‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 711 sur 752 · LES VENDANGES DE 1880 EN PAYS PHYLLOXÉRES- — II · texte numérisé non relu

LES VENDANGES DE 1880 EN PAYS PHYLLOXÉRES- — II

La terre de Viviers, située sur la route d'Assas, est depuis longtemps connue, et visitée par les planteurs de vignes américaines. C'est, en effet, le premier domaine où l'on sest occupé sérieusement de la plantation en grande culture de ces cépagos. Le premier vignoble détruit sera le premier reconstitué. M. Jules Pagezy, son propriétaire, est non seulement un agriculteur distingué, mais c'est l'homme du monde qui connaît le mieux toutes les questions économiques se rattachant à la vigne et à ses produits. Il eut à donner bien souvent des preuves à la tribune de la Chambre des députés et au Sénat, où il a, pendant de longues années, représenté et défendu avec une grande autorité et une grande énergie, les intérêts agricoles et commerciaux de notre département en particulier et ceux des viticulteurs et du commerce en général. Lorsque le besoin de repos s'est fait sentir, il a renoncé aux affaires publiques; mais il est des organisations pour lesquelles l'activité est un besoin, et dans sa verte vieillesse il a entrepris une lâche devant laquelle bien d'autres auraient reculé. Il a trouvé encore le moyen, en reconstituant son vignoble détruit, de servir d'exemple et de relever les courages. Sa première plantation de Clinton remonte à l'hiver de 1873 à 1874. Il m'est arrivé bien souvent d'entendre dire, dans ces dernières années : Avez-vous vu les vignes de M. Pagezy? On dit qu'elles jaunissent ou qu'elles meurent par suite de l'affranchissement des greffes. Les nouvelles les plus alarmantes circulent tous les étés, nouvelles intéressées ou' non; plusieurs fois, pour me rassurer, j'ai été voir, je suis toujours revenu satisfait de ma visite. La vérité, la voici : les mille souches d'Aramont, greffées sur Clinton, plantées en 1874, ont produit, cette année, malgré les gelées d'avril 1879, 4'i hectolitres de vin. Une de ces souches, qu'on a admirée au congrès de Lyon, portait 32 gros raisins, beaucoup en avaient 40. M. Pagezy laisse dire, et justement fier des résultats obtenus il continue son œuvre : cinquante hectares sont déjà replantés à Viviers.

M. le vicomte de Turenne, secondé par M. Molinier, son homme d'affaires, a planté dans ses belles propriétés de Pignan et de Valautre une grande quantité de Riparias qui ont donné de prodigieux résultats. Les plantations s'étendent déjà sur 120 hectares à Valautre et sur 90 au château de Pignan; les excellentes terres de Valautre, fraîches et profondes, paraissent très favorables à la culture des Riparias. J'ai compté sur 180 souches d'un an greffées en Aramont cette année, MiO reprises; des greffes de 3 ans ont produit 16 kilogrammes de raisins par souche. M. le vicomte de Turenne imite l'exemple que lui donne sa belle-mère, Mme la duchesse de Fitz James le plus grand agriculteur du Gard; sa belle terre de Saint-Bénazé, transformée par elle en une immense pépinière américaine, lui donne de très beaux revenus par la vente des sarments en attendant qu'elle lui en donne de plus considérables encore par la vente du vin. La capacité et le zèle de M. Molinier sont un sûr garant de la reconstitution rapide des terres qu'il administre.

M. Emmanuel Coulet a planté, dans sa propriété du Pont-de-Lavérune, 2 hectares de Petit-Bouschet franc de pied.

Submergé à eau courante, sans le secours de machines élévatoires, par les eaux de la Mosson, ce jeune plantier donnera l'an prochain

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