Communication à la Société Dationale d'agriculture
Bois d'arbres non tués par la gelée. Bois d'arbres tués par la gelée.
PMOOdeboisnaturel. Régine p. l(i(» P' lOûde boisnaturel. Hésinep.io<i
Bésine. Jlumidilf. bois sec. Résine. Humidité, bois sec.
Bois de deux troncs comparables
entrecux l.o 35.5 1.9 3.3 3^. G 5.0
Arbres de 28 ans C.3 32.3 7.5 2.5 52.3 5.1
Bûche prise avant la gelée U.'J ll.O 10 — — —
Bois de la cime de deux arbres. l.'> -35.5 1.8 1.7 57.0 3.9
Arbresde leans 1.2 11.6 1.3 1.4 13.2 1.6
Arbres de 20 ans 1-3 11.4 1.4 2.8 11.3 3.1
Arbres de 40 ans j£ 11.1 1-3 1.6 14 9 1.8
Moyennes 1.9 ' 21.2 2.3 2.2 31.3 3.4
On voit qu'en général le bois gelé contient, pour 1 00 de bois naturel, un peu plus d'eau et de résine, et que pour 100 de bois sec la quantité de résine est assez notablement supérieure à celle que contient le bois non gelé.
C'est donc à tort et trompé par une fausse apparence que l'on a affirmé que les bois gelés sont dépourvus de résine. Il semblerait même que le contraire a lieu. Ce résultat qui paraît paradoxal est peutêtre dû à ce que, sur les bois vivants, une certaine partie de la résine a été détruite pendant la végétation printanière ou qu'elle s'est écoulée, soit à la surface des coupes, soit à l'intérieur même des tiges par suite de lésions mécaniques produites par le gel. Il me paraît probable que c'est à une telle cause que l'on peut attribuer la richesse exceptionnellement grande en résine de Téchantillon n' 3.
En somme, le bois gelé n'est pas moins riche en résine que le bois non gelé, mais la résine ne s'en écoule plus. A quoi est dû ce phénomène? Doit-on admettre que la résine a subi sous l'action du froid quelque modification? Je ne le pense pas. Ce que produit la gelée dans les tissus de l'arbre, ce n'est pas l'altération de la résine, mais une certaine désorganisation des membranes cellulaires qui en change complètement les propriétés osmotiques et physiologiques. On sait que la mort, qu'elle soit due au froid, ou à un excès de chaleur, ou à tout autre cause, modifie les propriétés des parois des cellules qui laissent filtrer les substances dissoutes que, vivantes, elles contenaient à leur intérieur et que, mortes, elles ne peuvent plus retenir. On sait aussi que, sous l'action du froid, le liquide abandonne l'intérieur des cellules pour aller former des glaçons hors d'elles dans les espaces intercellulaires que l'air occupe d'ordinaire. On connaît bien l'aspect llasque et transparent que présentent les feuilles gelées au moment du dégel. Cette eau extravasée et accumulée entre les cellules s'évapore rapidement, et les cellules, elles-mêmes, tuées et privées de leur eau de végétation par le gel, forment bientôt un tissu noir, sec et friable qui semble avoir été brûlé.
On doit admettre que, dans les troncs de pin maritime tués par la gelée, il a dû se passer des phénomènes analogues. Cela ressort, du reste, des réponses que j'ai reçues de plusieurs propriétaires de Sologne aux questions que je leur ai adressées à ce sujet : les arbres tués par la gelée étaient imbibés d'eau au dégel d'une façon extraordinaire : « Le bois fondait littéralement en eau, au dire des ouvriers, fait com- « plètement inconnu jusqu'alors, j> m'écrivait M. de Laboulaye en revenant d'une réunion de propriétaires de Sologne qu'il avait bien voulu interroger à ma demande sur ce point intéressant.
Dos troncs d'arbres gelés que j'ai vas au bois de Boulogne m'ont paru de môme gorgés d'une quantité d'eau tout à fait extraordinaire, et les premiers échantillons de bois gelés qui m'ont été envoyés étaient encore imbibés d'une telle quantité de liquide au'ils laissaient sumter l'eau sur le côté de l'instrument que 'on: aisait entrer dans une ron délie pour la fendre, comme eut fait une éponge humide très fortement pressée.
Les tissus laissant ainsi échapper leur eau de végétation sont évidemment dans un état autre d'équilibre intérieur que ceux qui, pleins de vie, ne laissent pas filtrer leur contenu. La turgescence des cellules est la cause de tensions intérieures souvent considérables, et c'est certainement à la pression que les cellules entourant les canaux résinifères exercent sur eux qu'est due l'expulsion de la résine aussitôt qu'on les ouvre, comme on le fait, par exemple, quand on entaille d'un coup de serpe un tronc de pin vivant. Au contraire, dans un pin gelé les cellules ont perdu leur contenu liquide, elles sont vides et réduites de volume, elles ne compriment plus les canaux résinifères et c'est pour cela qu'ils ne se vident plus.
En résumé, le bois gelé contient, au moins, autant de résine que le bois sain; c'est à l'altération des parois cellulaires seule qu'est due la non-apparition de gouttes de résine à la surface des entailles que l'on fait sur le bois gelé.
La modification produite par le gel sur les organes élémentaires des tissus des bois en doit-elle entraîner la plus rapide décomposition ? Je n'ai pas encore répondu d'une façon positive à cette question qui intéresse bien vivement les propriétaires de Sologne; je donnerai seulement ici, à litre de document, le résultat d'expériences sur les propriétés hygrométriques des bois gelés et non gelés. Des échantillons comparables, du reste, d'âge, de provenance et dans un même état de siccité, ont été placés, durant douzejours, dans une atmosphère limitée et saturée d'humidité. On voit dans le tableau suivant que les bois gelés ont absorbé un peu plus d'eau que les bois non gelés.
Poids
du
bois sec.
Poids
du
bois humide.
Quantité
d'eau absorbée
Quantité
d'eau absorbée
par 100 grammes
de bois sec.
Bois d'un arbre de 3 ans
non gelé, gelé
grammes. .303. '2 237.6
grammes.
grammes.
grammes.
Bois d'un arbre de 16 ans
non gelé.
i gelé.. ..
D'après cette expérience, il y a, ce semble, lieu de craindre que les bois gelés, se chargeant plus facilement d'humidité, se conservent moins bien que les bois non gelés, car on sait que l'humidité est éminemment favorable au développement des champignons qui produisent la rapide destruction du bois- Prillieux,
M'ambre de la Société nationale d'agriculture.