LE MÉTAYAGE
difficile l'introduction du métayage dans les contrées oi^i il n'est pas pratiqué.
Tout changement important dans le système de culture nécessite un changement correspondant dans les proportions du partage ; il y a là une difficulté très sérieuse qu'il ne faut pas méconnaître.
Le métayage convient aux fermes de moyenne étendue, soit de 20 à 60 hectares parce que le travail du fermier et de sa famille suffit à la main-d'œuvre ou du moins il ne faut pas beaucoup d'auxiliaires. La petite culture se prête difficilement au métayage parce qu'elle ne peut prospérer qu'en adoptant des spéculations qui nécessitent une maind'œuvre considérable comme le chanvre, l'élevage des porcs, les fruits et les légumes dans le voisinage des villes. La production des céréales est alors à peine suffisante dans les années moyennes pour nourrir le fermier et sa famille; on ne peut pas songer à les partager et le partage de la plupart des autres produits est peu pratique. Quant aux grandes exploitations on y voit rarement des métayers parce que le cultivateur qui dispose d'un capital d'une certaine importance aime généralement mieux louer une ferme à prix d'argent que de prendre à moitié une exploitation plus étendue.
A. DE ViLLIERS DE l'IsLE-AdAM.
Avant de reproduire les notes de M. Bâtes, sur les rendements extraordinaires de certaines vaches Durham de son temps, qu'on me permette de citer un autre exemple de fécondité laitière puisé dans mes propres souvenirs.
Je me rappelle, c'était en 1849, à une vente où présidait encore mon vieil ami M. Strafîord, chez l'honorable W. S. Hayter, on vendit une génisse, lot 46 du catalogue, dont la mère, Red Duchess, appartenant à la célèbre famille connue sous le nom de Curry s Duchess^ donnait régulièrement 38 litres de lait par jour. Ce fait fut confirmé par un voisin, M. Fagen, qui déclara publiquement sur son honneur, qu'il avait contrôlé ce chiffre huit jours avant la vente, laquelle eut lieu le 9 mai 1849, et que lorsque cette vache était nourrie au pâturage, son rendement était encore supérieur.
J'ai souvent dit dans ce journal qu'un des plus grands mérites des familles de Bâtes, c'est leur qualité laitière. Cette qualité à laquelle l'éminent éleveur attachait le plus grand prix, était à ses yeux l'attribut le plus précieux de la race Durham.
« Un jour, raconte-t-il dans ses mémoires publiés par M. Bell, je reçus la visite de Mason, au cours de la conversation, je lui fis la remarque en parlant des éleveurs de Durham, que je désespérais presque de les voir apprendre jamais ce que c'était qu'un bon Durham. Les éleveurs des races Hereford et Devon savent beaucoup mieux reconnaître et apprécier les bons Durhams que les éleveurs de Durhams enx-mêmes en général. Mason me répondit : avec les familles de votre troupeau, vous pouvez continuer à élever des Durhams, parce que vous en tirez uu profit direct en lait, en beurre et en viande. Mais nous autres nous ne pouvons nous en tirer qu'en vendant nos produits aux éleveurs à des prix supérieurs à ceux de la boucherie. Cet aveu spontané eut lieu un matin qu'il était venu déjeuner avec moi. C'était au moment où ma femme de ménage venait d'arranger le beurre de la semaine pour l'envoyer au marché de Newcastle, un samedi. Je lui répondis que quelque fût son impatience de se mettre à table, je ne le lui permettrais qu'après avoir constaté la quantité de beurre produit par mes vaches pendant la semaine. Nous comptâmes trois cents pains, d'une demi-livre chacun, façonnés pour le marché, sans compter ce qui s'était vendu surplace et consommé dans la maison. J'avais alors trente vaches
en lait et le beurre valant 1 fr.25 le pain d'une demi livre, le produit en beurre de chaque vache se montait au de là de 12 fr.50 par vache et par semaine sans compter la valeur du petit lait vendu aux ouvriers, et sans compter aussi la nourriture des veaux, tous allaités au baquet, car je ne laisse jamais les veaux teter à la mamelle. Si tout le lait produit par mes trente vaches avait été converti en beurre, le produit à envoyer au marché eût été le double. Votre système à vous, lui dis-je, est d'avoir trois lots de vaches, les unes pour avoir des veaux seulement, dans quel but vous les tarissez le plus vite possible pour qu'elles ne tardent pas à prendre le taureau, et pour conserver leur embompoint et attirer ainsi les acheteurs; les secondes comme nourices pour allaiter les veaux des premières, et les troisièmes pour fournir au ménage le lait et le beurre de la consommation de la maison. Voilà un système suffisant pour ruiner n'importe quel éleveur même dans le cas où il aurait la terre pour rien et n'aurait à payer aucune dépense pour nourriture auxiliaire, et cependant un grand nombre poursuivent aujourd'hui ce système extravagant dans le but de gagner des prix dans les concours et donner satisfaction à leur vanité aux dépens de leur poche. »
Je cite ce passage in extenso, pour bien établir sur le témoignage d'un homme d'une autorité si grande, l'explication que j'ai souvent donnée, delà pauvreté laitière de certaines vaches Durham, ce qui est sans aucun doute le résultat de ce système absurde, de couper le lait aux mères pour conserver leur bonne mine, dans le but de les préparer pour les concours et de les vendre à des prix élevés aux badauds qui s'y laissent prendre \
Ceux qui me font l'honneur de lire mes articles, doivent se rappeler combien de fois je me suis élevé contre cette manie d'acheter des animaux reproducteurs dans les concours, simplement parce qu'ils sont beaux à voir. Combien de fois n'ai-je pas conseillé à tous de se. bien garder d'acheter des animaux fardés, préparés pour obtenir des prix et rendus pimpants souvent pour attraper les simples. Qu'on le sache bien, les animaux destinés aux concours sont presque toujours des animaux de réclame, sacrifiés à la spéculation. Aussi voit-on les animaux après avoir figuré une ou deux fois dans les expositions de reproducteurs, figurer ensuite un peu plus tôt, un peu plus tard, dans les expositions d'animaux de boucherie, même comme génisses.
De cette lumineuse conversation de Thomas Bâtes, avec son digne compère Mason, il ressort une autre vérité, c'est que la race Durham est naturellement très laitière, ce n'est que par le traitement que je viens de décrire qu'on réussit à atrophier cette précieuse sécrétion du lait par un procédé aussi mal calculé au point de vue du profit, qu'il est antinaturel.
La race Durham élevée et nourrie comme race essentiellement laitière telle quelle l'est dans les pays où elle n'existe que pour les besoins de Vindustrie laitière, donne plus de lait, et un lait plus riche, consomme moins de nourriture, et finalement donne plus de viande et à meilleur marché qu aucune autre race du monde. Voilà la vérité!
Continuons à citer les exemples les plus frappants de la richesse laitière des vaches Durham, en observant non-seulement le maximum mais la moyenne.
M. Bâtes, dans ses mémoires, raconte un grand nombre d'exemples de vaches Durham remarquablement laitières. Je prends dans ces exemples deux des vaches renommées qui sont devenues les souches de familles distinctes et conservées intactes justement à cause de cette
1. C'est qu'indubitablement^ pour éviter ces accidents d'atrophie de sécrétion laitière produits par l'engraissement anormal des vaches destinées aux concours, qu'on y voit si rarement figurer les animaux des grandes familles de sang Bâtes et de sang Booth.
qualité qui, dans ces familles, est devenue héréditaire et s'est conservée sans détérioration jusqu'à nos jours.
Ce que Bâtes considérait comme le caractère distinctif des bons Durham c'est d'être à la ibis très laitier, très apte à prendre de la chair soit à l'étable, soit au pâturage, et d'arriver finalement et promptement à un poids considérable. Comme exemple de ces qualités combinées, il aimait à citer une vache qu'il avait connue dans le troupeau héréditaire de iM. Dixon, laquelle donnait des quantités de lait considérables, ses veaux croissaient tous avec une grande rapidité. A l'âge de 17 ans elle fut engraissée et donna à l'étal une quantité prodigieuse d'excellente viande. Cette vache et tous ses descendants consommaient très peu de nourriture en général, et presque pas de foin. M. Baies, dans une visite qu'il fit à Barmpton, en 1804, avant d'avoir fait l'acquisition de la première Duchesse, rappela à Charles CoUing cet exemple de la vache de M. Dixon. Charles CoUing lui répondit que lorsqu'il vint s'établir à Barmpton, après la mort de M. Harrisson, il n'avait aucune idée de se faire éleveur de Durham reproducteurs. Son troupeau ne fut d'abord qu'un troupeau laitier. Ma sœur, dit-il, qui demeurait alors avec moi, me rapporta que la fille de laiterie avait souvent appelé son attention sur la quantité extraordinaire de lait donnée par une des vaches du troupeau. C'était un dimanche soir, avant que les vaches ne fussent traites, allons voir, lui dis-je, ce que cette vache donne de lait, nous le mesurerons exactement. Après avoir assisté nous-mêmes à la mulsion, nous mesurâmes 26 quarts et 1/4 (égal à trente litres mesure française) \
Un autre jour M. Bâtes était allé voir une vache Durham dont on lui avait vanté les qualités laitières. Le propriétaire lui dit qu'à chaque mulsion, cette vache remplissait non seulement le seau de la fille de laiterie, mais que celle-ci était obligée d'apporter un autre vase un peu plus petit. Ces deux vases, remplis deux fois par jour, furent mesurés par Bâtes et contenaient ensemble 19 quarts et demi\ ce qui deux fois par jour donne un rendement quotidien de 39 quarts — et cela alors que la vache était nourrie au pâturage seulement — .
M. Bâtes se rappelait aussi d'une vache appartenant à M. Alexandre Hall fille du taureau deMasterman, et dont il vendit plus tard les descendants à MM. Robert et Charles Colling. Cette vache donnait 18 quarts à chaque mulsion, matin et soir. C'est à cette vache que remonte la branche des Bryht Eyes, qui plus tard reçut le nom de Princess de M. Robert Colling. La vache achetée par Charles Colling, fille de cette vache extraordinaire de M. Alexandre Hall, se nommait « Eoughton » et devint la mère du fameux taureau Foljamb (263).
M. Wastel, le célèbre éleveur, dont j'aurai beaucoup à dire dans un prochain article, avait dans son troupeau cette vache célèbre a Basforth » dont j'ai déjà parlé dans mon travail sur les familles de Bâtes, laquelle donnait 18 quarts à chaque mulsion et produisait vingt une livres de beurre par semaine.
Le troupeau de M. Rates ne contenait pas une seule vache qui ne donnât au moins 14 quarts de lait à chaque mulison. La première Duchesse fille du taureau « Daisy » donnait cette quantité et le lait était si riche que le produit de chaque mulsion, soit 16 litres, produisait 600 grammes de beurre, soit une livre de beurre par 13 litres de lait.