‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 581 sur 752 · OBSERVATIONS SUR LA PLANTATION DE LA POMME DE TERRE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LA PLANTATION DE LA POMME DE TERRE

germent; et à mesure que la température baisse, la jeune plante entre dans une période de repos ; mais il n'en est point ainsi des racines. Celles-ci se développent et s'affermissent, et avant que la chaleur du printemps ne fasse sortir la jeune plante du sol, une abondance de radicelles s'est déjà formée pour soutenir énergiquement cette végétation extérieure qui n'en devient que plus rapide et plus luxuriante. En horticulture, les semis d'automne ou bien la stratification des graines n'ont point d'autre objet. En agriculture nous semons le seigle et le blé à l'automne plutôt qu'au printemps, dans le but de produire cette richesse dans le développement latent des racines, et quant aux céréales de printemps, nous les semons dans le mêmebut d'aussi bonne heure que possible. Dans la structure végétale, il en est de même que pour celle des bâtiments : la partie essentielle, c'est la fondation. Si l'on plante le bulbe d'un crocus ou d'une tulipe dans un pot que l'on tient quelque temps dans un milieu froid, le bulbe commence à remplir le pot de ses racines et la tige extérieure ne fait aucun progrès; mais aussitôt que le pot est placé dans un milieu dont la température est élevée, la tige et la fleur jaillissent pour ainsi dire du sol et s'épanouissent avec luxuriance et splendeur. Le même bulbe planté dans un pot immédiatement placé dans une atmosphère chaude, manifeste aussitôt une végétation rapide, mais les racines n'ayant point eu le temps de se développer, cette végétation est étique, et la fleur n'obtient ni ampleur ni éclat. Dans tout cela il y a sans doute une certaine différence de modes et de degrés, mais le principe est le même. Il est évident que la pomme de terre plantée en automne, ne développe point ses racines immédiatement; mais, au printemps, les racines se développent longtemps avant que la tige ne paraisse à la surface, et celle-ci végète avec d'autant plus de luxuriance et de rapidité qu'elle a mis plus de temps à venir percer la surface. Le milieu où se trouve la racine ayant une température plus élevée que celle de la surface, végète bien plutôt que la tige, et lorsqu'enfin celle-ci commence à s'animer, elle trouve dans le développement antérieur des racines une source de vigueur et d'énergie qui lui font rapidement gagner le temps perdu.

On doit admettre que ce sont là des raisons sérieuses alléguées en faveur de la plantation d'automne. Dans tous les cas, cette pratique, ainsi expliquée, vaut la peine d'être expérimentée et je la recommande avec d'autant plus de confiance qu'elle n'est point nouvelle et qu'elle a déjà fait ses preuves d'après l'affirmation de spécialistes éminents.

Un mot maintenant sur la question des « Champion ». Ainsi que je l'ai déjà déclaré dans ce Journal^ il ne saurait plus me convenir de distribuer des semences de cette variété. L'année dernière, mon rôle de propagateur me faisait un devoir de mettre à même ceux qui, ayant confiance dans mon expérience, voulaient bien essayer, à leur tour, la culture de cette pomme de terre. Ayant affirmé une proposition à ce sujet, il n'était que naturel que je misse les autres à même de juger par leur propre expérience, du mérite de la mienne. Ce rôle de propagateur, je l'ai accompli avec zèle, conscience et désintéressement. Ce rôle est aujourd'hui terminé, et je ne puis le recommencer cette année sans courir le risque d'être accusé de réclame et de spéculation, deux choses qui ne conviennent ni à ma position ni à mon caractère de publiciste et d'agronome. Est-ce à dire que je renonce à donner des avis

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