L'ENQUÊTE AGRICOLE DANS LE PAS-DE-CALAIS
Nous avons reçu du secrétaire du Pas-de-Calais le compte rendu de la séance du 8 décembre dernier de cette Association. L'importance
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des questions qui y sont traitées relativement à l'enquête et aux assolements nous engage à mettre cet intéressant document sous les yeux de nos lecteurs.
Une Commission avait été désignée pour émettre verbalement, devant le commissaire enquêteur, les idées du cercle agricole ; cette Commission n'a pas été appelée à se faire entendre. Les membres qui en faisaient partie ont presque tous été entendus, mais comme représentants d'aulres associations. Il ressort des explications données, que celle exclusion ne doit être attribuée qu'à un malentendu. Du reste, une grande partie des opinions qui s'étaient fait jour dans les discussions relatives à l'enquête, ont servi de Lase aux réponses des cultivateurs qui sont membres du cercle. L'un d'eux, cultivateur et industriel tout à la fois, a eu l'heureuse inspiration d'emprunter aux chiffres une éloquente réfutation aux objections de ceux qui traitent de chimériques les plaintes des cultivateurs. La comparaison de ses comptes de culture et de fabrication mis en regard, année par année, a démontré aux plus incrédules toute l'infériorité de l'agriculture et emoarrassé, dans leurs arguments les mieux préparés, les plus chauds défenseurs de nos institutions agricoles.
On propose de reproduire, par la voie de la presse, les réponses du cercle à quelques-unes des grandes questions soulevées par l'enquête agricole. Complet, comme il est, le questionnaire ne pouvait être rempli, d'une manière satisfaisante, en quelques mois ; mais à cause de son étendue même et de la surabondance des détails, il servira pendant longtemps de guide aux Sociétés agricoles , pour l'étude de toutes les questions qui intéressent l'agriculture.
La question des assolements a été mise à l'ordre du jour, dans la dernière séance ; c'est une question tout aussi importante que celle des engiais ; si, en effet, l'engrais est la nourriture des plantes, 1 assolement en est le mode de répartition. Par un bon assolement, il y a économie d'engrais ; de là distribution abondante de fumier aux plantes qui l'exigent, et c'est le grand levier en agriculture.
Voici, pour le blé, par exemple, un principe d'assolement adopté dans les environs de Béthune et préconisé par les cultivateurs de cette ré^'ion ; il consiste à faire précéder la récolte de blé de deux récoltes de mars. On obtient ainsi des blés vigoureux, raides, résistant à la verse.
Si les deux récolles antérieures au blé sont des récoltes fumées et sarclées, il ne faut plus chercher l'explication des résultats signalés dans ce fait, que le blé a suivi deux mars, mais uniquement dans le degré de fertilité de la terre fumée et sarclée deux fois enrichie, pendant deux années consécutives, des éléments nécessaires à la constitution de la paille.
La silice étant indispensable à la formation de la paille et constituant sa raideur, le blé devra être d'autant plus vigoureux, que cet élément se trouvera en plus grande quantité dans le sol, à l'état soluble, et il rencontrera cette condition à la suite de deux récoltes sarclées ; dans ce cas, la beauté de la récolte serait peut-être indépendante de la fertilité absolue du sol.
Celte observation soulève la question de savoir si l'avoine est exclue de l'assole ment précité. Non ; l'avoine y prend, quoique moins fréquemment, sa place, comme toute autre plante de mars. Dans ce cas, l'argument qui vient d'être invoqué est bien près de s'écrouler devant les faits de l'expérience ; car quelle différence si grande peut-il bien exister entre la composition chimique de la paille de blé et GfiMe de la paille d'avoine ?
Il est possible, c'est vrai, que les silicates solubles vis-à-vis du blé ne le soient pas au même degré vis-à-vis de l'avoine et réciproquement ; on ne peut qu'exprimer les plus grands doutes à cet égard, car, dans les phénomènes si compliqués de la vie des plantes, bien des points sont et resteront longtemps encore obscurs.
Qu'on donne à la terre ce qu'elle demande, qu'on lui restitue généreusement ce qu'on lui a emprunté, et, en dehors de toute règle d'assolement, elle payera, en bonnes récolles, les largesses du cultivateur. Telles terres, cultivées depuis longtemps en blé et betteraves, donnent en betteraves des rendements considérables et les blés, d'une végétation puissante, n'ont, depuis longues années, versé qu'en 1866. Celte opinion exprimée par un membre du cercle, appuyée sur des faits connus, incontestables, ne vient nullement infirmer la loi des assolements. En s'y conformant, on économise l'engrais, on en utilise toutes les parties et si, dans des situations exceptionnelles, il est possible d'en fabriquer surabondamment et à bon