XI. — Le phylloxéra
A diverses reprises, nous avons insisté sur le développement pris par les associations syndicales pour le traitement des vignes pliylloxérées. Nous recevons du département de la Gironde un tableau qui donne sur l'extension des syndicats dans ce département, des détails pleins d'intérêt; nous le publierons dans notre prochain numéro, mais nous devons le résumer ici. Le département compte actuellement 49 syndicats constitués pour le traitement de 1,345 hectares. Parmi ces syndicats, 27 emploient la submersion, 18 le sulfure de carbone,
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et 4 le sulfocarbonate de potassium. La dépense effectuée est de 557,855 fr. Les subventions accordées s'élèvent à 126,903 fr., tantde la part de l'Etat que de celle du département. M. Doniol, préfet de la Gironde, a exercé sur la formation de ces syndicats, une très active et très heureuse influence; M. de Lapparent, inspecteur de l'agriculture, y a aussi beaucoup contribué. Quant au service local, il a été installé d'une manière remarquable, grâce au zèle et à l'activité de M. Artigue, délégué départemental.
Dans une nouvelle note qu'il vient de communiquer à l'Académie des sciences, M. Max. Cornu a appliqué la théorie des genres aux champignons parasites des végétaux, et spécialement à ceux qui attaquent la vigne. Cette note se termine par quelques conseils que nous devons reproduire :
«t La vigne est attaquée par trois parasites principaux appartenant au règne végélal et déterminant trois maladies:
« L'oïdium et l'anthracnose n'ont pas de spores dormantes; leur présence n'empêcherait pas d'utiliser les débris des plantes. Mais ces deux parasites demeurent sur les rameaux ; il convient donc, pour s'en rendre maître, de supprimer la réinvasion par des spores venues de la plante elle-même. On devra donc enlever les parties malades : pour l'oïdium, le bois taché; pour l'anthracnose, les parties carrées. Il conviendra, en outre, de badigeonner les parties aériennes de l'année, avec les produits sulfureux, par exemple des sulfocarbonates, pour tuer les mycéliums eccore vivants. Etendu à la totahté du cep, ce traitement aurait l'avantage de détruire à la fois l'œuf d'hiver du jîhylloxera et de la pyrale, ce qui exige souvent une opération spéciale dans le Midi et dans l'Ouest.
V Les feuilles, les rameaux détachés par la taille, peuvent contaminer les vignes si on les abandonne sur le sol, dans des conditions où les parasites peuvent continuer leur évolution; il faut donc les recueillir et les emporter loin des cultures.
« L'existence du Peronospora viticola commande de les brihler; les cendres pourraient alors être utilisées comme amendements. En les détruisant ainsi, on empêchera la réapparition des germes dans une proportion considérable ; la préservation sera efficace surtout si l'on prend quelques précautions pendant les premières années ; il ne faut pas laisser les spores dormantes s'accumuler sur le sol, le mal serait Lien plus difficile à combattre ; ce soin se recommande surtout aux viticulteurs possesseurs de plants fins et déhcats (Médoc) ou aux producteurs de raisins de choix, Thomery, Fontainebleau. »
Nous avons déjà signalé la découverte de l'œuf d'hiver dans le département des Pyrénées-Orientales. Cette découverte est confirmée par une note transmise par M. Campana à l'Académie des sciences. C'est en procédant avec beaucoup de soin qu'il a pu découvrir trois œufs seulement sur un très grand nombre de souches qu'il avait arrachées et emportées pour en examiner les écorces à loisir.
XIL — Situation agricole en Algérie.
Les dernières nouvelles de l'Algérie constatent que les travaux de l'automne ont été, dans les trois provinces, contrariés par la sécheresse qui a régné pendant la plus grande partie de la saison. C'est principalement dans la province d'Alger que la sécheresse a été persistante; un grand nombre de travaux n'ont pu être effectués au moment convenable, principalement en ce qui concerne les semailles de blé. Toutefois, des pluies survenues à la fin du mois de novembre ont permis, principalement dans le cercle de Médéah, de reprendre les travaux des labours. Dans la province de Constantine, les postes ont été supprimés dans les régions oii, par suite de l'abaissement de la température, il n'y avait plus à craindre d'incendies de forêts.
J.-A. Barral.
LA PETITE GQERRE. 491
A la discussion que j'ai faits de ses arguments, M. Lecouteux a répondu par deux articles séparés.
Le premier qui semble avoir eu pour objet de. nous donner eniSn l'explication de l'axiome cabalistique : « La liberté commerciale est le but, l'égalité douanière est le moyen, » est intitulé : Débroiiillom, n embrouillons pas. Voici de quelle façon il remplit ce double programme.
Après nous avoir dit que l'agriculture sera logique « en cherchant à faire prévaloir les principes de l'égalité, non pas de cette égalité intransigeante qui fait table rase d'un seul coup, » il ajoute que, pour son compte, il ne veut pas « jouer le rôle de ces intransigeants qui posent fièrement un principe, laissent violer ce principe, et se contentent d'attendre des jours meilleurs pour le triomphe de leurs idées. » C'est là sans doute ce qu'il appelle débrouiller les choses.
Le second point du programme, n embrouillons pas, n'est pas moins instructif : « N'embrouillons pas la question. L'agriculture s'incline devant les nécessités politiques qui feraient assumer par le gouvernement la responsabilité de la cherté du pain. Elle sait compter avec les préjugés. » Plus loin, il va jusqu'à demander des droits protecteurs sur le bétail, « au nom de la consommation publique. » La cherté du pain, un préjugé! Le bétail étranger repoussé de nos frontières, dans l'intérêt du consommateur ! Deux trouvailles ! deux perles !
Quant à l'explication du fameux aphorisme, voici celle qu'il essaye de nous donner. « Que l'industrie désarme. Qu'elle fasse un pas, plusieurs pas, vers la liberté commerciale. Et TagriciUture placée à des conditions égales sur le marché des capitaux et du travail, désarmera aussi. Jusque-là, il y aura guerre de tarifs, il y aura inégalité dans la
lutte, etc » Ce qui se dégage de plus clair de ces métaphores
guerrières, c'est que cette fameuse égalité douanière nous fera sûretourner le dos à la liberté commerciale, au lieu de nous conduire directement par « le chemin de la logique. » L'industrie n'est pas près de désarmer, pour parler le langage de M. Lecouteux. Pourquoi le ferait-elle, quand des agriculteurs naïfs, qui n'ont vraiment rien à y gagner, lui viennent en aide pour assurer la conservation de ses privilèges ? Pense-t-on que l'industrie « mettrait bas les armes, » lorsque l'agriculture aurait obtenu, si toutefois elle pouvait l'obtenir, sa part de protection ? Désarmez, vous-mêmes, dirait-elle aux agriculteurs, et donnez l'exemple du désintéressement, puisque, après tout, la protection vous coûte si cher et vous rapporte si peu.
Ce qu'il y a de plus plaisant, c'est que ces beaux raisonnements nous sont présentés sous l'invocation des noms de Bastiatet de Léonce de Lavergne. Bastiat, l'immortel auteur des Sophismes économiques^ qui qualifiait de spoliation les effets du régime protecteur ! Léonce de Lavergne, l'un des principaux auteurs de la réforme douanière, qui s'appuyait justement sur l'inutilité de la protection accordée nominalement à l'agriculture, pour lui conseiller d'y renoncer, dans l'espoir que ce pan de mur démoli, tout le reste de l'édifice ne tarderait pas à s'écrouler !
Le second article est consacré entièrement à l'argument du « bétail
producteur d'engrais. » L'auteur a voulu sans doute isoler cette partie de sa réponse, pour mieux montrer le cas qu'il fait de l'argument, sentiment bien naturel, puisqu'il en est sans contredit le père.
Il nous apprend que M. Boussingault n'a pas eu tort d'appeler le bétail destructeur d'engrais, mais que ceux qui l'appellent producteur d'engrais n'en ont pas moins raison.
Il nous apprend aussi que la valeur du fumier diminue le prix de revient de la viande et de la laine. Le prix de revient se composant • de frais et le fumier ne donnant pas des recettes, on voit difficilement de quelle façon le fumier, qui ne se vend pas, peut diminuer le prix de revient de la viande et de la laine qui se vendent. N'est-il pas plus simple et plus sensé de dire que le bétail est fait pour donner ce qui se vend, c'est-à-dire la viande et la laine, et que s'il y ajoute quelque chose qui ne se vend pas, c'est pour rien, puisque nous n'avons que la peine de le recueillir? Ce serait donner, il me semble, une idée bien autrement « haute de la fonction économique du bétail. » L'azote du fumier vaut tout au plus 3 fr. le kilog. ; celui de la viande vaut dix fois })lus. Le bétail joue donc un rôle bien plus important que celui que lui prête M. Lecouteux, car il nous permet de tirer bon parti des fourrages par la valeur de ses produits et de ses services, et il donne le fumier par-dessus le marché, c'est-à-dire pour rien. Tant mieux si ce fumier vaut 20 fr. la tonne. Il n'en faut savoir que plus de gré à nos bêtes de nous le donner gratis.
Il répète aussi sans rire et même avec un certain dédain à l'adresse de ceux qui seraient tentés de céder dans la circonstance à une douce gaieté, que le bétail étranger n'arrive chez nous qu'après avoir fécondé la terre étrangère. Mon Dieu! c'est bien vrai, mais ce n'est pas du moins aux dépens de nos fourrages. Qui nous empêcherait d'ailleurs de faire servir le bétail étranger à fertiliser notre propre territoire? Il suffirait de l'y retenir et de l'y fixer, une fois qu'il aurait franchi nos frontières. A moins qu'il ne pousse la perfidie jusqu'à nous refuser son... tribut, quand nous lui prodiguerons nos fourrages, on ne voit pas au juste ni pourquoi nous aurions fait une mauvaise affaire, de recevoir à bon compte une pareille source de fortune, ni comment l'étranger en aurait fait une bonne, de nous céder à vil prix cet instrument de fertilité.
Il nous révèle aussi que la protection sur le bétail aura pour effet de «placer les étrangers au nombre des contribuables jouissant de w notre marché et concourant à nos dépenses publiques. » Mais si cela était vrai, qui empêcherait les étrangers de nous faire contribuer aussi à leurs charges, en nous opposant des tarifs encore plus forts que les nôtres ? Est-ce que c'est là cette liberté qu'on nous montre comme but, en affirmant de nouveau « mille fois » que la protection est le moyen d'y arriver ?
Enfin il nous fait une dernière et plus grande révélation dans la phrase mystérieuse qui suit : La terre n'est, à vrai dire, qu'une machine à multiples effets.» C'est le mot de la fin, l'argument pour la bonne bouche, car il part de là pour entonner son hosannah : Oui, mille fois oui !
Et nunc erudimini P.-C. Dubost,
Professeur d'économie et de législation rurales à l'Ecole nationale d'agriculture de Grignon.
COiNCOURS d'animaux GRAS EN ANGLETERRE. 493