OU DE DOMESTIQUER DANS L'EUROPE MOYENNE. — IV
Parmi les oiseaux, il n'y en a pas beaucoup qui, au point de vue du produit direct, méritent de fixer l'attention. Les plus importants sous
» 1. Voir le tome 11 de 1866, pages 284, 359 et 499.
ce rapport sont les différentes espèces de poules, qu'on peut rattacher à quatre types qui sont, par ordre de grandeur : celle de Bankiva, ou naine; puis, la commune, la malaise, et, enfin, celle de Nankin. Les deux premières, mais surtout celle de Bankiva (fig. 46) se recora-
Fig. 46. — Poule de Bankha ou name.
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Vig. 47. — Poule malaise.
mandent par leur rusiicité ; elles conviennent donc aux pays froids, aux grandes fermes, où les poules sont obligées d'aller chercher ellesmêmes au dehors une partie de leur nourriture. La poule malaise (fig. 47) n'a d'autre avantage sur la poule commune, que d'être plus
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Fig. 48. — Coq de Nankin (ou vulgairement de Cochinchine)
Fig. 49. — Poule de Nankin (ou vulgairement de Cochinclùne).
hardie et plus forte, au point qu'elle ne craint pas les oiseaux de proie ; mais, comme elle est méchante, querelleuse, et qu'elle craint
qu'il serait utile d'importer ou de domestiquer. 329
le froid, on l'a abandonnée presque partout. Quant à la poule de Nankin (fig. 48 et 49), elle pèse jusqu'à 5 kilogrammes; c'est donc la plus grosse de toutes ; elle est aussi la plus coûteuse à nourrir, parce
Fig. 50. — Coq de Crèvecœur.
Fig. 51. — Poule de Crèvecœur.
qu'elle est trop lourde pour se promener, ce qui, d'autre part, permet d'en nourrir beaucoup dans un petit espace. Pour la finesse de la chair, la poule de Bankiva tient le premier rang ; pour la grosseur des œufs, c'est la poule commune, et surtout ses belles variétés de Crève-
cœur (Og. 50 et 51), La Flèche (fig. 52 et 53) et Houdan (fig. 54 et 55); pour l'abondance de la ponte qui, d'ailleurs, ne s'arrête en
Fig. 52. — Coq de La Flèche.
Fig. 53. — Poule de La Flèche.
aucune saison, pas même au gros de l'hiver, c'est la poule de Nanktn. qui fait en moyenne 146 œufs par an; enfin, pour la beauté du plu-
mage, et spécialement pour la longueur des faucilles, c'est le coq malais qui a' la palme. Somme toule, c'est la grosse poule noire de
Vg, 54, — Coq de Houdan.
Fig. 55. - Poule de Houdan. Fig- 56. - Hgeon fuyard ou bizel.
La Flèche qui vaut le mieux pour les fermes, et celle de Nankin pour les petites baases-cours closes. L'élève des poules ne permet de rea-
liser des bénéfices que là où les grains sont à bon compte, et dans un endroit où on peut les laisser vaguer dans la campagne.
Les pigeons fuyards (fig. 56) procurent par contre des bénéûces très-nets à leur propriétaire, parce qu'allant chercher au loin leur nourriture, ils rapportent chaque année deux paires de jeunes et n'exigent que le logement. Quant aux gros pigeons romains, comme ils ne volent pas bien, ils rentrent dans la catégorie des poules et font, par couple, vingt-quatre petits par an; mais ils mangent beaucoup, ce qui compense le bénéfice qu'on tire de leur remarquable fécondité. Prof. Sacc.
Nous parlions récemment des systèmes hasardés de production fruitière au point de vue de la spéculation, et de la nécessité de simpliiier la culture en renvoyant ces châteaux, en Espagne au royaume d'Utopie, de pantagruélique mémoire. Ce n'est pas dans la création de vergersmodèles, tout bardés de poteaux, de fils de fer, de raidisseurs, d'espaliers, et qu'on pourrait appeler le champ de torture des arbres; ce n'est pas là qu'on trouvera cette source de large et féconde production si désirable pour notre beau pays. La culture large, facile, générale des vergers, la simplification de la main-d'œuvre et des opérations de la taille, voilà ce qu'il faut encourager. Plantons donc nos friches, nos communaux, boisons les montagnes en arbrisseaux fruitiers rustiques, utilisons les talus des chemins de fer et toute parcelle de terrain abandonné, et nous verrons, avant peu, des trésors surgir de la pauvreté et la France justifier au vrai son glorieux surnom de Verger de l'Europe.
La question est, d'ailleurs, dans l'air. Elle préoccupe nombre de sages esprits. A l'Exposition universelle, — où les travaux se poussent toujours activement, — il paraît décidé que de nombreux arboriculteurs exposeront des spécimens d'arbres à fruits de tous âges. Les concessionnaires cependant se plaignent des lenteurs de la Commission à leur assigner leurs emplacements respectifs. Qu'ils prennent patience ; ce retard vient de la difficulté de les placer, soit à Billancourt, soit au Champ de Mars, pour le mieux de leurs intérêts. Leurs produits sont de nature encombrante et l'espace est déjà insuffisant pour toutes les demandes. Il est temps de planter, et nous comprenons cependant leur impatience.
Les jurés français de l'horticulture sont nommés. Leur répartition en six classes est ainsi faite :
CLASSE 83. Serres et matériel de l' horticulture. — M. Darcel, ingénieur ordinaire des ponts et chaussées ; — M. Hardy, directeur du potager impérial de Versailles.
CLASSE 84. Fleurs et plantes d'ornement. — M. Ad. Brongniart, membre de l'Institut, professeur de botanique au Muséum d'bisloire naturelle; — M. Lucy, ex-vice président de la Société impériale et centrale d'horticulture de France.
CLASSE 85. Plantes potagères. — M. Rivière, jardinier en chef du jardin du Luxembourg; — M. Courtois-Gérard, auteur du Traité de culture maraîchère.
CLASSE 86. Fruits et arbres fruitiers. — M. Decaisne, membre de l'Institut, professeur de culture au Muséum ; — M. le D' Guyot, professeur de viticulture.
CLASSE 87. Grailles et plants d'essences forestières. — M. Moreau, juge au tribunal de commerce de la Seine; — M. de Gayffier, sous-iuspecteur des forêts.
CLASSE 88. Plantes de seire. — M. Cliatin, membre de l'Académie de médeciae, professeur à l'Ecole de pharmacie; — M. Barilhet, jardinier en chef de la ville de Paris.
La liste est peu nombreuse, on le voit, et il paraît qu'elle a fait des jaloux parmi les gens qui caressaient l'espoir de faire partie de l'aréopage. Gela était inévitable ;
On ne peut contenter tout le monde et son père.
On s'est aussi demandé si ce petit nombre de jurés suffirait pour juger tous les concours qui vont se presser dans cette grande fête horticole, et comment ils pourraient suffire à cette tâche. Nous devons répondre à cela que des jurys de sections, pour le détail de chaque série des concours de quinzaine, seront établis, ayant à leur tête les membres ci-dessus désignés pour conduire leurs opérations. Enfin il faut aussi compter les jurés qui représenteront les nations étrangères, car il ne faut pas oublier que l'Exposition est internationale.
Les journaux horticoles de Londres nous annoncent qu'on se prépare activement, de l'autre côté du détroit, à la grande lutte qui va s'ouvrir. Nous nous y attendions. Nos cultivateurs spécialistes n'ont qu'à bien se tenir; ils auront là de terribles concurrents.
Parmi les annonces anglaises, — en dehors de toute injuste réclame, — nous avons remarqué deux choses qu'il nous faut signaler. L'une est la mise en vente d'une plante dont les revues anglaises ont parlé toute l'année dernière comme d'une introduction de premier ordre : c'est la Viola cornuta et ses variétés perfectionnées. Nous connaissons le type, une jolie plante, qui n'explique pas un pareil enthousiasme. On dit que les variétés Purple queen et Mauve queen lui sont supérieures du tout au tout. — L'autre indication recueillie dans nos « Noies and gleanings » est relative à l'adresse où l'on peut se procurer de la graine de ce curieux « Radis serpent » dont nous avons jadis parlé en détail dans le Journal de la Ferme. On trouve ces deux nouveautés, Violette et Radis, chez MM. Williams, Victoria Nurseries, Upper Holloway, à Londres. Nous conseillons la culture de tous deux.
M. Barrai a annoncé dans ces colonnes la mort de M. Jacques, ancien jardinier du roi Louis-PhiHppe. Il appartient surtout à l'horticultui'e, et c'est pour nous un devoir de saluer sa tombe à peine fermée. Sa vie a été des mieux remplies. Dans l'âge avancé où il était parvenu, il travaillait encore, et pas une seule année, jusqu'à sa mort, il n'a manqué aux observations météorologiques qu'il avait entreprises et à la description des plantes rares ou peu connues qu'il avait rencontrées dans sa longue et laborieuse carrière. Il avait encore publié ces notes l'année dernière dans le Bulletin de la Société S horticulture de Paris, dont il était fondateur. Ses rapports sur les expositions, sur le Magnolia excelsa, y Hydrangea Japonica, le Biota Meldensis, la culture foi'cée du Lilas blanc, révèlent un observateur attentif. Il était l'un des auteurs du Manuel des Plantes de Jacques, Hérincq et Duchartre. Son nom est désormais lié étroitement à l'histoire de l'horticulture, dont il était l'une des figures les plus honnêtes et les plus intelligentes.
Nous avons reçu plusieurs catalogues intéressants. Celui de M. Martins, directeur du jardin botanique de Montpellier, — accompagné d'une brochure sur les îles Borromées, qui demande à elle seule un examen
consciencieux, — contient ce fait, précieux pour quelques amateurs : Dans le jardin de Montpellier se trouvent deux magnifiques Ginkgo (Salisburia adianli folio), qui fructifient abondamment chaque année. Les graines sont rares et chères au commerce. M. Martins en met à la disposition des amateurs qui pourx'aient lui offrir des graines qu'il n'a pas ou d'autres moyens d'échange. On peut lui écrire à ce sujet à Montpellier. — A Louvain (Belgique), MIM. Rosseels ont obtenu un Orme à feuilles dorées qui fera pendant à l'Aulne dont nous avons parlé dans notre dernière Chronique.
Le moi est haïssable. 11 nous faut cependant prendre la parole pour un fait personnel, du moins en partie, ne serait-ce que par déférence pour nos collaborateurs. MM. Rivière, Roze et Ed. André viennent de publier chez Rothscbild un ouvrage intitulé : Les Fougères, grand in-8°, 75 planches coloriées, 1 1 2 gravures sur bois, 286 pages de texte. Nous n'avons pas le droit d'en dire davantage ; notre œuvre est maintenant du domaine public et par conséquent du domaine de la critique. Qu'elle lui soit légère !
Entre cette chronique et la précédente, l'horticulture de plein air aura été durement éprouvée par le froid. Nous avons observé à Passy, par des matinées de — 1 2°, de singuliers phénomènes de résistance aux gelées. Des arbustes à feuilles persistantes, réputés rustiques, ont "gelé; d'autres, au contraire, plus délicats d'ordinaire, ont bravement supporté l'abaissement excessif de cette température. Ainsi nous avons vu périr les Lauriers amandes, au moins dans leurs jeunes feuilles, et des Véroniques hybrides et à feuilles de saule sont intactes. Même nous avons constaté avec plaisir qu'une de nos plus jolies plantes à feuillage d'ornement, VAralia Siéboldii ou Fatsia Japonica s'est parfaitement défendu cette année, sans aucun abri qu'un paillasson placé devant lui du côté du midi, afin d'éviter le brusque dégel. Nous serions fort heureux d'avoir été le premier à découvrir que cet arbuste supporte nos hivers. Si cela était, ce qui demande confirmation par d'autres expériences, nos jardins seraient dotés d'un précieux renfort dans le tribut des feuillages persistants, où l'Aralia de Siebold occuperait un des premiers rangs. Pourquoi non ? Le Paulonmia a bien été cultivé en serre pendant dix ans, jusqu'à ce que le hasard eût fait découvrir qu'il était un de nos arbres les plus solides dans l'âge adulte, devant les plus rudes hivers de France !
Il faudrait donc multiplier les observations sur la rusticité de certains plants qui passent pour délicats et que l'on a le tort de trop dorloter. C'est par cette raison que nous plantons en ce moment une collection d'arbustes du Midi dans une bonne exposition abritée, au parc des Buttes-Chaumont. 11 y aura des mécomptes, mais ceux qui s'en tireront nous consoleront facilement, par leur beauté et leur forme inusitée, de la perte de leurs voisins.
Ed. André.