‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 528 sur 752 · SUR LE CONGRÈS VITICOLE DE SARAGOSSE · texte numérisé non relu

SUR LE CONGRÈS VITICOLE DE SARAGOSSE

faut être prudent lorsqu'on engage à remplacer nos cépages par des cépages américains.

Le troisième congrès a été celui de Saragosse. A Saragosse, dans une région oi^i le phylloxéra est encore heureusement inconnu, les agriculteurs ne pouvaient répondre aux délégués étrangers qui disaient que les insecticides sont trop chers et que surtout ils sont insuffisants pour arrêter le mal; que la submersion est, avec le sable, le seul moyen de combattre la maladie; mais la submersion n'est praticable que dans des cas très rares; elle demande beaucoup d'eau, des sols en plaine et il faut de plus que le sol sur lequel agit l'eau ne soit ni trop perméable ni trop imperméable. Alors il ne reste plus que les vignes américaines pour combattre la maladie de la vigne.

Voilà ce qu'on a été dire en Espagne et ce que répète le Journal de r agriculture d'après une correspondance envoyée de Saragosse. Dans cette correspondance il n'est pas dit un seul mot de ce que j'ai exposé dans trois séances différentes au congrès de Saragosse.

J'ai dit qu'on pouvait sauver la vigne française' et la vigne espagnole avec'les insecticides si, aux insecticides, on avait le soin d'ajouter de l'eau. J'ai dit surtout que quand on s'adressait à un pays sec comme l'Espagne où la sécheresse est un ennemi autrement puissant et autrement difficile à combattre que le phylloxéra, la première condition pour avoir de la vigne c'était de faire de la bonne agriculture.

Et pour faire de la bonne agriculture, il convient de boiser les montagnes les plus élevées. Au lieu de dépenser des sommes plus ou moins fortes à créer des pépinières américaines, il faut créer, sans retard, des bassins pour conserver les eaux de l'hiver.

Tout cela a été dit parce que je crois que cela est de la première utilité pour un pays tel que l'Espagne; mais cela n'a pas été répété dans le compte rendu du congrès de Saragosse. La mode est à la vigne américaine. Presque tous les viticulteurs se laissent entraîner sur une pente si facile qu'il peut paraître téméraire de chercher à s'y opposer. Mais, malgré les tendances de nos viticulteurs, tendances beaucoup trop exagérées, je persiste à dire que nous ne faisons rien pour rendre notre climat plus favorable, et que par suite, nous ne cherchons pas le moyen le meilleur et le plus sûr pour venir en aide à nos agriculteurs et à nos populations.

En résumé, la vigne américaine pourra bien donner quelque bons résultats dans les bons fonds, mais c'est une folie de croire qu'un arbuste qui vient dans un pays plus frais que le nôtre nous donnera des produits sur l'emplacement de nos anciennes vignes.

Dans le nord de la France, pays des herbages et où les pluies sont plus régulières que dans le midi, au moyen des arbres et des haies, on fait tout pour conserver cette fraîcheur qui est peut-être exagérée dans certaines années, mais qui, dans l'ensemble, permet d'obtenir de belles récoltes.

Dans le Midi, au contraire, nous détruisons les arbres et les haies et cela dans une région où il conviendrait de les multiplier. Nous devrions, de plus, varier nos cultures et rien de cela n'a lieu. La vigne avait tout envahi, et au lieu de demander à grands cris et la création du canal du Rhône et celle de tous les canaux ou bassins qui peuvent fournir un plus grand volume d'eau, nous voyons un délégué de la Société d'agriculture du Gard se rendre à Saragosse, et là, dans un

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