A PROPOS DE LA VERMINE DES POULAILLERS
On s'intéresse de plus en plus aux oiseaux de basse-cour; on commence à reconnaître que l'on a eu tort de les abandonner, et qu'en observant l'hygiène, on peut en tirer un grand profit. Pour y arriver, il faut arrêter le plus promptement possible les maladies épidémiques, et surtout par des soins constants, éviter leur retour.
Chacun s'en occupant, la publicité aidant, et je dois constater ici que la presse agricole est à ce sujet très libérale, et, pour ma part, je lui en témoigne toute ma reconnaissance, avec l'aide de la presse, dis-je, on propagera les bons avis, les bons conseils, et on arrêtera la multiplication de la vermine.
A ce sujet, je demande la permission de compléter et de rectifier très brièvement le très spirituel article du docteur Félix Schneider (^Journal de f agriculture du 14 août), dans lequel il dit :
« Le meilleur moyen d'affranchir vos élè ves de cette vermine, consiste à empêcher celle-ci de naître.
Gela est parfait, on ne peut pas mieux dire, et voilà un bon conseil qui mérite certainement d'être largement répandu. Mais quand il ajoute :
« Le moyen le plus simple et le plus économique de détruire la vermine qui cause tant de ravages parmi la population ailée, est le suivant :
« Tous les jours... je dis tous les jours, depuis les premières chaleurs jusque vers l'automne, il faut asperger le colombier de haut en bas et sur les quatre côtés, avec le liquide à bon marché qu'on appelle communément de l'eau...
« A cet effet, armé d'un baquet plein d'eau, vous y puisez avec la main ou avec une tasse et vous en faites voltiger le contenu dans toutes les directions et principalement dans les nids, sans vous inquiéter des couveuses qui s'habituent à être douchées et ne tardent pas à ne plus se déranger pour si peu. Le liquide subtil pénètre dans tous les interstices, visite les plus petites fentes, tombe sur les œufs et sur les jeunes, et répand partout sa bienfaisante influence. »
Oh! je ne partage plus du tout cette manière de voir, et je crois que tous les praticiens seront de mon avis.
D'abord, pour qu'un liquide pénètre soit dans les fentes, soit dans les cavités (que l'on a tort de ne pas boucher), il faut une certaine force pour l'y introduire; la main est donc insuffisante, il faut au moins une pompe à main d'une forte projection pour que chaque fissure soit atteinte profondément.
Ensuite, ces aspersions quotidiennes doivent amener une humidité nuisible aux habitants d'un colombier.
M. le docteur Félix Schneider dit avec raison : « La vermine aime le sec. 3) Mais si les oiseaux vont avec plaisir près de l'eau, c'est pour faire leur toilette; lorsqu'ils l'ont terminée, ils prennent leurs ébats, ils voltigent, ils se sèchent, ce que la pauvre couveuse ne pourrait faire, étant tout entière à son rôle de mère.
Ainsi l'humidité qui serait nuisible à la vermine, serait aussi nuisible aux oiseaux.
Il est préférable de faire de rares aspersions et de les faire avec de l'eau additionnée soit de pétrole, soit d'essence minérale, soit d'acide phénique. Ces aspersions seront faites le matin, de manière à ne pas incommoder les oiseaux et cependant de manière à agir efficacement, énergiquement sur la vermine.
Il est essentiel que tous les endroits soient consciencieusement fouillés, un seul point oublié servirait de nid et le travail serait incomplet.
Mais ce qu'il faut surtout éviter, c'est de doucher une couveuse. D'une part, la crainte de l'eau peut compromettre une couvée ou faire écraser des œufs ; d'autre part, l'eau qui arriverait tous les jours dans le nid pourrirait le fond de celui-ci, et cette fois ce serait l'incubation qui serait totalement compromise. Les conséquences de ces ablutions de chaque jour seraient déplorables pour les nids qui deviendraient des fosses à purin.
Il est certain que les nids doivent attirer toute l'attention du colombophile. Mais pour les tenir proprement, pour éviter la vermine, il suffit de laisser la plus grande tranquillité au couple pendant l'incubation. C'est seulement huit jours après Téclosion que l'on retire soigneusement les jeunes et que l'on nettoyé le nid avec une brosse à chiendent et de l'eau sulfatée ; quand il est bien séché avec l'éponge, on replace doucement les jeunes sur la litière fraîche. On continue ces nettoyages tous les quatre jours jusqu'à l'époque de la sortie du nid. Je dois faire remarquer que tout cela concerne le colombier; mais
pour un poulailler^ voici ce qui est pratique : l'asperger d'une manière vigoureuse et insecticide et ne pas y mettre de couveuses.
Je puis affirmer que les couveuses ne s'habituent pas aux mouvements bruyants. Pour elles, j'ai dû choisir un endroit spécial et isolé, et très aéré.
Avec les aspersions générales et quotidiennes, ce qui est encore à redouter, c'est l'eau froide arrivant sur un œuf en incubation et sur les jeunes, M. Schneider reconnaîtra que l'eau froide, jetée sur un œuf, annulerait l'incubation. L'hiver, nous ne touchons pas les œufs des couvées, directement avec les mains froides, dans la crainte de nuire à l'incubation. Un refroidissement partiel pourrait produire un sujet maladif ou incomplet.
Quant aux jeunes, l'humidité produite par les aspersions les rendrait malades.
Je reconnais toute l'efficacité de l'eau, mais je me permets de discuter le mode d'application.
J'apprécie tellement la valeur de l'eau que je fais laver dans l'eau courante tout le matériel : mangeoires, seaux, perchoirs et même pondoirs.
Les temps orageux presque continuels que nous subissons, ont malheureusement favorisé le développement de la vermine, et dans bien des propriétés les oiseaux en sont fortement incommodés. On m'a montré des poulets qui ne mangeaient plus et qui cependant n'étaient pas malades ; en les examinant, je les voyais dévorés par la vermine.
Regardez les oiseaux, ils cherchent les moindres creux pleins de poussière pour se poudrer. Il est donc essentiel de leur procurer, surtout aux poules, une cavité (dans un endroit couvert), de la remplir d'un mélange de terre, de cendre et d'une petite quantité de fleur de soufre. Elles sauront bien la trouver et l'apprécier, elles viendront s'y rouler avec bonheur et même se disputer la place dans cette baignoire d'un genre spécial.
Mais les poules étant parvenues à se débarrasser de ces insectes gênants, il ne faut pas qu'elles viennent en reprendre dans le poulailler et dans le pondoir. C'est alors qu'il faut faire des ablutions énergiques avec de l'eau et de l'essence de térébenthine ou du pétrole, puis badigeonner à la chaux.
Un excellent agent qui empêche la vermine, c'est la cendre quelle qu'elle soit. Je remploie dans le fond des pondoirs, sur le sol des poulaillers et j'en tire un engrais précieux. A défaut de cendre je me sers du plâtre.
Je laisse à d'autres plus coir-pétents en cette matière d'indiquer l'emploi et la valeur de ces engrais. J'ai plus de 100 poulaillers, aucun n'a de vermine, et par conséquent mes sujets n'en sont point incommodés.
La question d'hygiène est extrêmement importante, elle est le point de départ de l'élevage. Avec la propreté on évite les maladies et la vermine. Il est reconnu aujourd'hui que la propreté favorise le développement des sujets. Les agriculteurs soigneux y veillent dans les écuries, dans les étables, dans les bergeries, dans les porcheries ; cette sollicitude, et en ceci je suis absolument d'accord avec M. Schneider, doit s'étendre au colombier et au poulailler. E. Lemoine,
Propriétaire éleveur à Crosne (Seine-et-Oise).