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I.— CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

De tout temps les peuples ont eu le goût des exhibitions publiques qui ont puissamment aidé à la prospérité de leur commerce et de leur

industrie, et aussi, disons-le, aux progrès divers dont le résultat est de servir avec succès la cause de la civilisation. Ces expériences du passé, reproduites au moyen âge, sont encore pratiquées de nos jours, mais avec toute la splendeur et la perfection que permet l'état prospère de l'agriculture et du commerce des différents pays qui les apprécient.

Or le but poursuivi dans ces circonstances est atteint non seulement par les grandes assises internationales, dont les Expositions de Londres, en 1851 et 1862, celle de Vienne, en 1873, ainsi que celles de Paris, en 1855, 1867 et 1878, sont les plus beaux exemples qui puissent être offerts aux nations soucieuses de suivre la même voie, mais aussi. par les expositions locales et les concours régionaux qui, pour avoir un champ d'action plus restreint, n'en portent pas moins des fruits sérieux et multiples

Quels services n'a pas rendus à la métropole, depuis 1857, l'institution de la prime d'honneur, créée d'abord pour la grande propriété, puis en 1869 mise à la portée d'un plus grand nombre de cultivateurs par la formation de plusieurs prix culturaux? Quels avantages les agriculteurs n'en ont-ils pas retirés, ainsi que de la tenue des concours régionaux où chacun d'eux vient examiner les instruments nouveaux, apprécier les formes des meilleurs reproducteurs, s'assurer des bonnes espèces de semences qu'ils peuvent avoir intérêt à utiliser?

Le zèle de chaque individu se trouve ainsi stimulé, et les améliorations dans les procédés agricoles et industriels d'un pays ne tardent pas à se produire, surtout lorsque, par de sages réformes, nos gouvernants s'appliquent à maintenir les programmes de ces luîtes pacifiques à la hauteur des différents progrès.

C'est pour ces motifs que l'Algérie a été, presque de tout temps, favorisée de semblables institutions qui ont ici, plus que partout ailleurs, leur véritable raison d'être, puisque leur but, comme nous l'avons déjà dit, est avant tout d'enseigner, pour chercher à mettre en mouvement les forces, encore inutilisées, qui ne demandent qu'à produire.

Ajoutons qu'elles ont donné d'excellents résultats, la population de la colonie se déplaçant facilement dans le but d'assister à une expérience, de voir fonctionner un instrument nouveau, ou de suivre les détails d'une culture perfectionnée.

La statistique des chemins de fer algériens confirme celte remarque, la proportion des voyageurs, dans des conditions semblables, étant beaucoup plus grande que celle des marchandises.

Au moment où nous entrons dans une ère nouvelle, il ne sera peutêtre pas inutile de regarder en arrière, et de résumer, sans autre détail, les expositions qui ont eu lieu dans la partie Nord de l'Afrique où la France entreprend une véritable mission de civilisation en même temps qu'une œuvre importante au point de vue de la prospérité économique du pays.

La première de toutes eut lieu dans la cour du collège d'Alger au mois de septembre 1848, conformément à l'arrêté du gouverneur général du 8 juillet de la même année. Les producteurs européens des trois provinces, sans distinction de territoire, y furent conviés, et des primes d'encouragement furent décernées avec les prix accordés aux produits exposés.

En 1849, le minisire de la guerre décida que les dispositions de l'arrêté du Président de la République, en date du 18 janvier, sur l'exposition des produits agricoles et industriels de France, seraient étendues aux départements algériens, tandis que Constantine bénéficiait des avantages qui avaient été, l'année précédente, le partage de la ville d'Alger.

Pendant les années 1850, 1851, 1852, 1853 et 1854, les expositions eurent lieu simultanément dans les trois provinces, suivant un programme uniforme, et dès cette période les commissions d'examen mirent en relief le bétail, quelques végétaux industriels et les fruits des vergers de l'Est, les améliorations de toutes natures introduites dans les procédés de culture du Centre, les efforis considérables des colons de l'Ouest et les importants domaines qui couvraient déjtà cette partie du territoire.

L'expérience de ces dernières années permit à la colonie de tenir une place sérieuse à l'Exposition universelle de 1855, et en 1856 un arrêté du gouverneur général du 15 septembre décida qu'il y aurait tous les ans une exposition générale des produits de Tagriculture et des différentes industries agricoles, et que ces expositions seraient ouvertes successivement au chef-lieu de chacune des trois provinces, où tous les indigènes et les Européens de la colonie seraient indistinctement admis, les cultivateurs de la province dans laquelle l'exposition aurait lieu, pouvant seuls concourir pour les objets dont l'examen devait se faire sur place : plantations d'arbres, irrigations, exploitations agricoles. Par suite le concours pour les bestiaux fut seul maintenu, cette année-là, dans les trois divisions administratives. C'est dans ces nouvelles conditions que ces solennités eurent lieu à Aliier en 1857, à Oran, en 1858, pour être réorganisées ensuite par l'arrêté du 30 août 1861 .

Le 31 mars suivant, un nouvel arrêté, portant que l'exposition générale se tiendrait cette année à Alger, annonçait en même temps qu'une prime d'honneur serait décernée à l'agriculteur dont l'exploitation la mieux dirigée aurait réalisé les améliorations les plus propres à être offertes comme exemple. Mais aucune des fermes présentées ne réunit, d'après le rapport du jury, les conditions exigées par le programme.

En 1863, cette haute récompense fut accordée à la ferme de Medez- Aman, près Guelma dans le département de Constantine, et en 1864 à celle de Saint-Charles, appartenant à M. Daudrieu, agriculteur du département d'Oran.

Ces solennités furent alors interrompues durant une longue série d'années, pendant "laquelle l'Algérie affirma cependant ses nombreux progrès à l'Exposition internationale de Paris, en 1867, où 1,05() exposants obtinrent 276 récompenses, à Vienne en 1873, et enfin à l'Exposition universelle de Paris, en 1878, où plus de 3 millions de personnes visitèrent le pavillon spécial de la colonie, admirant les riches et variés produits présentés par 1,990 exposants auxquels furent attribuées 470 récompenses, dont 32 médailles d'or.

A ce moment se produisit un fait particulier d'une haute importance, puisque c'est à lui, en partie, que nous devons notre organisation actuelle, et que nous ne saurions, par suite, passer sous silence. Depuis 1870, le pays, meurtri des blessures résultant d'une cam-

CONCOURS REGIONAL D ORAN, 179

pagne malheureuse et néfaste, n'avait cherché qu'à panser ses plaies, en concentrant tous ses efforts sur les travaux de nature à réparer tant de désastres, lorsque bientôt, par l'application de sages lois économiques, par l'ardeur, l'énergie et l'activité déployées dans toutes les branches des productions nationales, mettant en œuvre les forces vives du peuple français, l'arriéré fut enlin liquidé, et les regards de chacun se portèrent sur un avenir meilleur.

C'est alors qu'en Algérie, oii, pendant ces longues heures de muette et de fiévreuse réparation, les peines, les sacrifices, puis les espérances de la mère-patrie, ont été successivement et intimement partagés, s'ouvrit une ère nouvelle au déi)ut de laquelle se créèrent de nombreuses associations dans le but de donner une impulsion nouvelle à l'agriculture locale.

La Société d'agriculture d'Alger, dont le dévouement soutenu remonte bien avant dans le passé, organisa alors, en 187G, une brillante exposition, à l'occasion de laquelle la prime d'honneur fut vaillamment disputée par de dignes émules, puis finalement décernée à M. Gros, propriétaire àBoufarik.

Cet exemple, tiré de ce qui se pratique en France où, à côté de la grande prime d'honneur du gouvernement, il existe aussi des récompenses semblables accordées par des associations opérant grâce à des crédits mis à leur disposition par des corps élus et qui forment un excellent stimulant, fut suivi par le Comice agricole d'Oran dont les efforts furent couronnés d'un plein succès en 1 877, et qui remit la prime d'honneur à M. Sommer, pour sa ferme de Moussa-Thuill.

Dans l'Est de la colonie une série de concours commença avec la création de la Société d'agriculture de Constantine; le premier se tint au chef-lieu, en octobre 1874, le second eut lieu à Bône en septembre 1875, et le troisième à Philippeville en octobre 1876, époque où la prime d'honneur fut attribuée à M. Ceccaldi, pour la ferme des Zerdezas.

En ! 877, les préparatifs de l'Exposition universelle de Paris arrêtèrent la Société de Constantine qui s'adonna tout entière à la grande œuvre, tandis que le Comice de Bône faisait des démarches auprès du député du département en vue d'obtenir une subvention de nature à rehausser l'éclat du concours qui devait se tenir dans cet arrondissement.

M. Gaston Thomson sollicita le ministre de l'agriculture qui fut frappé des immenses avantages qui résulteraient pour la colonie de l'introduction des pratiques suivies dans la métropole, et l'application des concours régionaux fut ainsi décidée.

La première expérience se fit à Bône à la fin du mois de septembre 1879, et les lecteurs du Journal de V Agriculture ont pu apprécier les heureux résultats obtenus en cette circonstance.

Nous assistons en ce moment au second essai qui, nous le verrons bientôt, sera non moins intéressant que celui qui Fa précédé, et auquel tout présage un réel succès.

C'est parce que ces réunions doivent se compléter mutuellement, servir d'enseignement aux uns, de termes de comparaison aux autres et fournir l'occasion de parler de chaque région agricole que la direction de cette publication nous a prié de rendre compte de celte solennité. Nous nous sommes d'autant plus empressé daccepter cette invi-

tation que nous avons la conviction que l'Algérie sera réellement appréciée le jour où on la connaîtra telle qu'elle est. Aussi allons-nous résumer les efforts tentés par tous les intéressés pour assurer la réussite d'une œuvre essentiellement agricole, entreprise au moment oii se produit l'extension du territoire civil, événement dont l'importance n'échappera à personne.

A ceux que nos modestes arguments n'auront pas convaincus, nous nous bornerons à répéter : venez voir par vous-mêmes, ne craignez pas quelques heures de traversée, quelques jours d'absence pour vous renseigner.

Vous aurez, pour vous recevoir, une population laborieuse, active, intelligente, et qui a le sentiment de l'hospitalité et de la sociabilité poussée au dernier point. Les distractions ne vous feront pas défaut, et vous trouverez sur place tout ce que la vie intellectuelle peut désirer, en même temps qu'un ciel toujours beau, des situations naturelles originales, des mœurs hétérogènes très curieuses à étudier.

Mais vous admirerez surtout nos riches produits agricoles, notre industrie qui s'affermit, nos travaux de tous les jours, les immenses résultats qu'ils produisent, et vous repartirez amis sincères et défenseurs dévoués de cette colonie trop peu connue jusqu'à ce jour.

Le prochain concours régional qui se tiendra à Alger au mois d'avril 1881 fournira, nous l'espérons, une belle occasion de venir contrôler notre manière de voir. L. Bastide,

Président du Comice de Bel-Abbès.

HAIES ET CLOTURES

C'est pendant l'hiver que se font les opérations de plantation ou d'entretien des haies et des clôtures. Nous croyons donc utile d'emprunter au Traité général des parcs el jardins, de M. Edouard André,

Fig. 13. — Haie plantée sur le bord d'un fossé.

Fig. 14.

Haie plantée au fond d'un fossé.

quelques indications sur l'organisation des haies, qu'on lira avec intérêt.

Tout d'abord, dit-il, il faut proscrire les haies à double rangée qui laissent passer les animaux et se dérangent facilement. La plantation se fait ou sur le bord ou sur le fond d'un fossé. Le plus souvent, dans le premier système, on plante (fig. 13) un rang de jeunes arbres à 50 centimètres du bord du fossé ou de la limite de la propriété. Si

HAIES ET CLOTURÏS.

l'on plante au fond du fossé, on peut également ne faire qu'une ra (iig. 14); on n'aperçoit à distance que la partie supérieure, et

ngée elle

Fig. 15. Haie multiple au fond d'un fossé.

Fig. 16. — Haie d'ajoncs, en Bretagne,

forme une clôture très défensive. Mais M. André préfère le modèle de plantation en lignes multiples au fond et sur les talus, comme le

jÉ.rA

Fig. 17. — Haie sur un mur, à Guernesey. Fig. 18. — Haie sur un mur, en Angleterre.

montre la fig. 15. Cette haie, qui paraît à l'œil peu importante, forme toutefois un obstacle infranchissable.

Dans quelques parties de la Normandie et de la Bretagne, ainsi que

Saut de loup fleuri, à Milan.

dans les îles de la Manche, on plante des haies d'ajoncs, comme on le voit dans la fig. 16, qui en indique une coupe. Les ajoncs sont plantés au sommet de cordons de terre élevés au-dessus du niveau des champs; sur les côtés, on plaque xles mottes d'herbe A A pour retenir les terres; les ajoncs B sont coupés chaque année.

182 HAIES ET CLOTURES.

Les haies peuvent servir d'ornement, en même temps que de clôture. M. André cite notamment le modèle que représente la fîg. 17, et qui est répandu à Guernesey. Un mur, sur le bord du chemin C, soutient les terres relevées en dedans de la propriété; la haie est plantée en A, de lauriers-amande, de fusains du Japon, ou de laurierstins; une bordure de fougères B en orne le pied. — Voici (fig. 18) un autre modèle adopté en Angleterre : le mur est haut d'un mètre; les terres, relevées à l'intérieur, ont reçu une plantation de lauriersamande A assez éloignés du bord pour pouvoir se développer en liberté ; sur le devant, des lierres B retombent et cachent entièrement la muraille jusqu'au sol G.

L'effet défensif et ornemental des haies peut être combiné avec des sauts de loup. Le parc public de Milan présente, dit M. Edouard André, une plantation de ce genre (fig. 19) qui fait l'admiration des visiteurs. Le talus du saut de loup est planté depuis le fond B jusqu'en C, sur toute sa hauteur, de massifs homogènes de lilas, de ketmies de Syrie, de spirées, qui produisent un effet charmant lorsqu'on les voit de l'avenue intérieure A.

La plantation des clôtures simples se fait en défonçant une bande de terrain, de 50 centimètres à 1 mètre de largeur, sur une profondeur de 60 à 75 centimètres, plusieurs mois avant la plantation. On espace les jeunes plants de 10 centimètres. La première année, on les rabat près du sol, et les années suivantes on les taille de plus en plus long, suivant les dimensions que la haie doit prendre. J. de Pradel.

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