‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 638 sur 752 · REBOISEMENT DES TEHUAINS EX L'ENTE PAU L AILANTE · texte numérisé non relu

REBOISEMENT DES TEHUAINS EX L'ENTE PAU L AILANTE

en bois. Le pin maritime est la piincipale essence employée; il occupe une surface d'environ 80,000 hectares. Le conservateur des torêts de Tours estime que ces 80,000 hectares produisaient à leurs propriétaires environ 3 millions et demi de francs. Cette situation si prospère a reçu une première atteinte pendant 1 hiver de 1878 à 1879. La perle a été évaluée à 20 pour 100; mais la rigueur de l'hiver dernier a causé encore de plus grands désastres, que l'on peut évaluer à 42 millions.

La Société d'acclimatation de Paris, considérant que l'allante ou vernis du Japon s'accommode facilement de tous les sols, que les troupeaux ne touchent ni à s 's feuilles, ni à son écorce, et qu'il serait esseniiellement propre au reboisement de certains terrains pauvres servant actuellement de pâture, la Société institue un prix de 1,000 fr. qui sera décerné à la personne qui justifiera de la plantation de 5 hectares de celte essence. Les concurrents devront établir que la plantation est fuite depuis plus de cinq ans. Ce concours est ouvert jusqu'au 1^' décembre 1890. L'allante végète dans tous les terrains; sa croissance rapide, avec beaucoup de drageons, doit le recommander. Dans un sol qui lui convient, il croît de un mètre par an; et dans les pays d'oii il nous a été importé, il s'élève jusqu'à 15 et 20 mètres. Est-ce pour ce motif que les Chinois l'ont appelé ailanlo? qui veut dire arbre du ciel, allusion à la hauteur à laquelle atteignent ces arbres. Le bois est employé par la carrosserie et par la menuiserie. Cet arbre offre encore un grand avantage, c'est qu'on peut laisser sur le terrain sur lequel il est planté, sans inconvénient, brouter les troupeaux, qui n'y touchent pas, à cause de son odeur acre, at qui mangent les plantes environnantes qui finiraient par étouffer le jeune semis; pendant l'hiver, lorsque le bétail rentre à la ferme, il mange avec avidité les feuilles sèches. Le ver blanc, qui fait tant de dégâts, ne touche pas aux racines de cet arbre. Cette observation ne serait-elle pas de nature à diriger les recherches des chimistes, qui pourraient peut-être trouver là une belle occasion de nous délivrer du phylloxéra?

Notre savant confrère, M. Maurice Girard, fait ressortir l'utilité d'obtenir du ver de l'allante de la soie facile à dévider; grâce au procédé récemment découvert par notre zélé collègue, M. Ch. Le Doux, de la Société d'acclimatation. Les procédés de dé vidage proposés antérieurement n'étaient pas susceptibles d'une utilisation industrielle. Aujourd'hui, on va pouvoir dévider le cocon en soie grège avec les appareils employés pour les cocons du ver à soie ordinaire, ce qui est un point capital, eu égard à l'esprit routinier des filateurs du midi de la France, qui consentent difiicilement à modifier leur outillage, pour utiliser les nouveaux cocons. Eug. Vavin.

Dans le numéro du 9 octobre, M. Eloire a jugé utile de réfuter les opinions que j'avais émises sur les effets de l'alimentation des animaux par le foin nouveau.

Loyalement, franchement, M. Eloire, dont j'aime du reste les travaux que j'ai toujours consultés avec fruit, vient, appuyé sur des observations personnelles, se mettre sur les rangs des détracteurs du foin nouveau.

Je ne me défendrai pas entièrement du scepticisme dont il m'accuse ; la vérité et l'erreur ont quelquefois chacune en même temps des champions illustres, et alors, où est la vérité, où est l'erreur?

Dans son article, l'auteur ne contredit nullement ma manière de voir sur les causes qui ont établi la réputation du foin nouveau : j'en prends acte.

Le foin nouveau, dit-il, contient plus de matières grasses, plus de j)rincipes aromatiques, plus de matières sucrées, de dextrine, d'amidon, etc.; il est plus nourrissant et plus excitant.

Si par excitant M. Eloire entend qu'il est plus propre à aiguillonner, stimuler l'appétit, je suis parfaitement de son avis, et c'esl, du reste, je crois, ce que j'ai dit. Mais si, donnant à ce mot un sens plus large, il veut parler des désordres qui peuvent survenir à la suite de l'ingestion d'un aliment, je ferai remarquer que cette excitation peut avoir deux causes :

1** L'aliment contient des substances alibiles en proportion trop forte.

2" Il peut, par sa nature ou sa composition, être nuisible à la santé.

Dans le premier cas, l'antidote est tout trouvé : donner une moindre quantité de fourrage, ce sera de bonne économie rurale puisqu'avec un poids donné on nourrira un plus grand nombre d'animaux, et comme la consommation du foin nouveau se fait en été, on fera toujours bien de donner des boissons rafraîchissantes; dans les exploitations bien tenues, cela se pratique toujours, même lorsque les animaux consomment du vieux foin.

Dans le cas où le foin contiendrait des plantes nuisibles, de deux choses l'une, ou il faut le rejeter complètement ou attendre une plus complète dessiccation.

Je m'explique. Dans les prairies négligées, on trouve souvent des plantes coupantes ou vénéneuses telles que les laîches ou carex; les hellébores; la grande chélidoine; la cardamme des prés; l'OEnanthe fistuleuse; les carderés; le populage, etc., etc.; ces plantes conservent leurs mauvaises propriétés à un état de siccité le plus avancé; les foins qui en contiennent beaucoup ne doivent jamais entrer dans l'alimentation.

Dans d'autres prairies, surtout celles humides, marécageuses, on trouve souvent des plantes telles que la renoncule acre, la renoncule scélérate, les clématites, les anémones, la bétoine officinale, le colchique d'automne, etc., etc., qui nuisibles à l'état vert ou à un état de dessiccation plus avancé, deviennent complètement inoffensives lorsqu'elles sont sèches, parce que le principe acre ou aromatique qu'elles contiennent se volatilise en même temps que la dessiccation s'opère.

Tirons donc une conclusion :

Lorsque le foin n'est composé que de graminées, de légumineuses ou autres plantes ne possédant aucune mauvaise propriété, comme c'est de beaucoup le cas le plus général, il peut être consommé à toutes les époques et son coefficient de nutrition est cl autant plus grand, que la consommation est faite à un état de dessiccation moins avancé.

Si le foin possède en grande quantité des plantes nuisibles selon ce que nous venons de voir, on devra le rejeter complètement de la consommation, ou on ne le fera consommer que plus tardivement.

Là, comme partout, il faut commencer par le commencement, il faut améliorer les prairies.

Eh bien ! M. Eloire cite deux cas où il a observé les mauvais effets de la consommation de fourrages nouvellement récoltés.

Dans le premier cas, est-ce que le foin ne pouvait pas provenir de prairies basses, humides, contenant beaucoup de renoncules ou autres plantes, si dangereuses lorsqu'elles ne sont pas entièrement desséchées. L'analyse botanique aurait peut-être donné la solution vraie.

Et les accidents dus à la paille fourrageuse ne doivent-ils pas être imputés aux labiées, que l'auteur accuse de posséder une odeur si forte et d'être si nombreuses ; les labiées ne sont-elles pas par excellence des plantes aromatiques, stimulantes, toniques, excitantes, dont beaucoup conservent à l'état sec presque toutes leurs propriétés? Et alors cette paille fourrageuse aurait été nuisible encore six mois après.

La Commission d'hygiène hippique, qui s'est prononcée en faveur du foin nouveau, n'était pas placée dans des conditions extraordinaires quand elle opérait sur du foin boUelé^ secoue, aéré., car à part le bottelage qui ne doit avoir aucune influence ici, je crois que partout pour faner le foin on le secoue et on l'aère et qu'il ne sera pas plus aéré quand il aura passé longtemps en meule ou en magasin.

On m'accuse de n'avoir point pris la précaution de donner du foin aouveau à un cheval pendant quatre jours, avant de me prononcer.

Je ferai remarquer à mon honorable contradicteur que ce n'est pas sur un cheval ni pendant quatre jours que j'ai vu faire l'expérience; c'est sur 26 chevaux et pendant toute la saison dernière ; jamais on n'a eu à déplorer aucun accident.

Voilà l'explication des faits, voilà des preuves et si le doute persiste encore dans certains esprits, que l'année prochaine on fasse des observations judicieuses et qu'on rende compte avec la bonne foi et la loyauté qui doivent caractériser toutes les discussions scientifiques ou agricoles; c'est le meilleur moyen pour ne pas imposer plus longtemps quarantaine à la vérité. F. Larvap.on.

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