III. — Discours de M. J.-A Barrai, rapporteur du Jury
Monsieur le préfet, mesdames, messieurs, par l'institution des concours d'irrigation qui ont pour but de récompenser et de signaler à l'attention publi([ue les agriculteurs dont les travaux de bon aménagement des eaux amènent une abondante production végétale, le gouvernement de la République a voulu donner une plus vive impulsion au développement de la richesse agricole de la France. L'eau étant un des moyens d'action les plus puissants que l'homme puisse employer pour accroître le rendement de ses récoltes dans tous les pays qui souffrent de la sécheresse, et par conséquent dans le Midi, il est d'un intérêt patriotique de premier ordre qu'aucune source, qu'aucun cours d'eau ne se perde inutile, car l'eau qui s'écoule inutile pour aller se mêler aux flots de l'Océan, c'est du pain, c'est de la viande, c'est du bien-être pour les populations qui se trouvent déplorablement gaspillés, sans compter que l'eau non absorbée par la végétation devient parfois un danger immense pour la sécurité des nations. Féconde, si elle est utilisée et bien aménagée, terrible et dévastatrice si elle est abandonnée à elle-même par l'homme insouciant, telle est cette substance liquide qui constitue une grande partie du globe terrestre. Trop souvent, dans le passé de l'humanité, on a délaissé cet élément de la nature sans songer à le dominer par des efforts sufhsants, quoique des travaux nombreux aient été faits dès la plus haute antiquité pour irriguer les terres. C'est partout qu'il faut agir, c'est un ensemble complet de mesures qu'il faut prendre pour résoudre définitivement le grave problème de l'utilisation de toutes les sources et de tous les cours d'eau. Le gouvernement de la République l'a compris. Il fait appel à tous les efforts individuels, et il propose des lois qui les coordonneront, des mesures qui solidariseront la puissance publique et les travaux particuliers. Les concours d'irrigation sont un des moyens par lesquels il montre sa sollicitude en cette matière et excite les intéressés à l'aider de leur activité intelligente, car c'est avec tous, par tous et pour tous que le bien peut seul s'accomplir dans sa plénitude.
Le Midi, surtout, a besoin des irrigations. Vous savez les nombreux canaux qui sont établis et que l'on construit chaque jour dans les plaines de la Provence, du Dauphiné, du Languedoc, oii des concours d'irrigation ont, durant ces cinq dernières années, dévoilé les merveilleuses récoltes obtenues grâce à de bonnes pratiques d'arrosages, et répandu une émulation féconde parmi les propriélaires, les fermiers et les métayers. Les laborieuses populations des montagnes devaient d'autant moins demeurer étrangères à ces encouragements, qu'elles sont plus courageuses, plus patientes, et qu'elles montrent
toujours un dévouement absolu à la patrie; d'ailleurs la lutte pour vivre malgré les fléaux naturels y est plus énergique que dans les plaines, et elle y donne aussi des résultats plus considérables qui revêtent un caractère d'utilité plus générale, parce que c'est à leur origine qu'il faut éteindre les sources qui vont peut-être se transformer tout à l'heure en torrents indomptables. Un grand concours d'irrigations a donc été créé en 1 879 pour les deux départements des Basses et Hautes-Alpes. Je dois vous en rendre un compte sommaire dans ce résumé. Un rapport développé formant un gros volume, pourra seul faire connaître la grandeur de l'œuvre déjà accomplie, qui remonte pour ses commencements aux temps les plus anciens, mais qui reçoit de nos jours un développement pour lequel le gouvernement de la République ne ménage ni les subsides, ni les grands travaux que l'Etat seul peut mener à bonne fin, parce que leur exécution dépasse la puissance des individus isolés.
A l'appel du gouvernement, 72 concurrents ont répondu; 16 se sont fait inscrire dans le département des Basses-Alpes, 56 dans celui des Hautes-Alpes. H était naturel que ce dernier nombre surpassât le premier, car aujourd'hui le département des Hautes-Alpes compte plus de 20,000 hectares irrigués, tandis qu'il n'y en a que 8,000 à 9,000 hectares dans celui des Basses-Alpes. La Commission chargée de décerner les prix promis par le programme, s'est transportée dans tous les lieux oi^i les concurrents avaient fait des travaux, parfois môme des projets de travaux. Les cultivateurs des hautes montagnes ont vu pour la première fois la sollicitude des grands pouvoirs publics se manifester par l'attention avec laquelle leurs efforts étaient étudiés et appréciés. C'était un événement heureux pour ces populations qui ont montré avec orgueil les soins qu'elles mettent à féconder la terre. Des villages entiers venaient assister aux visites, et bien des cultivateurs qui avaient négligé de se faire inscrire pour Fépoque fixée comme clôture du concours, regrettèrent de n'avoir pas été plus diligents. Notons que d'admirables travaux d'irrigation, admirables surtout par la patience et le courage persévérant qu'ils révèlent, sont faits à des altitudes de 1,800 à 2,200 mètres et plus, à Ristolas, à Vars, par exemple. Et quels durs labeurs s'imposent ces populations habituées aux frimats, aux privations de tous genres, aux pratiques de la vie la plus sévère, où parfois le pain (de ce pain dont nous avons mangé) est cuit une fois en septembre pour servir toute l'année. Aussi quels hommes vigoureux, quels défenseurs solides ces populations donnent-elles à la patrie.
Le programme avait proposé huit prix pour tant de concurrents. La Commission se trouvait ainsi dans la pénible nécessité de laisser sans récompenses des efforts de grand mérite. M. le ministre de l'agriculture a bien voulu consentir à accorder des médailles supplémentaires, afin de montrer combien le gouvernement prend en considération les travaux de l'agriculture. C'est ainsi qu'aujourd'hui vont être proclamées 38 récompenses, consistant en 8 prix en argent d'une valeur totale de 4,400 fr. accompagnés d'un objet d'art et d'une médaille d'or, de 4 médailles d'argent et de 2 médailles de bronze, plus 4 médailles pour les agents irrigateurs des exploitations primées, et en dehors du concours, 9 médailles d'argent , grand module, 1 1 médailles d'argent ordinaires, 8 médailles de bronze.
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Malgré tant de récompenses, tous les mérites ne sont pas encore reconnus, mais d'autres concours viendront qui permettront à ceux qui ne sont pas élus aujourd'hui de triomphera leur tour; de nouveaux travaux auront été accomplis, les anciens auront été perfectionnés ou améliorés; nul ne doit se décourager, car les efforts agricoles ont cela de particulier, c'est qu'ils ont des résultats permanents; ceux-ci s'imposent aux applaudissements par la fécondité imprimée au sol et qu'une végétation luxuriante dénonce toujours.
Les prix proposés par le programme sont divisés en deux catégories : V Les propriétés ayant plus de 6 hectares à l'arrosage; 2' les exploitations, celles des petits cultivateurs, ayant au maximum G hectares en terres arrosées.
Le premier prix de la première catégorie a été attribué à M. Gabriel Arnoux, ancien officier de marine, qui exploite directement un domaine de 24 hectares, sur la rive gauche de la Durance, près du pont des Mées. A l'aide du colmatage, M. Arnoux a réussi à constituer une couche de terre végétale d'une épaisseur variant de 0'".35 à 1™.20, selon la sinuosité de la surface, sur des graviers incultes où de distance en distance apparaissaient quelques maquis d'osiers. Déjà plus de 1 I hectares sont en pleine production et sont recouverts de vignes, de mûriers, de poiriers, de jardins ou de champs cultivés. Le reste de l'étendue est en préparation; des bourrelets de terre établis en vue du colmatage enserrent une surface de plusieurs hectares à des degrés différents de transformation, montrant ainsi toutes les phases de l'opération. Pour les planîations de vignes nouvelles, M. Arnoux emploie un procédé qui mérite d'être cité et qui consiste à planter dans le gravier même et à amener sur le sol déjà garni, à l'automne ou en hiver, les meilleurs dépôts de la Durance. Le développement de la jeune vigne se fait simultanément avec l'exhaussement progressif du sol; on gagne ainsi 2 ou 3 ans dans la formation du vignoble. D'ailleurs, M. Arnoux a établi ses vignes pour lutter victorieusement contre le phylloxéra par la submersion automnale ])Our laquelle tout est préparé. En ce qui concerne l'irrigation, M. Arnoux est arrivé à acquérir le droit aux trois quarts des voix dans le syndicat d'aval des Mées, et il a acheté toutes les sources de la ville ainsi que les sources voisines de sa propriété. Il peut ainsi joindre à l'efficacité du colmatage la qualité des eaux d'arrosage et une fumure indirecte. Aussi les récoltes qu'il obtient sont abondantes, et il a constitué un exemple qui mérite d'être suivi et que le jury du concours a voulu signaler à Fattention de ceux qui aiment et veulent suivre le progrès.
Les trois autres prix de la première catégorie ont été décernés à des agriculteurs des Hautes-Alpes qui emploient principalement les irrigations à la production des fourrages pour arriver à l'entretien d'un bétail nombreux et bien nourri. Ce sont MM. i\ïazan, Aurouze et Martin.
Sur sa propriété de Laraque, M. Mazan a mis près de 1 2 hectares à l'arrosage, dont 7''50 en prés, et le reste en cultures diverses. Le rendement moyen de ses prés est de 9,000 à 10,000 kilog. de foin qui est entièrement consommé dans la ferme où nous avons trouvé 20 têtes bovines, 60 têtes ovines, 40 porcs et 2 mules. M. Mazan fait d'abondantes fumures ; il accroît la fertilité de son domaine par des
achats de paille et de tourteaux, de manière à restituer et au delà les principes qu'il exporte.
M. Aurouzc exploite comme fermier le domaine de Pascal, sur le territoire de Charance près de Gap. Cette ferme présente une étendue de 31 hectares sur lesquels 21 hectares sont à l'arrosage; il y a 10 hectares de prés naturels et 8 hectares de prairies artificielles. Depuis son entrée en jouissance, M. Aurouze a doublé l'étendue arrosable des terres et, il n'a pas cessé d'introduire de constantes améliorations; il a appliqué les vidanges de la ville à des irrigations très bien réussies^ en les délayant dans de l'eau. Les rendements qu'il obtient en foin, en pommes de terre, en choux, en d'autres légumes, sont très satisfaisants; il a présenté des cultures sarclées très remarquables. Il a introduit la faucheuse, la moissonneuse, la faneuse, tous les instruments perfectionnés, et c'est à noter comme bon exemple donné par un fermier. Il entretient un bon bétail; dans les concours régionaux, ses animaux ont plusieurs fois remporté des prix. Il vend du lait à la ville avec profit et son lait est excellent; les agneaux de son troupeau sont aussi recherchés par la boucherie. Un tel agriculteur a droit aux applaudissements des amis du progrès.
Le domaine exploité par M. Martin occupe la croupe et les versants d'un mamelon dominant le village de Laye, dans le canton de Saint- Bonnet. Pour y amener l'eau, il a dû capter une source au flanc de la montagne voisine, faire un canal d'une longueur de 3 kilomètres, traverser un ravin à l'aide d'un siphon, puis creuser et maçonner un bassin-réservoir sur le point culminant de la propriété afin d'emmagasiner l'eau et la reprendre ensuite par des rigoles à faible pente sur une surface de 27 hectares. Autre détail à noter, il a construit un second bassin })our recevoir les eaux de colature, n'en rien perdre et cependant maintenir toujours les terres parfaitement saines. Les résultats obtenus sont remarquables, quoiqu'on puisse regretter que les prés ne reçoivent pas de plus abondantes fumures que celles qu'il leur accorde avec un peu de parcimonie. Mais deux troupeaux des espèces bovine et ovine sont dans un très bon état. Le lait des vaches est converti en beurre et en fromage qui trouvent facilement preneurs sur le marché de Gap. L'irrigation aboutit ici à une fructueuse spéculation en produits animaux.
Nous arrivons aux prix de la T catégorie, ceux destinés à la petite culture. En tête, le jury a placé M. Deblieux, qui exploite un peu plus de 3 hectares arrosés à Mezel, pour lesquels il paye un gros fermage de 500 fr. par hectare. Malgré cette charge considérable, par le bon aménagement des eaux qu'il emploie, par les hautes fumures qu'il prodigue à ses champs, il a réussi à faire des bénéfices remarquables. Sur ses prés (il en a 1 hectare 87 ares), il parvient à récolter 1 0,000 kilog, de foin par hectare, parce qu'il emploie beaucoup de fumier et en outre du guano du Pérou. Il fait en outre, pour les pays environnants, des plants de choux, de betteraves, de choux-raves, d'oignons, d'ail, de poireaux, etc., et la vente ne produit pas moins de 3,000 fr. sur moins d'un hectare. C'est de la petite culture intensive à un haut degré, et dont le succès, il faut le reconnaître, est dû en partie à l'admirable situation de Mezel. Mais l'habileté du cultivateur doit surtout consister à profiter des circonstances heureuses du sol et du climat, et des conditions économiques où il se trouve.
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Les trois autres lauréats de la même catégorie appartiennent aux Hautes- Alpes.
M. Rambaud, dans le canton de Tallard, a créé un canal de 2 kilomètres, afin de pouvoir arroser une portion de sa petite propriété, qui n'a pas 13 hectares en totalité; il a mis 30 ans et dépensé 10,000 fr. pour accomplir son œuvre, mais il est parvenu à doubler le rendement de ses récoltes.
M. Galland, à Clémence-d'Ambel, arrose un peu plus de 5 hectares sur les 7 hectares qu'il possède ; il est dans un pays où l'irrigation est en usage depuis des siècles; on ne compte pas moins de six canaux dans la commune; il a participé à l'acceptation du règlement des eaux entre les membres des syndicats. Il récolte assez de fourrage pour nourrir 5 vaches laitières, 3 génisses, 10 chèvres, 40 moutons, 3 porcs et 1 mulet, c'est-à-dire plus d'une tête et demie par hectare. De* là les fumures abondantes qu'il peut faire, et qu'il accroît encore avec raison par des achats de paille et de feuilles et herbes sèches provenant des montagnes, et dont il se sert pour faire de la litière. Il y a dans tous ses actes d'administration des preuves d'urte intelligence remarquable.
M. Meissimilly exploite sur la commune d'Arvieux, dans le canton d'Aiguilles, une surface de 4 hectares en prairies particulièrement bien traitées, au double point de vue des fumures, de l'arrosage, de l'emploi économique des eaux; M. Meissimilly a, pour l'étendue, su mettre un nombreux bétail dans un parfait état. Il est le premier dans une commune remarquable où il rencontre beaucoup de rivaux pour bien cultiver, beaucoup produire et, j'ajouterai, pour peu dépenser. Le cultivateur des Alpes n'aime pas, on le sait, à sortir de l'argent de sa bourse, s'il est soucieux de chercher à la remplir.
Il serait bien long de développer, même succinctement, tous les mérites des 26 lauréats des médailles accordées hors concours par M. le ministre de l'agriculture sur la demande du jury; vous en entendrez la nomenclature succincte.
Il faut citer, toutefois, les médailles accordées pour concordance entre des travaux d'irrigation et des créations de fruitières. Il ne suffit pas d'encourager la création de prairies et de dire aux paysans des Alpes: faites beaucoup c!e foin; il faut encore leur faciliter les moyens de faire avantageusement consommer ce foin. La création des fruitières a été, à cet égard, un grand bienfait, et les agriculteurs qui, comme MM. Blanc, à Arvieux; Bresson et Jullien, àOrcières; Joseph, Jean et Christophe Laurens, à Ristolas; Boursier, à Abriès; Escalier, à Meleret, ont contribué à la création des fromageries par association, où la production du lait trouve un placement certain et avantageux., ont rendu de grands services à la cause du développement der irrigations. D'ailleurs, il faut bien, alors que l'on met des terres en défens afin de les reboiser et apporter ainsi une diminution forcée dans l'élevage de l'espèce ovine, il faut bien, disons-nous, donner aux populations des montagnes le moyen d'accroître fructueusement l'élevage de l'espèce bovine. Reboisez, c'est bien; mais en même temps, multipliez et réglementez les pâturages, arrosez ceux-ci, rendez-les stables et productifs; c'est là, avec l'extinction des torrents, l'œuvre qu'il faut accomplir pour restaurer les montagnes et sauver les plaines. Combien le rapporteur de la commission voudrait pouvoir faire valoir
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tant d'efforts modestes, qui se produisent loin du bruit des villes, dans le silence des campagnes solitaires, souvent délaissées, et où il importe de ramener ou de maintenir la prospérité. Elles sont bien placées, les médailles qui rappellent les mérites d'hommes tels que MM. Gueyraud, Cocordan, Turcan, Bertrand, Escallier, Grignon, Jouglard, Reynaud, Roux, Rozan, Bellon, Chevally, David, Gérard, Giraudeau, Laurens, Risoul, créateurs decanaux plus ou moins considérables, propagateurs de tous les progrès relatifs à l'emploi intelligent des eaux d'arrosages, pionniers des améliorations à toutes les altitudes, jusque près des neiges perpétuelles.
Entre tant de mérites divers, il fallait choisir pour l'objet d'art, prime d'honneur du concours d'irrigation. Le jury a désigné M. Arnoux,dont les travaux ont un caractère vraiment exceptionnel de bonne exécution et qui constituent une véritable conquête-ç puis il a désigné quatre employés des exploitations pour recevoir deux médailles d'argent et deux médailles de bronze qui figuraient dans les récompenses des collaborateurs aux chefs d'exploitation. C'est de la démocratie bien entendue; le partage de l'honneur après le partage du travail.
Et maintenant, me sera-t-il permis de tirer de ce concours quelques conséquences d'intérêt général, peut-être même de donner timidement quelques conseils?
Un auteur qui a laissé dans ce pays un souvenir d'estime, M. Fernaud, ancien secrétaire général delà préfecture des Hautes-Alpes, a été, en 1 820, récompensé par la Société nationale d'agriculture de France, pour un travail sur les irrigations du département. Dans ce mémoire, il a dit à plusieurs reprises : c'est avec delà chaleur et de l'eau qu'on produit toutes les plantes; le ciel donne la chaleur au cultivateur, donnons lui de l'eau, et la prospérité de l'agriculteur sera complète.
Oui, avec de l'eau et de la chaleur, les plantes deviennent vigoureuses, mais il faut encore remplir une condition : donner abondamment la fumure, donner l'engrais. On doit restituer au sol l'équivalent de ce que l'on y prend; il n'est pas de terre qui ne s'épuise si on n'y remet rien. La science a appris et la pratique a vérihé qu'il faut à toutes les récoltes, à celle du foin non moins qu'aux autres, beaucoup de fumier, et non pas seulement celui produit sur le terrain même, mais encore des engrais extérieurs, si Ton veut obtenir de grands rendements, les seuls qui enrichissent; la science a aussi montré qu'il ne suffit pas de donner de l'eau à une terre, mais qu'il faut encore, après avoir arrosé, assainir, c'est-à-dire qu'il importe de combiner les canaux de colature avec les canaux d'arrosage. A ce double point de vue, les cultivateurs des Alpes déjà entrés dans la voie du progrès, comme le prouve le concours de 1879, ont encore beaucoup à faire.
Le gouvernement de la République a contribué pour une forte part à l'œuvre qui grandit aujourd'hui. J'ai pu vous dire que les irrigations, dans le seul département des Hautes-Alpes, s'étaient augmentées depuis 1820 dans la proportion de 13 à 20. C'est surtout depuis 1870 que ce progrès s'est accompli, et sa marche en avant est accentuée par les mesures prises récemment par le gouvernement de la République qui prend à sa charge les travaux de canalisation ou en avance une forte partie, sauf à rentrer dans ses avances par des annuités lorsque les bénéfices seront venus récompenser les labeurs des cultivateurs.
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C'est ainsi que le canal de Prunières, le canal de Ventavon, le canal de Ristolas, celui de Gap, celui de Saint-Firmin et plusieurs autres, vont être terminés prochainement et féconderont tant de terres oii le cultivateur, dès qu'il aura de 1 eau, multipliera ses efforts pour avoir une production abondante, richesse pour lui, richesse pour le pays tout entier. Bientôt plus de 5.000 hectares nouveaux recevront aussi le bienfait de l'arrosage. Les associations syndicales, désormais débarrassées de la gêne qui trop souvent empêche leur action, fonctionneront avec succès ; le cultivateur ne trouvera plus l'eau trop chère, lorsqu'il en profitera avec sécurité. Les subventions de l'Etat qui s'élèvent à plusieurs millions de francs pour les Alpes, ne seront ni regrettées ni marchandées par les pouvoirs publics, alors que leur fécondité sera manifeste. L'eau qui est une nécessité absolue pour l'agriculture méridionale, lui sera abondamment fournie; et au lieu delà désertion des campagnes, on pourra alors voir de nombreuses familles repeupler des contrées où une brillante et vigoureuse végétation appellera de beaux troupeaux et retiendra des habitants reconnaissants. C'est à cette œuvre que vous vous êtes associés, messieurs, en m'écoutant ! Puissent tous nos vœux, pour la prospérité de vos montagnes, être complètement et prochainement exaucés !