SUR LE CONGRÈS VITIGOLE DE SARAGOSSE
En effet, tout en s'efforcant de retarder l'invasion du fléau et de le combattre à ses débuts, on s'empresse de créer par les semis de pépins américains (dont l'importation n'offre aucun danger) des vignes qui résisteront au fléau le jour où l'on sera débordé par le puceron.
Mais M.Meissner n'a pas précisément dit, comme l'écrit M.JMaistre, « qu'il serait difficile de faire vivre la vigne américaine sur les montagnes de l'Espagne, là où déjà, sans la présence du phylloxéra, la vigne européenne a de la peine à vivre. » S'il a du déclarer, avec sa bonne foi constante, que sur des montagnes élevées, à des altitudes où la vigne européenne ne peut vivre, ilne pouvait garantir, ni pressentir que la vigne américaine vivrait, il a, par contre, affirmé qu'il avait la conviction bien arrêtée que partout où vivait la vigne européenne, il n'y avait pas de doute qu'il fût aisé de cultiver des vignes américaines (résistant chez lui à 30 degrés de froid) qui végètent admirablement en Amérique depuis les froides régions du Canada jusqu'aux rivages brûlants du golfe du Mexique.
Mon ami, M. Maistre, croit nécessaire, pour plaider la cause de rirria;ation, de continuer la vieille euerre dont les vie;nes américaines ont été l'objet, alors qu'elles n'avaient pas encore fait leurs preuves.
Moins exclusif que lui, nous nous associerons à ses efforts, avec toute l'énergie possible, pour demander les eaux du Khône (sans étroite parcimonie) et le reboisement des montagnes. Mais nous nous garderions de donner des conseils aussi exclusif's que ceux qu'il renouvelle dans votre estimable Journal après les avoir exprimés au Congrès de Saragos^e.
A mon avis, si les Espagnols se bornent à émettre plaloniquement des vœux pour la diffusion des eaux sur des coteaux arides où, pour Ja plupart, il ne sera jamais possible d'en amener, s'ils ne songent qu'à boiser leurs hautes montagnes, ils verront, avant très peu d'annéas, disparaître absolument les immenses vignobles qui sont pour eux la source des plus grandes richesses, tandis que s'ils continuent sagement à se préparer, par la création sans danger au moyen des semis, un stock important de vignes résistantes, ils pourront, sans transition, conserver toujours leurs riches vignobles en se bornant à remplacer, au fur et à mesure de leur destruction, les vignes europé ennes par des ceps américains.
M. Maistre commet encore une erreur quand il parle de la vigne américaine comme d'un « arbuste qui vient dans urf pays plus frais « que le nôtre et qui ne pourra dès lors nous donner des produits. »
Nous lui observerons qu'on ne saurait, certes, considérer le Texas (d'où nous viennent le Jacquez, l'Herbemont, etc.) comme un pays plus frais que le nôtre.
Et du reste ces vignes se sont chargées depuis bien des années de nous prouver que non seulement elles vivent dans l'Hérault, mais qu'elles y produisent beaucoup.
^I. Aguillon (du Var) m'écrit justement que la production de ses importantes plantations de Jacquez, constatée par le maire de sa commune, lui a donné une moyenne de huit kilog. par souche sur des pieds de 5 ans taillés à long bois.
Si la vigne américaine est depuis quelques années cultivée sur 'une échelle chaque année infiniment plus étendue, il serait singulier d'attribuer ce fait à une question de '< mode », comme l'assure M. Maistre.
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Il est si naturel de se rendre à l'évidence et de reconnaître qu'après des "préventions bien naturelles et une opposition générale, avant qu'elle eût fait ses preuves, la vigne américaine a, par le seul fait de son succès inespéré, désarmé l'un après l'autre la presque généralité de ses anciens adversaires, qui tous aujourd'hui s'empressent de la planter après avoir vu que ses qualités de porte-greffe et souvent de producteur direct assureraient désormais la reconstitution de nos anciens vignobles.
Les agriculteurs sont généralement pratiques et ce sont les faits plus que les théories et la mode qui les décident.
Si notre ami, M. Maistre, a été réellement assez heureux pour conserver encore, en les irriguant, quelques vignes, comme du reste nous en avons encore ailleurs quelques-unes de vivantes dans des terrains sablonneux ou submersibles, nous désirons autant que lui que ce résultat soit durable et surtout se généralise chez tous ceux qui, ayant leurs vignes à sauver, ont aussi la bonne fortune d'être dans des conditions topographiques qui leur permettent de les irriguer.
Mais tant que nous serons en présence d'un fait presque isolé à l'appui de son système et que nous verrons les vignes américaines avoir fait leurs preuves depuis huit ans chez des centaines et des milliers d'agriculteurs intelligents, tels que MM. Pagezy, G. Bazille, Vialla, Saint-Pierre, Bouscaren, Arnal, Guiraud, Blouquier, etc., tant d'autres dans les régions les plus diverses de la France, nous n'hésiterons pas à conseiller de recourir aux vignes américaines, avec d'autant plus de raisons que la plupart des terres à planter ne pourront en aucun cas ètve jamais arrosées. J'ajouterai même que depuis que la multiplicité des plantations et que la production de bois américain ont ramené les prix à 0.05, 0.10 et 0.15 la bouture, il n'est pas de moyen plus économique en même temps que plus sur de replanter un vignoble détruit, et de se garantir mieux contre les éventualités de destruction par le phylloxéra.
Vous voudrez bien, monsieur le Directeur, ainsi que mon ami M. Maistre, m'excuser d'avoir répondu peut-être trop longuement à son article inséré dans votre numéro du 30 octobre, mais j'ai cru ne pas devoir laisser sans réponse, en l'absence de M. Meissner,une interprétation de sa pensée contre laquelle il eut certainement réclamé s'il n'était déjà reparti pour le Missouri.
Je ne voudrais pas finir sans m'associer à M. Maistre pour exprimer toute notre gratitude pour l'accueil si cordial et si affectueux, dont les étrangers et particulièrement les Français ont été l'objet en Espagne.
Veuillez agréer, etc., J. Leenhart-Pomier.
Nous parlerons dans celte causerie du développement vraiment extraordinaire que la pisciculture a pris en Amérique dans ces vingt dernières années; là encore, partis bien après nous, les Américains nous ont depuis nombre d'années de beaucoup devancés.
Nos lecteurs se souviendront peut-être qu'au n° 523 du tome II de 1879, dans un de nos entretiens sur YHuningue allemand, nous les avions entretenus en passant, d'un certain saumon de Californie (Che-
1. Voir le Journal des It ei 25 3eptembre,pages 418 et 489 du tome 111 delS80; des 9 et 23 octobre, 6 et 13 novembre, pages 02, 144, 217 et 268 de ce volume.