‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 65 sur 752 · LA QUESTION DU LIBRE-ÉGHA.VGE EN TOURAINE · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU LIBRE-ÉGHA.VGE EN TOURAINE

ibrmes et s'en était fait une carrière et un renom, laissant ses adeptes « se ruiner scientifiquement en prenant le conseil au sérieux «. Il avait aussi mis à la mode la théorie des prix, de revient, celle du fumier en particulier, et vingt fois il avait ouvert à ce sujet des discussions auxquelles il avait dû mettre un terme, en attendant, disait-il, « qu'on se mît (l'accord sur la méthode de calcul à employer ». La culture intensive était-elle une hérésie, et le prix de revient du fumier, un leurre? Il était bien dur, je ne dirai pas d'en convenir, maih simplement de le laisser soupçonner.

ftlais quand le voyageur qui avait passé à Prasny eût rapporté ce fait douloureux, que les attelages de hœufs et de chevaux ne gardent plus, d(^puis la néfaste conclusion des traités de commerce, la moindre modération dans leurs consommations de foin et d'avoine, la lumière se lit enfin dans l'esprit de notre puhliciste. Il jeta bravement à l'eau, au lin fond de la Loire, la doctrine de la culture intensive, la théorie du prix de revient du fumier, et se rabattit, pour s'y concentrer entièrement, sur le bétail producteur d'engrais. Voici la phrase qui résume tout l'esprit de ses derniers manifestes : « On accuse la France de ne pas produire assez de viande de boucherie. Mais ce n'est là qu'un côté de la question, car le bélail est aussi producteur d'engrais... Ainsi se pose la question du bétail dans toute son ampleur. « La CDuclusion qui découle naturellement de ces grandes prémisses, c'est qu'il faut plus que jamais fermer la porte au bétail étranger. A la vérité, nos contcfiiporains, déjà si mal pourvus, devront encore se serrer le ventre. iMais il paraît, c'est du moins ce qu'on affirme que c'est le bon moyen pour que nos neveux soient plus à l'aise, et qu'ils aient plus de viande et de blé, à leur usage, avec réduction de prix, par surcroît,

A cette thèse, un Tourangeau opposait récemment la doctrine d'un chimiste, qui établit que le bélail « n'est pas producteur, mais destructeur d'engrais. » Même il eût pu rappeler que notre grand publiciste avait récemment qualifié celte proposition d'admirable et « valant à elle seule tout un livre. » La réponse a été que le chimiste avait bien eu raison, mais que, « la science étant opportuniste, » ceux qui tiennent aujourd'hui le même langage, sont des hérétiques sentant le fagot et surtout n'entendant rien à l'économie rurale.

C'est surtout par amour de l'égalité, cette sainte égalité de I 789, qui, comme on le sait, a été si méconnue en 1860, qu'il lutte pour obtenir le droit de 10 pour 100 sur le bétail étranger. Il répète à tout propos que « l'industrie ayant des droits plus élevés, le gouvernement est mal fondé à ne pas obtempérer à sa demande. La question n'est pas de savoir si un pareil droit est possible, c'est de l'obtenir. Puisque les industriels ont du nanan, eh bien, qu'on en donne aussi aux cultivateurs. )' Là-dessus, on vit le fougueux M. Eliacin taper sur le ventre à notre publiciste, qui trouva le procédé moins entaché de familiarité que dépourvu de modération (la tape avait été trop fortej, pendant que le grand industriel Bouvyer-Cartier se frottait les mains et riait à se tordre les côtes en songeant aux marrons qu'il allait manger.

Un homme d'esprit, comme il s'en trouve encore. Dieu merci, quelques-uns en Touraine, disait à ce propos, qie quand les basques de l'habit sont trop grandes, ce n'est pas les manches qu'il faut rallonger, c'est les pans qu'il faut raccourcir. M'est avis que la meilleure manière de rétablir l'égalité, ce n'est pas de créer des privilèges pour

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