la partie fendue vise bien le bout de votre nez% et que la fente transversale, qu'il faut placer en bas, soit parallèle à la ligne qui passe par vos deux yeux (fig. 23).

Avec le couteau, saisi et serré par les quatre doigts de la main droite tellement près de la lame que celle-ci entre dans la main, et en

L Fxtrait du Traité théorique et pratique du greffage de la vigne, par Aimé Champin. — 1 voL iii-8». A la librairie de G. Masson, 120, boulevard Saint-Germain,

2. Un bon greffe ur a toujours son tablier de greffeur, en bonne ?erge verte ou bleue, attaché autour (iu cou et autour du corps, avec une grande poche à la ceinture.

3. Si l'on n'a pas une distance suffisante entre les yeux et le bout du nez, le mal n'est pas grand ; on vise la bouche et le menton, et l'on voit très bien ce qui se passe sous le couteau à la partie supérieure du bois qu'on travaille.

LA GREFFE CHAMPIN.

se servant comme d'un levier da pouce droit dont l'extrémité s'arcboute contre la naissance du pouce gauche, on enlève toute la partie du bois qui est au-dessus de la fente, en commençant un peu plus loin que son extrémité inférieure, en se maintenant partout parallèlement à elle en travers, et en amincissant la languette de manière à ce qu'elle finisse à zéro, à l'endroit où elle vient rejoindre la fente transversale qu'on n'a jamais perdue de vue*.

Cette opération est excessivement facile, mais pour la faciliter encore, il faut que la lame du couteau à greffer soit parfaitement dressée, en

Fig. 22. Incision du porte-greffe.

Fig. 23. — Manière de former la languette.

Fig. 24. — Porte-greffe et Fig. 25. — Greffe Ghampin greffon préparés. sur bouture.

dessous, et pour cela, il faut avoir soin de ne jamais toucher ce dessous avec la meule et de n'aiguiser que la partie supérieure.

Il est rare qu'on arrive, à la main, à enlever d'un seul coup toute la partie à supprimer, — c'est réservé aux machines, — mais peu importe qu'on le fasse en une ou plusieurs fois; la seule chose importante est que la surface ainsi préparée soit bien dressée, bien unie, bien régulière et bien semblable à la fente voisine, car c'est dans une

1. J'indique cette manière de tenir les mains, le bois et le couteau, pour bien faire comprendre l'opération aux débutants, mais chacun adopte ensuite la tenue qui lui paraît la plus commode.

LA GREFFE CHAMPIN.

1 uu<. h celle-ci qu'elle doit s'emboîter (fig. 24). tente parfaitement semblable a ce le cqu ^^^^ nous avons

Après le sujet, le S^ f f °/„^f , ""'' ?ocho autant que possible du devant nous, d'en '™»^«;"" ^^^^^^'e Ti le ^"J«' ^«' "° ?'" '"I"^'] "1 ^"^;VoTSrd"JlefgXns une courU correspondante a

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Fig. 26. - Greffe Champiu sur plant racine.

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S2t.ferenruria';:gVettc-biseau parfaitement semt à celles du sujet S (fig. 24).

342 LA GREFFE GHAMPIN.

Il n'y a rien de plus facile ensuite que de mettre le greffon audessus du sujet, de telle sorte que la ])artie enlevée de l'un étant à droite, et celle de l'autre à gauche, l'ex-trémité amincie de chaque languette se trouve vis-à-vis de la fente qui doit la recevoir (fig. 2'»). On fait entrer alors très facilement chaque languette dans cluique fente, on pousse les deux morceaux l'un contre l'autre, en les maintenant avec les deux pouces et les deux index de manière à ce que les écorces s'affleurent sur toute leur longueur, au moins d'un côté, et l'on ne s'arrête que lorsque l'extrémité de chaque languette est bien au fond de la fente (fig. 25).

Il reste à régulariser l'extrémité des deux languettes extérieures BB. Elles sont terminées, ou carrément ou en léger biseau, suivant la coupe qui a été donnée au bois avant l'opération^; elles ne vont pas tout à fait jusqu'à la naissance de la languette. Au lieu de leur laisser un angle droit ou un talon, — qu'on m'a reproché souvent, quoique j'aie expliqué bien des fois qu'il ne fallait pas le faire, — on taille chacune d'elles, à un angle de 50 ou GO degrés, en un biseau qui reste découvert et fait pendant à une surface à peu près semblable qui, elle aussi, reste découverte à la naissance de la languette intérieure (fig. 25 et 26).

On me reproche parfois cette double plaie béante et non recouverte. Pour échapper à ce reproche, je m'empresse de la couvrir de mastic et bientôt la sève, imitant mon exemple et venant à mon aide, recouvrira ces deux petites lacunes d'une écorce toute neuve, bien plus régulière et bien plus certaine que si j'avais, comme la plupart du temps dans la greffe anglaise, un excédent de bois appliqué sur une écorce brute.

On se figure assez souvent que les plaies de la vigne ne se recouvrent pas plus en terre qu'exposées à l'air. C'est une erreur. Les coupures aériennes bien franches et bien mastiquées se recouvrent très bien, et les plaies souterraines se recouvrent encore mieux, parce que la terre leur sert de mastic, et si à ce mastic général on en a ajouté un autre, appliqué bien soigneusement au moment où la coupure est encore fraîche, il ne reste bientôt plus trace de celle-ci. C'est tellement vrai que souvent il est impossible, au bout d'un an, de retrouver la place de la greffe et qu'il faut laver le plant pour trouver la soudure qui ne se reconnaît parfois qu'à la différence de couleur des deux bois*.

vVimé CiiAMPiN,

Membre du Conseil général de la Drome.

Je lis dans le Messager agricole du Midi du 25 juillet 1880, les lignes suivantes d'un article non signé : « Le foin nouveau n'est pas a un bon aliment, il est échauffant, il irrite les organes digestifs, il

1. Quand on coupe les morceaux destinés à servir de greffons, il n'y a rien de plus facile que de les tailler en bec-de-cane ; on fend alors du côté le plus court, et le biseau B de la langu-'tte cxlôrieure se trouve fait d'avance.

2. Pour faciliter et accélérer le grefiage à l'atelier, on a inventé et on invente chaque Jour des machines fort ingénieuses et dont plusieurs fonctionnent très bien. Je ne les connais certainement pas toutes, et je me bornerai à citer celles de MM. Trabue, Berdagiier, Auguste Petit, qui font à la fois la greffe anglaise et lagreffe-Champin ; celle de M. Leydier, de Lencieux (Vaucluse), qui fait spécialement la gieffe-Champin et qui a l'avantage de faire mouvoir la lame tranchante avec le pied, pendant que les deux mains du greffeur restent libres pour tenir le bois ; et enfin un tout petit guide-grefTe-Champin qui, ainsi que son nom l'indique, sert à faire la fente et à guider le couteau ordinaire des greffeurs, de manière à obtenir des languettes et des biseau.t bien unis, bien dressés, bien égaux et bien parallèles.

« détermine des gastriques, des vertiges, des éruptions cutanées. »

Cette déposition d'un homme, qui, peut-être, est compétent dans les matières agricoles, me paraît bien grave.

Nous sommes dans un siècle où, en général, les affirmations ne suffisent plus, il nous faut des preuves. Or, il n'en existe pas. Des expériences sérieuses n'ont jamais été faites, constatant que la consommation du foin nouveau fût susceptible d'entraîner de semblables affections.

Ce que l'on a pris pour une vérité, est tout simplement un préjugé, et ce préjugé est né d'une fausse observation.

Chacun connaît l'odear agréable, rappelée assez bien par celle de la flouve odorante, qui s'exhale d'un foin, lorsqu'on a été assez habile pour bien saisir la meilleure époque de coupe et assez heureux pour le rentrer sans pluie ; c'est l'état où le foin est le plus apprécié par les animaux. Aussi qu'arrive-t-il?

Lorsqu'on rentre les foins, quoique bien nourris' à l'étable, les animaux qu'on emploie à cette opération , alléchés par cette excellente odeur de foin fleuri, dès qu'ils sont un moment arrêtés, s'impatientent pour en saisir quelques bribes. Pour les maintenir en repos, on a l'habitude de leur en mettre constamment une fourchette devant eux; à la meule où ils restent tout le temps qu'on décharge les véhicules, c'est la même chose; puisque, dit-on, les animaux rentrent le foin, il faut leur en faire manger à satiété.

Cette pratique dangereuse, qui provient de l'ignorance des principes les plus élémentaires de l'histologie, amène en effet ce résultat que des animaux consommant une grande quantité de fourrages fibreux et secs, sans boire une goutte d'eau, sont atteints d'indigestions qui peuvent causer des gastrites, des vertiges et même la mort.

Et alors un observateur superficiel s'écrie avec une apparence de vérité pour les auditeurs : «Mais c'est la consommation du foin nouveau qui a produit ces désordres. »

Evidemment on ne saurait en douter; le foin est devenu dangereux au même titre que le lièvre quand on en mange trop. A qui la faute?

F. Larvaron,

stagiaire agricole à Graad-Jouan.

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