SUR LA MALADIE VEHMICULAIRE DU SEIGLE
mais la coloration s'étendait maintes fois à une certaine distance, en forme de tache ou de ligne se prolongeant dans la longueur de Litige. Dans ces places, le tissu était profondément altéré et carié. L'examen microscopique des tiges, dans les points correspondant aux tachas isolées, montrait une altération encore peu profonde et n'atteignant que le parenchyme cortical, dont les cellules étaient brunes et mortes, et parfois déchirées, sans doute pour le passage de quelque petit être qui s'y était creu::é une galerie fort étroite. Bientôt je pus trouver le parasite, cause de tout le dégât. Dans des lambeaux de feuille naissant des nœuds inférieurs, je reconnus sous l'épiderme des petits verts néniatoïdes enroulés de diverses façons, et vivant dans l'intérieur même du tissu delà feuille. Ces petits vers sont incolores, en formes de cylindre très long, terminés en pointe aiguë par l'extrémité caudale ; ils serpentent en se courbant alternativement dans des sens différents. Us ne semblent pas exécuter de bien vifs mouvements à l'intérieur des tissus où ils sont le plus souvent repliés sur eux-mêmes et courbés à peu près en demi-cercle; dans l'eau, sur une plaque de verre, on en voit quelques-uns s'agiter en faisant des mouvements très vifs, tandis que d'autres ne se meuvent que faiblement. A cette époque de l'année (2 juin), on en trouve de taille et d'âges forts divers. On voit à la fois des œufs, des larves sortant de l'œuf et H es grands vers contenant des œufs. Les plus grands ont moins d'un millimètre fde 8 à 9 dixièmes de millimètre), et de 2 à 3 centièmes de millimètre de large ; ils sont donc tout à fait imperceptibles à l'œil nu dans les tissus ; même quand ils sont isolés, flottant dans une goutte d'eau sur un verre, on a grand peine à les apercevoir.
Il n'y a plus de doute pour moi sur la cause de la langueur et du dessèchement des seigles dont l'apparence maladive m'avait frappé. Ces seigles étaient atteints d'une maladie vermiculaire assez analogue à la trichine des animaux; la mort prématurée des feuilles et de la plante entière était due à la pénétration dans les tissus d'une anguillule qui est V Anguillula devastatrix (Kuhn).
Cette maladie des seigles est déjà connue, elle a été signalée par Schweriz, des 1 825 ^ Elle a été observée et décrite en Allemagne à plusieurs reprises, et a été spécialement et très bien étudiée par Jul. Kiihn dans un intéressant mémoire publié en 1869*. M. Kuhn avait déjà reconnu, dans une étude antérieure sur une maladie des chardons à foulon dont les capitules se décolorent, se dessèchent et meurent prématurément, que le mal qui jusqu'alors avait été attribué aux intempéries, était causé par la pénétration dans la plante d'une auguillule qu'il avait nommée ÀngwUida dipsaci^, L'anguillule qu'il observa dix ans plus tard sur le seigle lui parut identique à celle du cardère ; mais comme les caractères de la maladie des chardons diffèrent en plus d'un point de celle des seigles, puisque les anguillulea de la première plante gagnent les capitules et s'y réunissent, tandis que dans le seigle ils altèrent principalement les entre-nœuds inférieurs et les feuilles, il devait garder des doutes sur l'identité des deux maladies. La question fut positivement tranchée par l'expérience.
1. Anleitung zum prakiischen Ackerbau, t. II, p. 414. — D'après Kûhn : « Uber die Wurmkrankheit des Roggens. Halle, '869.
2. Jul. Kuhn. Uber die Wurmkrankheit des Roggens. — Besonder. A.bdruclc aus den Sitzungberichte, f. 1868, der Natiirforschendeti gesellschaft.