CULTURE DE LA [POMME DE TERRE
nom de Early Royal Àshleaf de Rivers, à une profondeur d'environ 20 centimètres. Du 15 au UO mars suivant, il lit planter sur deux bandes du même terrain, côte à côte avec celui ensemencé au mois de novembre précédent, la même variété de pommes de terre. Ces plants semés en mars, sortirent de terre à l'époque ordinaire, mais ceux plantés en novembre ne donnaient encore aucun signe de vie, et M. Howard commenta à craindre que les froids intenses de l'hiver dernier n'eussent, comme l'avait prédit son jardinier, détruit les plants eux-mêmes. Cependant trois semaines plus tard, les plants de novembre commencèrent à pousser de fortes tiges à la surface. Ces tiges se- développèrent rapidement et ne tardèrent pas à surpasser leurs voisines en vigueur et en luxuriance de feuillage. Les tubercules arrivèrent à maturité et furent récoltés au moins trois semaines avant que la maladie ne se manifestât. Les plantes semées au printemps furent attaquées par la maladie avant la maturité des tubercules, ainsi qu'une petite portion de celles plantées en novembre qu'on avait laissées en terre exprès pour constater sur elles l'effet de la nraladie. M. Howard remarque que la maladie ne s'étendit point à d'autres bandes d'un terrain voisin et contigu, planté de pommes de terre Champion, lesquelles récoltées la semaine dernière ont donné dix-neuf vingtièmes de tubercules parfaitement sains. Voici donc une nouvelle preuve de l'immunité de la Champion contre les atteintes de la maladie. Je prépare mon rapport sur mes expériences de cette année, par lequel on verra que je n'ai point eu à constater le moindre symptôme de maladie dans toute ma récolte, tandis que les autres espèces que j'ai cultivées ont plus ou moins souffert.
La récolte des pommes de terres plantées en novembre par M. Howard, fut enlevée pendant qu'il était à Londres, vaquant à ses devoirs de membre du parlement, et malheureusement cette récolte ne fut point pesée. Son jardinier, à qui il reprochait celte négligence, lui fit observer qu'il n'y avait aucune nécessité de faire ce pesage, car tout le monde était d'accord, en les voyant, que la récolte était presque le double de celle des pommes de terre semées en mars.
Plusieurs autres cultivateurs ayant suivi les conseils du curé de campagne, ont, paraît-il, obtenu les mêmes résultats favorables que M. James Howard. Le curé de campagne lui-môme avait remarqué dans la lettre de l'année dernière, qu'il pratiquait cette méthode depuis vingt-cinq ans et toujours avec le même succès.
Cette expérience faite dans son jardin a paru si satisfaisante à M. James Howard, qu'il déclare son intention de la répéter cette année sur une plus grande échelle, dans la culture de son exploitation agricole. — Je vais moi-même faire cet essai sur ma ferme, avec plusieurs espèces comprenant la Early Rose, la Magnum Bonum et la Champion, car celte méthode me semble rationnellement justifiée par des arguments logiques et sérieux; d'ailleurs les faits constatés par un agriculteur aussi sérieux et aussi pratique que M. James Howard, suffisent pour démontrer le caractère recommafldable de cette méthode et mettre son adoption au delà des aléas d'une simple expérimentation. Quant à moi, je n'y vois que deux inconvénients, c'est la fumure du terrain qu'il n'est guère facile d'effectUeû bien longtemps avant la plantation, ce que je condamne absolument, car le fumier d'étâble appliqué immédiatement avant la
92 CUf/rUKE DE LA POiMME DE TERRE,
plantation engendre des vers destracteurs, qui quelquefois suffisent pour anéantir la recolle tout entière. iM. Howard |le constate luimême dans sa lettre au Times. Il remarque qu'une partie du lot de terrain où la plantation de novembre a été faite n'a point donné d'aussi bons résultats que les aulres parties, ce qu'il attribue à ce que cette portion avait été copieusement fumée avec du fumier d'étable immédiatement avant l'ensemencement. Dans ce cas, il recommande de saupoudrer la semence avec de la suie au moment de la planter. D'un autre côté, en général, il vaut toujours mieux que le fumier ait séjourné quelque temps dans la terre avant l'en-emencement de n'importe quelle récolte. Ma pratique constante est de fumer et de labourer profondément avant l'iiiver les terres que je destine à la pomme de terre comme aux betteraves et autres racines de printemps.
L'autre inconvénient de cette plantation d'automne, c'est qu'elle tombe juste au milieu des semailles de blé, à une époque oii les attelages sont fortement; occupés et l'attention des cultivateurs accaparée par des travaux plus urgents. Mais, comme l'observe justement M. James Howard, si cette nouvelle méthode de culture est satisfaisante et donne plus de produit que Tancienne, on trouvera bien les moyens d'obvier à cet inconvénient.
Il reste encore une autre objection qu'il convient d'examiner. C'est le danger de la gelée dans les hivers rigoureux comme celui que nous venons de traverser. L'expérience de M. James Howard et celle des autres cultivateurs qu'il cite dans sa lettre au Times^ est faite pour dissiper toute appréhension à cet égard, par le fait de cette végétation tardive manifestée par les plants mis en terre à l'automne. Dans le jardin de M. Howard, ces plants, mis en terre au commencement de novembre 1879, n'ont manifesté leur végétation à la surface du sol que trois semaines après ceux mis en terre vers le 20 mars 1880. Il est vrai que la nature compacte du sol oii ils avaient été plantés a pu exercer une certaine influence de résistance plus grande que celle d'un sol plus léger. C'est un problème que je vais me charger de résoudre, car je compte planter vers la fin d'octobre diverses variétés de pommes de terre dans une terre très légère, et je pourrai constater l'effet qui se produira. F.-R. de la Tréhonnais.