L. MOLL
Professeur au Conservatoire des artSiSt métiers, membre de la Société impériale et. centa-aJe .l'agriculture, cultivateur à Lespinasse.
M. Guy de Chamacé a adressé à M. Magne, directeur de l'École vétérinaire d'Alfort {Journal de t Agriculture, du 20 janvier), une lettre par laquelle il appelle l'attention des éleveurs sur un fait important qui n'a pas été encore assez observé.
L'influence d'un mâle qui a fécondé une femelle peut-elle se faire sentir sur les produits résultant d'accouplements subséquents de cette femelle avec d'autre mâles? — En d'autres termes, et pour rendre la question plus facile à saisir, si une veuve qui a eu des enfants d'un premier mariage, en contracte un second, peut-il arriver que les enfants provenant de ce second mariage ressemblent plus au premier mari de leur mère qu'au second mari qui est leur père?
Cette question n'est pas nouvelle, elily a déjà environ trente ans que j'ai cité, à l'appui de cette doctrine, des faits observés en Angle-
terre el en Allemagne. *\Ie les ai reproduits dans mon Manuel de r Éleveur de chevaux. Voici ce que je dis dans ce Manuel :
a Cette idée semble au premier aspect tellement extraordinaire, que depuis je ne l'ai pas repro Imite : je m'en suis cependant occupé et j'ai trouvé qu'allé peut être e.xpliquée. Le fœtus, dans le sein de sa mère, vit de sa vie propre : il peut périr sans que sa mère périsse, tout comme il peut être conservé à la vie lorsque la mère meurt; mais il existe entre ce fœtus et sa mère une union tellement intime, que le même sang circule dans les veines de tous deux. Or ce fœtus, c'est le germe que le mâle a diéposé dans le sein de la femelle, c'est Ja substance du mâle, et on peut admettre qu'après la séparation de deux êtres qui, pendant un temps n'en ont fait qu'un, il reste chez la femelle, mélangé avec son sang, une partie du sang provenant du mâle qui l'a fécondée, et que ce sang agira sur les produits de nouvelles gestations amenées par l'accouplement avec d'autres mâles. »
Telle est mon explication. Je cite ensuite les faits observés, qui sont en assez grand nombre (^Manuel de l'Éleveur de chevaux, t. II, p. 316).
De là il résulterait que, si une femelle d'une certaine race produit avec un mâle d'une autre race, les produits ultérieurs de celte femelle avec des mâles de sa race à elle ne pom-ront jamais être purs, son sang ayant perdu sa pureté par suite du premier accouplement et de la première gestation.
Cette doctrine, une fois admise, expliquerait beaucoup de faits sur lesquels il a régné jusqu'à préseut une entière obscurité. On trouverait que tel reproducteur a été injustement accusé de défauts qu'il n'avait pas lui-même transmis à ses produits, mais provenant d'un autre mâle qui antérieurement avait fécondé la même femelle.
Cette question mérite l'attention des éleveurs et des hommes de science qui ne s'occupent pas directement de l'élevage du bétail, mais qui peuvent rendre de grands services aux éleveurs en les éclairant. Espérons que M. Magne voudra bien s'en occuper.
Quant à l'autre question, celle de l'influence de la femelle sur le mâle, je dirai avec M. Magne qu'elle paraît bien difficile à comprendre, et pour moi il est encore plus difficile d'y croire. J'ajouterai que si cette injQuence existait réellement, elle pourrait avoir des conséquences, effrayantes pour l'espèce humaine.
Cest dans l'Amérique du Sud, dans les pa3's où les populations noire et blanche sont mélangées et ont entre elles des rapports continuels, que ces questions pourraient le mieux être étudiées et amenées à une solution.
F. ViLLEROY.
Rittershof, 23 janvier 1867.
CHARRUE ÉPIERREUSË A US.\GES MULTIPLES
Jusqu'à présent on avait essayé d'épierrer les champs à la main, mais ces efforts étaient restés vains et stériles, T'épierrage dans ces conditions deyenant extrêmement dispendieux et étant impraticable. Cet état de choses était souvent très-nuisible au plus grand nombre de nos cultivateurs; il y en avait parmi eux qui, ayant de grandes parties do terre dans leur domaine où les pierres se trouvaient en abondance, ne pouvaient les épierrer sans faire des dépenses trop considérables. Ils étaient donc forcés de les délaisser, et ils ne pouvaient même
CHARRUE ÉPIERREUSE A USAGES MULTIPLES
pas espérer s'en servir pour faire pacager leurs bestiaux, l'herbe se refusant à pousser dans ces terrains pierreux. Il se pouvait cependant qu'à ce trop grand nombre de pierres se trouvât agrégée une couche (le terre végétale, susceptible, si elle était amendée ou fumée, de se convertir en excellente terre de rapport.
Pour atteindre cet heureux résultat, on n'aura qu'à employer la charrue épierreuse. On a déjà parlé dans le monde agricole de l'emploi de cet instrument et son succès est consacré par l'expérience; mais depuis lors, on adonné à cette charrue la faculté de rendre de nou-
Fig. 42. — Charrue épierreuse Casanova.
Fig. 43. — Charrue épierreuse Casanova, Iransformée en ratissoire d'allées de jardins.
veaux services, et cela dans des conditions d'économie exceptionnelle. Pour rendre plus intelligible le genre de services que la charrue épierreuse peut rendre , voici comment s'exprimait l'année dernière M. Georges Barrai sur le compte de cet instrument :
I M. Casanova avait, dans sa propriété de Montilfaut, près Bourges, 32 hectares de terres abandonnées comme ne pouvant rien produire, à cause de la grande quantité de pierres et de petits cailloux qui s'y trouvaient. Les fermiers prétendaient que ce serait folie de faire labourer ces terres, qu'il n'y pousserait jamais rien. On les abandonna en parcours aux moulons qui, en effet, parcoururent avec une rapidité
CHARRUE ÉPIERREUSE A USAGES MULTIPLES
extrême ces champs incultes, n'y trouvant pas d'aliment pour leur nourriture. M. Casanova crut longtemps à la non-fertilité de ces terres, lorsqu'un jour il eut l'idée d'en destiner une partie à une plantation de topinambours. Quelle ne fut paj> sa surprise de voir sous ce mélange de pierres une couche de terre argilo-calcaire Aussi résolut il de faire des expériences. A cet effet, il fit fabriquer, par un mécanicien de la ville, un grand râteau, dans le dessein de ramasser les pierres; cette f)remière tentative laissant beaucoup à désirer, il fit alors changer son râteau en ame ramasseuse droite. Le résultat qu'il obtint fut plus satisfaisant; mais hélas! les trois quarts des pierres restaient en chemin; cependant M. Casanova ne se découragea pas. Il protégea alors l'armature en fer de la lame, de quelques planches fixées par du fil de fer; la moitié des pierres se trouvait ainsi ramassée, tandis que
Fig. 44. — Charrue épierreuse Casanova transformée en houe k cheval.
Fig. 45. — Charrue épierreuse Casanova transformée en rayonneur.
l'autre moitié sillonnait encore le champ. II fit recourber chaque extrémité de la lame et il y fit mettre d'autres planches, de manière à former une boîte. Toutes les pierres qui se trouvaient à la surface du sol furent alors ramassées, seulement les pierres qui ne présentaient qu'une aspérité d'un centimètre au-dessus du sol et dont le corps se tenait enfoui dans le sein de la terre échappaient à l'action de la charrue; la lame, en rencontrant cet obstacle, se heurtait, impuissante à l'arracher; elle sautait par-dessus, facilitée dans cette opération par la traction et la marche des chevaux qui conduisaient l'instrument.
« Pour compléter ces essais, M. Casanova fit faire un râteau solide à quatre branches ou dents; ces dents avaient la forme de palettes de houe à cheval; il les fit placer en avant de la lame; elles devaient servir à déterrer les fortes pierres enfon-
320 CHARRUE ÉPIERREUSE A USAGES MULTIPLES
cées à quelques centimètres dans le sol. Il avait préféré ne mettre que quatre d&ûts, pour laisser entre elles l'écartement nécessaire pour feciliter l'écoulement des pierres, car si les dents eussent été trop rapprochées, la masse des pierres agglomérées aurait arrêté la marche de la charrue et l'attelage se serait fatigué innUlement. Comme cette opération permettait quelquefois de ramasser avec les pierres un peu de terre, il fut mis près de la lame une espèce de grlle d'un écartemeat de deux centimètres environ pour faciliter le triage de la terre d'avec la pierre. En effet, le mouvement seul de l'instrument mis en marche permettait à la plus grande partie de la terre ramassée de s'échapper librement; il ne restait plus alors qu'une partie insignifiante de terre végétale.
« Plus tard, M. Casanova remarqua que, dès l'instant que le tambour de la charrue était rempli de cailloux, le valet qui la conduisait avait beaucoup de peine à le vider. Il adapta alors au bout de l'âge, au-dessous du crochet de traction, un autre crochet qui supportait un poids déterminé à la grandeur de la charrue, de manière à ce que, lorsque le charretier soulève les mancherons de la charrwe, il fasse contre-poids et facilite ainsi ses efforts. Le résultat fut atteint par cette combinaison, et, toutes les fois que le tambour était plein, on put le vider sans jamais arrêter, pour cette opération, la marche des hommes ni celle des chevaux.
<■ Le système de faire des ondins de pierre, de manière k faciliter le chargement des tombereaux pour enlever les pierres, fut d'abord adopté; mais cette distance se déterminait par le plus on par le moins de quantités de pierres qui se trouvaient dans les champs.
« D'après la figure 42, le lecteur pourra se rendre un compte exact de la structure de cet instrument. Cette charrue peut, en enlevant le râteau, se transformer; M. Casanova en essaya diverses applications dans les avenues de son parc.
« Par le passé, lorsqu'il voulait faire un empierrement, il faisait enlever à la main les cailloux qu'il fallait casser; ensuite il faisait enlever les boues à la pelle et cela demandait beaucoup de temps et des frais énormes; c'était désespérant et ruineux; à l'aide de la lame armée de son tambour mobile-trieur, il ramassait en un seul jour plus de boue qu'il ne l'avait fait précédemment en deux mois, le peu d'eau s'écoulait par les ouvertures du trieur et la boue restait; on la mettait en tas, et lorsque les tombereaux revenaient chargés du champ épierré, on déchargeait les pierres que l'on remplaçait par la boue que l'on conduisait dans le champ où l'on épierrait, de manière que tout se trouvait rapidement utilisé pour l'amélioi'ation des terres incultes et pour la préparation des chemins. M. Casanova donnait par là une valeur nouvelle et considérable à sa terre en la faisant épierrer et amender.
a Lorsqu'un champ fut entièrement nettoyé, il fut labouré, et on y sema de l'avoine ; une récolte des plus satisfaisantes fut obtenue ; mais, selon toutes prévisions, le lahourage avait déterré d'autres pierres restées dans le sol. Il fallut alors les enlevai", et pour cela, en profitant d'un temps sec, afin que la couche du sol fût plus durcie et plus égale. La charrue Casanova fut mise à l'œuvre, et il ne reste plus aujourd'hui de trace de pierres sur le sol; de sorte que cette terre inculte et abandonnée rapporte autant qu'une des meilleures de la propriété.
« Il est bon de remarquer que l'instrument don; il est question ne saurait faire un travail complet dans un guéret; ce n'est que sur de vieilles pelouses ou sur des terres labourées depuis un an et sur lesquelles on aurait fait une récolte, qu'il agit de la manière la plus complète.
o: Cette charrue peut également servir à enlever, dans les allées des parcs ou des jardins, les mauvaises herbes qui nuisent à leur agrément; pour arriver à ce résultat, on n'a qu'à démonter six boulons k vis qui fixent le tambour à la charrue, et l'on a une ratissoire (fig. 43) qui, en quelq.HBs tours, désherbe toutes les allées de jardin. Dans la figure 42, la lettre A représente les ma-ncheTons; B est letir entretoJBe; l'âge est en C; D est la chappe avec sa roue mobile; E est le râteau de devant, râteau mobile; F est la lame ; G est le trieur; H le tambour en tôle mobile; I forme la charpente du tambour; en J sont les brais de l'âge; K représente la jambe de force de la lame; L est le crochet d'attelagB ou de traction; M est le crochet du contre-poids N ; 0 est la chappe des crochets de tirage et ce contrepoids; P est le support du tambour qui est fixé sur l'âge,
Tt La construction de cet instrument, qui peut rendre des ser\'ices muhipl'es à la culture soignée, est fort ingénieuse; M. Casanova n'y est arrivé que par des études successives qui l'ont amené au succès comme, cela devait être. »
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Pendant la marche de la charrue épierreuse, nous remarquâmes que î'heureuse configuration de l'instrument nous permettait d'y ajouter d'autres modifications utiles. Nous reconnûmes qu en ajoutant au-des* sous des bras de l'âge une barre transversale en fer, on pourrait par ce moyen si sintple transformer la chariiie épierreuae en houe à cheval (fig. A4). Rien n'étant si facile que d'opéi'er ce changement, on fit forger la pièce de fer que l'on adapta, comme il a été' dit plus haut, sous les bras de l'âge; on y fixa avec deux tïs les deux oreilles d'une houe. Sar les mêmes bras de l'âge se trouvent deux ouvertures destinées à recevoir les tiges du râteau à épierrer; c'est là que l'on plaça les deux palettes de la hcaie. Pour trouver la place du fouilleur, on n'eut qu'à pratiquer uue ouverture sur l'avant de l'âge et on obtint la houe à cheval complète.
Une autre transformation pent également s'opérer; en dévissant l'appareil de la houe à cheval et en mettant à l'arrière de la charrue un rayonneur que l'on adaptera à l'aide de trois tiges en fer aux ouvertures pratiquées, à l'extrémité de l'âge et des bras de l'âge, on obtiendra un rayonneuT parfait (fig. 45), ne laissant rien à désirer sous le rapport du travail et de la solidité. La multiplicité des services que peut rendre la charrue épierreuse paraît, de prime-abord, difficile à comprendre; mais nous Croyons que les dessins que nous atorts donnés rendront ses transformations suffisamment intelligibles. On peut, en les examinant, se rendre compte de la forme de l'instrument, de son utilité, et de la grande économie que procurera à l'agriculture la charrue épierreuse à usages multiples. C'est dans l'intérêt des cultivateurs que nous avons cru devoir entrer dans ces détails et propager l'emploi de cet instrument. L'auteur sera fort heureux et amplement récompensé de ses peines et de ses sacrifices, si les cultivateurs comprennent que celui qui a écrit ces lignes avoué sa vie à la prospérité de l'agriculture.
J. Casanova,
laboureur.
SUR m nmm en herbe.
La raison nous indique que la préparation du sol doit être en rapport avec la durée des plantes qui doivent le couvrir et y puiser des aliments. Si j'avais à établir une forêt, je disposerais avec un soin extrême les terres affectées à cette destination ; j'adoucirais les pentes, j'assurerais récoulement régulier des eaux; à défaut d'engrais, je féconderais le sol par le repos et par des labours profonds qui l'ouvriraient à l'action de l'air, de la chaleur et de l'hamidité.
Les prairies natui'elles ont souvent nae durée qui n'est pas moindre que celle des bois. Parfois, c'est un long travail de la nature, favorisé .par un climat humide, par des alluvions successives et par le pacage habituel des troupeaux, qai les a fondées et l«s a rendues de plus en plus riches. D'autres fois, c''est le travail de l'homme qui les a disposées et fécondées; mais pour cette œuvre du cultivateur, comme pour celle de la nature, une longue durée a été indispensable pour arriver au perfectionnement.
Les amateurs de jardins d'agrément ont remarqué que les semis d'herbes, si soignés qu'ils soient, ne valent jamais les gazons enlevés sur les routes et autres lieux fréquentés, où ils ont été incessamment foulés sous les pieds et broutés.
Les herbes choisies que nous semons, même après une étude attentive qui doit tenir compte de la nature du sol, de sa situation et de la température habituelle, ne sont pas celles qui persistent toujours, ou du moins, pour couvrir complètement le sol, doivent-elles combiner leur végétation avec celle de beaucoup d'autres plantes adventives. C'est ainsi que se forment ces tissus épais, fermes, résistants, déracines et de plantes, dont la végétation toujours active assure une très-grande production.
Après avoir fait un semis d'herbes, on est, pendant plusieurs années, dans la nécessité d'arracher les plantes parasites et gourmandes dont on n'a pas répandu la graine et qui sont cependant un obstacle aux autres productions utiles qu'elles étouffent.
Adéfautd'alluvionslimoneuses, beaucoup d'amendements superficiels ont été nécessaires, et de longs pacages ont pu seuls assurer le perfectionnement de la prairie. Le cheval, dont la dent aiguë tond l'herbe de trop près, en arrache souvent les racines et pâture toujours les mêmes parages, a dû en être autant que possible écarté.
L'expérience a démontré que les prairies affectées à l'engraissement des troupeaux s'améliorent toujours et sans frais aucun. Le bœuf, la vache et le mouton mis à l'engrais ne consomment effectivement beaucoup que pendant les premiers jours. Ils prennent ensuite des habitudes de repos, rendent au sol une masse d'engrais comparativement considérables et le fatiguent peu de leur marche; ils l'échauffent au contraire des exhalaisons de leurs pores, étant couchés; et plus la prairie est féconde, moins elle exige de déplacements du bétail, dont l'engraissement est favorisé par le repos. La vache à lait, le cheval ou toute autre bête de travail, et tous les autres animaux en cours de croissance, demandent plus d'aliment à la prairie et lui rendent moins d'amendement; ils la fatiguent de leurs longues marches et rendent parfois utiles des améliorations qu'un cultivateur attentif ne leur refuse jamais et qu'il doit toujours aux prairies fauchées dans des proportions plus ou moins grandes, suivant qu'il fauche deux fois par an ou fait consommer sur place les regains.
Moins de 50 ares d'une prairie en herbe bien établie suffisent pour donner en cinq ou six mois, à un bœuf de la plus grande taille et d'un poids de 1,000 kilog. environ, un embonpoint complet, avec 80 kilog. de suif attachés à ses viscères. Les moutons qui succéderont au bœuf, pendant l'automne et l'hiver, acquerront promptement un engraissement presque excessif; d'autres prairies, d'une égale étendue, et auxquelles un œil peu exercé attribuerait la même valeur, sont contiguës et ne peuvent cependant engraisser que des bœufs de moindre taille; elles leur donnent aussi moins de suif, et le nombre de moutons qui viendront les remplacer devra être moins considérable.
Presque dans les mêmes parages , d'autres prairies ne conviennent plus que pour des vaches à lait ou pour des chevaux. D'autres prairies, de qualité inférieure, sufûsent seulement au développement du jeune bétail.
'Ces différences sont le résultat de la nature du sol, mais surtout de son amendement successif, lorsqu'il a été entretenu à l'état de pâturage depuis longues années.
Il n'y a pas d'analogie à établir entre les prairies en herbe et les prairies artificielles qui entrent dans l'assolement de nos terres arables. Les prairies artiûcielles ont, comme les prairies en herbe, le mérite très-grand d'une production continue pendant plusieurs années, sans frais de culture, et nos soins éclairés peuvent prolonger utilement cette durée; elles donnent en outre, dans l'année qui suit leur établissement, des récoltes complètes; elles peuvent être fauchées sans inconvénient, et si elles deviennent peu productives et nous font craindre l'envahissement du terrain par des plantes parasites qui compromettraient l'avenir, il suffit de les rompre par le labourage, en assurant leur remplacement qui s'obtient ordinairement facilement dans le cours de l'année. Un examen sérieux est cependant trèsnécessaire pour faire un choix entre une prairie naturelle ou artificielle. L'un et l'autre de ces genres d'exploitation du sol ont leur utilité incontestable , déterminée par nos besoins , par des circonstances climatériques, par la nature du sol, et aussi par nos habitudes.
L'appréciation du mérite de chacune de ces cultures devient au reste facile et positive, si on recherche la valeur vénale et la valeur locative des terres arables pour les rapprocher de celle des pâturages. Des prairies en herbe bien établies et affectées à l'engraissement du bétail ou à la production des beurres de grand prix, conservent depuis longtemps une valeur vénale et locative bien supérieure à celle de terres cultivées en céréales, en racines et en prairies artificielles. Si la valeur moyenne des terres bien cultivées par la charrue est évaluée à deux mille francs par hectare, j'évaluerai à plus de trois mille francs la valeur moyenne d'un pâturage bien établi, et cette valeur s'élève dans certaines contrées à six et huit mille francs.
Les produits en herbes sont, au reste, en rapport avec ces valeurs vénales, que déterminent en outre la facilité d'exploitation et l'absence de besoin de bâtiments, d'instruments aratoires et de forces motrices. Les mêmes motifs de préférence n'existent pas pour les prairies en herbes à faucher, mais l'appréciation du mérite reste facile par la valeur vénale qui a bien son importance et indique généralement trèsbien l'utilité spéciale.
Des prés à faucher, comme des pâturages, peuvent être situés dans des localités inabordables pour d'autres genres de cultures; ils subsistent alors nécessairement, mais d'autres considérations très-sérieuses peuvent aussi déterminer à conserver ou à maintenir des prairies en herbe dans les lieux mêmes où la supériorité de leur production et de leur utilité est douteuse. Elles ont, moins que toutes autres terres en culture, à souffrir des inondations accidentelles; elles ne redoutent ni les pluies torrentielles, ni les trombes, ni les orages, ni les rafales salées de la mer; aussi quand j'entends si fréquemment agiter, par des hommes cependant habiles, là question de savoir si on ne devrait pas tirer parti des richesses accumulées sous la forme de vieilles prairies que 1 usage a rendues parfaites, ou briser définitivement celles qui donnent de médiocres ou de faibles produits , la réponse me paraît
facile. Si l'établissement primitif a été mauvais, si la nature ou les soins de Thomme n'y ont apporté reniède en déternjinant un amendement profond du sol, et si vous ne pouvez corriger vous-même ce qui reste défectueuse^ par des nivellements, par le drainage et par des composts répandus à l'extérieur, n'hésitez pas, brisez la prairie ; sinon çraiguçî dç tuer la poule aux œufs d'or. Ne croyez pas que vous puissiçs^ obtenir deux ou trois récoltes splendides de céréales bien tentantes dans ua moment de cbej-té, ou tout autre produit de plus de valeur, ^ur Ja briaure d'un pâturage, pour le rétablir ensuite instantanément et fournip aux besnins de votre bétail. Sur une terre épuisée, vous ne fondiCr^z qu'une prairie sans valeur dout les récoltes seront insigniûantps pendant troig années au moins. Calculez donc les frais et les pertçs, résultat nécessaire d'uq établissement toujours long, et vous respecterez la prairie bien, établie, pour l'améliorer encore; elle est la meilleure ba^e de votre fortune. S'il y a nécessité do modifier profondément, daos ^a forme et dans sa substance , une prairie dont le sol ingrat vous paraît pouvoir être amendé complètement, prenez alors toutes les dispositions nécçssairea pour obtenir des récoltes abondantes et durables,
I,a splendide vallée que domine Tarbes, aux pieds de$ Hautes - Pyrénées, a xim largeur moyenne de plus de dix kilomètres; son étendue t^rè^'Oonaidérable la fait considérer comme l'une des plus belles plaines du midi de la France. Parfaitement plane et arrogée par trois cours d'eau (l'Adour, l'Échez et un canal, œuvre d'un conqijiéraat barbajre dont, elle garde le nom , Alaric), elle est cultivée, en grande partie, en prairies, d'herbes et reçoit, d'un système régulier et complet d'irrigation, toute l'humidité rendue nécessaire par un ciel brùlaia:t pendant l'été. Le nivelagg et la pente des prairies ne laissent rien à désirer ; mais le sçl n'a pas été prçablement amendé profondément comme il devait l'être, et aujourd'hui encore, quand on établit une prairie, on néglige ce soin important. On compte trop suï les arrosages ûbondauits en toutes saison,* et sur des fumiers plus ou rnoins réduits que l'on étend, chaque année, sur la surface du sol. On obtient sur ces prairies deux récoltes de fourrages, l'une au printemps, l'autre à l'automne, et l'on fait ensuite pacager par le bétail l'herbe qui repousse avant l'hiver. Ces produits sont abondants, mais ils sont tcèsdéfectueux, et comment en serait-il autrement? Les fumiers appliqués à l'extérieur , sans êtres mis à l'état de compost, ne peuvent suppléer à raniendi^ment des couches inférieures; ils pénètrent peu,, stimulent momentanément la végétation , njais n'assurent, ni la stabilité , ni la vigueur des plantes; ils ne recouvrent même pas les racines délicates que des eaux, peu limoneuses, froides et rapides, découvrent trop souvent; et comment l'eau donnerait-elle aux plantes une saveur et des sucs qu'elle ne po&s^de pas elle-même? Les fumiers étendus sur l'herbe lui donnent, au contraire, un mauvais goût. L'expérience indique que le bétail ne consomme jamais une plante qui a végété à travers des excréments, et pour faire dépouiller des beybes grasses dans ks lieux ou ont été déposés des engrais purs, il faut mitigier leur saveur. Certaiîï/es herbes succulentes disparaissent d'ailleurs, redoutant une humidité Q.Hce3Sfive, et sont remplacéesi p^r des plantes acides.
dépourvues de substances alimentaires, ainsi que cela se produit dans les lieux marécageux qui nous fournissent seulement des moyens de chauffage ou des éléments pour des litières, des couvertures ou d'autres ouvrages grossiers. Aussi le bétail qu'alimentent très-bien les contreforts incultes des Pyrénées, dépérit-il quand il consomme les herbes ou les fourrages de la belle plaine de Tarbes, parce qu'il n'y trouve pas la subsistance suffisante pour former du sang, des chairs, de la graisse ou du beurre.
Si les chevaux élevés dans la plaine de Tarbes sont riches d'une ardeur qu'ils doivent à leur race, ils so'nt généralement dépourvus du développement de constitution qui leur donnerait une plus grande valeur commerciale. J'attribue ce résultat à la mauvaise alimentation que leur fournissent des prairies mal établies et trop submergées.
L'opération dite colmatage, qui consiste à tenir longtemps sous l'eau des prairies pendant la mauvaise saison, ou même pendant l'été, n'a, selon moi , qu'un effet fâcheux ; elle détermine des récoites abondantes, mais de mauvaise qualité, dont un bon cultivateur ne doit jamais être Jaloux. Les pâturages renommés de l'Angleterre, de la Normandie, de la Hollande, ne sont jamais submergés qu'accidentellement, à moins de circonstances extraordinaires qui permettent de retenir des eaux limoneuses , pour les abandonner sans retard à leur cours aussitôt après le dépôt opéré. C'est par des fossés ou d'autres conduits circonvoisins que l'humidité des prairies peut être le plus convenablement entretenue, en maintenant le cours des eaux au-dessous du niveau des plantes et même de la couche supérieure du sol dans lequel sont établies leurs racines.
Après ces explications préliminaires , mes conclusions deviennent faciles.
Pour établir une prairie en hei'be, il est indispensable d'amender profondément son terrain, de le niveler, de lui donner une pente qui assure l'écoulement régulier des eaux pluvialee; de le disposer, en un mot, comme devrait l'être le jardin maraîcher dont on voudrait tirer le meilleur parti.
C'est au printemps, après les dernières gelées, que l'on sème le plus utilement les graines d'herbes qui doivent acquérir de la force avant les rigueurs de l'hiver. Il imgorte de faire consommer les premières pousses par des bêtes à cornes ou par des moutons, pendant ^un temps sec seulement et sans laisser séjourner longtemps le bétail qui ne doit pas tondre les plantes de trop près.
Il ne faut pas seulement faire disparaître les plantes parasites; on doit attacher les plantes utiles au sol, augmenter leur vigueur, améliorer aussi leur qualité par des composts répandus sur toute la surface du sol. La végétation sera telle alors, qu'elle contribuera à maintenir la fraîcher du sol et à rendre plus profitable la chaletfi" du soleil. Les résidus de végétation, les débris de vieilles constructions, les cendres, les charrées, les boues, les produits de curages de fossés, d'étangs ou de invières , deviennent d'excellents composts pour les prairies, surtout si on les mélange avec des fumiers bien réduits d'abord et ensuite avec plus ou moins de chaux ou avec d'autres stimulants, suivant la nature du sol. Les terres bien ameublies et les vases