EFFETS DE LHIVER EN LORRAINE
Pendant le premier hiver, la terre était restée molle sous 20 centimètres d'une neige brusquement saisie par un froid vif et qui a protégé les récoltes en terre. Dans ce milieu mouvant, facilement pénétré et remué par le groin des sangliers, ceux-ci ont trouvé sans peine leur nourriture et se sont maintenus en bon état. Mais ces animaux, qui ne paraissscnt guère plus sensibles au froid qu'aux compliments, ont fait tfisle figure pendant le second hiver qui, opérant à l'inverse du premier, a congelé profondément la terre avant de la revêtir d'une éclatante parure. D'où il est résulté que les sangliers vivaient de l'air du temps el de feuilles de ronces. A ce régime fondant ils ont perdu la vigueur de la race; quelques-uns d'entre eux, accrochés par la dent du malin, ont été achevés à coups de fourche, d'autres sont morts d'inanition et ont servi de pâture non seulement aux loups, ce qui se conroit, mais encore à leurs semblables, ce qui est plus étonnant. J'ai vu ouvrir l'estomac d'un solitaire qui, comme Ugolin, avait servi de sépulture à ses enfants. On ne peut mieux justifier l'épilhè.te d'omnivore. En môme temps qu'un manteau de neige cachait la terre, les eaux étaient partout couvertes d'une couche de glace qui, sur la Moselle, dépassait 30 centimètres d'épaisseur. Cette congélation générale, cette solidification des liquides à laquelle n'avaient échappé que de rares petites sources, attirait sur celles-ci les oies sauvages altérées par î'âcreté des colzas qui leur avaient servi de pâture. D'où une précieuse occ^asion de surprendre et de tirer ce gibier sauvage et d'un accès si difficile.
A la suite des dures épreuves de cet hiver en deux volumes, on ne s'est pas lait beaucoup d'illusions sur ses tristes résultats. Ordinairement les Jérémies ne manquent pas de grossir le mal; mais, cette fois, il ne restait malheureusement que peu de place pour leurs exa- :,ération3. Dans nos jardins, il n'y a presque plus rien de bon parmi les arbres de court jet, mais la majorité des grands arbres a survécu. C'est un spectacle consolant pour des yeux qui, en parcourant la ligne de Reims à Charleville, ont vu, dans les Ardennes, surtout dans les parages de Launois, la mort étendant son cachet noir sur tous les arbres fruitiers et jusque sur les espèces forestières, donnant ainsi aux vergers l'aspect de nécropoles végétales.
Aux premières tiédeurs de mars, les horticulteurs se sont généralem.€nt frotté les mains, en voyant des feuilles pousser aux arbres qui avaient paru des plus compromis. Cette joie a été courte; la sécheresse de l'atmosphère, entretenue par un vent opiniâtre, n'a pas tardé à éteindre ces symptômes de vie. Ils étaient bien décidément perdus, hélas! ces arbres qu'on avait crus sauvés parce que l'écorce en était encore verte et que leur bois paraissait blanc, sain. Tel a été le sort de tous les noyers, d'une foule de poiriers, de, pêchers et d'arbustes d'ornement.
En somme, dans nos forêts, le mal est insignifiant ; sur les promenades et sur les routes il n'a pas grande importance, mais dans les jardins la perte est énorme. Quand, à l'automne, on en aura enlevé tous les squelettos végétaux qui, au milieu delà verdure des parterres, rappellent que les végétaux, comme les animaux, sont tous mortels, ces pauvres jardins seront à peu près nus comme les espaces cultivés en pleins champs.
Cependant, si arrand que soit le mal, i] ne frappe point la culture