III. — TENUK DU CONCOURS
Lu première impression produite sur le visiteur du Concours régional d'Oran est celle qui a trait au mélange des populations donnant à ces solennités un cachée tout particulier, inconnu dans les léunions du même genre.
Ici se coudoient, en effet, l'Arabe, représentant des derniers conquérants de l'Afrique septentrionale, le Juif, expression vivante du trafic, le Maure, habitant des villes, le Berbère, premier occupant de celte contrée, quelques indigènes du Maroc, de Trmis et de l'intérieur de cette région, ainsi que les représentants des différents pays qui concourent à l'œuvre de colonisation entreprise en cet endroit : Français, Anglais, Espagnols, Italiens, Allemands, Beiges, Américains, Suisses, Gi'ecs, Polonais, oUandais, Russes,
La représentation de ces diverses nationalités, aux mœurs et aux costumes variés, auxquels nous faisons peu attention nous mêmes, mais qui doivent diversement impressionner les étrangers, fait croire à une véritable exposition internationale. C'est un avantage de plus qu'offriront les concours de l'Algérie à ceux qui viendront les visiter.
Une aftluence considérable de visiteurs., qui a répondu à l'appel des organisateurs de cette fête, se porte partout où l'attire l'intérêt particulier de chaque journée, et augmente de plus d'un tiers la population de la ville d'Oran, rendant ainsi l'hospitalité presque impossible, si chaque habitant n'avait contribué pour une très large part à l'accueil cordial fait aux nouveaux venus.
Toutefois, malgré l'empressement de chacun, puisque le nombre des entrées s'est élevé à près de quinze mille dans la plus forte journée, les recettes de l'Exposition ont à peine atteint le quart des prévisions et un peu plus de la moitié de celles effectuées on 1877 par le Comice d'Oran dans de semblables circonstances. Cela tient, avant tout, à l'éloignement de l'emplacement dont nous avons déjà parlé, aux caries de faveur distribuées en grand nombre et à l'autorisation d'entrer gratuitement accordée pendant plusieurs jours, pour facilitera toutes les situations l'examen des objets exposés. Personne ne saurait évidemment critiquer cette dernière mesure adoptée dans un but des plus louables. La période proprement dite du Concours a été remplie par les expériences des instruments de ferme, dont nous parlerons dans un article spécial, par les opérations des divers jurys et les fêtes organisées par les soins du Conseil municipal.
Des conférences préparées par le Comice d'Oran et la municipalité n'ont pu avoir lieu, au grand regret des instituteurs, des colons et de plusieurs intéressés. On a perdu là une des meilleures occasions d'instruire de nombreuses personnes avides de se renseigner et d'utiliser une des principales attractions des expositions.
Quant aux fêtes publiques, nous ne saurions trop louer ceux qui ont présidé à leur organisation, par la raison que le programme en a été préparé de telle sorte que personne ne fut détourné du but principal. Les abords de l'Exposition étaient complètement dépourvus de baraques de marchands forains, qui quelquefois attirent l'attention des
visiteurs, el ceux qui recherchaient ces sortes d'amusements n'avaient qu'à s'arrêter sur la place d'armes où ces divertissements se trouvaient groupés au centre de la ville.
La plupart des réjouissances publiques ont eu lieu au début ou à la fm de l'Exposition, ou bien encore pendant la soirée, de manière à récréer les visiteurs sans amoindrir en quoi que ce soit l'importance du Concours régional.
Le Concours a été ouvert, le lundi 18 octobre, par des expériences des béliers hydrauliques, des moteurs à air, des filtres à vin, des semoirs pour cultures en lignes, et des hache-paille à grand travail; — le lendemain, jugement des produits; essais des charrues bisocs, des houes à cheval, des charrues; — le mercredi, suite du jugement des produits, expériences sur les pressoirs mettant fin à la série des concours spéciaux d'instruments prévus au programme; essais des presses à fourrages et des moulins agricoles commençant les expériences et démonstrations pratiques d'instruments ne prenant pas part aux concours spéciaux; — le jeudi, réception et classement des animaux après la visite faite par M. Santrot, vétérinaire désigné par le commissaire général. Examen des trieurs, des tarares et des chemins de fer agricoles; opération du jury des animaux et de celui des produits; — le vendredi, expériences de défoncements à la dynamite sur la ferme de Tamasouet, appartenant à M. Lamur.
Le même jour a eu lieu la réunion sous la présidence du commissaire général des délégués des associations agricoles des membres du jury et des exposants, pourproposerles modifications qu'il conviendrait d'apporter à l'arrêté du concours de l'année prochaine. Nous ne pouvons moins faire que de rappeler les principales décisions suivantes adoptées par cette assemblée sous forme de vœuoc^ : A l'avenir les concours régionaux auront lieu en Algérie, au printemps, et les intéressés, prévenus dix mois à lavance, pourront adresser leurs déclarations au chef-lieu même du département algérien oi^i se trouvera le siège du concours. — Les instruments de ferme seront soumis à des concours spéciaux, de telle sorte que la série des plus utiles soit épuisée dans une période de trois années ; si quelques machines ne peuvent être expérimentées à cette époque de l'année, comme les moissonneuses et les batteuses, il sera procédé pour elles à des concours tenus au moment favorable; on aura, de la sorte, à Alger, en 1881, des concours d'araires pour labours profonds, de herses articulées, de trisocs, de faucheuses, de râteaux à cheval, d'appareils élévatoires quel que soit le moteur, de ventilateurs, de trieurs, d'objets de lonnellerie, de pompes à vin. — La prime d'honneur comprendra des prix culturaux, comme cela se pratique en France, et il sera, en outre, décerné à cette occasion des prix de spécialité. — A la suite de considérations très intéressantes présentées notamment par MM. Arlès-Dufour, Bonzom et Brémond, la 1" classe, espèce chevaline, a été augmentée d'une quatrième catégorie s'appliquant aux races de trait; une nouvelle classe a été introduite concernant l'espèce mulassière; les bœufs de Guelma, qui formaient une catégorie particulière, ont été compris dans celle indiquée sous la dénomination de race algérienne; une nouvelle catégorie a été créée pour les bœufs de travail, tandis que les races barbarine et des Hauts-plateaux, dans l'espèce ovine, ont été réunies sous la désignation de races algériennes; enfin, les prix attribués à ces
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différentes espèces ont été sérieusement augmentes, en ^^^ème temps que sur la proposition d'un indigène, appuyée par iM. Bonzon les romadaires ont été appelés à.concourir à l'avenir, et que sur celle de M Fourrier, maire de Boufarik, une catégorie spéciale a ele creeepour les autruches, dont on doit encourager l'élevage dans la colonie. — Des vœux ont encore été émis sur la nécessité de voir accorder la réduction des prix de transport des objets exposes aussi bien a l aller qu'au retour d'obtenir le transport gratuit des instruments par voie de mer, ainsi que la suppression des droits grevant la dynamite qui pourrait être utilisée avec grand profit par la culture locale. - L assemblée s'est alors séparée après avoir émis le vœu, sur la proposition de M. Arlès-Dufour, que M. de Lapparent, qui a su gagner les sympathies de tous, fût appelé à organiser le Concours régional qui doit se tenir à Alger, en 1881. . ,
i.a journée entière du samedi s'est passée a faire lonctionner les
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charrues brabant, les charrues doubles, les défonceuses, les trisocs et les cultivateurs. Pendant chacune de ces journées, une nombreusr alfluence s'est promenée dans l'enceinte du concours.
Le dimanche a été la première journée des courses inscrites au programme; elle s'est terminée avec un plein succès et jamais, peut-être, la Société hippique n'a fait d'aussi belles receltes avec les prix des places des spectateurs ou les engagements des coureurs. Nous n'avons rien à dire de ces réunions considérées aujourd'hui plutôt comme une fête publique que comme un moyen propre à améliorer l'espèce clievaline; aussi retiendrons-nous simplement une innovation consistant à admettre les chevaux autres que ceux de la race algérienne, ce qui a permis à un pnr sang anglais, Vannité appartenant à M. Sclimith, de Paris, de gagner le grand prix de 5,000 fr. Nous mentionnerons également la "course au^rot attelé, dont M alvu, monté par M. Maine, est sorti vainqueur après avoir parcouru 3,600 mètres en 8 minutes 4 secondes. — La deuxième journée des courses a été marquée par un grand malheur, l'un des jockeys étant mort à la suite d'une chute faite dans une course où 27 concurrents se trouvaient en ligne sur la même piste. Nous avons entendu regretter par un grand nombre de personnes, que l'on n'exige pas des coureurs un certificat attestant
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qu'ils sont assurés sur la vie, de manière à dégager l'avenir de leurs familles, avant de se lancer dans une lutte qui peut avoir des conséquences de la dernière gravité. Le grand prix de 10,000 fr., couru par 15 chevaux n'ayant encore gagné aucun prix sur un hippodrome de l'Algérie, est attribué à Gladiateur appartenant à M. Paillard. Malvu, monté par M. Marne, remporte de nouveau le prix de la course au trot monté, qui, pour nous, est de beaucoup la plus intéressante, parce qu'elle montre, comme le dit M. E. Gayot, non seulen-ient la valeur et la force absolues de l'organisation du cheval-, mais surtout le mérite relatif à J'àge, la liberté des mouvements, la docilité du caractèi'e, l'aptitude acquise à remplir une tâche imposée, qualités que chacun recherche dans l'achat d'un cheval. Aux dernières courses de printemps de Bel-Abbès, Malvu avait remporté le même prix en parcourant 3,000 mètres en 6 minutes 3 secondes, soit 1,000 mètres en 2 minutes 1 seconde, avec une allure soutenue, et rasant la terre de très près, et en fournissant une course très régulière, gracieuse, sans fatigue pour le cavalier.
La distribution solennelle des récompenses a eu lieu le mardi 20 octobre dans la salle des fêtes, décorée pour cette circonstance avec art et beaucoup de gotit. En ouvrant la séance, le gouverneur général de l'Algérie fait l'éloge de tous ceux qui ont contribué au succès du Concours régional dont le second essai ne pourrait être tenté ailleurs qu'au chef-lieu de cet important département de l'Ouest qui a tant aidé à la prospérité de la colonisation algérienne.
M. de Lapparent prononce ensuite en ces termes le discours d'usage :
« Nous touchons au terme de cette exhibition agricole, qui, on ne peut le contester, a été brillante et devra être féconde en résultats heureux pour la prospérité de notre belle colonie.
« Bien que, dans un instant, je doive moi-même donner lecture du rapport de la prime d'honneur fait par M. Gros de Bout'arik, ce colon qui s'est fait un renom si mérité dans le monde agricole, je tiens à prendre la parole pour reporter à qui de droit les mérites, du succès obtenu : à M. le préfet du département, à ]\I. le mai'equise dévoue dans la mission difficile d'administrer une ville en travail d'agrandissement; au Conseil général et au Conseil municipal, qui l'ont rais à même de donner à cette fête agricole un éclat exceptionnel.
« Qu'ils rae permettent d'associer auxremercîments que je leur adi'esse bu nom de M. le ministre de l'agriculture et du commerce et en mon nom personnel, messieurs les membres du jury et du commissariat, ainsi que M^[. les exposants qui n'ont point été arrêtés par les frais considérables et les sacrifices occasionnés par de grandes distances à franchir.
« Je ne veux point oublier non plus, messieurs, l'honorable ]\L Durel qui a si bien dirigé l'organisation de l'exposition annexe scolaire, de l'industrie et des beaux-arts.
« Dans de semblables conditions, la tâche du commissaire général devient facile.
« Si l'année dernière, le premier essai fait dans la voie des concours généraux ."igricoles en Algérie a été couronné de succès, la seconde étape a été encore plus heureusement franchie et affirme la justesse de l'idée d'assimilation de notre grande colonie à la France, au point de vue agricole, comme à tous les autres points de vue.
« Par ces exhibitions, les colons algériens se trouveront à même d'apprécier ces excellents instruments d'agriculture destinés à leur rendre d'immenses services.
« L'émulation se développera pour l'élevage des animaux et tout spécialement de cette précieuse race de chevaux arabes.
« Enfin il sortira de ce contact et des échanges d'idées entre agriculteurs, un accroissement de cet élan dans le orogrès agricole que j'ai une si grande satisfaction à constater dans la région d'Oran. Le Fervet opus, de Virgile, est bien l'expression exacte pour caractériser ce qui se fait dans cette partie de l'Algérie.
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« Un des points saillants, que je me plais à constater, c'est l'esprit d'intelligence progressive des agriculteurs Oranais.
« On se rend compte que loin d'être liostiles aux inventions nouvelles, ainsi que cela se voit encore sur quelques points du territoire français, ils les favorisent et sont prêts à les appliquer dès qu'ils ont acquis la conviction de leur utilité.
« Je ne saurais non plus passer sous silence cette manifestation remarquable de solidarité, qui s'csL ; rriiuite entre les agriculteurs de toutes les.parti^s de l'Algérie.
« La Société d'agi; nlture d'Alger, les Comices d'Alger, de Eoufarik, de Philippeville, de Mostagauem et d'Oran ont voulu contribuer à l'éclat de ce concours et suppléer, par des envois de médailles et de sommes d'argent, aux lacunes qu'un crédit trop restreint avait nécessitées dans le programme officiel.
« Parmi ces récompenses annexes décernées par un jury local, des plus compétents, je signalerai d'une manière toute spéciale une prime de 300 fr. accordée à un cultivateur propriétaire d'une étendue de 20 hectares au maximum.
« C'est un viticulteur. M. Moatels, qui a mérité cette prime, et cette décision est la confirmation de celle prise par le jury de la prime d'honneur, qui, luimême, a accordé cette récompense pour une exploitation spécialement agricole.
« Le jury a pour mission, avant tout, de faire ressortir des exemples utiles à suivre, d'indiquer la voie dans laquelle il faut largement s'engager et au point de vue de l'extension de la vigne, il n'a point hésité un seul instant, se basant sur ce qui se passe en France dans les régions oi^i la vigne doit régner en conquérante.
« Hélas, pourquoi faut-il qu'un fléau terrible vienne paralyser les efforts et entraîner des ruines sur le sol de la mère patrie.
« Mais n'est-ce pas encore une raison de plus pour que nous cherchions, au profit commun de !a France et de l'Algérie, une compensation qui paraît assurée.
« En terminant, messieurs, laissez-moi vous dire que j'emporterai de ce séjour dans la région a'Oran un souvenir ineffaçable, en même temps que le regret de n'avoir fait qu'entrevoir tant de questions importantes.
« Je dirai, avant tout, à M. le ministre de l'agriculture et du commerce, puis je publierai chaque fois que j'ea trouverai l'occasion, que l'Algérie est lancée dans une voie de progrès et de prospérité qui ne doit plus s'arrêter et qu'elle peut assurer le succès à tout agriculteur français sérieux qui viendrait y planter sa tente. »
Le commissaire général lit également le rapport concernant la prime d'honneur, sur lequel nous reviendrouvq sous peu, puis les récompenses sont appelées conformément à la liste que nous avons donnée précédemment.
Nous regrettons sincèrement qu'aucune décoration n'ait été décernée dans cette circonstance, étant de ceux qui pensent que cette marque d'honneur est très bien portée parle colon énergique et laborieux quia su conduire à bien son œuvre en triomphant de toutes les difficultés. Le Concours régional, qui est bien la fête des agriculteurs, fournissait cependant une belle occasion de distinguer les candidats sérieux qui ne manquent pas. Espérons qu'à l'avenir l'exemple de ce qui s'est fait en "1878 sera suivi, tout en regrettant de nouveau que les vaillants cultivateurs de l'Ouest n'aient pas eu leur tour ces jours-ci.
On a aussi remarque avec peine que la distribution des récompenses de l'exposition industrielle, véritable complément du Concours régional, n'a pas été faite le même jour.
Le soir, un banquet de deux cent cinquante couverts, présidé par M. le gouverneur généi^al, réunissait les députés et les sénateurs de l'Algérie, à l'exception de M. Lucet, de nombreux conseillers généraux d'Alger et d'Oran, les autorités, les chefs indigènes, les représentants de la presse de plusieurs villes, ainsi que les principaux lauréats. Plusieurs toasts ont été vivement applaudis; on a particulièrement écouté le discours dans lequel M. le gouverneur général a dit qu'il continuerait tous ses efforts pour affermir le succès du régime civil
auquel il consacrera toute sa\ie, et qu il appliquerait tous ses soins à servir les instiluLions que nous possédons avec la conviction d'être utile en raênip. temps aux intérêts de l'Algérie.
A partir du lendemain le Concours n'avait plus d'existence réelle, malgré un avis du maire portant que l'exposition industrielle, des beaux-arts et scolaire était prolongée de huit jours. Tout était bien fini, car nous n'avons pas à parler des réceptions officielles auxquelles a donné lieu le séjour du gouverneur général à Oran. Ainsi s'est terminée cette belle fête du travail qui laissera un souvenir de longue durée dans l'esprit de tous ceux qui y ont pris une part quelconque. Elle a étroitement resserré les liens des trois départements algériens toujours solidaires et unis lorsqu'il s'agit de l'honneur, de la prospérité et de l'intérêt de la colonie. Puisse-t-elle aussi avoir produit une profonde impression chez les visiteurs de la Métropole, venus ici à un titre quelconque, de manière à les engager à revenir en grand nombre dans notre beau pays.
Nous allons maintenant aborder les différentes parties de l'exposition de nature à oiîrir un réel intérêt, en commençant par la prime d'honneur. L. Bastide,
Président du Comice de Bel Abbes.