‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 96 sur 752 · XIII. — Nouvelle de l'état des recolles · texte numérisé non relu

XIII. — Nouvelle de l'état des recolles

Toute l'attention des agriculteurs se porte maintenant vers la moisson. Les circonstances sont d'ailleurs favorables à la maturation de tous les grains.

Dans la note suivante qu'il nous envoie de Bruz, près Rennes^, à la date du 28 juin, M. de la Morvonnais donne des détails sur la plupart des principales récoltes :

a Les premières pluies avaient été favorablement accueillies il y a une quinzaine pour les céréales de printemps, les plantes sarclées, les prairies hautes, etc. Mais hélas ! les froments sont en fleur et la ijluie continue, l'aLmosphère est humide, le baromètre fort bas, le vent du sud-ouest, l'alarme est générale. La triste récolte de 1879 et les pluies de juin et juillet de l'année passée sont dans toutes les mémoires.

« Quelques froments sont déjà couchés, le foin est en péril sur quelques prairies. Les avoines de printemps et les orges sont belles.

« Les foires dernières étaient sans acheteurs.

« IjC froment du pays est à 28 fr. les 100 kilog., le blé américain à 32 fr. Le disponible n'est pas abondant, et j'ai vu cependant proposer un marché en blé du pays de la récolte prochaine à 27 fr. à livrer. Les dernières gelées de mai ont fait tomber les pommes, le cidre est au prix de 45 fr. la barrique, cliiffre énorme pour la boisson usuelle. «

M. de LentilhaCj dans la note qu'il nous envoie de Saint-Jean d'Ataux (Dordogne), à la date du 12 juillet, résume ainsi qu'il suit la situation agricole dans ce département :

(c La température du mois de juin s'est élevée jusqu'à 30", avec de fréquentes ondées qui ont admirablement favorisé la végétation des plantes, sauf celle des prairies naturelles qui, fortement éprouvées par les gelées de l'hiver n'ont pu réparer leurs pertes ; ici le mal est grand, demi-récolte tout au plus. Les premières coupes de fourrages artihciels ont été pour la même cause peu abondantes ; mais celles qui ont suivi ne laissent rien à désirer, ce qui fait espérer qu'il pourrait en être de même du regain de prairies naturelles si le temps est favorable.

« Les froments ont fait plus qu'on ne pouvait espérer et compensé par un vigoureux et puissant tallement les manques nombreuses occasionnées par les gelées du dernier hiver, l'épi est long, bien garni et montre un peu partout les premiers indices d'une bonne maturité. Les seigles coupés sont généralement lourds et promettent un bon rendement. Les pommes de terres, maïs, haricots, tabacs, etc., marchent bien. Quant à la vigne, voici bien des années quelle n'a^ vait étalé d'aussi riches promesses, mais on remarque dans les plus vigoureuses' de 'nombreux cas d'oïdium et de coulure que les dernières pluies, suivies d'assez basses températures, ont malencontreusement favorisés.

Dans le département de l'Ariège, d'après la note que M. Léo d'Ounous nous envoie de Saverduii, à la date du 12 juillet, on estime que la récolte des blés est excellente :

« Depuis plus de quinze jours, les seigles, les méteils, les orges et les avoines, tombent sous la grande faux, et les blés ne tarderont pas de subir le même sort, les gerbes sont nombreuses et pesantes. Un de nos grands agriculteurs obtient de 7 hectohtres de semences, plus de 110 comptés qui dépasseront l'hectolitre. Il ne nous avait été rarement donné d'afhrmer de pareils rendements dans nos terres argiles calcaires. Les diverses fermes gérées par le comité de T Orphelinat, vont nous donner de 7 à 800 hectolitres de Blé et suffiront à la consommation d'un, personnel de 150 personnes. Hélas! pourquoi faut-il qu'il n'en soit pas ainsi pour une trop grande partie de notre cher déparlement de l'Ariège. Un fort orage mêlé de pluie et de grêle a frappé un «rand tiers de ce département, plus de 20 communes ont été atteintes. Une véritable tempête a -cassé ou renversé des arbres centenaires.

« Vous connaissez les beaux travaux du Directeur de la ferme-école de Royat oiî la viticulture tenait la plus grande place, et qui depuis bien des années servait aux études les plus avancées. Le regretté Directeur "avait du faire de grands sacrifices et

CHRONIOUE AGRICOLE ("24 JUILLET 1880). 131

sa malheureuse et intéressante veuve avait l'espoir de combler le déficit en 1880. Le beau vignoble de Royat a été abîmé, il ne reste ni un Iruit ni une feuilie dans ce splendide vignoble.

« Si les blés nous donnent plus que de belles espérances, nos prés naturels ou artificiels n'ont presque rien produit. Ce serait presque de la disette, si l'on n'avait beaucoup semé des vesces et avoines qui ont fourni une abondante récolte. De là nécessité de grands semis demaïsfourragers. Il n'est que temps de semer des choux d'hiver, des colzas, des moutardes et des navets qui donnent d'abondants produits jusqu'au printemps.

« Jardins rt vergers. — Le dernier rapport de l'Orphelinat de Saverdin, nous a fai connaître les succès obtenus dans nos jardins potagers, fruitiers, et pépinières. Nos produits ont déjà doublé et triplé. Le grand potager si dénudé en juillet et août, est vraiment splendide en ce moment : on y récolte des cboux vraiment monstrueux, d'énormes salades, et des pois Michaux à rames qui sont curieux à voir. Les arbres, fruitiers cèdent sous le poids des fruits. Une grande allée d'amandiers en donnera plusieurs hectolitres. C'est vraiment un travail que d'opérer la récolte de mon superbe prunier mirobolan. Nos habiles ménagères ont utilisé leurs bassines pour nous confectionner d'excellentes gelées de groseilles, traises et framboises ; à bientôt les compotes d'abricots et de pêches. Nous avons déjà cueilli et consommé les premières amandes.

a Piaules sarclées. — Ces cultures de natures diverses se présentent aussi dans les plus favorables conditions, les haricots recouvrent le sol en entier et sont en fleurs; les maïs favorisés par des pluies peut-être un peu trop fréquentes, ont reçu la dernière façon, ainsi que les pommes de terre qui seront fort abondantes si la maladie ne vient pas les atteindre.

« Malgré le retard de la tloraison de la vigne, cette récolte promet aussi de très forts rendements, les fromences sont abondantes et belles ; c'est d'une luxuriante végétation.

« En somme et si les céréales obtiennent des prix de 20k'i2 francs, nos colons et nos fermiers poi^rront liquider leurs affaires et leur baux à ferme, et le propriétaire pourra effectuer les travaux nécessaires aux progrès agricoles. »

Sur une partie des cantons du littoral de l'Océan, depuis l'embouchure de la Seine jusqu'au nord de la France, on a signalé, dans les derniers jours, quelques violents orages de grêle qui ont amené des pertes sérieuses; m-iis ces désastres sont locaux, et les résultats qu'ils entraînent ne peuvent influer sur l'ensemble de la situation.

J.-A. Bakral.

Séance du 15 juillet 1880. — Présidence de M. ChevreuL

M. le ministre de l'agriculture envoie l'ampliation de deux décrels approuvant l'élection de M. Fernand-Raoul Duval comme membre titulaire dans la Section de mécanique agricole et des irrigations, et de M. d'Esterno comme membre associé dans la Section d'économie, de statistique et de législation.

M. le secrétaire perpétuel rend compte des obsèques de M. Victor Borie et donne lecture du discours qu'il a prononcé sur sa tombe, au nom de la Société.

M. Richier, président de la Société d'agriculture de la Gironde, envoie un exemplaire de la géographie du phylloxéra dans ce département, qui a été récemment dressée par M. Froidefond sous le patronage de la Société.

M. G. Cantoni envoie une note sur des observations relatives à un blé improductif, et sur les causes de ce phénomène.

M. le baron d'Arlot de Saint-Saud écrit pour poser sa candidature à une place de correspondant.

MM. Célarié, Lacour, de Longuemar, Ponsard, Sarrau Site de Men-

thière envoieat leurs i'é.pon?es à l'enquête ouverte devant la Société sur les dommai^es causés par l'hiver.

M. le prince ïorlonia annonce l'envoi d'un exemplaire du précis historique et technique du dessèchement du lac Fucino.

M. Gatellier envoie les instructions qu'il a rédigées, au nom de la Société d'agriculture de Meaux, pour éviter la fraude dans le commerce des engrais. Cette note a été analysée dans un précédent numéro du Journal.

M. Chevreul exprime, aux applaudissements unanimes, la vive satisfaction que la Société éprouve de la haute distinction conférée, par l'initiative du ministre de l'agriculture, à deux de ses membres, M. Barrai et M. Marie, qui viennent d'être nommés commandeurs de la Légion d'honneur.

M. Barrai analyse un rapport de M. Bussy au Comité consultatif d'hygiène sur les procédés de M. Lecourt et de M. Guillemare pour le verdissage des conserves alimentaires au moyen de la chlorophyle. A cette occasion, MM. Pasteur, Bouley et Barrai présentent des observations sur les dangers de l'emploi des sels de cuivre pour verdir les conserves alimentaires.

31. Pasteur fait une communication relative à ses dernière recherches sur les causes de la propagation de la maladie charbonneuse. Il a reconnu que les vers de terre sont les agents qui font remonter à la surface du sol les germes des bactéridies, provenant des animaux morts du charbon, enfouis dans les champs. Il arrive à cette conclusion qu'il faut se garder d'enfouir ces cadavres dans les champs mis en culture ou dans les pâtures ; il pense que, en prenant cette précaution, on peut arriver à atténuer rapidement l'infection charbonneuse.

M. Boulay présente, de la part de M. Toussaint, professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse, une note sur l'innocuité pour le charbon acquise à la suite d'inoculations préventives. Il fait ressortir l'importance des recherches de M. Toussaint et le profit que les agriculteurs pourraient retirer de l'application de leurs résultats.

Séance du 21 juillet 1830. — Présidence de M. Chevreid.

MM. de Vanteaux, Detourbet, Boudy, Stoecklin, Fauchet, envoient leurs réponses à l'enquête ouverte devant la Société sur les dégâts causés par l'hiver aux produits agricoles et aux récoltes. Renvoi à la Commission spéciale.

M. Ott envoie une étude qu'il vient de publier sur la colonisation de l'Algérie et une brochure sur la culture de la vigne dans notre colonie africaine. — La Société reçoit aussi un exemplaire du Guide pratique du cultivateur algérien, par M. Briez, ancien secrétaire du Comice d'Alger.

M. Kersanté transmet uns brochure qu'il vient de publier sur la liberté commerciale au point de vue agricole.

M. Magne donne lecture d'un Mémoire dans lequel il décrit un grand nombre d'observations relatives à l'influence des sexes sur le produit de la conception dans les animaux domestiques. Après plusieurs observations sur l'hérédité et l'atavisme présentées par MM. Clavé, Pluchet, de Tillancourt, Chevreul, Blanchard et de Quatrefages, la Société ajourne la discussion sur celte importante question.

Henry Sagnier.

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