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DES HAUTES ET BASSES-ALPES

Le lundi 20 septembre a eu lieu, à Gap, ainsi que le Journal l'a déjà fait connaître, la distribution des récompenses aux lauréats du concours d'irrigation ouvert, en 1879, dans les Hautes et Basses-Alpes. Cette solennité a présenté un très grand intérêt; elle était présidée par M. Vernet, préfet des Hautes- Alpes Nous

Sublions ci-dessous les discours prononcés, ainsi que la liste des récompenses écernées.

L — Discours de M. Vernet, préfet des Hautes-Âlpes.

Messieurs, je suis fier et surtout heureux de l'honneur qu'a bien voulu me faire M. le ministre en me confiant la présidence de cette fête de l'agriculture, qui intéresse deux départements frères.

La meilleure partie de ma vie s'est écoulée parmi les populations agricoles. Je les connais et je les aime; aussi, c'est une vive satisfaction pour moi d'avoir à récompenser leurs efforts, si souvent ignorés.

La terre, messieurs, ce principal générateur de la richesse publi-

CONCOURS D IRRiaATION DES HAUTES ET BASSES-ALPES. 93

que, a subi, vous le savez, des fortunes diverses suivant les milieux sociaux qui se sont succédé. Avant 1789, maîtresse stérile de la noblesse et du clergé, elle fut arrachée de leurs bras impuissants par la grande Révolution et donnée en légitimes noces à celui qu'on a si excellemment nommé le paysan, l'homme du pays. Sous sa robuste étreinte, elle est devenue merveilleusement féconde et la richesse qu'elle a créée a permis aux autres générateurs de la production nationale d'atteindre à ce développement et à cette puissance qui font l'étonnement du monde entier.

Mais les conditions économiques se modifient sans cesse comme les sociétés, et les autres éléments producteurs, soumis à des charges moins lourdes, ont pu, en offrant au capital et au travail une plus large rémunération, éloigner peu à peu de la terre ces agents nécessaires à toute production.

.Telle est, messieurs, je le crois, non point l'unique cause, mais la cause principale du malaise qui pèse sur l'agriculture.

Il appartenait au gouvernement réparateur de la République de se préoccuper de cette situation. Cette fête, messieurs, témoigne de sa sollicitude; mais ces solennités demeureraient impuissantes si elles n'étaient pas le couronnement de mesures plus efficaces.

Pour rétablir l'équilibre dans la répartition des moteurs, le capital et le travail, dont je parlais tout à l'heure, et les ramener à elle, la terre se trouve dans la nécessité absolue de leur offrir un loyer plus élevé. Il faut donc ou alléger les charges qui la grèvent sous des formes si multiples, ou bien diminuer le 'prix de revient de ses produits en les augmentant.

Le premier de ces moyens préoccupe, en ce moment, d'éminents esprits et la prospérité sans précédent de nos finances permet d'espérer qu'il pourra être appliqué dans un avenir prochain. Le second, messieurs, nous en voyons chaque jour l'emploi fécond. Les ressources de nos budgets ne vont plus, comme sous l'Empire, s'engloutir dans des aventures lointaines et funestes. C'est à ouvrir des voies de communication, c'est-à-dire à réduire le prix des transports ; à creuser des canaux, c'est-à-dire à augmenter les produits du sol, que sont employés les excédents de la richesse publique. Et ces subventions, vous l'avez remarqué, messieurs, ne sont point, ainsi que l'ont pratiqué tous les régimes précédents, réparties en raison des sacrifices, mais en raison des besoins : en d'autres termes, c'est aux plus pauvres que le gouvernement républicain donne davantage.

..Les populations reconnaissantes de ces montagnes ne l'oublieront pas; elles se souviendront que, si la grande Réforme de 89 a créé l'égalité des droits, la République de 70, sa fille légitime, a pratiqué la solidarité des intérêts. La première, elle s'e?,t efforcée sérieusement, et ce sera son éternel honneur, de fixer nos populations robustes sur le sol natal qu'elles fécondent et dont la possession les moralise. En se dévouant à cette noble entreprise, la République n'a fait, d'ailleurs, qu'obéir aux lois de sa nature. Elle est le gouvernement des races fortes et saines; elle a besoin de vertu, a dit Montesquieu, non point de cette vertu anémique qui vit de macérations et d'extases, mais de cette vertu virile qui se complaît dans les luttes pour la grandeur de la patrie et l'avancement de l'humanité.

Je termine laces considérations générales; des voix plus autorisées

que la mienne vont vous dire, messieurs, comment doivent être secondées les intentions bienveillantes du gouvernement.

IL " Discours de M. du Peyrat, inspecteur général de l'agriculture.

Messieurs, l'année dernière, le i^ouvcrnement avait ouvert dans les deux départements réunis des Hautes et des Basses- Alpes un concours d'irrigation auquel soixante-douze concurrents ont pris part. La proclamation des noms des lauréats devait avoir lieu en môme temps que la distribution des récompenses du concours régional de Grenoble, au mois de juin dernier. Mais M; le ministre de l'agriculture a pensé qu'il était préférable que le concours des prix d'irrigation fit l'objet d'une solennité spéciale dans le chef-lieu du département des Hautes- Alpes, au milieu des populations laborieuses dont nous venons aujourd'hui récompenser les efforts et signaler les travaux. Vous verrez tous, messieurs, dans cette pensée du gouvernement, un nouveau témoignage de sa haute sollicitude pour les intérêts agricoles et de son désir d'honorer les cultivateurs.

Parmi les moyens qui permettent de mettre en valeur vos montagnes et d'en retirer les produits les plus rémunérateurs, il n'en est pas de plus puissant que l'emploi des eaux d'arrosage. Des travaux considérables ont déjà été faits dans vos déparlements pour l'irrigation des terres, d'autres se poursuivent en ce moment et des études en voie de préparation permettront de compléter une œuvre qui est intimement liée à la prospérité de ce pays.

En organisant des concours pour récompenser les cultivateurs qui utilisent les eaux de la manière la plus intelligente, l'administration de l'agriculture a voulu, dans le Midi surtout, attirer l'attention des propriétaires sur l'utilité des irrigations et provoquer le progrès par des encouragements qui vont rechercher, jusque dans vos vallées les plus reculées, des mérites ignorés, des efforts utiles, des résultats qui servent à l'enseignement de tous.

A l'avenir, ces encouragements spéciaux aux irrigations prendront même une plus large extension en se généralisant, et trouveront place dans le programme des prix culturaux qui s'applique successivement à chacun des sept départements formant la région agricole.

Par l'application de cette mesure, tous les sept ans un concours d'irrigation aura lieu dans chacun des départements qui composent la région, en même temps que le concours ouvert pour la prime d'honneur et les divers prix culturaux.

Ce concours se tiendra en 1883 dans le département des Basses- Alpes, et en 1884 dans celui des Hautes-Alpes. J'espère, messieurs, qu'à cette époque les agriculteurs des Alpes répondront à Fappel du gouvernement, comme ils l'ont déjà fait l'année dernière, et qu'ils nous procureront l'occasion de constater de nouveaux progrès en leur décernant de nouvelles récompenses.

Je laisse à l'honorable M. Barrai, rapporteur du jury, le soin de vous parler des lauréats de ce concours et de vous entretenir des questions générales qui se rattachent à l'économie rurale de ce pays. Les travaux remarquables publiés sur les irrigations du Midi de la France par ce savant si sympathique aux agriculteurs, seront complétés par un nouveau rapport spécial aux irrigations des deux départements des Hautes et Basses- Alpes.

Je me félicite, messieurs, des circonstances qui nous ont réunis au milieu des fêtes de celte ville, oi^i les plaisirs eux-mêmes ont pris une forme utile et où une ingénieuse charité a su récolter la part des malheureux. Une meilleure occasion ne pouvait nous être offerte pour couronner publiquement les lauréats du concours d'irrigation, et je prie les organisateurs de cette réunion, M. le préfet et M. le maire de Gap, de vouloir bien recevoir l'expression de mes sympathiques remercîments, au nom de l'administration que j'ai l'honneur de représenter.

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