CONCOURS D'ANIMAUX GRAS EN ANGLETERRE
La dernière quinzaiae qui vient de s'écouler a été tout entière consacrée aux fêtes de la viande en Angleterre. C'est en vain que l'Irlande s'agite, que l'horizon oriental s'assombrit, que le taux de Tescompte s'élève et que le gouvernement anglais est inquiet, tout cela ne pèse pas un fétu de paille dans la balance qui règle les mouvements des fastes agricoles de nos voisins. Les concours de Birmingham et de Smithfield n'en suivent pas moins leur cycle périodique, et la même foule, animée du même enthousiasme, en envahit les enceintes avec la même ardeur de curiosité et d'intérêt. Ce qu'il y a de remarquable dans cette vogue qui, loin de s'amoindrir, ne fait qu'augmenter chaque année, c'est que rien ne ressemble tant à ces concours que les concours précédents. Ainsi au point de vue de la simple curiosité qu'excite un spectacle toujours le même, on ne s'explique pas bien cet engouement qui tient de la passion. Mais quand on vient à considérer les différents mobiles qui donnent le branle à ces foules et les portent vers les concours d'animaux gras pir centaine de mille, l'étonnement cesse et la chose se comprend facilement. Chez les uns, c'est la constatation de termes de comparaison pour juger si le baromètre du progrès chez les races à viande est en hausse ou en baisse. Puis cette recherche s'étend de toutes les espèces et de toutes les races, à une race spéciale à laquelle on s'intéresse particulièrement. D'autres s'intéressent encore plus spécialement aux hommes qu'aux bêtes, et aiment à saluer l'avènement des jeunes exposants nouveaux qui, chaque année, viennent remplacer ceux qui disparaissent. Puis encore il y a l'intérêt de la concurrence, la passion de la rivalité qui poussent un grand nombre à venir jeter un coup d'œil sur les productions des rivaux, et chercher une idée dans cette masse de produits divers. Il y a encore parmi cette foule bien des gens qui viennent pour rencontrer de vieux amis et deviser des choses qui les intéressent.
Une autre grande attraction du concours de Smithfield, ce sont les assemblées générales des membres des grandes associations agricoles qui ont lieu dans la semaine du concours. C'est d'abord la réunion annuelle du club de Smithfield, où l'on nomme le président pour l'année suivante et les membres du Conseil pour remplacer ceux qui se retirent par rotation, selon les statuts. C'est ensuite la Société royale de l'Angleterre, qui tient son assemblée générale semestrielle; puis le Club central des fermiers oi^i l'on prononce un grand discours sur le sujet qui présente le plus d'actualité et où l'on festoie joyeusement dans un dîner pantagruéliquement rural, c'est-à-dire où s'assouvissent ces merveilleux appétits qui distinguent les hommes des champs. Cette année, c'est le membre du parlement rural, Clare Servell Read qui a tenu la tribune et a prononcé le discours d'usage.- Son sujet était tout indiqué, car il revient d'Amérique où il avait été envoyé avec un de ses collègues, M. Pell, pour procéder à cette partie de l'enquête sur Tagriculture pour laquelle la chambre des Communes avait nommé une Commission parlementaire. M. Read a condensé son remarquable rapport dans un discours des plus intéressants, dont j'ai l'intention de reproduire dans ce Journal les traits les plus saillants et les plus importants pour notre propre agriculture.
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L'Association centrale des Chambres d'agriculture a de môme tenu ses assises annuelles dans la salle de la Société des arts. Ainsi, on le voit, cette semaine du concours de Smitiifield a été bien remplie ailleurs que dans lenceinte du palais d'Islington oi^ cependant plus de cent mille visiteurs ont payé leur entrée aux tourniquets. Les citoyens de Londres, pour qui le spectacle de cette magnifique viande de Noël en perspective, demeure toujours un grand attrait, n'ont pas manqué de suivre leur pente de curiosité et de convoitise gastronomique, et ont, comme toujours, largement contribué à grossir la foule des visiteurs.
D'ailleurs, malgré la physionomie monotone de ces concours, le spectacle offert par cette collection d'animaux dont pas un n'était frappé du cachet de la médiocrité, qui tous témoignaient par leur engraissement régulier de leur aptitude à l'engraissement, de leurs grandes qualités d'assimilation, et surtout de l'habilité pratique de leurs engraisseurs, avait un aspect de grandeur qui saisissait l'esprit et l'éievait bien au-dessus de l'idée restreinte des aspirations de l'ebtomac. Il y avait là, en effet, une manifestation frappante du génie des grands éleveurs de l'Angleterre, qui, depuis la fin du siècle dernier, ont pu transformer les races agricoles, les modeler toutes sur le même type esthétique, à quelque espèce qu'ils appartiennent, développer leur puissance d'assimilation pour arriver à la précocité et leur donner cette constitution robuste et rustique qui leur permet de subir impunément toutes les exigences d'une domesticité raffinée et d'une insatiable consommation. Ces qualités si précieuses ont été non seulement données à l'individu, mais se sont enracinées dans le sang des races, et par une sélection même fortuite et non raisonnée, se transmettent dans une proportion plus ou moins grande, selon le degré de pureté du sang des producteurs, à tous leurs produits. Au point de vue de la science zootechnique, voilà un grand triomphe et le spectacle, comme celui du concours de Smithfield qui en produit la manifestation, mérite, certes, l'empressement de cette foule immense qui en envahit l'enceinte.
Chez nous, cette appréciation et cet intérêt n'ont point encore pénétré les classes non rurales. Nous possédons pour nos concours d'animaux gras, la plus belle enceinte qu'il y ait au monde. La salle d'Islington, avec ses sombres galeries, n'est qu'un bouge à côté du Palais de l'Industrie, et malgré cela, malgré la vaste population de notre capitale, malgré la présence en hiver de toute sa population, riche, intelligente et instruite, les travées de nos concours sont comparativement désertes.
Pendant les cinq jours que le concours de Smithfield a duré, le passage de 120,272 visiteurs a été enregistré aux tourniquets. Si l'on ajoute à ce nombre la foule des porteurs de cartes gratuites, comme membres du club, exposants et serviteurs, on arrive à un chiffre qui dépasse une moyenne de 26,000 par jour — et encore faut-il observer quelepremier jour le prix d'entrée est fixé à cinq shillings (Gfr. 25) — et que pour ce jour-là il ne faut compter que tout au plus 1,200 visiteurs; ce qui laisse pour les quatre jours suivants une moyenne de 32,000 visiteurs.
Comme ensemble, le concours de Smitiifield de 1880, s'il ne surpasse point le mérite de ses devanciers immédiats, maintient une
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bonne moyenne et ne manifeste aucune dégénérescence. Dans les classes distinctes des races pures, il n'y avait rien de bien remarquable, excepté chez les Devons dont l'ensemble homogène de couleur, de formes et de caractère, présentait un charmant coup d'œil, coaime le fait une troupe de soldats d'élite ayant le môme uniforme et la même taille. Les Durhams de race pure étaient moins homogènes et présentaient peu de sujets d'un mérite exceptionnel; cela s'explique par le peu de choix qu'offre cette race, dans les jeunes classes surtout. Presque tous étant destinés à la reproduction, il se trouve bien peu d'exposants pour sacrifier la valeur de reproduction en faveur de celle de boucherie. Mais là où brillait le mérite exceptionnel de la race, c'était dans les vaches âgées dont la classe contenait des vieilles douarières, à bout de production et appartenant à quelques-unes des plus nobles familles de la race, telles que celles des Gwyimes, des Winsoine, des Seraphinas, etc. Un 3 vieille vache ayant produit plusieurs veaux, ne conserve jamais l'élasticité musculaire de ses formes extérieures, et partant la régularité des lignes disparaît, même après un entraînement d'engrais bien dirigé. Aussi n'ofîrentelies point cette surface unie et symétriqu-e des génisses stériles qui, plus jeunes, ont conservé leur fraîcheur et leur symétrique rotondité.
Le prix d'honneur a été cette année remporté par un croisement durham-écossais, mais durham par son apparence, ses cornes et son caractère. La classe dans laquelle ce magnifique animal était exposé, celle des croisements divers, âgés de moins de quatre ans, ne contenait que trois sujets, à qui on a distribué les trois prix sans vergogne, car certes ces récompenses étaient bien méritées. Le bœuf, premier prix de cette classe, présenté par M. Colman, gagne non seulement le premier prix de sa classe, mais comme le plus bel animal de tout le concours, remporte le prix d'honneur de cent livres sterling offert par les propriétaires du palais d'Islington et une médaille d'or de grand module offerte par le club de Smithfieid àTéleveur, M. J. Durno. Du reste, dans toutes les classes, une médaille est toujours réservée à l'éleveur de l'animal primé. Autrefois, si je ne me trompe, c'était la règle dans nos concours français : mais cette mesure de justice, comme beaucoup d'autres, est tombée en désuétude; car on u'en entend plus parler dans nos programmes, et je ne comprends pas pourquoi.
De l'aveu de tous les éleveurs praticiens, jamais on n'avait eu l'occasion de voir des croisements durhams mieux réussis et manifestant à un plus haut degré l'excellence de la race Durham comme élément de croisement. Cette classe était le trait saillant du concours et c'est là que convergeait la foule des visiteurs.
Dans les classes ovines, ce sont les southdowns qui ont remporté le prix d'honneur, bien mérité par de magnifiques représentants du troupeau de Merton. A Birmingham comme à Smithfieid, c'est lord Walsingham qui, du reste, a remporté les principaux honneurs. Le seul rival qui ait tenu tête au vainqueur, c'est un lot de shropshires d'une perfection merveilleuse, mais les southdowns de Merton l'ont emporté par leur exquise finesse et leur rare symétrie.
Comme toujours. Sa Majesté la Reine et Son Altesse Royale le prince de Galles ont concouru avec honneur et remporté quelques prix importants ; et, parmi les autres exposants et lauréats, on rencontre sur le catalogue un bon nombre de membres de la haute aris-