IV. — Récompenses décernées par le Jury
1" Catégorie. — Propriétés contenant plus de 6 hectares de terre arrosées. — 1" prix, objet d'art 1, M. Gabriel Arnoux, propriétaire aux Mées (Basses-Alpes); 2°, M. Lucien-Yves Mazan, propriétaire, àLarage (Hautes-Alpes); 8° et4% méJailles d'argent, M.M.Aurouze, fermier, à Charance, commune rie Gap (Hautes-Alpes)*; Jean Martin, propriétaire, à Laye (Hautes-Alpes).
2» Catégorie. — Propriétés arrosées d'une étendue de 6 hectares et au-dessous. — 1" prix, médaille d'or, M. Joseph Dpblieux, f-^rmier, à M-zel (Basses-Alpes): 2% médaille d'argent, M. Paul- Germain Ram'-aud, propriétaire, à Sigover (Hautes-Alpes) ; 3= et 4% médailles de bronze, MM. Jacques-Michel Galland, propriéiaire, à Clémence-d Ambel (Hautes-Alpes) ; Charles Meissimilly, propriéiaire, à Arvieux (Hautes-Alpe~).
Récompenses aux agents des exploitations primées. — ■Médailles d'argent, MM. Hippolyte Morenas, employé chez M. Arnoux; Louis Deblieux, employé chez M. Joseph Deblieux. — Médailles de bronze, MM. Pierre Reynaud, employé chez M. Mazan ; Louis-Adriea-Michel Galland, employé chez M. Jacques-Michel Galland.
Récompenses supplémentaires. —Médailles d'argent grand module, M. Jean-Dcsiré Blanc, propriétaire à Arvieux (Hautes-Alpes); M. Jules Bresson, fermier à Orcières (Hautes-Alpes); .M. Jacques Bues, propriétaire à Ristolas (Hautes-Alpe^) : M. Jacques-Etienne Cocordan, propriétaire à Vars (Hautes-Alpes); M. Gueyraud fils, fermier à Pontoise, commune de Gréoulx [Basses-Alpes): M. Marius Jullien, propriétaire à Orcières (Hautes-Alpes); M. Joseph Laurens, propriétaire à Ristolas (Hautes-Alpes); M. Pierre Reynaud, pr.>priétaire à Montmaur (Hautes-Alpes); M. Joseph Turcan, propriétaire au château de Bévans, à Bévans (Basses-Alpes).
Médailles d'argent, M. Valentin Bertrand, propriétaire et fermier à Aiguilles (Hautes-Alpes) ; M. Boursier, propriétaire à Abriès (Hautes-Alpes) ; M. Jacques Cornand, propriétaire à Montmaur (Hautes-Alpes); M. Jean Escallier, propriétaire au Méiezet, commune des Orres (Hiutes-Alpes); M. Charles Eymar, propriétaire à Arvieux (Hautes-Alpes); M. Jean-Baptiste Grignon, propriétaire à Embrun (Hautes-Alpes); M. Jnuglard, propriétaire du domaine des Sanières, commune de Gap (Hautes-Alpes); \IM. Jean et Christophe Laurens, propriétaires à Ris'olas (Hautes-Alpes); M. Joseph Reynaud, propriétaire à Sallerans (Hautes-Alpes) ; M.Jean Roux, fermier à Montmaur (Hautes- Alpes); M. Joseph Rozan, propriétaire à Guillestre (Hautes-Alpes).
Médailles de bronze. — M. Pierre Bellon, propriétaire à Guillaume-Peyrouse (Hautes-Alpes) ,• M. Victor Chevally, propriétaire à Varsie, com'iiune de Gap (Hautes-Alpes); M. Adolphe David, propriétaire à Vars (Hautes-Alpes); M. Auguste Escallier, propriétaire aux Fauvins, commune de Gap (Hautes-Alpes); M. Joseph Gérard, proi riétaire à Histolas (Hautes-Alpes); M. Salomon Givaudar, propriétaire à Bersac (Hautes-Alpes); M. Pierre Laurent, (fils de feu François), propriétaire a Ristolas (Hautes -Alpes); M. Barthélémy Risoul, propriétaire à Vars (Hautes- Alpes) .
Pendant que j'écris ces pages, il se greffe chaque jour des milliers de vignes, d'après mon système ou d'après l'un de ceux que je viens
1. L'objet d'art est décerné en remplacement de la médaille d'or au lauréat du premier prix de Tune des deux catégories, reconnu relativement supérieur ou jugé digne d'être plus spécialement signalé pour l'aménagement économique des eaux (Art. 3 de l'arrêté ministériel).
2. Extrait du Traité théorique et pratique du greffage de la vigne. — Un volume in-8°, à la librairie de G.
102 A l'œuvre.
de décrire. C'est, un travail fécond dont ceux qui le font seront bien vite récompensés. Mais combien de viticulteurs perdent un temps précieux et restent les bras croisés, atLcndant que le phylloxéra s'en aille on que la pluie le noie ou que le froid le gèle, ou que les savants l'empoisonnent ou que le gouvernement le détruise!
Or, le phylloxéra ne s'en ira pas tant qu'il trouvera une vigne à dévorer; la pluie ne le noie jamais; quand il a été gelé par le froid, il se dégèle par la chaleur et repousse comme le chiendent ; les savants en empoisonnent des milliers et des milliards^ mais les survivants ne s'en portent que mieux, et ils ont vite fait de remplacer les défunts; quant au gouvernement, il commence à se dégoûter du métier qu'on lui fait faire et qui n'est pas plus le sien que celui de destructeur des punaises, de preneur de taupes ou même de pépiniériste en vignes. Il n'a d'ailleurs qu'à compter ce que lui coûte ce beau métier et ce qu'il lui rapporte : d'un côté, les millions dépensés en pure perte; de l'autre 100,000 hectares de vignes envahis chaque année, et les plaintes fondées des contribuables qui trouvent mauvais que l'argent des pays ruinés soit dépensé, dans les régions qui ne le sont pas encore, en expériences coûteuses et en essais hasardés.
Ce n'est ni du gouvernement, ni du ciel, ni même de 1 Académie, que le salut nous tombera comme une caille toute rôtie. Que Dieu nous garde des sauveurs, quels qu'ils soient, et surtout de ceux qui veulent nous sauver malgré nous et par force. En viticulture, comme pour tout le reste, n'ayons d'autres sauveurs que nous-mêmes.
Ce qu'il nous faut d'abord, c'est la liberté. On a inventé des milliers de remèdes contre le phylloxéra; il ne nous en manque plus qu'un qui vaut plus à lui seul que tous les autres ensemble, qui seul permet de les choisir et de les employer utilement, qui les renferme et les dépasse tous, et sans lequel tous les autres sont impuissants : c'est la liberté.
Nous l'avions autrefois; mais au moment où nous commencions à savoir nous en servir, la viticulture a subi, elle aussi, ses journées de décembre. Et maintenant qu'autour d'elle tout s'affranchit et tout respire librement, elle est encore soumise à un régime exceptionnel et césarien. Je ne veux accuser personne, je me borne à constater un fait, une sorte d'anachronisme étrange, injusticiable, un malheureux coin oublié et laissé, par mégarde, en dehors des réformes et des progrès que nous voyons s'accomplir de tous côtés.
La viticulture souffre, la viticulture se meurt : elle va périr sous les étreintes de son terrible adversaire. Qu'a-t-on imaginé jadis pour lui donner des forces? On l'a couverte de chaînes; on l'a entourée d'entraves; elle ne peut faire un pas sans violer quelqu'une de ces mesures protectrices qui ne sont elles-mêmes que des violations de son droit primordial de légitime défense, et l'on s'étonne qu'ainsi garrottée, entravée, réduite à n'employer que des armes dont elle ne sait, ne peut ou ne veut se servir, elle ne puisse se défendre contre les légions d'ennemis qui la rongent ou qui la protègent!
Le vigneron des régions envahies par le phylloxéra est exactement dans la môme situation que s'il était attaqué par une bande de brigands. Supposons qu'on lui défende, pour repousser les assaillants, de se servir de son bras droit ou d'employer d'autres armes que des sabres de bois et des pistolets de paille, et qu'on interdise, en outre,
à ses voisins de venir à son secours?.... Qu'on essaye donc de faire pour la viticulture ce qu'on fait pour tout le reste. Qu'on lui ôte ses chaînes, qu'on la débarrasse de ses entraves, qu'on lui donne de l'air, de la lumière, de la liberté et, l'on verra si, remise enfin en pleine possession de tous ses droits de légitime défense, maîtresse de ses mouvements, libre de choisir ses armes, elle ne saura pas tenir tête au phylloxéra et retrouver bientôt son ancienne splendeur.
A l'œuvre donc ! Au lieu de demander sans cesse au gouvernement des subventions, des secours, des aumônes qui ne peuvent être que temporaires et limités, car ils sont nécessairement pris dans la bourse d'autres contribuables plus infortunés peut-être que nous; au lieu de lui demander des mesures restrictives, et soi-disant protectrices, qui sont impuissantes à arrêter le fléau et qui n'arrêtent que le progrès, demandons-kii d'abord la liberté, qu'il sera heureux de nous accorder^, demandons-lui des chaires d'agriculture, des laboratoires d'analyse, des stations agronomiques, des conférences, des concours, des expositions-, tous les moyens de nous instruire qui sont les vrais moyens de nous défendre. Demandons-lui des canaux pour submerger nos vignes, des chemins et des diminutions de frais de transport pour nos engrais, des dégrèvements d'impôts sur les produits de la vigne; des lois sur le crédit agricole, sur les syndicats, les associations qui augmenteront nos forces en nous permettant de les unir pour nous défendre; demandons-lui tout ce qu'il peut, tout ce qu'il doit nous donner, et soyons assurés que nous l'obtiendrons.
Demandons à la science le secours de ses lumières. Mais déclaronslui nettement que, tout en lui étant profondément reconnaissante de ses bienfaits, la viticulture veut rester maîtresse chez elle.
La viticulture est heureuse d'avoir la chimie agricole pour alliée dans sa lutte contre le fléau et dans la recherche des engrais fertilisateurs. Elle est prête à accepter et à payer généreusement les services de la collaboratrice, mais non à subir son joug et à lui laisser prendre chez elle la position dominatrice de servante-maîtresse. La viticulture pratique, agricole et productive des vignerons, ne se laissera jamais anéantir et supplanter par la viticulture chimique, empirique et abstractive des laboratoires. Tous les viticulteurs sont disposés à être toujours les amis des chimistes, mais jamais leurs esclaves.
Avec la liberté — que nous avons déjà ou que nous aurons dès que nous le voudrons, — avec la science — qui consentira volontiers à n'être que notre auxiliaire, notre alliée, notre amie et non notre tyran, — avec notre propre courage, avec notre ferme volonté de triompher, qui sont toujours les premières et les plus indispensables de nos armes, mettons-nous tous résolument à l'ouvrage !
Que ceux qui ont de l'eau submergent leurs vignes ; que ceux qui ont des sables plantent dans les sables, ceux-là sont les privilégiés, mais ils sont bien rares.
Que ceux qui ont des vignes à grands rendements ou à vins chers — et des bourses bien garnies — essayent de lutter au moyen d'insecticides quelconques, accompagnés d'abondantes et énergiques fumures ; ce sont encore des heureux, mais ils feront bien de songer à l'avenir.
Quant à nous qui n'avons ni sables ni vignes submersibles, à nous
1. Tous les arrondissements qui l'ont demandée sérieusement l'ont obtenue.
2. Pas de pépinières ! c'est l'affaire des Ecoles d'agriculture ou des Sociétés viticoles de chaque région.
104 A l'œuvre.
qui formons riinmense majoritédes viticulteurs, il ne nous reste qu'un moyen, mais un moyen facile et sûr de résister au fléau : c'est de planter, des vignes qui lui résistent. Greffons-les si nous voulons conserver nos vieilles variétés françaises; gretfons, si nos vignes sont détruites, pour les remplacer ; greffons, si elles sont atteintes, pour les maintenir; greffons, si elles ne sont que menacées, pour être prêts à la défense.
Ce qui nous manque le plus souvent, ce sont les sujets. Si nous voulons les avoir abondamment et à bon marché', il faut les produire nous-mêmes et, avant d'être greffeurs, il faut être nos propres pépiniéristes. Je cherche à comprendre par quel raisonnement un écrivain distingué d'un journal sérieux' en est venu à se dégoûter des vignes américaines qu'il croit bonnes, à en dégoûter les autres, parce qu'elles sont chères.
Les asperges aussi sont chères et aussi les beaux fruits, les belles fleurs et les beaux légumes, et ce n'est pas une raison pour n'en pas planter. Il y a bien d'autres choses qui sont chères : les truffes, les huîtres, le Champagne, les bons dîners, les bons articles, les beaux chevaux, les belles... peintures, et pour celles-là je comprendrais qu'on eût quelque bénéfice à en dégoûter les autres; mais je doute qu'on y réussisse... et pas davantage pour les vignes américaines.
Quant aux porte-greffes, si vous les trouvez trop chers, plantez-en. C'est pour eux qu'on a inventé la maxime : Times is money^ et si vous ne voulez pas les acheter avec de l'argent, achetez-les avec du temps. Il vous en faut mille, plantez -en dix; et avec le temps, vous aurez à bon marché, non seulement votre mille, mais des dizaines de milliers. Ce qui les rend chers, c'est que ceux qui en veulent sont plus nombreux que ceux qui en ont. Que chaque viticulteur augmente le nombre de ceux-ci, et l'on verra.
Un autre obstacle à la propagation des porte-greffes est l'ostracisme inexplicable dont sont frappées les boutures américaines. 11 serait difficile d'imaginer une mesure plus impossible à justifier et plus profondément nuisible à la viticulture. Mais il faut avoir bon espoir.
La théorie de la génération spontanée du phylloxéra dans les pépins américains a été repoussée, dit-on, par l'Académie, et les pépins américains circulent librement.
On laisse circuler librement aussi les trains de chemins de fer qui peuvent, en'^été, entraîner des nuées de phylloxéras, et qui ont certainement contribué pour une large part à Tinvasion du Beaujolais, de la Bourgogne, etc. Le phylloxéra lui-même peut circuler librement d'un pays à un autre, non seulement sur l'aile du vent, mais sur les bagages d'un voyageur, sur le chapeau d'un inspecteur, sous les semelles de bottes d'un touriste et jusque dans la barbe d'un insecticideur. On finira bien — et bientôt — par laisser circuler librement les boutures américaines, sur lesquelles tout le monde sait, ou devrait savoir, qu'il est impossible de trouver un phylloxéra pendant
1. 1] ne faut pas s'en rapporter, sur cette question, à certains renseignements dont on pourra apprécier l'exactitude par l'exemple suivant :
Dans un rapport sur le traitement des vignes de l'Hermitage, contresigné par un honorable viticulteur habitant Lyon, et reproduit par tous les journaux, je trouve à la page 19 : « Achat de 12,000 boutures de Clinton à 35 fr. le cent; 4.200 fr. ; intérêts à 5 pour 100 d'une avance de 4,200 fr. pendant trois ans, 67ô fr. Total, 4,875 fr. »
Or on peut fdcilement se procurer 12,000 boutures de Clinton pour 200 fr. Ce n'est qu'une petite erreur de 4,665 fr. sur 4,875 — plus de 95 pour 100 — et l'on eu rencontre chaque jour de pareilles dans les notices de ce genre.