LE DÉVELOPPEMENT DES RACINES.— LA FORMATION DU SUCRE DANS LE RAISIN
Le développement des racines de la vigne est une question importante en viticulture. Gomme les jeunes racines contribuent puissamment à la nutrition, le vigneron doit s'efforcer de favoriser leur formation. 11 est donc utile de connaître les éléments qui concourent au développement des racines. Un de mes homonymes allemands, le docteur MuUer-Thurgau vient de publier sur ce sujet dans les Annalen der OEnologie des études intéressantes que je vais résumer pour les lecteurs du Journal de l'agriculture.
La racine, ainsi que les autres organes, est formée de cellules qui ont une enveloppe et un protoplasma. L'enveloppe est de la cellulose, et le protoplasma de la matière protéique. On sait que, sous l'inQuence de la lumière et de la chaleur, la fécule se forme dans les feuilles aux dépens de l'acide carbonique de l'air et de l'eau. Cette matière amylacée se convertit ensuite en sucre, et se rend des feuilles dans les différents organes, jusque dans les racines. Arrivé dans les racines, le sucre se transforme en cellulose. Mais le protoplasma exige des matières azotées. Jusqu'ici on ne savait pas si la protéine se forme seulement dans les feuilles ou si elle peut encore se produire ailleurs, par exemple dans les racines, par la combinaison des hydrates de carbone et de sels renfermant de l'azote. Le savant professeur de Geisenheim fit germer dans de l'eau distillée du maïs, du blé, des haricots et des grains de raisin; il enleva les radicelles produites par la germination, sauf les deux plus fortes; il disposa ensuite un appareil de manière à plonger chacune des deux racines dans un autre verre ; il mit dans l'un des verres de l'eau distillée et les substances nécessaires à la nutrition, dans l'autre aussi de l'eau, mais sans sel renfermant de l'azote. Si la protéine ne se forme que dans les feuilles par l'union des hydrates de carbone et d'un sel nitré ou ammoniacal, les matières protéiques descendent des feuilles dans les racines et les deux racines doivent se développer également; si au contraire la protéine peut se produire dans la racine, la radicelle plongée dans la;dissolution ammoniacale ou nitrée, doit prendre un développement plus rapide, être plus riche en protoplasma, et l'autre radicelle doit rester beaucoup plus faible. Le docteur Muller-Thurgau prétend être arrivé
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à des résultats concluants ; il a fait de nombreuses expériences et les a renouvelées dans le sable et la terre. Les cellules des racines forment leur protoplasma; elles tirent les hydrates de carbone des feuilles, les sels ammoniacaux ou nitrés des milieux où elles sont plongées. Au point de vue de la culture, nous favorisons donc le développement des racines en nous servant d'engrais artificiels, nitrates et sels ammoniacaux. Le docteur MuUer-Thurgau continue aujourd'hui ses expériences dans un vignoble.
Dans le même numéro des Annalen der OEnologie, le docteur Thurgau publie un autre mémoire où il étudie la formation du sucre dans le grain de raisin. C'est avec la fécule que les plantes produisent le sucre. La fécule se forme dans les parties vertes; étant insoluble, elle ne peut pas se déplacer; elle se transforme en sucre et c'est sous ce nouvel état qu'elle exécute sa migration vers les divers organes, et va concourir au développement des racines et de la tige. Comment le sucre se produit-il dans les raisins? Naît-il dans les grains verts ou vient-il des feuilles? La production a lieu dans les feuilles, elle est presque insignifiante dans les grains de raisin. L'auteur disposa des appareils autour de ceps de manière à laisser après la floraison des raisins dans l'obscurité. Les grains, soustraits à l'influence de la lumière, ne pouvaient pas produire de matière amylacée; le sucre provenait donc des feuilles éclairées. Ces raisins arrivèrent aussi vite à la maturité que ceux du même cep qui étaient restés exposés à la lumière, ils renfermèrent autant de sucre. La production directe dans le grain est presque nulle.
Sous l'influence de la lumière et de la chaleur la fécule se forme dans les parties vertes, aux dépens de l'eau et de l'acide carbonique. Dans l'obscurité cette matière amylacée disparaît rapidement; en partie elle donne du sucre, et en partie elle sert à la respiration. Isolez une feuille, plongez le pétiole dans l'eau, et mettez alors cette feuille dans un lieu obscur; bientôt la fécule a disparu. Replacée à la lumière, au bout de 45 minutes, elle renferme de nouveau des quantités sensibles de fécule.
La présence de la fécule se reconnaît parfaitement au microscope; elle se constate aussi macroscopiquement. Il faut dissoudre la chlorophylle dans l'alcool, plonger ensuite la feuille dans une lessive de potasse. La feuille ainsi préparée est traitée par la teinture d'iode qui donne la réaction caractéristique.
La fécule se transforme dans les feuilles en sucre qui se rend dans les nervures et le pétiole, de là dans les différentes parties de la plante, dans la grappe. Le sucre peut se retransformer en fécule, notamment dans les pétioles; mais une fois arrivé dans le grain, il reste à l'état de sucre. L'auteur admet que la transformation de la fécule en sucre a lieu sous l'influence des acides végétaux, mais il ne cite pas d'expérience à l'appui de son opinion.
Le docteur Muller-Thurgau termine son travail en donnant quelques conseils pratiques. Le vigneron doit chercher à favoriser la production de la fécule, source du sucre. Suivant notre docteur, comme l'élaboration se fait dans les feuilles, la surface foliacée doit être la plus grande possible. Dans ma pratique viticole, j'ai depuis longtemps condamné l'effeuillage et je m'en suis toujours bien trouvé. Les feuilles doivent être exposées à la lumière. A l'obscurité les feuilles non seu-
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lement ne produisent pas de fécule, mais encore elles consomment celle qu'elles possèdent. Les raisins ne doivent pas être soumis directement à l'action du soleil; exposés à la lumière directe, ils renferment moins de sucre. C'est une raison de plus pour abandonner l'effeuillage.
Paul MULLER,
Correspondant de la Société nationale d'agriculture.
LES PARCS ET LES JARDINS
C'est à la fin de l'automne et durant l'hiver que se font, dans les jardins ou dans les parcs, les travaux de transformation, d'appropriation, etc. Ces opérations permettent de donner du travail à un certain nombre d'ouvriers ruraux que la saison prive de labeur dans les champs. La sollicitude avec laquelle ils prennent leurs mesures pour utiliser, en tout temps, la main-d'œuvre autour d'eux, est une des vertus les plus recommandables de quelques grands propriétaires dans plusieurs parties de la France. Mais, pour faire avec goût les travaux dont nous parlons, il faut avoir un guide; l'art des jardins a ses règles qui varient naturellement suivant les circonstances, et qu'il faut savoir observer. On ne peut pas toujours avoir recours aux lumières d'un architecte ou d'un ingénieur spécial, surtout lorsqu'il s'agit de jardins d'une petite étendue. Dans ce cas, il faut consulter les ouvrages spéciaux dus à des hommes habiles, connaissant bien les difficultés de l'art, l'ayant pratiqué avec succès, par conséquent absolument en état de montrer ce que l'on peut exécuter dans telle ou telle circonstance.
A cet égard, le Traité général de la composition des parcs et jardins dû à M. Edouard André, est certainement l'ouvrage à la fois le plus récent et le plus complet que le propriétaire puisse consulter *. Déjà, l'année dernière, le Journal de r agriculture l'a présenté à ses lecteurs ; nous n'avons donc pas à répéter ici ce qu'il renferme. Mais nous avons pensé utile de rappeler à nos lecteurs qu'ils peuvent y trouver une foule de documents, de modèlespropres àinspirer ou au moins à exciter le goût de ceux qui veulent faire transformer un parc ou un jardin. Le goût est certainementune qualité innée; mais c'est une qualité qui profite beaucoup de l'éducation qu'elle reçoit, comme d'ailleurs toutes les qualités. L'imagination qui aurait tendance à se laisser emporter à des conceptions plutôt bizarres que réellement belles, sera redressé par la vue des bons modèles, et elle y trouvera la source d'inspirations meilleures. Et ce qui est vrai pour les grands espaces, l'est aussi bien pour les jardins de faible étendue. Il faut autant de goût, peut-être plus, pour bien tracer un jardin de quelques ares ou dizaines d'ares au plus, que pour coordonner un parc de plusieurs dizaines d'hectares; sur un petit espace, les défauts apparaissent bien plus rapidement, et, d'un autre côté, ils sont plus difficiles à réparer.
Afin de montrer que le goût peut servir de guide dans toutes les circonstances, nous empruntons à l'ouvrage de M. André les dessins et la description de trois modèles répondant, en quelque sorte, aux trois types du grand jardin, du moyen et du petit jardin.
Voici d'abord (fig 31) le plan d'un parc dont lui-même a été l'architecte dans l'île de Guernesey. Cette propriété est située sur le sommet d'un coteau. Des vues admirables parlent de la terrasse M et de l'un
1. Un volume grand in-8 de 886 pages, avec U planches en chromolithograhie et 520 figures dans le texte. A la libraire de G. Masson 120, boulevard Saint-Germain, à Paris.
LES PARCS ET LES JARDINS
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Fig. 31. — Parc dessiné dans l'île de Guernesey par M. Edouard André.
LES PARCS ET LES JARDINS
des bancs placés autour du château A. A l'entrée I, des massifs de chênes verts et d'arbustes à feuilles persistantes encadrent le petit jardin qui donne sur la rue. Les écuries, les remises, la maison du jardinier sont hors de la vue, à l'extrémité du jardin fleuriste; sur le côté gauche de ce parterre, un rosarium demi-circulaire est dessiné devant les serres E. A partir de 1 1 terrasse M, entourée de massifs d'ar-
bustes, la seconde partie du parc offre un caractère tout différent. Une allée courbe, passant auprès du kiosque F, reste d'abord engagée entre des massifs toujours verts où un ravin parsemé de roches a permis de i;rouper un grand nombre de jolies plantes de rocailles croissant à l'ombre . La ferme, située près de ce chemin, est cachée par les arbres. Un sentier étroit conduit, en G, à un rocher ombragé par des hêtres séculaires, et d'oii sort une source naturelle qui forme un ruisseau allant alimenter
LES PARCS ET LES JARDINS
un bassin assez étendu H. On voit, par cette description que nous empruntons presque textuellement à M. Edouard André, par quelle simplicité un homme habile peut atteindre de très beaux résultats.
Le deuxième modèle (fig. 32) n'a pas plus d'un hectare de superficie. Voici la légende du plan : A, maison d'habitation; B, dépendances; C, lapinerie; D, poulailler; E, écuries et remises; F, cour des communs; G, H, entrées principales ; I, entrée secondaire; J, L,
Fig. 33. — Plan d'un petit jardm d'agrément.
salles vertes; K, pont; M, rocher et cascade; N, pêcherie; P, corbeilles de fleurs. L'habitation est entourée de quatre massifs de fleurs; une pelouse la sépare des communs. Les espèces d'arbres et d'arbustes y sont multipliées, et produisent une grande diversité par le contraste des feuillages, l'abondance et l'éclat des fleurs.
La plantation de petits jardins, et surtout de ceux de ville, tels que celui représenté par la fig. 33, demande des soins particuliers. Ce jardin n'a pas plus de 14 ares; on voit, en A, l'habitation; en B, une serre; en C, une volière; en D, une butte avec un kiosque; en E, un gymnase; en F, un banc. L'entrée est en G, et la sortie en H. La plupart des massifs sont formés par des arbres à feuilles persistantes, et les espèces ont été choisies parmi les plus rustiques.
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Ces trois exemples suffisent pour montrer combien le goût bien dirigé permet de tirer parti des circonstances les plus variées, et d'y obtenir de très bons résultats. J. de Pradel.
On dit que l'élevage des vers à soie n'est plus avantageux, même quand la réussite est complète, c'est-à-dire quand on arrive à obtenir 50 kilog. à l'once de 25 grammes : c'est là une erreur. Il convient, au contraire, de conserver et de propager l'élève des vers à soie. Nous nous proposons d'indiquer, dans cette note, les moyens qui paraissent les meilleurs pour obtenir un bon résultat.
I. — Inutile de dire qu'avant tout, il faut se procurer d'excellente graine, examinée au procédé indiqué par M. Pasteur. Trop souvent les paysans opèrent de la manière suivante : si une éducation a obtenu un bon résultat, ils gardent et mettent à l'éclosion de la graine de cette éducation sans se préoccuper si elle est exempte de pébrine.
II. — La graine ayant été bien examinée, il ne faudra faire que de trh petites éducations. Mais il convient de s'entendre sur les mots faire une petite éducation. Le plus souvent le paysan fait une once de graine ou 25 grammes dans une cuisine ou dans une chambre qui ne devrait pas contenir plus de 12 grammes. Les Italiens n'admettent pas une surface moindre de 45 mètres carrés par once, et le plus souvent nos paysans n'ont pas une surface de 30 mètres par once. Cette année, dans une grande salle ayant 30 mètres de longueur sur 1 1 mètres de largeur et environ 4 mètres de hauteur, nous avons élevé 4 onces, soit 1 00 grammes de graine, et nous avons affecté par once une surface de 90 mètres. Le résultat a été, pour les 100 grammes, 220 kilog. de cocons, soit 55 kilog. par once. Il ne suffit pas de donner de l'air et de l'espace aux vers, il faut de plus les placer sur des étagères très étroites, afin de pouvoir les soigner plus facilement. En général, les étagères ont de l'^.ôO à l'^.ôO de largeur; elles ne devraient avoir que 0™.90 de largeur, 1 mètre au plus; avec ces dimensions, les ouvrières peuvent plus facilement circuler autour, surveiller les vers et leur donner tous les soins nécessaires.
III. — Donner aux vers à soie de la feuille qui ne soit pas^ trop grasse. Les Italiens obtiennent ce résultat en ne taillant les mûriers que tous les trois ou quatre ans.
Et puisque nous avons parlé des Italiens, nous ajouterons que si les journaux ou les ouvrages italiens qui traitent la question des vers à soie étaient plus répandus et mis à la portée de tous, par des traductions qui en faciliteraient la lecture, nos éducateurs obtiendraient de bien meilleurs résultats. Dans nos pays du Midi, on s'est trop préoccupé de l'agriculture anglaise et de ses méthodes, laissant beaucoup trop dans l'ombre l'agriculture italienne qui, en somme, se rapproche beaucoup plus de celle qui doit être suivie chez nous.
IV. — En général, les éducations sont faites beaucoup trop à l'abri de l'air; il faut de l'air, beaucoup d'air, mais il faut soigneusement éviter de le renouveler en établissant des courants d'air directs; cette fâcheuse habitude fait souvent échouer les éducations après la quatrième mue.
V. — Changer très souvent les litières, éviter les fermentations même légères, ne jamais donner de la feuille trop humide ou même
fraîche, c'est-à-dire au moment même où elle ^ient d'être cueillie; mieux vaut faire marcher l'éducation avec une lenteur relative que de l'accélérer, en chauffant avec excès la salle où on élève les vers.
VI. — Sans abandonner ce que depuis plusieurs années nous ne cessons de faire et de recommander, c'est-à-dire les petites éducations, nous avons tenu cette année à élever h onces dans le même local et la réussite a été complète. Voici comment nous avons opéré : le local qui a servi cette année à l'éducation était primitivement et à l'ordinaire destiné à un atelier de tissage; il a 30 mètres de long sur 11 mètres de large. Les fenêtres qui éclairent ce local ont environ 2"\40 de largeur sur 3 mètres de hauteur, elles sont orientées de l'est à l'ouest; de grands rideaux en simple toile empêchaient les rayons du soleil de frapper les vers. Les portes d'entrée sont très grandes, ce qui amène à introduire beaucoup d'air à la fois quand on les ouvre. On s'est servi de planches posées à plat sur des montants en bois de pin. Chaque montant soutenait cinq étagères. La distance entre chaque étagère était de 0™.60 environ. La largeur de chaque étagère n'était que de O^.OO, afin de pouvoir bien surveiller les vers de chaque côté. On a changé très souvent la litière. La feuille qu'on a donnée aux vers est arrivée presque constamment par charrette; elle mettait quatre heures en route. Lorsqu'elle arrivait, on avait soin de l'étendre pendant quelques heures, afin de l'aérer complètement. Nous avons soin de faire remarquer que la feuille avait voyagé, afin de faire voir que les vers n'en ont pas éprouvé de désagréments; nous démontrons ainsi, ce que nous disions plus haut, qu'une feuille donnée aux vers immédiatement après avoir été cueillie, est souvent trop humide et par suite peut leur faire mal. Les vers sont nés le 12 avril, et l'éducation a été termméele 1*''juin. Elle a été visitée par les élèves de l'Ecole d'agriculture de Montpellier, accompagnés de plusieurs de leurs professeurs, qui ont pu constater la beauté des vers et l'absence de toute maladie.
La surface occupée par les vers, au moment où l'on a mis à la bruyère, a été de plus de 90 mètres carrés par once de 25 grammes. La quantité de feuilles consommée par les quatre onces depuis la quatrième maladie jusqu'à la fin de l'éducation a été de 3,600 kilog., soit 900 kilog. par once. Cette quantité paraît très considérable, et, en réalité, elle est nécessaire, si on considère le résultat obtenu qui est de 220 kilog. pour 100 grammes, soit 55 kilog. de cocons par once de 25 grammes. Grâce à l'heureuse disposition du local, muni d'un grand nombre d'ouvertures et situé en pleine campagne, dans la commune d'Aspiran, on a pu aérer la pièce sans établir un courant d'air trop sensible. Quelques-uns des mêmes vers, qui étaient élevés dans un long couloir de 30 mètres de longueur et de 2 mètres de largeur, ont donné quelques vers gras; nous attribuons ce résultat, si restreint qu'il ait été, au courant d'air qui existait dans ce couloir. Chaque kilog. de cocons contenait 4 84 cocons; ce petit nombre de cocons au kilog. affirme l'excellence du résultat. La graine mise à l'incubation avait été fournie par M. Journet, du Vigan. Elle provenait d'un élevage fait dans le Roussillon. Les cocons étaient jaunes, très fins de qualité et très fermes. Etudiés au microscope, peu de temps avant la sortie des papillons, ils ont été trouvés parfaitement exempts de corpuscules. Un certain nombre ont donc été livrés au grainage. La même graine mise en éducation dans deux fermes au domaine de Vil-
leneuvelte a été loin de donner un aussi bon résultat. Après la quatrième mue, il Y a eu maladie de la flacherie et des vers gras. La conclusion de ce qui précède est que, avec la même graine, c'est-à-dire avec une graine qui a été reconnue bonne par le procédé de M. Pasteur, on peut avoir des insuccès si on ne prend pas toutes les précautions voulues. Du reste, il est reconnu que le procédé de M. Pasteur, excellent pour la constatation des corpuscules, ne garantit ni de la flacherie ni des vers gras, accidents que nous ne pouvons attribuer qu'à l'insuffisance de soins et à une aération insuffisante ou mal entendue.
Le beau résultat obtenu dans l'usine de Garrigues vient de ce que le local était non seulement neuf, maishygiéniquement aéré; que tout le matériel employé pour les étagères était également neuf, qu'on a pris les plus grandes précautions en ce qui concerne la nourriture et la propreté; que déplus on a eu soin d'avoir un personnel assez nombreux afin de ne pas négliger les vers un seul instant.
L'écueil des grandes éducations provient surtout de ce qu'on est trop porté à économiser soit la place, soit le personnel. C'est parce qu'on a opéré avec soin et avec un personnel suffisant qu'on a pu obtenir d'une éducation relativement assez grande, un meilleur résultat qu'avec des éducations qui ne contenaient qu'une once.
Parmi les 14 ou 15 éducations que j'ai fait faire cette année dans nos parages, nous pouvons en citer une faite à Nébian.
Cette éducation, d'une once seulement, a été soignée dans deux pièces communiquant l'une avec l'autre; l'une était au nord, l'autre au midi. Cette éducation, parfaite jusqu'à la montée, occupait une surface de plus de 45 mètres carrés ; elle était de plus tenue très proprement; elle n'a cependant donné qu'environ 40 kilog. par once au lieu de 55 kilog., et tout cela parce que, en croyant très bien faire, on a établi trop souvent un courant d'air.
Le courant d'air a suffi pour amener des vers gras et réduire le résultat à 40 kilogrammes. Par contre, nous citerons une autre éducation d'une demi-once qui s'annonçait très mal au commencement de la quatrième mue, parce qu'on ne donnait pas assez d'air dans le principe; elle a cependant repris et a donné 26 kilog. pour une demi-once dès qu'on a su lui fournir l'air intelligemment distribué.
En résumé, nous ne saurions trop recommander les petites éducations, surtout celles de 12 à 15 grammes; trop souvent les paysans font dans leur cuisine ou dans des chambres une once de graine : cette quantité est presque toujours trop considérable pour l'espace occupé par les vers. Une éducation faite dans des conditions aussi fâcheuses ne peut que donner de tristes résultats ; je suis presque certain que dans ces conditions d'espace restreint et les soins indiqués plus haut, 12 ou 15 grammes donneraient autant, sinon plus que l'once entière. Quelle économie dans l'achat de la semence et de la feuille, sans compter le temps perdu.
Si notre note n'était déjà trop longue, nous aurions à traiter la question des miàriers.
Nous pouvons avoir dans peu de temps de la très bonne feuille en plantant les mûriers à 2 mètres 59 ou à 3 mètres de distance, ainsi que cela a lieu en Portugal.
La culture des vers à soie est possible ; elle sera rémunératrice et
avantageuse dès qu'on voudra s'en occuper sérieusement, c'est-à-dire intelligemment et en mettant à profit non seulement les découvertes précieuses de la science, mais les non moins nécessaires précautions que l'hygiène recommande et fait prévoir. Jules Maistrk,
à Villeneuvelte (Hérault).