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L'ENQUÊTE AGRICOLE DANS LE PAS-DE-CALAIS

marché, ce n'est pas à dire que cette situation soit celle du plus grand nombre et qu'il soit toujours possible de la créer. Toute culture ne peut se faire avec une telle puissance d'engrais, avec les énormes avances et les gros capitaux de la culture intensive.

Nos ancêtres cultivaient par les assolements. Ils fumaient une fois pour neuf ans et variaient les récoltes. Si l'on fait de l'agriculture avec les auteurs romains, on verra que, déjà dans leurs enseignements, les lois de l'assolement sont déterminées. Dans la succession des cultures, ils savent choisir pour se succéder les plantes qui, demandant à la terre des éléments différents, ménagent ses forces au lieu de les épuiser. Arriverait-on à dire par là que le produit net est inférieur aujourd'hui à ce qn'il était autrefois? Non. On ne pourrait pas même dire que la culture doit se soumettre invariablement à des règles fixes et reconnues bonnes en principes. Il y a des nécessités locales auxquelles il y a profit de pourvoir. Pour les sucreries, pour les distilleries, il faut de la betterave, on fait de la betterave à laquelle succède généralement un blé ; il y a des nécessités de position qui varient suivant les débouchés ouverts aux produits.

Le blé ne réussit pas également bien dans tous les sols, après la betterave. Dans certaines terres fortes et argileuses de l'arrondissement de Saint-Pol, on réussit mieux en arrivant au blé par la succession suivante : 1° betteraves; — 2° avoine ; 3° trèfle ou lin ; 4° blé ou escourgeon.

Voici les assolements pratiqués par un membre du cercle, en les appropriant à la nature de chacun des terrains qu'il cultive :

Terres fortes.

72 1/2 hectrres. Betteraves. On cpand à l'hectare 50 hect. de chaux + 35,000 kil. de

fumier ou compost + 1,000 hectolitres, d'urine et vinasses mélangées.

73 1/2 hectares. Blé. On fume avec : soit 750 hect. vinasse, soit 250 hectolitres

urine, soit 1/2 parcage, soit compost.

Terres argilo-sahlonneuses:

1" année. Fumier et guano Colza,

2" — — — Seigle.

3" — 100 hect. cliau.\ + urine ou compost.... Carottes ou betteraves.

4' — — — — — Avoine.

Terres calcaires.

i" année. Fumier et parcage Pommes de terre.

2" — — — Avoine.

3' — — — Sainfoin.

4" — — — Sainfoin.

5" — — — Avoine.

Cet assolement, qui offre de bons résultats là où il est pratiqué, donne prise à la critique ; il ne peut être proposé partout comme modèle à suivre.

Assolement de 10 ans sur ï30 hectares de terres argilo-saUonneuses.

1,000 k. de tourteaux -i- 300 k. de guano 1" année... Lin. \

300 hectol. de chaux -t- fumier — 2' — Betteraves. 1

aOOk.deguano 3- - uié. / ^a vmasse va

1 ,000 hectol. cendres de houille + engrais liquide. 4' — Betteraves. \ remplacer

300 k. de guano — — 5' — Blé. i '®

Fumier + compost ou engrais liquide 6" — Betteraves. \ g"ano-

300 k. de guano — — V — Blé. j

— — — — ' 8' — 1/2 trèfle. — ],2 avoine.

Fumier 9* — Betteraves.

Guano 10' — Blé.

L'usage des cendres de houille est vivement attaqué et non moins ardemment défendu par ceux des cultivateurs qui en ont fait ou en ont vu faire l'emploi.

Autre exemple d'assolement. — 1" Trèfle fumé entre deux coupes. — 2° Blé ou escourgeon. — 3° Betterave fumée. — 4° Œillette ou lin fumé. — 5° Blé. — 6° Avoine. Autre exemple. — 1" Lin. — 2° Betterave. — 3" Œillette. — 4° Blé. — 5° Trèfle. — 6" Avoine.

Dans maintes localités, on a dû renoncera faire succéder le blé au trèfle. Le blé, par suite de modifications dont il est difficile de se rendre compte, ne réussit plus

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là où, il y a vingt ans, il venait à merveille! Il est bien constaté que ce fait n'est pas une conséquence de l'abus de la culture du Irèfle. Qu'il pleuve ou qu'il gèle, que la terre soit labourée plus ou moins profondément, qu'elle soit ou non tassée par des roulages énergiques, la plante est en proie à la dévastation des insectes.

La question des assolements est remise à l'ordre du jour de la prochaine séance. Chacun est invité à se préparer à émettre son avis. Ne serait-il pas opportun de diviser les assolements en deux catégories : assolement industriel et assolement ordinaire ? Non, il n'y a pas lieu de le faire, quand on voit les maîtres en agriculture qui, par nécessité de situation, se sont écartés des règles tracées par l'expérience, ne pouvoir persister dans la voie des cultures forcées et être obligés de revenir se ranger sous la loi commune.

L'un de nos collègues emploie, à la fumure des terres, les vinasses provenant de la distillation des mélasses. Interrogé sur le prix de revient de cet engrais, il répond qu'essayé comparativement au tourteau et au guano dans les proportions suivantes : 1° 1,200 kil.de tourteaux; 2° 600 kil. de guano ; 3° 1,000 hectol.de vinasse, les vinasses ont donné des résultats bien supérieurs à ceux produits par le tourteau et le guano. En les estimant cependant au même prix, l'nectolitre ressortirait à 0 fr. 22. Il les vendrait à 0 fr. 15 et se ménagerait, à ce prix, un beau bénéfice.

Le secrétaire du Cercle agricole du Pas-de-Calais.

M. Joleaud a publié dans le numéro du 5 janvier du Journal de VAgrr culture (t. I de 1867, p. 35), un article sur lequel il me paraît utile de revenir. L'auteur, officier de cavalerie, a parlé du cheval percheron en homme qui l'apprécie^ comme il le mérite, tout en lui reconnaissant quelques défauts que j'essayerai d'atténuer tout à l'heure.

Mais tout d'abord discutons quelques points de doctrine. M. Joleaud a cherché un compromis entre deux opinions très-différentes : Tune qui veut que la race percheronne soit conservée pure de tout mélange, et c'est mon avis; l'autre qui conseille le croisement de la jument du Perche avec l'étalon anglais de pur sang ou de demi-sang. C'est cette dernière opinion que je n'ai cessé de combattre depuis que je tiens une plume.

M. Joleaud dit : « Les éleveurs préfèrent donc améliorer la race par elle-même.... C'est une mesure prudente si elle nest pas exagérée. » Je lui demanderai la permission d'être plus absolu et de lui dire qu'il est impossible d'être à la fois pour et contre un principe dont l'application entraine les conséquences les plus opposées. L'amélioration in and in conserve à la race ses caractères propres, tandis que le croisement les modifie d'autant plus profondément que l'élément étranger a plus de force et moins d'analogie avec le type local. Je sais bien que l'influence du milieu conservera toujours à la dernière certains caractères difficilement variables ; mais il n'en est pas moins vrai que la pratique du croisement entre deux races entraîne ipso fado une modification de formes et d'aptitudes qui peut aller jusqu'à l'absorption complète d'une race dans une autre. Le fait, incontestable en général, deviendrait un malheur irréparable dans le cas qui nous occupe.

M. Joleaud pense que « la race du Perche n'a pas assez de vigueur pour se suffire longtemps à elle-même et que le temps viendra bientôt oîi elle sera obligée de chercher une sève nouvelle. » Voilà certes une affirmation qui aurait besoin de preuves à son appui, et je n'en trouve

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pas dans l'article auquel je réponds. Oui ou non la race percheronne est-elle suffisamment caractérisée pour mériter scientifiquement cette dénomination ? Se reproduit-elle par elle-même depuis un laps de temps considérable? En est-il même une qui^, mieux que la race percheronne, se reconnaisse à première vue dans les lieux où on s'attend le moins à la rencontrer? A ces questions la réponse n'est pas douteuse. La race cheA'aline percheronne ne peut être niée ou méconnue par personne; elle est non-seulement d'une fixité remarquable, douée de caractères qui se transmettent dans tous les lieux où on l'importe et dans toutes les races qu'elle améliore au nord de l'Europe, en Saxe, en Prusse et en Russie, mais j'ajouterai que c'est par là, autant que pour les qualités des individus qui la composent, qu'elle est devenue la plus célèbre de toutes les races de trait.

Aussi, est-ce avec surprise que j'ai lu la phrase que je viens de citer. M. Joleaud était mieux inspiré lorsqu'il disait en pariant du cheval percheron : « 11 personnifie l'activité et la force ! » S'il en est ainsi, pourquoi tenter une amélioration fort incertaine, en tout cas peu avantageuse, comme le reconnaît mon collaborateur, en alliant les juments percheronnes avec des étalons normands plus ou moins métissés.

M. Joleaud opine pour l'alliance avec le cheval de pur sang, car « il ne s'agit pas, dit-il, de changer une conformation, mais de ranimer une vie, de donner un peu de sève et d'empêcher la dégénérescence d'une de nos meilleures races. » Cette phrase indiquerait que, dans l'opinion de M. Joleaud, cette infusion du sang anglais dans les veines de la race du Perche ne constitue pas à proprement parler un croisement.

11 est difficile d'admettre cette théorie, lors même qu'on reconnaîtrait que l'étalon arabe fût l'un des ancêtres du percheron, ce qui n'est pas douteux pour moi, mais c'est ce que M. Joleaud n'a pas supposé, en parlant des origines de la race du Perche. M'appuyant sur la diversité des caractères constitutifs des deux races, qui sont assez évidents pour qu'il ne soit pas nécessaire de les énumérer ou d'en faire ressortir les contrastes, j'avance que l'alliance du cheval de pur sang avec la jument percheronne est bel et bien un croisement, au même titre que celui du taureau durham avec la vache cotentine. Que mon collaborateur examine attentivement les produits de l'alliance qu'il conseille aux éleveurs ; qu'il demande à tous ceux qui l'ont essayée en France, à MM. de Vogué, de Curnieu et autres, s'ils n'ont pas entendu faire des croisements; qu'il compare les animaux de premier, de second et de troisième croisement avec les percherons purs, et il me dira si la conformation des uns et des autres est restée la même?

Je concluerai donc différemment que M. Joleaud et je répéterai une fois de plus ce que j'ai dit si souvent ailleurs ; c'est que toute atteinte portée à la race percheronne, par de prétendues améliorations en dehors d'elle, serait funeste aux intérêts d'une branche importante de notre commerce. Il ne me serait pas difficile de faire voir que ce sont précisément les croisements opérés dans ces dernières années qu'il faut accuser de la dégénérescence dont on se plaint. Les importations d'étalons normands, picards, flamands, dans les centres d'élevage, sont funestes à cette race percheronne qui n'a point d'égale dans le monde

entier. Les éleveurs doivent, au contraire, redoubler d'attention pour ne donner à leurs juments que des étalons de la même origine, pour repousser, avant tout, les reproducteurs de robe foncée. La couleur distinctive de la race est le gris, et il y a cent à parier contre un que tout étalon bai, noir ou alezan, est un métis de flamand ou de normand, c'est-à-dire un animal qu'il faut rejeter impitoyablement, si séduisant qu'il puisse paraître au premier abord.

La race chevaline du Perche, supérieure à toute autre comme race de trait, est aujourd'hui la seule race française d'un mérite incontestable, la seule qui fasse l'objet d'une exportation régulière, la seule dont nous puissions nous glorifier; il est donc urgent de la préserver de tout contact étranger, et de l'améliorer sans cesse par elle-même. Plusieurs sociétés hippiques se sont donné cette mission qui fait honneur à leur intelligence. Puissent-elles ne pas méconnaître les principes que je viens d'exposer!

Guy BE CHARîiACÉ.

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