‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 545 sur 752 · XVI. — Emoussement des dents des chiens contre la rage · texte numérisé non relu

XVI. — Emoussement des dents des chiens contre la rage

Dans notre numéro du 23 octobre, nous avons publié un article de M. le docteur Félix Schneider, préconisant l'émoussement des dents canines des chiens, pour mettre en garde contre les morsures des animaux quideviennentenragés. Sur ce sujet, nous recevons de M.L Bourrel, vétérinaire à Paris, la lettre suivante :

« Paris, le 28 octobre 1880.

« Monsieur le Directeur, votre savante feuille du 23 de ce mois, page 133, contient un intéressant article sur la liage, de votre correspondant le docteur Félix Schneider, de Thionville. Je lui écris en même temps au'à vous pour lui faire connaître que l'idée de raccourcir les dents des chiens, a'en faire des couronnes plates, a été conçue par votre serviteur en 1862 (Mémoire déposé à l'Académie de médecine).

« Mais, si l'on se bornait, ainsi que l'indique votre honoré correspondant, à agir sur les quatre dents canines seulement, nous ne serions que très faiblement préservés de l'inoculation de la rage.

« C'est au moyen, particulièrement, des dents incisives que se pratique l'ensemencement rabique. De là la nécessité, pour s'en garantir, de limer les seizedents antérieures que porte la gueule du chien.

« Je publiais sur cet objet un opuscule, en 1867; un traité complet, en 1874; une réponse aux objections, en 1878.

« Ainsi s'établit mon droit de priorité que M. Schneider sera le premier à reconnaître, quand il aura pris connaissance de l'historique de la méthode préventive de la rage, que je recommande depuis dix-huic ans.

«Je suis tout heureux de rencontrer un dévoué auxiliaire de mes idées dans le dernier écrit de M. le docteur de Thionville. C'est pour moi un puissant encouragement. — J'étais seul; nous sommes deux; demain trois, sans doute...

a Si l'homme veut, la rage sera vaincue! Le moyen est trouvé.

« Agréez, etc., « Bourrel. j»

En même temps qu8 cette lettre, M. Bourre! nous faisait parvenir le Traité complet de la ra;/e qu'il a publié en 1874', et les réponses aux objeclions, parues en 1878. On y trouve des preuves multiples deTerûcacilé du procédé de l'émoussement des dents. Cette opération est d'ailleurs facile à faire, et ce ne serait certainement pas une chose impossible de l'introduire dans les mœurs. On y gagnerait une grande sécurité, ainsi que le prouve encore la lettre suivante que nous recevons d'autre part de M. Destremx, agriculteur dans le Gard, ancien député, qui s'exprime ainsi qu'il suit:

« Mon cher collègue, permettez-moi de venir appuyer le moyen que propose M. le D'' Félix Schneider pour arriver à atténuer la propagation de cette terrible maladie ; ce procédé a été employé par moi il y a douze ans, et je lui dois la vie; aussi ai-je cherché, ma s vainement, à le faire pratiquer.

«Le 2 mai 1868, un petit chien inconnu se trouva, je ne sais comment, au miUeu de mes chiens, devant la porte de mon habitation à la campagne; mon attention fut éveillée par les cris d'un jeune king-charles qui venait d'être légèrement mordu. Je le pris immédiatement et je cautérisai la plaie fortement et profondément avec de l'acide phénique; je fis également dépointer les quatre crochets du chien, et comme le chien ne me cjuittait que très rarement, je le soumis à une sévère surveillance, quoique convaincu qu'il ne pouvait devenir hydroj)hobe. Un mois après, le chien modifia ses allures; il était beaucoup plus caressant et cherchait surtout à lécher tous les autres chiens, lesquels se retiraient instinctivement de lui, sauf sa mère, enfin il suivit un autre petit chien d'un voisin et ne reparut plus ; je mis tout le monde en campagne pour le retrouver, mais vainement. Le lendemain, à l'heure du déjeûner, alors que je continuais à m'inquiéter de son absence et de l'inefficacité des recherches, il sortit tout à coup de dessous un meuble du salon et vint à la salle à manger. Mon premier soin fut de m'assures de son état, en lui donnant quelque chose à manger, il s'élança dessus avec um vivacité extraordinaire et me prii te doigt q\i'il serra et pinça foriement, mais il ne put avaler la nourriture; je le pris aussitôt dans mes bras et l'enfermai à double tour dans une chambre sans autre issue, lui laissant à boire et à manger; le chien, toujours calme et soumis, fut immédiatempnt se coucher au fond de la pièce, et le lendemain il était mort. Depuis lors, je n'ai cessé d'engagertous les propriétaires de chiens de faire dépointer le.s crochets de leurs chiens, o]^ér3iiion si simple et si facile, surtout lorsque l'animal est jeune.

1. Un volume ia-8, chez Assi-lm, place de l'iicole-de-Médecine, à Paris.

210) GHROWQUJS. AGRICOLE, (6 NOVEMBRE 1880).

« Mordu le 25 mal 18d8,, le chien était mort le 2 juillet ; mais vingt jours après sa mère, qui n'avait pas été mordue, mais ^eulement léchée par son fils, présenta les mêrnes' aympUômes et maurut trois fOurs après, sans accès de rage C'est le

?[nat)rième chien que je vois mourir après morsure; sans chercher à mordre, sans ureur rabitjue ; o est, die-on, la. rage-mue' ou muette, plus foudroyante queTautre.

« Je souhaite que M. le B' Félix ^chneidersoit plus heureux que moi^ pour la vulgarisation et l'applTcatiun à'wn.' procédé si simple et qui aurait de si grands résultats.

« La loi de 18&5, en imposant lea chiens, aiproclamé la liberté du chien sous foeil! et la responsabilité dû maître- Bile a conia-f.né le chien errant, le propagateur de la rage à disparaître, mais cette bonne loi est-elie bien exécutée ?' hélas ! non, car le nombre des chiens erranlB n'a pas diminué et le nombre' des. cag de rage augmente totrjours.

«Il serait pourtant facile d'obtenir de meilleurs résultats. Pourquoi n'obligCTaiton pas les propriétairns de chiens àc attacher au collier une petite plaque de cuivre qui leur serait donnée, comme quittance de l'impôt, par le percepteur. De cette manière, tous les agents, de la. sûreté- publique pourraient contrôler le payement de k taxe;

« En résumé, pour diminu-er dans' de larges proportions les terribles accidents causés paT la rage, il faut faire une guerre acharnée aux chiens errants et a'-corder toute protection au chien utile, aimé, choyé par son matre qui, n'aura que bien rarement la rage sponrauée, et ne la propagera pas-, surtout si ses crocheta ont été préalablement dépohiiv^.

« Veuillez agréer, etc. <• L. Destremx. »

Nous ne pouvons qu'appuyer lea observations présentées p;ii7 nos correspondaatsw L'application du procédé précomisé par M. Bourrel est une question d'intérêt publk qui doit appelée l'attention de tous les administrateurs.

XYIL — las, tarifs de. transport.

 diverses: reprises,, aivus avons sig^ialé les. vœux émis parles associations agricoles (i;ii midi de la France, relativement à l'amélioraBion des moyens de traiL-port, pai' grande vittesse, des légumes frais et des fruits de primeur expédiés vers les grands centres de consommation. Sur cet important suj,et, nous devons signaler aujourd'hui le Rapport adressé à ia.Saciéié, d'agriculture- de Vaur.luse, par M. Ducos, ancien commandant du génie, président de la Commission des tarifs. Dans ce rapport, M. Djc«»s étudie avec beaucoup de soin les conditions qui sont faites, d'une part, aux produits français; d'autre part, aux produits italiens ou espagnols expédiés vers le Nord, et il montre dans quelle, mesure ces derniers sont favorisésau détriment desi premiers. Les conclusions de G& rîi[)port nous paraissent tout à fait sages, car elles peu\ent être résumées en deux points : T suppression de l'impôt de 10 pour )00 sur les transports de fruits et de légumes, par grande vitesse; on ne saurait trop appuyer celle demande que l'étatdes finances de l'Etat justifie d'une manière complète; 2° revision par les Compagnies de transport, de ce que l'on appelle les tarifs différentiels. Sans vouloir établir l'égalilé des prix de transport proportionnellement à l'unité de dislance, et admettant cette loi économique, d'après laquelle les tarifs sont de plus en plus réduits à mesure que la distance augmente, M. Ducos réclame dans l'application cette règle d'équité, à savoir, qu'aucun produit d'une région n'acquitte un prix supérieur à celui payé par le produit d'une région plus éloignée, c'est-à-dire, que nulle part, on ne paye moins pour une distance totale plus grande. Ici encore nous ne pouvons qu'approuver, et nous pensons qu'on doit facilement arriver à l'application de principes qui n'expriment que la justice la plus rigoureusement élémentaire. J.-A. Barral.

RESISTANCE ET ADAPTATION Dï:S VIGNES AMÉRICAINES. 211

RÉSISTANCE ET ADAPTATION-

Page 1