XVI. — Les sucres
La nouvelle campagne sucrière est aujourd'hui ouverte. Dans quelques jours commencera l'application de la loi qui a réduit à 40 fr. par lUOkilog. les droits sur les sucres. Cette grande réforme, à laquelle ont applaudi tous les agriculteurs, va donner une impulsion nouvelle à notre grande industrie du sucre.
Le Journal officiel du 22 septembre publie un décret relatif à la franchise des droits sur les glucoses destinées à la fabrication des bières. Les brasseurs ne seront admis à jouir de cette franchise qu'autant que, quinze jours au moins avant l'introduction de glucoses dans leurs usines, ils auront souscrit l'engagement de représenter des acquits-à-caution pour toutes les quantités qu'ils auront reçues et de payer les doubles droits, tant sur les excédents que sur les manquants que ferait apparaître la balance du compte des glucoses. — Un autre décret règle les conditions de la décharge des obligations d'admission temporaire en ce qui concerne le sucre cristallisable existant en cet état dans les fruits confits, les confitures et les bonbons exportés à l'étranger et aux colonies et possessions françaises.
Dans une réunion tenue le 20 septembre, les fabricants de sucre de l'arrondissement de Cambrai (Nord) ont offert à M. Mariage, leur confrère, secrétaire du Comité contrai des fabricants de sucre, un objet d'art comme témoignage de reconnaissance pour les services qu'il a rendus à la sucrerie depuis plusieurs années. M. Mariage est, en effet, constamment préoccupé de la défense des intérêts de la sucrerie française, et il a, par ses efforts, bien mérité d'elle.
XVir. — Congrès pomologique.
Nous croyons utile de rappeler que la session du Congrès pomologique de France s'ouvrira le 29 septembre, à Moulins, sous la direction de M. Doumet, président de la Société d'horticulture de l'Allier, Cette réunion coïncidera avec l'exposition organisée par cette dernière - Société. J.-A. Barral.
89b omis PISCICULTURE. - LES APLATIS
.! S'il est une famille de poissons de laquelle on a pu dire, qu'un jour devait venir où la mer serait le grenier d'abondance de la France pour sa population pressée et nécessiteuse, ce fut assurément celle-là. Quelles ressources immenses dans la prévoyante éducation de tous les pleuronectes, soles, limandes, barbues des sables, à la chair si délicate; carrelets, plies et turbots.
-A dessein nous n'avons pas parlé de sa multiplication; elle est
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naturellement tellement considérable qu'il n'y aurait, selon nous, nullement à s'en préoccuper.
Abordons-la donc, d'abord à cause de l'excellence et de la délicatesse de leur chair. Mais d abord constatons que, dans la Société anglaise, le turbot ne s'y montre sur la table qu'environ depuis 150 ans ; aupaavant il n'était que le piscis ignobilis. Pourquoi? si nous citons ce fait, c'est pour montrer encore une fois comment peuvent naître et disparaître des préjugés.
Pour revenir à nos poissons plats, il y aura là une source inépuisable de matières alimentaires à bon marché, les mœurs de cette si curieuse famille s'y prêtant pour le moins autant que la facilité de sa propagation.
L'administration de la marine publiait que, en 18T6, il avait été péché 43 millions de kilogrammes de soles, raies et turbots; quelle surprise ne nous ménagerait pas un pareil présent!
Deux faits, dus au hasard, appelèrent sur cette famille l'attention des pisciculteurs.
Coste, en inspectant certains cantonnements de la Manche en 1862 ou 1863, St-Vaast, croyons-nous, s'aperçut que d'avril à septembre, les pêcheurs de crevettes détruisaient pour un bien maigre profit dans un rayon d'à peu près 10 lieues, plus de 200 millions de petites soles, barbues et turbots.
Cela fut constaté en poursuivant un tout autre but. La grande expérience de Saint-Brieux commençait à lui donner les plus grands soucis, après de si splendides espérances; il ne pouvait et ne voulait pas croire à un insuccès, mais en silence, préparait cependant sa revanche. Il étudiait les plages, fouillait les anses, visitait chaque cantonnement; il cherchait l'huître et tomba sur un des faits les plus curieux des mœurs de cette grande famille de pleuronectes.
Ce fut un trait de lumière qu'une intelligence aussi vive et aussi ouverte que la sienne, ne devait pas laisser dans l'ombre.
De la source de leur infinie production à leur éducation, c'est-à-dire de Saint-Vaast à Concarneauiln'y eut qu'un pas Là, entre les mains de Guillou, du lamaneur breton si connu, qui devait être aux viviers marins, ce qu'était au laboratoire du Collège de France le Suisse Samuel aussi soigneux qu'assidu dans l'exécution des délicates expériences de pisciculture qui s'y poursuivaient, les résultats ne se firent pas attendre.
Laquestion «éducation » ne tarda pas à se transformer en celle de leur domestication.
La stabulation du gourami en Chine avait son pendant dans celle des turbots et barbues de nos côtes : il ne restait plus qu'à l'appliquer.
La parole doit être laissée à M. de la Blanchère, un de ces jeunes naturalistes que Coste avait placés à Concarneaupour y suivre ces essais alors si nouveaux.
Dire mieux étant difficile, nous prierons nos lecteurs de se reporter à son Dictionnaire des vêches, splendide et aussi un des plus sérieux rejetons de la Pisciculture officielle de ces temps lointains.
Un de nos compatriotes M. Charles Demetz avait bien t'ait en Belgique dans les parcs de Seykens-les-Ostende, l'élève du turbot et de la barbue dont ii avait même fourni la table royale quelques années auparavant; mais ces faits, connus seulement de quelques privilégiés, n'avaient
pas reçu la publicité que Coste réservait de la haute tribune de l'Institut à ce qui se fit sur les côtes de Bretagne.
Que de fois déjà ne fut-ce pas le cas pour ces découvertes delà science pure? On cherche une chose, et on trouve l'autre?
Faire ici la description de ces genres, recopier ce que tant d'ouvrages d'histoire naturelle ont tant de fois donné sous tant de formes, n'est ni le but de ces entretiens, ni le pourquoi de la place qu'on nous fait l'honneur de nous accorder ici. Nous insisterons cependant sur ce point que toute cette famille peut vivre en eau douce, et remonter nos fleuves.
Qui ne sait l'histoire des soles pêchées en 1818 par de Humboldt à 4 00 lieues des embouchures du Rhin, et des plies et carrelets pris dans notre Dordogne et l'Allier.
On voit de suite l'immense parti que les pisciculteurs peuvent tirer de si curieuses mœurs et quelle marge surtout de telles habitudes laissent à leur double éducation.
On sait que c'est au solstice d'hiver avec le grand flot de mars que commencent les grandes migrations des poissons, que tous quittent les profondes vallées sous-marines pour se rapprocher des côtes oi^i les pousse le temps de leurs amours.
C'est sur les plages sablonneuses à petits fonds, dans les eaux abritées des vents de nord-est ouvertes à la lame du sud-ouest [de la Soulère) que se porte de préférence toute cette nombreuse et délicate famille des pleuronectes, aux ennemis si nombreux et aux moyens de défense si incomplets.
Son trou dans le sable et encore bien superficiellement, le trouble de l'eau dont il s'environne par un petit coup brusque et perpendiculaire de ses nageoires dans la vase sur laquelle il paît ou se réchauffe, voilà tout ce que le pauvre met en œuvre pour échapper même au crabe, son lent si prudent et implacable ennemi.
Seule l'immensité de sa propagation l'a jusqu'ici sauvé de la destruction et l'appelle à de hautes destinées dans la grande question, pour nous la plus grande de l'avenir, celle de l'alimentation des peuples. Londres seule consomme en soles et limandes, 135 millions de pièces par an, et Paris de 1842 à 1867 voyait sa consommation passer de 8 millions dekilog. à 19 millions, avec une augmentation de 22 pour 100 jusqu'en 1878.
De tout le reste, comme des maladies de l'enfance il ne doit rien demeurer, pour que l'humanité suive sa marche vers les destinées heureuses et paisibles que lui réservent le travail attrayant, la science, l'harmonie en un mot I
Le turbot à la bouche protractile et dilatable est très vorace, ce qui fait que ce faisan de la mer, pour la délicatesse de sa chair, a reçu h surnom de chevalier du guet de l'embouchure de nos fleuves et de nos étangs marins oii il donne lâchasse au jeune fretin.
La marche ondulatoire de toute cette famille, en se laissant retomber selon un plan incliné pour happer sa proie, est un des faits des plus curieux de la physiologie.
Nous eûmes le triste honneur, il y a bien une quinzaine d'années, d'avertir les Parisiens de se soigneusement garer de ce que, à cette époque, on leur servait pour du turbot, dans certains restaurants. Cette énorme consommation de turbots correspondant précisément à
l'entrée dans la capitale, de grandes quantités de.... requins.
Hâtons-nous d'ajouter que, aussitôt le fait signalé, l'inspecteur du carreau de la halle et surtout l'octroi y mirent vite bel ordre. Le fait se passa en 18G6.
Dans les gros temps les turbots se réfugient par bande dans les rochers où on les pèchent alors avec des lignes de fond amorcées de vivant. A Granville en 1 853, nous vîmes rentrer un canot qui, en quelques heures, avait pris 64 turbots dont le moindre pesait 5 kilog. ; malheureusement cette extraordinaire pêche ne se composait que de femelles. Pourquoi? aucun pêcheur ne put nous le dire. En saurions-nous bien davantage aujourd'hui?
Les yeux des pleuronectes sur le même plan offrent, dans les trente OLi trente-deux genres qui composent cette famille, des différences anatomiques des plus singulières, de même des couleurs qu'ils revêtent selon les fonds et les parties différentes de leurs corps, lequel après avoir été aplati par la nature, semble encore, dit Lacépède, avoir été tordu par la tête.
Dans cet immense monde des eaux, quoi ne nous semble pas singulier; mais là est toute la question. A nous à le trouver ce pourquoi, car il y en a un bien certainement. La plie de quinze livres .de l'Oder et les soles de trois pieds du cap de Bonne- Espérance sont, à notre avis, encore de vieux clichés de la pisciculture d'autrefois. De la pisciceptologie, comme l'appelaient ces messieurs du quai de la Mégisserie, jadis grand quartier des amis des poissons.
Nous les avons vues par milliers, ces fameuses plies de l'Oder et, franchement, nous ne saurions dire en quof elles diffèrent de celles que nous vîmes chez nous, d'Arcachon à Dunkerque. Mieux nous accepterions le substantif qualificatif de «perdrix de la mer » qui, dans ces temps, leur fut donné; car toute cette famille est vraiment exquise et un des plus sains et fortifiants aliments de nos tables. Le frai a-t-il lieu sur le sable, les végétaux marins ou les roches ; pour un ou les trois, une affirmation serait téméraire. Quelques observations nous renseigneront bientôt, le fait n'ayant, selon nous, qu'un pur intérêt scientifique.
Ce qui est hors de doute, ce sont les vives rougeurs des pointillés de la plie et la blancheur de celles de la barbue, au moment de leurs amours «n avril et mai. De même la finesse de l'odorat des raies, remontant des profondeurs à une amorce odoriférante.
Accourent-ils tous vers ceux qui les nourrissent? Distinguent-ils même la voix de celui dans les mains duquel, les turbots surtout, ils viendraient chercher leur proie? Sont-ils grimpeurs et percheurs? Ce sont des points que nous ne discuterons pas. Les deux grands faits de l'immensité de leur reproduction dans certains de leurs cantonnements et les succès de leur stabulation étant acquis, nous resterons là.
Les expériences de M. Demetz et celles de Concarneau étant connues de tous, appliquons-les donc, en surveillant et étudiant toujours davantage leurs frayères préférées.
Dans notre prochaine causerie, nous ferons une visite aux boucholeurs d'Esnandes et de Marsilly, q-ue nous n'avons plus revus depuis 1853. Là aussi nous espérons prouver à ces anciennes connaissances que silence n'était pas oubli. Chabot-Karlen,
Correspondant de la Société nationale d'agriculture, à Tbun (Suisse].