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LES VENDANGES DANS LES PAYS PHYLLOXI^RÉS

mois d'avril 1879, ils ont néanmoins produit cette année 50 hectolitres à l'hectare.

Mezouls possède une très belle collection de cépages américains plantés depuis sept ans et de vastes pépinières très bien tenues.

J'ai gardé pour la fin ma visite à l'Ecole nationale d'agriculture de la Gaillarde. Jeune d'âge, vieille parles succès, cette école s'est trouvée la première sur la brèche en pays phylloxéré.

Abandonnant pour un temps les cultures accessoires, son jeune et sympathique directeur, aidé et soutenu par un corps de professeurs distingués, s'est livré avec une persévérance qui ne s'est jamais démentie, à une lutte énergique contre le terrible ennemi de nos riches vignobles.

L'Ecole a été ouverte à toutes les expériences, ouvertes à tous; elle est devenue le champ d'études le plus complet qui existe en Europe.

L'importance qu'elle a déjà acquise et qui augmente tous les jours, lui a valu, de la part du gouvernement, des subventions qui lui ont permis de s'agrandir en augmentant ses moyens d'action.

Aussi, de tous les pays atteints ou seulement menacés, nous avons vu accourir des délégués chargés d'étudier le fléau et les moyens de le combattre ; l'Autriche-Hongrie, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, la Suisse, ont envoyé leurs agriculteurs les plus éminents, et l'accueil gracieux et cordial qu'ils ont reçu, les facilités qu'ils y ont rencontrées pour se livrer à leurs études, leur ont permis de se créer d'agréables et solides relations et d'échanger des idées utiles et profitables aux rapports existant entre la France et les pays qu'ils représentaient.

Si bien que de nationale qu'elle était, on peut dire aujourd'hui que l'Ecole de Montpellier est devenue une école internationale.

Après avoir tout essayé, on a reconnu que la vigne américaine était le seul moyen pratique de reconstituer nos vignes perdues.

Tous les efforts ont alors tendu vers ce but. Une collection unique de cépages de tous les pays du monde, à laquelle tous les viticulteurs ont été heureux de concourir, a été créée et sa remarquable classification en a rendu l'étude facile à tous.

Des vignes d'expériences ont été plantées. Cette année on a vendangé, et voici les résultats ofticiels dont je dois la communication à l'inépuisable obligeance de mon excellent ami le directeur de l'Ecole, M. Camille Saint-Pierre.

La vigne de Cunningham plantée en 1878, en boutures, surface 26 ares, a produit 1 ,051 kilog. de raisins, ce qui représente à l'hectare un produit de 4,082 kilog.

La plus belle souche a donné 6 kilog. de raisins, le plus beau raisin a pesé 270 grammes.

La vigne d'Herbemont, plantée en 1877, occupe une surface de 24 ares, son produit a été de 1,295 kilog. de raisins. La moyenne de la production par souches a été de 2 kilog. 160 grammes. Le produit, par hectare, aurait été- de 5,400 kilog.; la plus belle souche a donné 5 kilog. 800 grammes de raisins, et le plus beau raisin a pesé 290 grammes.

La troisième vigne, plantée en Jacquez en 1877, a une contenance de 29 ares; son produit a été de 1 ,934 kilog. de raisins, la moyenne par souche de 2 kilog. 384 grammes, la plus belle souche portait 7 kilog. 800 grammes de fruits, le plus beau raisin pesait 370 grammes. [La suite prochainement,) Léon de Lunarkt.

A plusieurs reprises déjà l'occasion s'est présentée de signaler aux agriculteurs les exagérations dans lesquelles on tombe si Yaeileinent chez nous, à propos des recherches récentes sur la théorie de l'alimentation des animauv. D'une part, on nous montre les résultats de ces recherches tels qu'ils ont été obtenus en Allemagne, comme devant être acceptés sans restriction ni réserve, et on nomme leur ensemble « Talimenlation rationnelle ». Plutôt que de prendre la peine de l'examiner et de le discuter, en admettant qu'elles soient en mesure de le faire, bien des personnes trouvent plus simple et plus commode de l'adopter aveuglément et en bloc, et même le plus souvent d'en faire honneur à ceux qui n'en ont été et n'en sont encore que les purs traducteurs ou les compilateurs. Les conceptions allemandes de Wolff, de Henneberg et de leurs élèves, passent ainsi dans un certain public, pour mot d'évangile, sous d'autres noms. Ce sont des questions de confiance.

D'autre part, on vient nous dire que tout cela ne signifie rien, que les théories de l'alimentation sont aujourd'hui purement empiriques, et que tout est à faire pour en établir qui soient assises sur la base de la science expérimentale.

Je ne crois pas qu'il soit dans l'intérêt du progrès réel d'osciller de la sorte entre la foi et le scepticisme absolu. Dans une conférence que j'avais été appelé à faire sur ce sujet à Nantes, en 1874, à l'occasion du concours régional, il me semble être resté dans la véritable mesure pour apprécier la valeur de ce que nous possédons. Cette conférence a été recueillie. Il ne sera peut-être pas inutile d'en reproduire ici la courte partie relative à la portée pratique des notions qui sont en question. Six années de recherches et de vérifications nouvelles m'ont laissé à cet égard le sentiment que j'exprimais alors.

c( Messieurs, disais-je après avoir terminé l'exposition des connaissances acquises sur les bases scientifiques de l'alimentation, nous venons de faire de la science exacte, de la science abstraite, parce que nous avons raisonné sur des bases rigoureusement définies. Est-il besoin d'ajouter qu'on s'exposerait à commettre de graves erreurs et de graves fautes si l'on accordait à ces bases et surtout aux nombres dont je me suis servi pour les exprimer, une valeur pratique absolue? Gardez-vous bien de ces erreurs qui ont pour résultat certain de compromettre la science, à laquelle sont dus tous nos respects, et qui sont la cause ordinaire de cet antagonisme absurde trop souvent établi entre la science et la pratique, par les gens qui n'ont pas assez de bon sens pour comprendre son véritable rôle et sa véritable utilité. Ahj le boa sens, quelle chose précieuse et rare, bien qu'on lui donne souvent le nom de sens commun ! On ne l'acquiert point dans nos écoles. Quand on ne Ta pas apporté avec soi en y venant, on s'en retourne sans doute avec des connaissances acquises, on a la tête meublée, mais il manque toujours la manière de s'en servir utilement, parce qu'on est dépourvu de la faculté de discerner les cas de leur application opportune. La science agit sur des données qu'elle a pour objet de réduire, par l'analyse des phénomènes, à leur dernier degré de simplicité. Dans la pratique, au contraire, on est toujours en face de faits complexes, qu'il

s'aiîit précisément d'analyser à l'aide des données scienlifiques, en faisant funclioiiner celles ci de la manière judicieuse qu'indique cette faculté que nous '^ 'lions de nommer le bon sens.

« Ne \oyez doi* je vous en prie, dans les bases scientifiques précises que je viens d'exposer devant vous, rien autre chose que des points de repère pour vous guider dans la pratique de l'alimentation de vos animaux. En parlant ainsi, je ne songe pas à en amoindrir la valeur, croyez-le bien. Je les tiens pour les guides les plus précieux auxquels vous puissiez vous confier. J'entends seulement qu'ils ne sauraient vous dispenser des qualités qui font le pralirien habile, du tact sensé qui fait l'observateur atieniif et judicieux. Ils décupleront votre puissance, si vous savez les inter|)réter et les approprier aux cas particuliers. Songfz que dans 1 animalité, il n'y a pas deux unités absolument semblableset que nos nombres scientifiques représentent des moyennes abstraites. C'est l'individualité qui domine, dans la pratique zoolechnique surtout, et qui crée les plus grandes difficultés d'application, difficultés insurmontables pour le praticien empirique, tandis que le praticien éclairé ou guidé par la science en vient toujours à bout, s'il est doué du vérilable sens pratique.

« Dans les limites que je viens de tracer, vous pouvez toutefois tenirles données en question pour tout à fait cerlaines ou scientifiques. Elles résultent d'expérimentations rigoureuses, dans lesquelles on analyse tout ce qui entre au corps animal objet de la recherche, et tout ce qui en sort, pour conclure, par le bilan, ce qui a été retenu ou utilisé. »

Te. le est encore présentement ma propre appréciation. Les exagérations dont elle s'écarte ne se produisent pas seulement en France. On en observe aussi en Allemagne, dont les nôtres ne sont peut-être que des échos. L'an passé, celles auxquelles Emile Wolfî se laisse si volontiers entraîner, vraisemblablement en sa qualité de pur chimiste, lui ont valu de vives critiques venues de deux côtés dilTerents et tous les deux également autorisés. Julius Kiihn lui a reproché vertement la valeur absolue qu'il accorde à ses miryennes, dans le calcul des normes d'alimentation. On sait qu'en ces matières Julius Kûhn a le sens pratique très développé. Wikkens, allant beaucoup plus loin, a contesté toute valeur à ses combinaisons, en insistant sur l'incertitude des méthodes d'analyse usitées et en faisant remarquer d'ailleurs que les méthodes de la chimie ne sont pas suffisantes dans les recherches physiolof^iques.

Sans doute il reste encore bien des choses à faire pour que tous les problèmes posés par l'alimentation des animaux soient résolus. Il ne paraît pas douteux, par exemple, qu'il y aurait grand avantage à ce que lanalyse immédiate, pour ce qui concerne le groupe des matières azotées, pût être substituée à l'hypothèse dont on a dû jusqu'à présent se contenter. On ne peut pourtant pas méconnaître, sans manquer de justice, que des eflorts nombreux et persévérants se font en Allemagne dans cette, direction. Cela ne fait que plus cruellement sentir l'ennui des di ficultés qu'on éprouve, chez nous, à obtenir les moyens matériels de paPL-ourir soi-même les voies qu'on a ouvertes et sur lesquelles on éprouve le chagrin de se voir distancer par les étrangers. Mais, encore une l'ois, de ce que tout n'est pas fait, est-il permis de conclure que tout reste à faire ?

SUR LES BASES SCIEiNTIFIQUES. DE L'ALIMENTATIOX. 455

La science, d'où qu'elle vienne, est le patrimoine commun. C'est une pure maladresse de la rejeter à cause de son origine. Elle n'a pas de nationalité. Les savants seuls en ont une, et ce n'est pas moi qui leur reprocherai d'y tenir. Avec ce qui est acquis déjà sur la théorie de l'alimentation, je dis acquis solidement, et en laissant de côté tout ce qui prête au doute ou bien doit être sans hésitation reconnu comme sans valeur, il y a de quoi rendre à la pratique de signalés services. Nous en avons, je crois, donné de nombreuses preuves, et je puis ajouter que nous en donnons tous les jours, sans bruit et sans les taire valoir par des moyens de mise en scène. Il serait fâcheux que de simples affirmations, peut être un peu légèrement formulées, et en tout cas dépourvues de justifications suffisantes, pussent détourner les agriculteurs français éclairés et désireux de progresser, de Tintérêt qu'ils prennent de plus en plus aux questions ^dont il s'agit.

Plutôt que de condamner ainsi eu bloc et sur des considérations pour la plupart étransjères au sujet, tout un ensemble de recherches qui attestent au moins la bonne volonté des laborieux travailleurs qui les exécutent, ne vaudrait-il pas mieux en reprendre soi-même les parties faibles et contribuer à leur amélioration? Ce serait, je crois, la meilleure manière de servir la science de l'alimentation. La seule critique véritablement utile est celle qui substitue la vérité à l'erreur. Un outil imparfait vaudra toujours mieux, pour travailler, que l'absence d'outil quelconque. Quand on compare ce qui s'obtient aujourd'hui, dans l'alimentation des animaux, à ce qui s'obtenait, du moins en France, il y a seulement dix ans, il est impossible de ne pas constater un très grand progrès. Peut-on nier qu'il soit dû à la diffusion des notions scientifiques? Pour le contester, il faudrait ne l'avoir point observé. Et je crains bien que ce soit le cas de ceux qui le contestent. Ecrire est une chose; observer en est une autre, il ne faut pas les confondre.

Je voudrais saisir l'occasion de revenir sur quelques notions qui ont besoin d'être rétablies dans leur expression (exacte.

Nul n'a jamais eu, que je sache, la prétention d'infirmer la théorie dynamique de la chaleur, dont le principe est dû à Carnot, et non point à Mayer de Heilbronn, non plus qu'à Helmholtz ou à Hirn. En démontrant que, dans l'organisme animal, la transformation de la chaleur en travail n'est pas possible, on a fait voir seulement que la machine animale ne fonctionne point comme la machine à feu, comme la machine à vapeur. Et il est évident que la démonstration d'un tel fait n'a pas seulement un intérêt de curiosité. Car elle a des conséquences pratiques de la plus grande importance, et pour l'alimentation et pour l'emploi des moteurs animés. Ces conséquences, je les ai exposées et développées à plusieurs reprises. Personne, jusqu'à présent, n'a cherché à les réfuter, pas plus que la démonstration du fait.

JMais il est non moins évident que cela ne touche en rien au principe fondamental de la thermodynamique, principe absolument inattaquable. La conservation de l'énergie et ses transformations par voie d'équivalence n'en subsistent pas moins, parce que dans la machine animale celle énergie se dégage directement sous forme de travail, au lieu de se dégager sous forme de chaleur; parce que du travail s'y transforme en chaleur, au lieu que ce soit la chaleur qui s'y trans-

forme en travail. La seule différence est que le rendement en travail de l'alimentation est considérablement plus élevé dans la machine animale que dans la machine à vapeur.

Si la chaleur a un équivalent mécanique^ le travail a, inversement, un équivalent calorifique. 425 kilogrammètres équivalent à une calorie comme la calorie équivaut à 4 "2 5 kilogrammètres. Que peuvent donc signifier des jugements sommaires comme celui qui consiste à dire purement et simplement que, jusqu'à preuve du contraire, nous devons admettre que la force provient de la transformation de la chaleur? Est-ce que cette preuve du contraire, et péremptoire, n'a pas été donnée? Est-ce que le principal de ses éléments ne se trouve pas précisément énoncé à plusieurs reprises avant la proposition contradictoire qui vient d'être formulée? Qu'est-ce que cela signifie, encore une fois? Et de quelle autorité se permet-on de qualifier de simples affirmations des constatations qui ont pour auteur, par exemple, un physicien comme Glausius, et qui sont d'ailleurs conformes au théorème de Carnot? En vérité, cela passe l'imagination. On serait en droit de se montrer sévère, en présence d'une telle légèreté.

Il est certes permis de discuter tout un ensemble de travaux auxquels s'applique, sur la surface de l'Europe, une pléiade de chercheurs consciencieux et persévérants, parmi lesquels on peut compter bon nombre de savants de premier ordre. En signaler les côtés faibles est même un devoir. Tout le monde ne peut pas être soi-même chercheur. La critique a son rôle utile, pourvu qu'elle soit sérieuse. Mais se borner à nier avec désinvolture la valeur des résultats péniblement acquis, sans même s'apercevoir que le peu d'arguments qu'on a fournis sont en contradiction avec la négation, et que tout cela se suit sans aucun lien, on n'en voit, à aucun égard, l'utilité.

Le comble, c'est de proclamer que les systèmes d'alimentation déduits des recherches scientifiques n'ont d'autre mérite que celui du bon marché. Et quels autres voudriez-vous donc qu'ils eussent, s'il vous plaît? Est-ce que nous nous donnons de la peine dans d'autres vues que celle d'améliorer les conditions industrielles des entreprises zootechniques? On aime assurément la science pour elle-même et pour cela seul qu'elle est la vérité. Le vrai savant, en la cultivant, n'y cherche point des occasions de lucre personnel, et c'est ce qui lui donne droit à une estime et à un respect particuliers. Mais ne sait-on pas que les découvertes scientifiques sont toujours bonnes et utiles pour l'intérêt public, en augmentant notre puissance pour nous approprier les forces naturelles? A quoi pourraient bien conduire celles touchant l'alimentation des machines animales, si ce n'est à nous mettre en mesure d'en obtenir un plus fort rendement pour la même dépense ou le même rendement pour une moindre dépense?

Pour mon compte, je déclare sans hésiter que tout ce qui satisfait à une telle condition me suffit amplement, pour la raison bien simple que cela ne se peut point réaliser sans que le point de vue biologique reçoive, de .son côté, pleine satisfaction. En ce qui concerne le fonctionnement des êtres organisés, le point de vue chimique ne se sépare pas du biologique. Ici la chimie n'est qu'un outil.

En définitive, concluons qu'il ne saurait être bon de chercher, pour des motifs dont je n'ai point à m'occuper, à détruire la confiance que les résultats des recherches scientifiques sur l'alimentation peuvent

inspirer aux agriculteurs. Que cette confiance soit maintenue dans ses justes limites, rien de mieux. Notre devoir est de nous élever toujours contre les exagérations auxquelles le sujet ne peut pas plus échapper qu'aucun autre, et c'est pourquoi cet article a été écrit. Celles dans le sens du dénigrement sont toutefois encore plus repréhensibles que les autres. Car si l'adhésion enthousiaste et irréfléchie peut conduire quelques personnes au découragement par la déception, la négation systématique est absolument et nécessairement stérilisante.

A. Sanson,

Professeur de zuologie et zootechnie à l'École nationale de Grignon et à l'Institut national agronomique.

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