SUR LE CONGRES VITICOLE DE SARAGOSSE
pays où l'on a déjà créé de magnifiques canaux, mais où les travaux de ce genre sont encore insuffisants pour permettre à l'Espagne de retrouver son ancienne richesse^ on va dire que bientôt le Gard pourra avoir trente mille hectares en vignes américaines. S'exprimer ainsi à Saragosse, c'est dire aux Espagnols qu'ils pourront, eux aussi, entrer dans la même voie, le jour où la vigne indigène n'existera plus.
Je soutiens, au contraire, que c'est là une solution fausse et qui serait funeste à l'Espagne.
Du reste, M. Meisner, avec qui j'ai eu le plaisir de voyager depuis Montpellier jusqu'à Saragosse, et plus tard depuis Saragosse jusqu'à Bordeaux, n'a pu s'empêcher de reconnaître qu'il serait difficile de faire vivre la vigne américaine sur les montagnes de l'Espagne, là où déjà, sans la présence du phylloxéra, la vigne indigène a de la peine à vivre, à cause de l'extrême sécherese du sol.
A Saragosse, je n'ait pas dit nettement : On vous induit en erreur lorsqu'on vous dit que le salut est seulement dans la vigne américaine, mais j'avais cependant dit assez clairement que le meilleur moyen de venir en aide à l'agriculture espagnole et, par suite, d'avoir du vin en Espagne, c'était de favoriser l'irrigation. Et puisque aujourd'hui cette importante question n'est pas même rappelée dans le compte rendu du congrès de Saragosse, je me suis décidé à écrire cette note, afin de protester contre une tendance qui me paraît exagérée et pour mon pays et pour les pays qui entourent les bords de la xMéditerranée et qui, avant toute chose, ne trouveront de salut que par l'eau. Jules Maistre.
A PROPOS DU CONCOURS REGIONAL DE PÊRIGUEUX
Château d'Auvers, près Mareuil-sur-Belle (Dordogne), 22 octobre 1880.
Monsieur le directeur, j'ai trouvé ces jours derniers, dans une des livraisons de votre Revue que je n'avais pu lire plus tôt, la relation du concours régional agricole de Périgueux, par un de vos correspondants dont le nom m'échappe en ce moment, n'ayant pas ici la brochure sous les yeux, et qui, je crois, m'est inconnu. C'est avec plaisir que j'ai vu que, dans ce compte rendu, plusieurs des erreurs de la liste officielle en ce qui concerne les noms et demeures des exposants ont été rectifiées; mais l'auteur a pourtant, à son tour, commis une petite faute en indiquant Segonzac, domicile du concurrent qui a mérité le premier prix pour ses eaux-de-vîe, comme appartenant à la Dordogne. Il y a deux Segonzac parmi ceux qu'habitent les personnes qui ont pris part à la lutte sur nos boulevards. L'un est en Périgord et non dans l'Angoumois, comme le croit à tort le rédacteur du catalogue ministériel; c'est celui auquel appartient Vergnaud, primé pour ses volailles, et ses vins aussi si j'ai bonne mémoire, l'autre est dans la Charente ; c'est celui-là qui est le vainqueur pour les eaux-de-vie.
Il me semble, en outre, que l'auteur de l'article a été bien sévère pour la catégorie des races bovines laitières, qui était remarquable et par le nombre et par le choix des animaux. Seulement, je conviens qu'elle présentait un singulier amalgame de races, mais c'est la faute du programme gouvernemental qui a tout mêlé, grandes et petites, françaises et étrangères, chose à soigneusement éviter une autre fois. Enfin je regrette qu'il ait oublié de mentionner nos beaux produits agricoles, nombreux et remarquables, comme n'en a présentés aucun autre concours cette année. Il est vrai qu'on leur avait fait une si petite place qu'ils étaient absolument les uns sur les autres. De plus on a été, en ce qui concerne leur admission, d'une sévérité plus qu'outrt?e, tout à fait déraisonnable, et c'est ainsi que deux des plus beaux lots n'ont pu figurer au concours, parce qu'ils étaient, soi-disant, arrivés quelques minutes trop tard. Une autre fois, sans doute, l'administration voudra bien se souvenir qu'il est possible que, parfois, un convoi de chemin de fer arrive un quart d'heure après le moment fixé par ses règlements, et faire disposer pour les objets déclarés un espace suffisant au lieu
d'un endroit absurde par son exiguïté. Sauf cette petite critique, dont je demande pardon à la personne (jui a bien voulu exposer dans votre recueil le résultat de notre grande fête du mois dernier, je ne puis que me féliciter d'avoir vu celle-ci si bien jugée et si courtoisement appréciée.
Mais ce qui m'a le plus surpris, c est de lire, après la narration intéressante de notre remarquable concours, les quelques lignes, fort inattendues de moi, que votre collaborateur a eu l'obligeance de consacrer à ce qu'il appelle mon ouvrage. Je suis resté confondu de cette appréciation dont la bienveillance dépasse toutes les bornes, et contre les éloges, peu mérités de ma part, qu'elle me vaut. Je dois à la vérité de tenir vos lecteurs en garde. Hélas! non, monsieur, je n'ai pas publié réellement mes Voyages ogricoles en volume. Je ne me fais pas assez illusion à leur égard pour cela. Je me suis simplement borné à réunir, pourdes amis et quelques bibliothèques des corporations auxquelles j'ai l'honneur d'appartenir, ce que j'ai fait paraître dans les livraisons des Annales de notre Société départementale de la Dordogne. Cette brochure n'a été tirée en tout qu'à trente et quelques exemplaires que j'ai distribués moi-même aux personnes et aux associations pour lesquelles ils étaient destinés. Cette publication n'embrasse même pas la première partie de mes récits tout entière. Elle ne forme que sa première section, comme il est facile de s'en apercevoir en constatant que la brochure en question ne renferme pas encore la table des matières, le second volume, suite et partie intégrante de celui quia paru, avec lequel il doit faire corps et être relié devant suivre bientôt- Puis viendra la seconde partie. Le tout ne formera pas un livre hors ligne, il s'en faut, mais simplement un amoncellement brut de matériaux. J'ai fait le convoyeur dans la mesure de mes forces, sans me méprendre sur l'importance de mon rôle et de mes recherches. Mon seul but et mon seul désir est de pouvoir, en colligeant de divers côtés, avec l'aide d'hommes instruits, capables et dévoués, parvenir à ramasser quelques aperçus et documents utiles, perdus au milieu de bien des fatras, je l'avoue, et si dans cet assemblage informe, un jour, un habile artiste trouve des paillettes qu'il puisse convertir en pièces d'or pour l'honneur de mon pays qui m'-est cher, j'en serai trop heureux. Le bien qui peut exister dans mon travail revieut à ceux qui sont assez bons pour ra'aider. Je ne réclame comme m'appartenant que la bonne volonté.
Veuillez agréer, etc. L. de Lamothe.
REYUE COBEERCIALE ET PRIX-COURANT DES DENRÉES AGRICOLES