DES VIGNES AMÉRICAINES AU POINT DE VUE PRATIQUE
J'espérais pouvoir traiter devant vous trois des points les plus importants de la question des vignes américaines. Ces points étaient les suivants :
r Résistance et adaptation envisagées au point de vue pratique;
2° Des porte-greffes en général et des Riparias en particulier;
3" De la greffe sur plant jeune; greffe anglaise sur la table à la machine, et réglementation de la greffe en fente simple sur plant d'un an en place. Mais le court espace de temps que le grand nombre de communications laisse à chaque orateur, m'oblige à ne traiter avec les détails nécessaires que la première question. Je serai donc aussi bref que possible, tout en tâchant de répondre au passage, à la demande de renseignements que vient de m'adresser M. Hortolès et à laquelle ma deuxième communication projetée devait répondre d'une façon complète. Ceci posé, j'entre de suite en matière en supprimant tout détail d'une importance secondaire.
La résistance au moins relative des vignes américaines ne se discute plus : de tous les faits qui servent à la démontrer, je ne veux en retenir qu'un seul, c'est celui de l'origine américaine du phylloxéra. Inutile d'insister sur les faits de tout ordre qui prouvent directement, cette origine est démontrée d'une façon pratique par les échecs mille fois répétés des tentatives de la culture de nos vignes européennes sur tout le versant oriental des Cordillères; M. Gollot, en trouvant le phylloxéra dans les forêts vierges de Panama, est venu apporter une preuve de plus, mais il manquait encore un chaînon. Nous sommes peu au courant de la flore et de la faune de l'Amérique du sud, et on pouvait se demander si le golfe du Mexique marquait au sud les limites de l'habitat de l'insecte. Aujourd'hui la chaîne est complète. Il ressort, en effet, d'une communication récente sur l'agriculture du Brésil que dans la province de Minos-Geraès, province du nord, et qui touche de près aux forêts vierges qui couvrent les premiers contreforts des Andes, tandis qu3 les vignes indigènes sont exubérantes de végétation et couvertes de fruits, les essais de culture de la vigne européenne n'ont jamais donné que des insuccès, ces vignes mourant toutes au bout de quelques années. La similitude des résultats doit être évidemment attribuée à la similitude des causes, c'est la répétition exacte de ce qui se passe aux Etats-Unis depuis deux siècles et ces insuccès répétés sont évidemment dus à la présence de l'insecte.- Or, si le phylloxéra, comme tout permet de l'affirmer, a existé de tout temps en Amérique, il faut bien qu'il y ait des vignes américaines résistantes, sans quoi le dernier phylloxéra serait mort de faim depuis bien des siècles sur le tronc desséché de la dernière vigne.
Pour moi, la généralité des vignes américaines résiste au phylloxéra : les quelques inégalités citées dans les ouvrages américains qui traitent de la viticulture aux Etats-Unis, prouvent jusqu'à l'évidence qu'il a suffi souvent d'une circonstance insignifiante pour relever des vignes atteintes qui étaient en voie de dépérissement; M. Meissner vous a dit le peu d importance qu'on attache au phylloxéra en Amérique, et les faits nombreux déjà observés en France permettent