‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 64 sur 752 · LÀ QUESTION DU LIBRE-ECHANGE EN TOURAINE · texte numérisé non relu

LÀ QUESTION DU LIBRE-ECHANGE EN TOURAINE

avail chargé de frais le corupte de cette culture^ pour démontrer qu'elle était devenue ruineuse. « Ce serait, )) disait-il, c un effoiidremenl si formidable, que je ne puis le prendre pour une réalité. »

11 y aurait eu beaucoup à dire, il me semble encore, sur les deux points de cette nouvelle ihèse. Sur le premier point, il était facile d'ob)ecter que si les bœufs d'Italie et les moutons d'Allemagne laissent leur fumier à l'étranger, ce n'est pas sans y avoir consommé des fourrages, ce qui établit bien une certaine compensation ; que si l'étranger nous vend son bétail et garde le fumier, c'est simplement parce que nous avons besoin de l'un et n'avons pas besoin de l'autre, etc., etc. Sur le second point, il semble évident que si le bétail est la source de toute richesse, l'étranger, en nous vendant ses bêtes à bon marché, nous fait un vrai cadeau : car il ne tiendrait qu'à nous de faire servir ce bétail, non-seulement à accroître la fertilité de nos terres et le rendemuit de nos champs de blé, mais encore à diminuer le prix de revient de toutes nos récoltes. Il n'est pas démontré, que je sache, que le meilleur moyen à employer pour avoir beaucoup de bétail en France, soit précisément de fermer nos portes aux moutons et aux bœufs de nos voisins

Toutefois, et bien qu'il y eût beaucoup à dire, les Tourangeaux, gens discrets et peu enclms à se produire en public, n'ont rien dit. Ils en ont quelque peu glosé, en riant, les jours de foire; mais ils s'en sont tenus là, estimant d'ailleurs que la chose ne tirait pas autrement à conséquence.

Aujourd'hui, nouveau changement, non dans le fond de la thèse, mais dans les arguments qui la justifient. Une grave nouvelle, une nouvelle invraisemblable s'est répandue, et patatras ! tout s'écroule autour de nous. Un voyageur qui passait dans le pays, a semé le bruit qu'avec ses racines à grands rendements et ses engraissements à gros bénéfices, la ferme de Prasny est réellement en perte pour son blé. Le prix de revient de l'hectolitre, loin de s'abaisser par la longue pratique de la culture intensive, comme on nous l'avait fait croire pendant 40 ans, n'a fait que s'élever ; on dit même qu'il a monté de 4 fr. 44, ce qui fait juste 5 fr. 55 le quintal. Ce qu'il y a de plus surprenant dans l'affaire, c'est que la moitié environ de cet accroissement provient des attelages de bœufs et de chevaux, qui ont évidemment profité de l'occasion des traités de commerce pour se livrer à des orgies de consommation. Grave symptôme! Si la ferme de Prasny est atteinte, toute l'agriculture est menacée, ou plutôt, faisons-en notre deuil, elle est décapitée. La ferme de Prasny qui battait la charge, bat maintenant le rappel : c'est une débandade, c'est un sauve-qui-peut général... si l'on ne se hâte de fermer la porte au bétail étranger.

Dans le principe, et tant que la nouvelle, propagée seulement par le comice d'Arjuzon-sur-Loire, n'avait pas franchi sérieusement les confins de l'Anjou pour se répandre en Touraine, notre publiciste l'avait, sinon incriminée de faux, du moins taxée d'exagération et de doute. Il semblait même dire aux membres du comice : « si le blé coûte si cher à Prasny, c'est que vous n'en savez pas faire le compte ; songez que les betteraves ont bon dos et qu'elles peuvent prendre à leur charge tout ce que vous voudrez leur faire supporter, au grand soulagement du blé ». L'auteur avait vécu 40 ans sur la culture intensive, l'avait chantée sur tous les tons, l'avait exploitée sous toutes les

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