L. Pasteur
membre de l'Institut et de la Société nationale d'agriculture.
Je crois devoir profiter de l'occasion qui m'est offerte parla communication de M. Pasteur, pour donner à l'Académie quelques renseignements sur les expériences de M. Toussaint, en cours d'exécution. L'Académie se rappellera peut-être qu'après l'ouverture du paquet cacheté, où M. Toussaint avait exposé son procédé d'inoculation préventive contre le charbon, M . Marey m'ayant demandé comment M. Toussaint interprétait le mode d'action du liquide avec lequel il vaccinait les moutons, je lui répondis qu'il y avait dans la communication de M. Toussaint deux questions qu'il fallait disjoindre, celle de fait et celle d'interprétation, que sur celle-ci il pourrait y avoir des divergences d'opinion, mais que, si l'autre était établie et démontrée rigoureusement vraie par l'expérimentation, ce serait là la chose principale au point de vue pratique; qu'après tout, ce n'était pas une question absolument éclaircie que celle du mode d'action de la vaccine comme préservatif de la variole, mais qu'on n'en bénéficiait pas moins de son action préservatrice.
Les premiers faits recueillis par M. Toussaint, dans son laboratoire, me paraissant démontrer qu'il avait réussi à vacciner des moutons contre le charbon, j'ai demandé à M. le ministre de l'agriculture, qui a bien voulu l'accorder, d'autoriser M. Toussaint à faire l'essai de son vaccin sur une vingtaine de sujets du troupeau d'Alfort. Sur les vingt animaux soumis à cette épreuve, quatre périrent dans les quatre premiers jours, et leur autopsie démontra qu'ils étaient morts par le charbon. C'était là la preuve que le liquide inoculé n'était pas destitué de bactéridies. M. Toussaint, en présence de ce fait, qu'il apprit à son retour de Cambridge, fit ses réserves à Reims devant les membres de l'Association pour l'avancement des sciences, à l'endroit de l'interprétation que pouvait comporter l'action de son liquide vaccinal.
De son côté, M. Pasteur, une fois connu le procédé de M. Toussaint, fit faire des expériences de vérification à l'Ecole Normale par ses collaborateurs; il en fit lui-même dans le Jura, et il a eu la délicatesse de s'abstenir de toute critique détaillée pour laisser à M. Toussaint le soin de se contrôler lui-même.
Quoi qu'il en soit de la nature du liquide dont M. Toussaint s'est servi pour pratiquer l'inoculation préventive du charbon, je crois que les faits déjà constatés autorisent à admettre que cette inoculation est réellement préventive ou, autrement dit, qu'elle investit de l'immunité les moutons qui ont résisté à son action. Ainsi M. Toussaint a actuellement à Toulouse dix moutons et un lapin qui sont invulnérables par le charbon. A Alfort, sur les seize moutons survivants à l'inoculation vaccinale, deux ont été inoculés avec un charbon très actif sans en rien ressentir. Un lapin, témoin, inoculé avec le même virus.
y a succombé. Voilà donc treize sujets qui témoignent actuellement des propriétés préventives de l'inoculation faite d'après le mode conseillé par M. Toussaint. Ces expériences vont être continuées avec les autres moutons vaccinés, et la présomption est bien grande qu'elles réussiront comme sur les deux premiers, car ils ont été malades comme eux, à la suite de l'insertion du viras réputé vaccinal. Si tous ces animaux résistent à l'épreuve de l'inoculation charbonneuse, à laquelle ils vont être soumis, la question expérimentale sera définitivement jugée dans le sens affirmé par M. Toussaint, c'est-à-dire de l'immunité sûrement donnée par une inoculation préventive.
Restera la question pratique, celle de l'application de la vaccination aux troupeaux pour les rendre inattaquables par le charbon dans les pays où sévit cette maladie. Pour faire entrer cette vaccination dans la pratique, une condition est indispensable : c'est que l'activité du virus préventif soit maintenue, par son mode de préparation, dans une telle mesure qu'il ne produise toujours que des effets bénins, ou, autrement dit, que la maladie qu'il donne soit supportable pour l'organisme et qu'il puisse la surmonter. C'est là le problème à résoudre, et il sera résolu, j'en suis convaincu, par l'expérimentation. Une fois la pratique en possession de cette ressource conservatrice, bien des pertes seront épargnées à l'agriculture, qui sera redevable à la science d un grand service de plus.
J'imagine que, une fois que l'inoculation préventive contre le charbon sera devenue pratique, on pourra réussir à faire, non pas des races, mais des générations réfractaires au charbon, en s'inspirant du fait si intéressant, que M. Chauveau a signalé, de la complète immunité contre le charbon des agneaux qui naissent de mères inoculées dans les derniers mois de la gestation. On sait, d'après les expériences de M. Chauveau, que, si les races algériennes sont réfractaires au charbon en ce sens qu'elles lui résistent, elles ne laissent pas d'en ressentir les effets, se traduisant, après l'inoculation, par l'élévation de la température du corps, les engorgements ganglionnaires et même, chez quelques sujets, par la tristesse, l'inappétence, etc. Ce sont là les signes de l'infection bactéridienne, dans un milieu qui n'est pas favorable au développement de la bactéridie. Or, de ces signes, aucun n'apparaît sur l'agneau né d'une mère inoculée à la dernière période de la gestation. Sur lui, l'inoculation reste absolument stérile. Son organisme a acquis l'immunité en même temps que celui de sa mère, car il est remarquable que, si les moutons réfractaires de l'Algérie sont sensibles à une première inoculation charbonneuse, ils deviennent insensibles à toutes les autres. C'est encore ce que démontrent les expériences de M. Chauveau. Gela étant, supposons que nous soyons en possession d'un liquide d'inoculation si bien mesuré dans son intensité, qu'il fasse l'office d'un véritable vaccin : rien ne serait simple comme de pratiquer l'inoculation préventive sur les mères à la dernière période de la gestation. On ferait d'une pierre deux coups; l'inoculation pratiquée aux mères serait préventive pour elles-mêmes et pour leurs fœtus, et, quand ceux-ci viendraient au monde, ils se trouveraient comme naturellement blindés contre le charbon. Toutes ces espérances sont autorisées, et j'ai, pour ma part, une grande foi dans leur réalisation. H. Bouley,
Membre de l'Institut et de la Société nationale d'agriculture.
PAR ÉGLJSSON PLEIN *.
La greffe de la vigne à l'air libre, si elle devenait pratique, aurait des avantages qu'il est inutile d'énumérer. Mon ambition aujourd'hui serait que mes essais dans ce but, très incomplets encore, fussent reproduits et par conséquent jugés dès cette année, que le résultat en soit des yeux poussants, des yeux dormants, ou un insuccès final.
Il s'agit d'une greffe à écusson plein, celui-ci pouvant être introduit sur jeune bois de bas en haut ou de haut en bas: j'en ai même inséré de renversés qui ne paraissent pas s'en porter plus mal.
La constitution des bourgeons de la vigne ne permettant pas de cerner et de détacher, au moyen d'une pression oblique, des écussons pouvant être ramenés à une surface plane, voici comment je me les procure, en utilisant des précédents sur d'autres bois, même durs.
Ayant choisi sur une jeune branche un nœud qui me convienne à raison de la direction du bois adjacent, je l'isole par deux coups de sécateur, en lui laissant un centimètre de tige environ au-dessus et audessous du nœud; je divise le tronçon dans le sens de sa longueur; je diminue particulièrement à ses extrémités la partie à conserver, en ne laissant d'un bout à l'autre que très peu de mœlle, et en observant le plus possible que l'envers du greffon représente une surface plane ou légèrement creuse, non déviée dans le sens de sa longueur; et j'insère par glissement forcé après avoir soulevé l'écorce du sujet autant qu'il est nécessaire. — Il va sans dire qu'on laisse une partie du pétiole. J'attache avec des rubans de caoutchouc d'un demi-centimètre de large et d'une douzaine de centimètres de long, dont le milieu est d'abord posé sur l'incision transversale, et qui se croise avec soin sur les deux parties inférieure et supérieure de l'œil, de façon à ce que celui-ci soit particulièrement appuyé sur le bois du sujet (la coaptation des parties plus minces du greffon est obtenue dans tous les cas), et je fais un double nœud.
Je ne crains pas de tirer assez fort les rubans de caoutchouc, qui prennent d'abord vigoureut^ement, mais qui ne tardent pas à se détendre par la diminution de leur élasticité, résultat dû sans doute en partie à l'action du soleil. Il est certain que si, au bout de deux ou trois jours, on dénoue le lien, il se rompt à la moindre traction et n'est plus utilisable. Un peu plus tard, à moins que la greffe ne soit à l'ombre, il peut se rompre de lui-même, inconvénient auquel il faut parer.
Je note que le plus grand nombre des sarments présentent sur un point de leur pourtour un plat plus ou moins marqué : c'est le lieu d'élection pour la greffe, quand il existe.
Toutes les espèces de vigne ne se prêtent paségalement à se laisser façonner en greffon au moyen de l'instrument tranchant. lien est dont l'œil proéminent est trop large pour être contenu entre les deux listes de la fente longitudinale. J'ai essayé détourner la difficulté en prenant sur les vignes le bois des bourgeons anticipés ou des rameaux secondaires qui ont poussé à l'aisselle des feuilles. Ce bois, quoique menu, est plus formé, plus maniable que celui des branches maîtresses vers leur extrémité, où ce dernier, làoii Userait utilisable, présente déjà la même forme incommode signalée ci-dessus. — Je saurai plus tard ce qu'on