‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 74 sur 752 · LA BETTERAVE A SUGRB DANS L'OUEST · texte numérisé non relu

LA BETTERAVE A SUGRB DANS L'OUEST

Tout paraît changer aujourd'hui, et la Compagnie de sucreries de l'Ouest, l'ondée au capital de 10 millions, et dont les opérations doivent s'étendre à quatorze départements, exposait au concours de Kennes des sucres provenant de la sucrerie de Châlelaudren (Côtesdu-Nord;, qui lui ont valu une récompense justement méritée. Il paraît en outre acquis que, tandis que les betteraves du Nord fournissent seulement 5 à 5 1/2 pour 100 de sucre, celles qui sont obtenues dans la région, donnent une richesse qui varie de 9 à 13 pour 100; qu'en outre, les raffineries de Nantes considèrent l'adjonction du sucre indigène comme nécessaire dans leur fabrication.

Quand on considère que, avec les quatre départements du Nord contenant plus de quatre cents sucreries, l'industrie sucrière déjà établie dans vingt-trois départements, va acquérir, par les opérations des sucreries de l'Ouest, quatorze autres départements, on peut dire que cette industrie intéressera plus de la moitié de la France. C'est la culture de la betterave qui a transformé le Nord, par les préparations du sol qu'elle réclame, les façons et les engrais qu'elle exige; elle conduit à la culture intensive des céréales et, partant, à ses rendements maxima. La même transformation est possible dans plusieurs, sinon tous les départements de l'Ouest; et on peut affirmer par ailleurs que cette industrie permettra à l'agriculture française de soutenir avec succès la concurrence étrangère.

Le Journal de t' Agriculture a toujours réclamé le dégrèvement des sucres, comme la mesure la plus favorable à prendre en faveur de la culture française. Le gouvernement tenant à sa promesse vient d'en prendre l'initiative et il faut espérer que rien ne viendra contrarier le vote de dégrèvement d'un impôt qui pèse trop lourdement sur la production et la consommation tout à la fois. La loi ne se contentera pas d'en baisser la quotité, elle changera aussi le mode de perception d'après les types, et prescrira l'analyse saccharimétrique qui apportera la précision dans les épreuves. On ne peut qu'applaudir à cette double mesure.

Pourtant nous avons été parmi les tenants de la culture coloniale si favorable à notre marine marchande, aujourd'hui si éprouvée. Ceux qui peuvent se reporter à quarante ans se souviennent encore de la lutte de la canne et de la betterave, qu'on chansonnait alors comme cousine du navet. On ne peut oublier, que le sucre de nos colonies donnait aliment de fret à plus de 300 navires à voile, aujourd'hui presque sans emploi; qu'avant l'émancipation de Saint-Domingue, plus de 200 navires étaient consacrés aux transports de cette seule colonie, d'après JM. L. de Lavergne, et que leurs retours s'opéraient en sucre. Aujourd'hui la fabrication du sucre de betterave s'élève à près de 400 millions de kilog., et celle de nos colonies à 85 millions seulement, d'après l'exposé même de M. le ministre du commerce.

Il est toutefois avéré que la richesse de la betterave à sucre diminue depuis quelques années dans les départements du Nord. Ce n'est pas qu'on ménage les fumures; le sol s'épuise principalement d'un élément qui se retrouve en abondance dans nos terrains de l'Ouest, la potasse iMais il est nécessaire que les terres consacrées à la betterave soient pourvues de l'élément calcaire qui manque à certains terrains granitiques de la Bretagne, et auxquels on devra le rendre pour pouvoir la cultiver avec avantage.

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