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LES ASSURANCES AGRICOLES DANS LE CANTON DE VAUD

taires est bien peu lourde, surtout en comparaison de la sécurité qu'ils y gagnent.

Ainsi , en principe, point d'assurance pour les maladies légères. Dès que la maladie est contagieuse et grave, l'autorité prend en mains les mesures nécessaires pour la faire disparaître : abattage et enfouissement immédiats des bêtes malades ou qui ont séjourné avec des animaux malades; indenmité égale à la valeur totale des animaux abattus payée par une assurance mutuelle obligatoire entre tous les propriétaires de bestiaux, sans aucune constitution de fonds de réserve.

Maintenant que résulte-t-il de ce système? C'est que nous ne connaissons pas les maladies terribles qui désolent certaines contrées. Nous ignorons lapéripneumonie gangreneuse qui fait éprouver tant de pertes aux cultivateurs du nord de la France. Nous sommes en mesure d'arrêter dès l'origine toute maladie qui peut se px'ésenter ; et pour cela tous les 3, 4 ou 5 ans nous payons 8, 10 ou 15 centimes par tête de bétail que nous possédons. Je ne sais pas si l'on peut trouver quelque cbose de mieux ; mais, ce qu'il y a de sûr,c'est que personne dans le canton ne le pense, et que chacun redouterait comme la peste ellemême d'essayer quelque auti'e système que ce soit.

Je sais qu'on peut faire plusieurs objections à ce mode de procéder. On dira que l'usage de tuer au lieu de soigner un animal malade est une méthode barbare et peu digne de notre état avancé de civilisation. Ce qui est barbare, ce n'est pas de tuer et enfouir 20 animaux pour préserver les autres, quand on sent d'avance que la moindre hésitation développera la maladie et en fera périr 200. Ce serait, au contraire, de les laisser vivre et transmettre à d'autres la contagion. Et certes la France, en tuant 75 animaux dès l'apparition de la peste bovine, et en arrêtant ainsi la maladie, a été moins barbare et plus civilisée que l'Angleterre, qui, par suite de ses ménagements, en a perdu 300,000.

Je sais aussi que l'assurance obligatoire est contraire aux idées économiques. Mais je ne crois pas qu'ici on puisse invoquer les considérarations des économistes. L'intervention de l'État dans la police sanitaire du bétail change les conditions de l'assurance, et je ne comprends pas trop comment on pourrait assurer, autrement que par l'assurance mutuelle obligatoire, un animal qui est abattu par l'ordre de l'autorité dans l'intérêt de tous les propriétaires de bestiaux. Il me paraît bien plus contraire aux idées de justice et d'équité qu'un gouvernement prenne le droit, dans l'intérêt général, de faire abattre des animaux dont il ne payera à leur propriétaire que deux tiers, la moitié, le tiers, le quart, ou même le vingtième de leur valeur. J'aurais bien d'autres considérations à faire valoir en faveur de notre système, mais j'ai déjà été trop long.

Veuillez agréer, etc. G. de Guimps,

Vice-président de la Société d'agriculture de la Suisse romande.

Sauf de rares exceptions, les sarments de la vigne ont été jusqu'à présent destinés au chauffage domestique. Mais ce combustible, dans

beaucoup de localités, est tombé à si bas prix que les viticulteurs seront bientôt forcés de faire de leuts sarments un emploi plus judicieux. Les agronomes anciens et modernes ont, d'un commun accord, signalé l'avantage d'utiliser ces parties ligneuses en les enfouissant et en rendant ainsi au sol les alcalis que lui enlève la culture de la vigne. Cette pratique est encore excellente en ce qu'elle ameublit et aère le sol, surtout dans les terrains argileux. La plupart des vignerons sont convaincus de l'utilité de cet emploi de sarments, mais ils n'ont pu en faire l'application, faute d'un instrument qui opère à peu de frais la division en petits fragments de ces parties ligneuses dont la longueur serait un obstacle aux labours et aux diverses façons que comporte un vignoble. La Société d'agriculture de l'Hérault avait fondé un prix pour l'inven-

Fig. 57.— Hache-sarments de M. Eug. Raspail ', de Gigomlas (Vaucluse). — Type n° I.

teur d'un instrument de ce genre. Mais ce prix, si je ne me trompe, n'a point encore été décerné.

Je fis porter, en décembre dernier, dans la ville la plus voisine de mon

1. Au moment où les dessins des figures 57 et 58 venaient d'être terminés, nous avons reçu de M. Raspail l'avis de quelques modifications qu'il se propose d'apporter, pour l'avenir, dans la construction de son hache-sarments. Voici la lettre de M. llaspail :

o Sans rien changer à la disposition générale de l'instrument, je compte lui faire subir quelques modifications dont une expérience de quelques jours m'a démontré l'avantage. L'appareil, au lieu d'être placé transversalement, occupera le milieu de la hrouette dans le sens de l'axe et parallèlement aux brancards, au milieu desquels se trouvera le levier; de cette façon, l'ouvrier, sans changer de position, aura sous la main soit le levier pour frapper, soit les brancards pour promener la brouette. En outre, les chocs répétés du couperet se répartiront sur les deux pieds au lieu de porter sur un seul. Un plan incliné en bois recouvrira l'auge au contact de l'appareil sécateur, de manière à faciliter l'introduction de la brassée de sarments entre la lame et la contre-lame. Lorsque l'instrument devra fonctionner sur les terrains à fortes pentes, les pieds seront formés par deux tiges en fer munies d'écrous à oreilles et s'appuyant sur une traverse munie inférieurement de deux tasseaux. L'ouvrier pourra ainsi, ad libilum, raccourcir et allonger les pieds ou l'un d'eux ■ seulement. »

LE HACHK-SAlvMKNTS.

exploitation, quelques charretées de fagots de sarments. Le prix qu'en retira mon maître-valet fut tellement dérisoire que je résolus, à dater de ce jour, de ne plus faire lier mes sarments et de les utiliser, coûte que coûte, d'une autre façon.

Diverses opinions ont été émises sur l'emploi des sarments, soit comme nourriture, soit comme litière, soit comme écobuage, soit enfin comme engrais par leur division sur place. Ce dernier emploi, après mûre reflexion, m'a paru le seul rationnel et le seul praticable à peu de frais. En effet, comme nourriture, les sarments fournissent une alimentation bien peu substantielle et néanmoins d'un prix assez élevé si on tient compte de leur transport à l'écurie, de leur broyement et de leur division, et encore ces deux dernières opérations ne pourraient-elles être faites avec économie qu'au moyen d'un instrument qui est encore

Fig. 58. — Hache-sarments de M. Eug. Raspail, de Gigondas (Vaucluse). — Type n" 2.

à découvrir. Mêmes dépenses et mêmes difficultés pour l'emploi des sarments comme litière. Quant à la combustion des sarments, elle est impossible sur place à cause de la proximité des rangées de ceps et elle entraînerait en outre la déperdition des parties azotées. Cette opération d'ailleurs deviendrait doublement coûteuse, puisqu'aux frais de déplacement des sarments il faudrait joindre ceux de retour et d'épandage des cendres ou des terres écobuées.

Je devais donc m'attacber uniquement à découvrir le moyen de diviser sur place les sarments. Cette division, à mon sens, ne pouvait être opérée que par un instrument léger et portatif, surtout sur mes coteaux des Bosquets qui ont parfois une inclinaison de 50 à 60 degrés.

Certainement j'aurais pu cherchera tirer parti des dispositions des hache-paille ou des hache-ajoncs connus, en y apportant quelques modifications, en augmentant par exemple le diamètre des deux cylindres et en rendant le cylindre supérieur tour à tour mobile et compresseur au moyen d'un ressort ; mais un instrument de ce genre aurait été trop

lourd, il n'aurait pu être promené dans le vignoble qu'à l'aide d'un cheval et il aurait fortement plombé le sol, surtout en hiver, lorsque les terres sont souvent humides. En outre, à cause du volant et des deux cylindres, le centre de gravité étant un peu élevé, la moindre secousse, surtout dans un terrain déclive, aurait renversé cet instrument. Au contraire, celui que j'ai commandé à M. Coutelin, àCarpentras, et dont les diverses dispositions ont été bien comprises et exécutées par cet intelligent mécanicien, est très-simple, peu coûteux, léger et trèslocomobile. A ces conditions il joint celle de fonctionner avec autant de célérité que d'économie, puisque dans une journée et avec une dépense de cinq francs il divise en tronçons de dix centimètres de longueur, les sarments d'un hectare de vigne dont la production en bois est ordinaire. J'en suis tellement satisfait que je crois rendre service aux vignerons, mes confrères, en leur donnant la description et le dessin de ce noixyediVL hache-sarmenls.

Un couperet B (figure 57) de 40 centimètres, composé d'une plaque en tôle et d'une forte lame d'acier, est maintenu entre deux coulisses en fer et élevé et abaissé au moyen d'un levier C dont le point d'appui est fixé sur une des coulisses. Les mouvements d'ascension et de descente sont régularisés par une petite coulisse D dans laquelle passe la tige qui relie le couperet au levier. Une contre-lame en acier est fixée horizontalement sur la partie inférieure du bâti rectangulaire en bois qui porte les coulisses. Cette contre-lame constitue avec la lame du couperet une paire de cisailles d'une très-grande énergie. La lame du couperet est oblique, de manière à prendre, à chaque coup de levier, les sarments les uns après les autres. L'auge en bois A qui est placée derrière le bâti et dans laquelle un enfant fait glisser la brassée de sarments est disposée aussi obliquement, de façon à faciliter la section du bois et à ne point gêner le mouvement de la roue de la brouette qui est promenée dans les rangées de ceps et sur laquelle tout cet appareil est fixé. Les pieds de cette brouette sont épatés à leur base afin de ne point s'enfoncer dans la terre sous les chocs répétés du couperet. Sur les coteaux à forte pente on substitue à l'un des pieds un pied d'une plus grande longueur, afin que l'instrument soit toujours d'aplomb. La division des sarments terminée et l'appareil ayant été séparé de la brouette, celle-ci peut être utilisée comme les brouettes ordinaires.

Un autre appareil plus simple et encore moins coûteux que celui-ci est représenté dans la fig. 58. Il ne porte qu'une coulisse C. Le bâti est beaucoup plus large afin d'offrir au levier B un point d'appui plus éloigné. La lame et la contre-lame sont les mêmes. Cet appareil offre 1 inconvénient d'éloigner du point d'appui la partie où la résistance est la plus grande. En effet, le trapèze formé par les deux montants du bâti et par les deux lames offre la plus grande hauteur près de la coulisse, c'est-à-dire là où la brassée présente le plus de sarments à diviser et où le couperet frappe avec le moins de force. Malgré cet inconvénient, et à cause de la différence du prix, ce dernier instrument pourrait être adopté dans les petits vignobles.

Inutile d'ajouter que le hache-snrmenis peut servir à diviser les roseaux de marais, les branches de buis, de pin, et plusieurs autres végétaux ligneux employés comme nourriture, litière ou engrais. Le service

de cet instrument réclame le concours de trois enfants et d'un homme. Deux enfants réunissent les sarments et en font des brassées de 30 à 40 jets, placées sur le bord de la rangée de ceps que doit suivre la brouette. Un enfant (en présentant les sarments par le gros bout), place la brassée dans l'auge A (fig. 57 et 58) et la fait glisser de 10 à 12 centimètres après chaque coup. L'homme meut le levier.

J'ai fait diviser ainsi par jour 1 ,600 à 1,700 kilog. de sarments. Cette quantité représente la production ordinaire d'un hectare de vigne. Mes vignes d'Aramon l'éclameront deux journées de travail, parce que leur production ligueuse s'élève à plus de 3,0000 kilog.

Jusqu à présent, dans quelques vignobles où le liage des sarments et leur enlèvement, faute de bras, se faisaient avec lenteur, les vignerons étaient forcés de tailler prématurément et avant les grands froids. Désormais, et sauf dans les localités oîi les premiers labours sont donnés en plein hiver, la taille pourra être aussi tardive que l'on voudra, car le hache-sarments et les labours peuvent la suivre à une ou deux journées de distance. Ainsi, par exemple, un seul hache- sarments suffira dans un vignoble de 60 à 80 hectares, si la taille est commencée en février et si les labours sont exécutés en avril et mai. Mais dans le cas où la taille d'un pareil vignoble ne serait entreprise qu'au mois de mars, il suffirait de faire fonctionner deux instruments au lieu d'un seul afin de pouvoir donner immédiatement accès aux charrues et aux instruments aratoires.

A la fin de janvier, aussitôt que la neige a été fondue, et bien que le sol fût très-humide, je me suis empressé de faire manœuvrer dans une vigne d'Aramon, dont la végétation en bois avait été luxuriante, une charrue vigneronne, une houe à cheval et une bineuse. Il m'a été démontré que les tronçons de sarments, même d'une longueur de 0",25 à 0™.30 ne pouvaient porter aucun obstacle à la marche de ces instruments aratoires. Ainsi, dans un moment d'urgence, on pourrait diviser le bois en fragments non pas de 0^.10 à O^.IS, mais de 0'".25 à 0"'.30. La décomposition se ferait un peu plus lentement.

M. Coutelier, mécanicien à Carpentras, porte de Monteux, auquel je désire confier exclusivement la fabrication de mes deux hache-sarments, croit pouvoir livrer le n° 1 (celui représenté par la figure 57), au prix de 70 fr., la brouette comprise, et le n" 2 (figure 58), au prix de 55 fr. Si les demandes étaient nombreuses, il pourrait probablement réduire ces prix.

Eugène Raspail,

Lauréat de la prime d'honneur de Vaucluse.

LA RÉFORJIE SÉRIGICOLE. — VII '.

Voici la lettre de M. Schnell, dont nous avons parlé à la fin de notre dernier article. Elle expose, comme nous l'avons dit, avec une exacte vérité, la situation faite à l'industrie séricicole japonaise par le contre-coup des souffrances de la sériciculture française.

« Milan, 20 mars 186o.

" Pendant mon séjour dans le canton du Tessin et en Lombardie, j'ai eu l'occa-

1. Voir le Journal de rAgricullure, t. I, de 1866, p. 320 et 461 ; t. H, p. 46 et 163 ; et les numéros des 20 janvier et 5 fùvrier, t. 1 de 1867, p. 147 et 263.

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sion de prendre connaissance de plusieurs brochures et articles de journaux traitant de la graine de vers à soie du Jupon que l'on a transportée en Italie. Ces publications émanaient soit de sociétés savantes, soit d'éleveurs de vers k soie, soit enfin de spéculateurs, importateurs de graines japonaises. Les unes m'ont paru avoir en vue l'intérêt général ; d'autres, se bornant au récit d'une e.xpérience d'éducation, n'offraient qu'une valeur très-relalive : il me semble lire la conclusion d'un livre dont il manquerait les premiers chapitres ; une troisième catégorie enfin, dont je m'occuperai spécialement, tendait essentiellement à recommander certaines personnes ou certains arrivages qui, en réalité, ne présentaient aucune garantie de plus que d'autres.

« Gomme j'ai moi-même accepté un nombre assez considérable de commandes formées par souscription dans le canton du Tessin, pour la prochaine campagne, je dois craindre peut-être que l'on ne range ma lettre dans les publications de cette troisième catégorie ; mais le risque de m'exposer à cette supposition ne me fait pas hésiter un instant à donner des renseignements que je considère comme dignes de l'intérêt général.

* A part un petit nombre de personnes qui se trouvent exclusivement dans des positions officielles, je suis le plus ancien des résidents européens au Japon. Les expériences que j'ai recueillies durant les neuf années que j'ai habité ce pays, me permettent de fournir des informations authentiques, et me font espérer que l'on y ajoutera plus de foi qu'à la plupart des articles auxquels j'ai fait allusion.

"■ Une circonstance particulière qui m'a appelé, dès l'origine, à suivre de trèsprès le commerce des graines du Japon, c'est que, en ma qualité de chancelier du consulat suisse au Japon, j'ai été chargé par le consul général de ses achats de graine pour le canton du Tessin, en totalité en 1864, et partiellement en 1865. La première commande fut adressée par le gouvernement suisse lui-même à son représentant, dans le but de venir en aide à une branche d'industrie qui occupe une place notable dans le bilan de la prospérité nationale. En 1865, le conseil fédéral mit le gouvernement du canton du Tessin en rapport direct avec le consulat suisse au Japon. A cette époque, une intervention officielle était d'autant plus nécessaire, que jusqu'alors le gouvernement avait empêché ses sujets de faire le commerce des graines de vers à soie, et que les représentants des nations de l'Occident admises au Japon n'avaient pas encore jugé opportun d'exiger le retrait d'une prohibition qui était en contraaiction flagrante avec les conventions conclues entre ces puissances et le Taïcoun.

« Ces préliminaires étant posés, je ne parlerai que du commerce proprement dit, me référant, pour ce qui concerne l'éducation des vers à soie japonais, aux renseignements publiés par un savant français très-compétent, M. l'abbé Mermet de Gachon, interprète de la légation de France à Yokohama. Ce fut en 1863 que, pour la première fois, une demande de graines de vers à soie fut adressée à ce pays sur la place de Yokohama-, qui est le principal port ouvert au commerce étranger. Elle provenait de personnes agissant au nom de quelques négociants de la Lombardie et du canton du Tessin, qui, ne sachant plus que faire pour conjurer les ravages de la maladie dont le ver à soie de l'Europe est atteint, tournèrent leurs regards vers le Japon. Cette demande, qui était très-limitée, échappa complètement à l'attention du commerce de Yokohama, tant indigène qu'étranger. Il y avait d'ailleurs une extrême difficulté à se procurer de la graine, en raison de la défense que le gouvernement japonais imposait à ses sujets.

« En 1864, les graines produites en Europe et même celles que l'on avait importées du Levant et de l'Asie, ayant été infectées de la maladie régnante, il parvint à Yokohama des demandes plus positives et plus manifestes que l'année précédente. L'expérience faite en 1863 était de nature à encourager les espérances que les éleveurs fondaient sur le Japon.

« Les demandes dont il s'agit furent appuyées par les gouvernements de la France et de la Suisse, dont les représentants reçurent l'ordre d'employer toute leur influence auprès du gouvernement japonais pour obtenir la quantité de graines désirée. Le ministre de France et le consul général suisse s'adressèrent donc officiellement au gouvernement japonais, et celui-ci, désirant à la fois leur répondre favorablement et néanmoins maintenir sa défense, promit de leur fournir la quantité demandée, ou du moins d'autoriser l'un de ses agents à la leur procurer. Cette concession ne constituait, en réalité, qu'un acte de courtoisie, qui avait même le

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mérite de consacrer indirectement le droit de prohibition que s'était arrogé le gouvernement du Taïcûun. Il fut à peine question de le lui conl'îster, tant le commerce des graines de vers à soie avait alors peu d'importance pour les négociants de Yokohama.

« Cependant il avait été convenu que non-seulement les deux représentants que je viens de nommer, mais tout négociant européen ou américain pourrait obtenir de la graine de vers à soie en s'adressant par écrit à la douane japonaise (Oungnoto), sans autre formalité que la légalisation de sa signature par le consul de sa nation.

« En exécution de l'engagement qu'il avait pris à contre-cœur sur la deman'de de S. Exe. M. Léon Roches, ministre de France, et de M. le docteur Lindau, représentant de la Suisse au Japon, le gouvernement du Taïcoun désigna en la personne d'Iséa Héso, chef d'une grande maison de commerce de Yedo, un agent chargé de fournir la quantité de graines de vers à soie demandée et promise. Mais, pour soutenir son système de restriction et de contrôle sur l'exportation de cet article, il plaça ledit agent sous la direction des officiers de la douane japonaise de Yokohama.

« Iséa, agissant d'après les instructions que lui transmettait la douane, se montra très-difficile pour livrer la qualité et la quantité désirée, à telle enseigne que l'on fut obligé de lui commissionner le triple de la demande afin de pouvoir faire un choix. Aussi puis-je affirmer que si le canton du Tessin a reçu, l'année passée, des cartons qui ont donné des résultats satisfaisants, c'est grâce à l'insistance de mes démarches auprès du gouvernement de Kanagawa, chef de la préfecture où se trouve Yokohama. L'agent Iséa, seul fournisseur de la graine de vers à soie, fixait les prix d'achat aux producteurs de l'intérieur et dictait ses conditions de vente aux acheteurs étrangers, en haussant les prix à mesure que la demande allait en croissant.

a Vers la fin de juillet 1865, la nouvelle de la bonne réussite des graines de vers à soie d'origine japonaise, jointe à l'avis des prix élevés auxquels on avait réalisé cette marchandise en Europe, se répandit tout à coup sur le marché de Yokohama. Elle excita au plus haut degré l'intérêt des négociants de la place, les indigènes aussi bien que les étrangers.

« Dès ce moment, Iséa commença, de son côté, à oublier son rôle d'agent du gouvernement. Séduit par les gains qu'il avait réalisés l'année précédente comme simple commissionnaire officiel, il se présenta de son chef chez plusieurs négociants européens de Yokohama, leur offrant de traiter avec eux pour la livraison d'une quantité considérable de graines de vers à soie, moyennant des avances sur ces contrats, et sous réserve de l'autorisation de la douane japonaise. Il conclut, en effet, d'énorm;s engagements avec diverses maisons de commerce étrangères, alléchées par la prévision de commandes importantes qui ne pouvaient manquer d'arriver d'Italie, de France et de Suisse.

« Déjà, en 1864, les négociants japonais de l'intérieur, tant spéculateurs qu'éleveurs, les commerçants indigènes établis à Yokohama, et surtout les marchands de soies grèges (Ito-Ghonins) avaient vu d'un œil jaloux les bénéfices qu'accumulait Iséa. Ils regardaient avec mécontentement ce monopole institué par leurs autorités. Cependant, il ne s'était encore agi que d'affaires limitées, et l'on ne pensait pas que le commerce des graines pût offrir des bénéfices assez grands pour balancer les chances d'une contrebande difficile et dangereuse, ainsi que les risques des châtiments exemplaires que le gouvernement japonais infligerait sans doute à ceux de ses sujets qui désobéiraient à sa défense. Mais lorsqu'ils s'aperçurent de l'augmentation croissante des demandes en 1865, ils ne résistèrent plus à la tentation de faire secrètement des contrats pour leur propre compte, et prirent leurs mesures pour livrer leur marchandise h Yokohama en trompant la vigilance des douaniers japonais.

«■ Sur ces entrefaites, plusieurs agents de sociétés et de maisons itahennes vinrent au Japon pour y acheter de la graine de vers à soie, et s'abouchèrent pour les achats, avec les maisons de commerce étrangères de Yokohama. Celles-ci décidèrent, alors d'élever des réclamations auprès des représentants de leurs Etats respectifs, pour solliciter l'abolition du monopole conféré à Iséa. Les légations s'empressèrent de porter à Yédo les plaintes de leurs nationaux. Le gouvernement japonais, sentant qu'il ne pouvait plus maintenir ses injustes restrictions, imagina un moyen terme destiné à se concilier les chefs du commerce indigène : il autorisa dix des principaux

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marchands de soie de Yokohama de fournir aux étrangers de la graine japonaise, au même titre que son agent Iséa, mais il les plaça sous la surveillance de ses propres officiers de police (Matsiga-ïshio yakounins) et plus tard il institua un bureau spécial de contrôle pour l'exportation des graines (Tanéga-ïshio).

« Néanmoins, l'on ne tarda pas à reconnaître l'inefficacité de cette concession, ou plutôt de découvrir que l'on était tombé de mal en pis. Les dix négociants privilégiés ayant déjà leurs relations avec les grands propriétaires ou i roducteurs de soie de l'intérieur, en firent leurs intermédiaires pour l'exécution de le irs marchés. Les grands propriétaires, de leur côté, traitèrent avec les petits proc'ucteurs en leur offrant des conditions plus favorables que l'ancien agent exclusif du gouvernement. Il en résulta que ces petits producteurs faillirent à leur parole envers Iséa, et que les cartons commissionnés par celui-ci passèrent entre les mains des rusés propriétaires, qui les consignèrent à leur tour aux dix maisons concurrentes. Iséa, ne pouvant résister à leurs forces coalisées, manqua à tous les engagements qu'il avait contractés avec les maisons de commerce étrangères; or, ils s'élevaient au chiffre de plus de quatre cent cinquante mille cartons. Ces maisons s'adressèrent immédiatement à leurs légations pour actionner en dommages et intérêts le gouvernement japonais lui-même, qui, en constituant un monopole, devenait responsable des actes de son agent. Les indemnités réclamées étaient calculées sur la différence existant entre le prix contracté avec Iséa et le cours du marché. Le ministre de France obtint le payement intégral des indemnités revenant à ses nationaux. Les réclamations du ministre anglais eurent un égal succès. Mais il n'en fut pas de même de celles du représentant de la Prusse. Malgré la capacité reconnue de M. de Brandt, et toute l'énergie que déploya ce fonctionnaire, son titre modeste de consul de Prusse au Japon paralysa ses efforts; car, dans ce singulier pays, à moins d'être revêtu du caractère diplomatique, il est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, de se mettre en rapport avec le Gorodjo (ministère suprême du Taicoun), et, au surplus, il n'est pas indifférent de pouvoir appuyer même les réclamations les mieux fondées par la visite d'un navire de guerre devant les murs de la ville de Yédo. M. de Brandt dut se borner à une simple protestation.

<i L'institution des dix nouveaux courtiers privilégiés eut pour effet de maintenir la hausse sur le marché des graines de vers à soie. Animés de cet esprit de corps qui caractérise la classe des marchands de soie japonais, loin de se faire concurrence, ils s'entendirent, on ne peut mieux, pour Vendre à des prix élevés. En même temps ils se montrèrent impitoyables envers ceux de leurs confrères non autorisés qui osaient s'aventurer sur leurs brisées; aussitôt découverts, ils étaient dénoncés à la police.

« Enfin arriva le moment si désiré, depuis si longtemps réclamé, où les affaires en graines de vers à soie allaient être abandonnées à la libre concurrence. Le Gorodjo, ou ministère suprême du Taïcoun, cédant aux protestations collectives de LL. EExc. M. Léon Roches, ministre plénipotentiaire et consul général de France, sir Harry Parkes, ministre d'Angleterre, et M. D.deFraeff'de Polsbrœk, représentant des Pays-Bas, proclama tout à coup la liberté complète du marché des graines japonaises. Cet événement fut plus particulièrement l'œuvre de M. Léon Roches, ce diplomate distingué, auquel on doit en majeure partie le développement des relations plus intimes qui se sont établies ces dernières années entre le Japon et les puissantes de l'Occident.

« Aussitôt les Japonais se mirent à faire de la graine dans tout le pays, persuadés que la demande de cet article serait intarissable et qu'ils auraient toujours le pouvoir de le maintenir à un bon prix. Le marché de Yokohama fut de plus en plus encombré de cartons, et cependant les marchands, avec leur obstination habituelle, persistaient à tenir les prix assez fermes. Mais la demande devenant presque nulle, et même cessant complètement, les Japonais commencèrent à se douter qu'un mécompte les menaçait. Lorsqu'ils ne purent plus se dissimuler que la quantité de graine faite dépassait de beaucoup la demande, ce fut une consternation parmi les négociants de l'intérieur, car ils avaient acheté des milliers et des milliers de cartons par pure spéculation. Le moment étant venu où il ne leur fut plus possible de réaliser leur marchandise à aucun prix, ils perdirent tout à fait courage. Deux d'entre eux se suicidèrent. Plusieurs se présentèrent en suppliants dans les comptoirs des résidents de Yokohama. Pour témoigner, à la manière du pays, de leur désespoir, ils avaient eu soin de ne se raser ni la barbe, ni le sommet du front. Comme il n'y

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avait pas moyen de vendre leurs graines, à quelque prix que ce fût, ils les offrirent en consignation, priant qu'on voulût bien leur en expédier en Europe, pour leur propre compte. Un assez grand nombre de maisons, européennes et américaines, acceptèrent, en eflet, quelques-unes de ces consignations; et c'est à cela qu'il faut attribuer cette énorme quantité de cartons que l'on rencontre en tous lieux sur le marché d'Europe, que l'on offre de village en village, à tout prix, à toute condition, au point que des cultivateurs ont pu s'imaginer qu'en allant au Japon l'on devait se procurer gratuitement cette marchandise. Il importe assez peu aux vendeurs de cievoir la céder à vil prix, car c'est aux négociants japonais que l'on remettra le montant des ventes, supposé toutefois que les frais n'aient pas absorbé, et au delà, le capital réalisé. On peut admettre, au contraire, que les prix se seraient maintenus fermes, si chacun eût opéré pour son propre compte.

a. Personne ne saura les pertes et les désastres que les Japonais ont eu à supporter l'année dernière, et non-seulement eux, mais encore les maisons de commerce étrangères établies à Yokohama, qui ont acheté pour leur compte, au commencement de la campagne, à des prix élevés, ne pouvant se douter de rencontrer en Europe la concurrence des marchandises consignées ou vendues au grand rabais à la fin de la saison.

i Aussi, que l'on y prenne garde ! autant la graine de vers à soie a été abandante l'année passée, autant il sera difficile de s'en procurer pour la prochaine campagne. Les particuliers ou les agents de sociétés qui ouvrent cette année des souscriptions en prenant des engagements téméraires, soit quant aux prix, soit quant aux quantités à fournir, s'exposent certainement à faire des pertes ou à revenir du Japon sans pouvoir livrer la quantité commandée.

« Puisque je viens de faire allusion à ces sociétés qui envoient des agents au Japon, en s'engageant à fournir de la graine de vers à soie moyennant un capital souscrit et versé, je prendrai la liberté de donner mon appréciation sur les avantages et les inconvénients qu'ils offrent au public. Quant aux avantages, il m'est difficile de les signaler, car j'avoue que je n'en trouve point, tandis qu'il est aisé de démontrer que ces sociétés livrent une marchandise qui revient de 30 à 35 pour 100 plus cher que si l'on s'adressait directement aux maisons de commerce déjà établies à Yokohama. Celles-ci, en eflet, ayant des rapports anciens, continus et conséquemment plus intimes avec les négociants japonais, peuvent obtenir des conditions plus favorables et s'entourer de plus de garanties pour s'assurer de la provenance et de la bonne qualité des marchandises de leurs fournisseurs.

Comme on ne peut faire de graine dans la contrée de Yokohama, à cause de l'humidité du climat et delà difficulté de se procurer des cocons, l'on est obligé de s'en rapporter à la moralité de tel ou tel Japonais dans lequel on a placé sa confiance. Or, pour pouvoir dire qu'un Japonais vous offre de sérieuses garanties, il faut le connaître depuis longtemps, être en relations suivies d'affaires avec lui et parler sa langue. Gela est si vrai, que les agents des sociétés en question passent généralement par l'intermédiaire des maisons établies à Yokohama; mais la conséquence, c'est ^ue, outre les frais exorbitants qu'entraînent le voyage, l'entretien, les appointements des agents et quelquefois la perte sur le change, il faut ajouter au prix de revient des graines un franc et demi par carton, prélevé, à titre de commission, par lesdites maisons établies.

« Une considération qui doit faire préférer d'entrer en relations directes avec celles-ci, c'est, que l'article graine de vers à soie est une marchandise délicate, qui demande beaucoup de sollicitude et de bonne foi; or, les maisons établies sentiront évidemment, en recevant des commandes directes de l'Europe, que leur position leur fait un devoir et qu'il est en même temps de leur intérêt de fourair de la graine dont la bonne provenance et la qualité annuelle leur soient dûment assurées, tandis qu'une demande qui leur est indiretement adressée n'engagera nullement leur responsabilté. L'arrivée régulière d'un certain nombre d'acheteurs sur 1» marché de Yokohama a d'ailleurs pour effet de provoquer une hausse, au plus grand détriment des consommateurs d'Europe.

I Je sais fort bien que toutes ces observations, froissant quelques^ intérêts particuliers, ne jouiront pas de l'approbation universelle ; mais cela n'ôte rien à leur valeur irrécusable.

>< Encore s'il y avait quelque utilité pratique à envoyer des agents ou employés au Japon ! S'imagine-t-on que la graine en sera mieux soignée et surveillée pendant

350 LA RÉFORME SÉRICICOLE.

le voyage, lorsque l'expérience démontre qu'il est presque toujours impossible de s'approcher des caisses chargées à bord des paquebots des Messageries impériales ou de la Compagnie péninsulaire et orientale, et qu'on ne les revoit pas avant leur transbordement à Alexandrie ou leur déchargement à Marseille?

€ A cette occasion je ne puisque conseiller aux personnes qui commandent des graines de vers à soie au Japon, d'inviter leurs agents à faire leurs expéditions par les paquebots des Messageries impériales, en raison des soins excellents que 1 on prend à bord de ces navires pour la préservation de cette précieuse marchandise, sans parler de la supériorité des bateaux de la Compagnie française sur ceux delà Compagnie péninsulaire et orientale.

€ De divers côtés l'on s'est enquis de mon opinion sur la qualité des graines de vers à soie exportées l'année passée du Japon. Il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de répondre à une pareille question. Je citerai néanmoins quelques faits d'après lesquels on pourra se diriger dans ses appréciations.

« Avant l'année 1865, les Japonais ne produisaient de la graine de vers à soie que pour la consommation indigène, et rien ne leur faisait prévoir que cet article pût devenir l'objet de transactions commerciales avec l'étranger.

I Les essais faits eu Europe en 1864 ont donné la plus haute idée de la qualité de leur graine; il est maint carton qui a produit jusqu'à 45 à 50 kilog. de cocons. Mais il faut remarquer que les Japonais, lorsqu ils faisaient une graine uniquement destinée à leur usage, avaient soin de choisir leurs cocons et de n'opérer que dans le? contrées les plus propices à celte production. Dès lors, ils ont agi sous l'empire d'autres motifs. Pour approvisionner le marché de 1865, ils ont fait delà graine n'importe où, sans tenir compte des conditions du sol ni de la température. Même à Hastiodji, le district de soie le plus rapproché de Yokohama, où jamais l'on n'avait fait de graine à cause de l'humidité du pays, ils en ont proiuit des quantités. Il va sans dire qu'ils ne se sont pas montrés non plus fort difficiles dans le cnoix de leurs cocons.

« J'en augure que la récolte de cette année ne sera, en général, pas aussi satisfaisante que celle de l'année passée.

c Quant aux marques et estampilles que l'on trouve sur les cartons de graines de vers à soie du Japon, et que l'acquéreur croit devoir examiner avec la sollicitude d'un gendarme qui contrôle les visas d'un passeport, comme si l'on pouvait tirer de ces hiéroglyphes le moindre indice sur la qualité annuelle et bivoltine de la semence, je ne saurais mieux rendre ma pensée qu'en les comparant aux étiquettes dont on décore, dans le commerce, les bouteilles dites de vin de France. De même, au Japon, où la graine la plus réputée, celle qui produit les plus beaux cocons, est celle d'Osioû, dans la principauté de Shendaï, tels et tels éleveurs, de n'importe quelle province, ne manqueront pas, avant de déposer les papillons sur les cartons, de tracer sur ceux-ci, en gros caractères, le nom d'Osioû; d'autres y inscriront les mots : « première qualité » ou quelque réclame équivalente, et apposeront au revers du carton des estampilles prétentieuses ou jouissant d'une certaine faveur. En un mot, la marque des cartons n'est soumise à aucun contrôle, et, conséquemment, ne présente aucune garantie.

« Il peut y avoir pourtant quelque utilité, mais seulement pour les gens qui résident au Japon, à oDserver certaines estampilles que l'on rencontre quelquefois au dos des cartons. Elles sont généralement appliquées par les négociants de l'intérieur, qui, soit pour leur propre compte, soit pour celui de divers producteurs, ont consigné des graines aux maisons de commerce japonaises établies à Yokohama. On peut, à l'aide de ces marques, qui sont véritablement le passeport de la marchandise, remonter quelquefois non-seulement aux négociants de l'intérieur qui l'ont expédiée sur le marché, mais même aux éleveurs qui la leur ont fournie. Mais il est clair que, pour tirer quelque fruit de pareilles recherches, il faut avoir résidé un certain temps au Japon, en posséder la langue, et connaître les canaux commerciaux du pays.

1 Enfin, il ne saurait être question d'aller trouver dans sa province le négociant ou le producteur de l'intérieur, car les stipulations des traités s'y opposent ; mais on peut, quand on sait comment s'y prendre, le faire venir à Yokohama et s'entendre avec lui.

« C'est une erreur de croire que les Japonais préfèrent la graine bivoltine « Natsko » (ver d'été) à la graine annuelle « Harko » (ver du printemps). La graine

LA RÉFORME SÉRICICOLE, 351

appelée Kinko, qui produit des cocons jaunes, est une graine bâtarde, provenant d un naélange de papillons de cocons verts et de blancs. On trouve une race particulière, indigène, sur le marché d'Hakodale, petit port ouvert au coiumerce étranger et très-fréquenté par les navires de guerre russes. Il est situé sur l'ile de Yéso, à l'extrémité septentrionale du Japon. Cependant, ce n'est pas la seule race qui se présente sur ce marché; l'on y rencontre aussi la graine de Schendaï. Non-seulement le port d'Hakodale est plus près de cette province de Nippon que Yokohama, mais on le recherchait avant que la liberté du commerce des graines de vers à soie eût été proclamée, parce que la surveillance de la douane y était moins rigoureuse que sur les autres places ouvertes aux étrangers.

« La graine originaire de l'île de Yéso produit un cocon de grandeur moyenne, très-solide et mi-parti de vert et de blanc; elle est très-recommandable pour la reproduction, le ver étant fort robuste et d'une race presque sauvage. La graine de Schendaï produit de magnifiques cocons, exclusivement blancs, très-grands, un peu allongés et fournissant une soie très-fine. On peut facilement reconnaître ces deux provenances, quoique les cartons de l'une et de l'autre paraissent souvent confondus sur le marché ; les cartons de Yéso sont faits d'un papier sale et rêche, tandis que ceux de Schendaï sont blancs et lisses, pareils aux cartons que l'on vend à Yokohama.

« La spéculation en matière de graines de vers à soie n'ayant pas encore pris pied à Hakodate, l'on a plus de chance d'y rencontrer une qualité bonne et annuelle.

« J'espère que ces quelques renseignements ne seront pas sans utilité pour les personnes qui s'intéressent à l'article graine de vers à soie. Au milieu du conflit d'opinions et d'entreprises auxquelles ce commerce a donné naissance, il m'a paru que le plus sûr moyen démettre en garde contre les préventions, les préjugés elles erreurs en vogue, était de rappeler les leçons de l'expérience, et de faire part des informations que j'ai été en mesure de puiser aux sources les plus authentiques.

» Ed. Schnell, H chancelier du consulat suisse au Japon. "

Gomme toutes les choses humaines, la spéculation et le commerce ont leurs partisans et leurs adversaires. Les adversaires de la spéculation et du commerce peuvent trouver, dans la lettre qu'on vient de lire, des arguments très-puissants à l'appui de leur thèse, savoir : que le commerce, considéré comme agent de circulation et de transmission des produits, n'est pas le 7iec plus ultra de la perfection, et que la spéculation pour la confection en grand des graines de vers à soie n'est pas très-apte à cette fonction délicate, puisqu'elle a détruit successivement toutes les races restées pures du monde entier, tout en nous faisant payer très-cher des graines infectées de pébrine.

Ce n'est pas seulement au Japon, mais encore en Europe et partout que le commerce et la spéculation ont détruit les races restées pures.

M. Guérin-Meneville, dans sa lettre à l'Imparlial dauphinois, du 10 septembre 1 S66, dit à propos des graines de M. Almaric, directeur de la poste au Luc :

« Malheureusement cette localité a été exploitée Tan dernier par beaucoup de marchands qui vont la gâter en excitant la cupidité des éducateurs qui n'ont de feuilles et de locaux que pour élever une once et qui en ont élevé beaucoup plus en faisant venir de la feuille de fort loin, de contrées infectées par l'épidémie. Outre ce très-grave inconvénient, la localité sera encore perdue par un autre abus, toujours désastreux pour les points demeurés intacts.

0 Des marchands qui auront acheté par exemple 100 onces de graine faite aux maillons de Luc ou sur d'autres points, les mêleront avec 5 ou 600 autres onces achetées ailleurs à bas prix, et vendant le tout comme appartenant à cette provenance, perdront sa réputation en trompant les acheteurs, mais feront un beau bénéfice, tout en tuant une poule aux œufs d'or. »

M. Limperani, ancien député et président du Comice de Bastia, dit de son côté : « Rien n'est plus difficile que de pouvoir constater l'authenticité d'une graine, c'est une marchandise qu'il n'est pas nécessaire de falsifier; quand on veut tromper l'acheteur, il suffit de lui donner un faux nom.

352 LA RÉFORME SÉRIGICOLE.

Dans son excellent rapport à Son Exe. le ministre de l'agriculture, publié par le Courrier de l'Isère, M. Charles Buisson, filateur à la Tronche, près Grenoble, a déclaré que le commerce et la spéculation, à raison des risques de toute nature qu'ils courent, ont intérêt h se procurer et à importer les graines les moins chères, qui leur présentent le plus de facilité à l'achat et le plus d'avantages à la vente ; et que, pour ce motif, les éducateurs ne devaient pas s'adi-esser au commerce et à le spécu- • lation pour avoir des graines pures.

M. Gabrjel Rosa, dans un article publié par le Monileur du soir, sur la sériciculture de la province de Bergame, di' :

« Les Chinois, les Japonais, les hommes pratiques de la France et de l'Italie, proclament que, pour améliorer la graine, il importe de faire à temps de petites éducations, dans des localités élevées, dans des magnaneries aérées et exemptes d'humidité ; qu'il faut se garder d'agiter les cocons destinés à la reproduction %u de les transporter au loin; qu'il faut éviter de confectionner trop de graines à la fois et de les renfermer en quantité excessive dans le même local.

« Les confections faites par la spéculation ne sont ni saines ni de nature à donner de bons résultats; si les éducateurs de la plaine veulent renouveler leurs races par des graines plus vigoureuses, qu'ils envoient des personnes de contidnce assister sur les montagnes à la confection des quantités dont ils ont besoin ; qu'ils ne fassent pas transporter les cocons reproducteurs des localités élevées, et qu'ils n'achètent pas leur provision de graine de ce qu'on appelle les gros marchands.

« L'année prochaine nous devrons nous étudier à faire revivre les bonnes graines des différentes variétés jaunes; pour cela, il conviendra de faire de petites éducations sur les lieux élevés et de nourrir les vers qui en résulteront avec de la feuille de sauvageon. » Nous sommes heureux de trouver en Italie, le 27 octobre 1866, les idées que nous ne cessons de proclamer depuis le 3 mars de cette même année comme le salut de la sériciculture ; nous avons aussi trouvé dans une réponse au questionnaire de la commission séricicole, signée par un éducateur très-distingué de la Drôme, une critique vigoureuse du grainage en grand. Malheureusement cette critique se termine par une demande qui porte atteinte à la liberté du commerce et de la spéculation, que l'auteur veut proscrire, par voie légale, du Japon. Toute mesure qui portera atteinte à la liberté du commerce est, selon nous, grosse de déceptions. Les éducateurs doivent laisser au commerce toute sa liberté et prendre eux-mêmes la liberté d'organiser les éducations spéciales de graine, avec toutes les garanties exigées pour une opération aussi délicate. Disons, pour clore et résumer ce débat, que la confection en grand de la graine de vers à soie et le transport en grand de cette graine comportent toujours la violation la plus complète des lois de l'hygiène.

Pour tous ces motifs, nous croyons être en droit de déclarer que l'intervention du commerce et de la spéculation pour la production et le transport des graines est une chose dangereuse, et que les éducateurs doivent y renoncer d'une manière absolue s'ils comprennent bien leurs intérêts.

M. Pasteur a eu le rare mérite de ne pas désespérer de la sériciculture, et de ne voir, comme nous, rien de mystérieux dans la pébrine.

Il a dit : « Il serait facile, par des grainages pratiqués sans autre intérêt que celui de produire des œufs en abondance, et aussi par des éducations dans un air humide non renouvelé, de faire naître la situation actuelle, même en pleine prospérité, » pensée bien juste que nous avons exprimée dès le 3 mars ISôB, en disant que la magnanerie anti-hygiénique actuelle avait usé la vitalité du ver à soie et produit la muscardine d'abord, la pébrine ensuite, et que le grainage en grand avait détruit successivement toutes les races restées pures.

Le signe anatomique tiré de l'absence de corpuscules dans le corps des papillons sains est un signe e.'icellent, et qui nous sera de la plus grande utilité pour reconnaître la bonté de nos petits grainages ; il se présente, en efiet, des cas douteux avec le signe tiré de la longévité. Il peut arriver que les papillons des races jaunes ne

LA RÉFORME SÉRICICOLE. 353

vivent que 9 ou 10 jours, ou moins pour les races plus petites; dans ces cas douteux, l'examen microscopique tranchera la question.

Mais le procédé de M. Pasteur est impraticable, puisqu'il n'existe plus de chambrées saines, puisque l'emploi du microscope sera toujours difficile à généraliser et qu'il engage les éducateurs dans une voie dangereuse en leur laissant croire qu'il est possible de faire de la graine industriellement honne avec des papillons corpusculeux.

Appliquant son procédé à des chambrées de 50, 100 et 200 kilogr., M. Pasteur conclut de la santé de 300 papillons non corpusculeux que 35,000, 50,000, 100,000 autres papillons ne le sont pas, ce qui nous paraît une induction forcée.

Apphqué à nos petites chambrées de trois grammes et sur 2,500 à 3,000 papillons, le procédé de M. Pasteur ne laisse rien à désirer, et peut donner une certitude absolue, nos graineurs ayant appris à bien manier le microscope.

Si les éducateurs nous ont bien compris, ils ne doivent plus compter sur la spéculation et le commerce, et pas davantage sur le procédé de M. Pasteur, pour obtenir les graines pures, qu'ils ne peuvent plus produire dans la zone infectée.

Gela étant, où peuvent-ils trouver le salut de leur industrie ? Ils peuvent trouver le salut de leur industrie dans les petites éducations spéciales de graine, réduites à trois grammes, installées hors de la zone infectée, en contrées saines et nourries avec de la feuille cueillie sur des arbres non greffés, peu taillés ou non taillés.

Lorsqu'une idée est mûre, qu'elle est réalisable à courte échéance, elle surgit de tous les côtés et sous des formes variées ; nous avons retrouvé l'idée des petites éducations de graine dans le Moniteur des soies du 27 juillet 1866, avec des termes identiques aux nôtres ; mais la priorité de cette idée appartient évidemment à M. Guérin-Meneville, qui l'a formulée en 1846 et défendue tout récemment, avec M. le maréchal Vaillant, à la Société centrale et impériale de Paris.

Nous avons trouvé l'idée des petites éducations reproduite par un sériciculteur très-distingué de l'Ardèche, M. Gagnât, juge de paix à Joyeuse et membre de la Commission séricicole. Nous ferions bien, dit M. Gagnât, de tenter l'essai de petites éducations pour graine en temps sec, c'est-k-dire en été, nourries avec les secondes feuilles.

Félix Achard,

Docteur en médecine à Saint-JIarcellin (Isère).

Avant de rendre la parole à M. Ville, nous devons signaler l'erreur qui a été commise, dans le précédent numéro du Journal, au renvoi ('). Un passage de l'acte signifié était inintelligible, mais les compositeurs l'ayant rétabli dans son sens propre, la critique de ce passage n'avait plus de raison d'être .Elle doit donc être retirée .

Décidément M. Ville est l'homme des contradictions : il discute les travaux de M. Boussingault et ne permet pas qu'on discute les siens; il conteste la science de tous les savants et ne veut pas qu'on touche à la sienne; il trouve que M. Robart est trop fabricant pour avoir droit de prendre part à la discussion, et en même temps il reconnaît ce droit à des fabricants anglais, très-honorables et très-estimés d'ailleurs, MM. Lawes et Gilbert; mais M. Rohart n'est pas moins honorable ni moins estimé. D'ailleurs M. Ville n'est pas lui-même étranger à l'industrie des engrais.

Quant à présent, il faut que M. Rohart suive M. Ville sur le terrain où ce dernier s'est engagé, C'est donc lui qui va donner le ton de la réplique à son contradicteur. Il sera répondu sérieusement à M. Ville quand il lui plaira de discuter réellement au lieu de se perdre dans des digressions inutiles et trop souvent malséantes.

(. Voir la première partie de cette réponse dans notre dernier numéro (5 février), p. 281.

Les exploits qui peuvent ajouter quelque chose à la valeur d'un véritable savant ne sont pas ceux qu'on signifie par ministère d'huissier. Quoi qu'il en soit, voici la suite de la réponse de M. Ville, accompagnée des notes de M. Rohart. J.»A. B.

Revenons donc à votre tableau; je dis que c'est une œuvre de haute fantaisie, serrons donc la question de plus près. Vous assignez pour date à mes travaux l'année 1855. C'est de votre part un parti pris, une affirmation formelle. Pour vous, par conséquent, la conférence de la Sorbonne est une oeuvre sans antécédent. Avant cette conférence, M. Ville n'avait rien dit, rien fait, rien publié, tel est votre argument. Voici ma réponse (") :

Le seize juin 1857, j'ai ouvert mon premier cours au Muséum d'histoire naturelle; or voici dès ce moment le cadre que j'ai donné à mon enseignement, ce cadre devant être surtout rempli par mes travaux personnels ("). Les sources où les végétaux s'alimentent dans la nature ayant été énumérées, j'ai défini aiasi la fonction du sol :

« Dans la terre, il y a deux ordres diiïérents de matériaux. Les uns, inertes insolubles, tels que le sable, l'argile et le gravier, ofïrent un point d'appui aux racines et servent de médium à la végétation. Nous appelons cette première catégorie d'éléments, les éléments mécaniques du sol. — Il y a ensuite une deuxième catégorie d'éléments, les éléments nutritifs, qui concourent activement à la vie végétale et que nous appelons pour ce motif les éléments assimilables du sol. A l'égard de ces derniers il y a même une distinction à faire entre ceux qui sont immédiatemen tassimilables, et ceux qui ne le deviennent qu'après avoir subi une allérationp réalable.

« Chaque catégorie d'éléments a donc une destination spéciale et exerce une influence particulière sur la production des végétaux. Les éléments mécaniques déterminent les qualités extérieures des sols, et ce qu'on peut appeler leur nature agricole ; les éléments immédiatement assimilables déterminent leur degré de fécondité; et les éléments non encore assimilables, mais qui sont aptes à le devenir, constituent une sorte de réserve qui peut faire prévoir la durée de cette fécondité C"). .

« Le tableau suivant est propre à faire ressortir ces différences de nature et de fonction.

! Sable.

Calcaire.

Argile Gravier.

f Humus.

Ammoniaque.

Acide nitrique.

/ Acide pliosphorique.

Assimilables aclifs. 1 / Acide sulfurique.

Sol.

Clilore.

Silice.

Potasse. Minéiaui... ^ Soude.

Chaux.

Magnésie.

Oxyde de fer.

1 \ Oxyde de manganèse?

\ Assimilahlf.; pn rfi^prv». ! détritus organiques.

\ Assimilable» en réserve ^ Minéraux indécomposés.

« Or, il s'agit en premier lieu de connaître l'action de la partie organique et de la partie minérale des éléments assimilables contenus dans le sol. Pour cela, à du

(11) A la bonne heure! Voilà une façon commode d'arranger les choses. Est-ce que j'ai jamais dit qu'avant ses conférences M. Ville n'avait rien dit, rien fait, rien publié? Ne vous gênez pas, monsieur, allez toujours! — Rohart.

(12) Pardon, vous oubliez ceux de M. Boussingault, qui vous ont également servi. — R.

(13) Qu'y a-t-il donc de nouveau dans tout cela? Est-ce là ce que M. Ville appelle « ses travaux personnels » ; mais les hommes qui l'ont devancé dans la carrière et qui resteront ses maîtres ont oit et prouvé tout cela bien avant qu'il ne fut né. — Ce n'est pas ma faute, monsieur, si vous vous persuadez trop facilement que vous avez découvert les kis de l'agriculture. Vous avez des faiblesse.'i, monsieur, vous avez des faiblesses. — R.

RÉPONSE DE M. VILLE A M. ROHARt. 355

sable calciné qui représente l'élément mécanique, pur et isolé, on ajoute séparément toutes les matières organiques qu'on trouve dans la terre végétale. Parmi ces matières, les unes ne contiennent que du carbone, de l'hydrogène et de l'oxygène : ce sont les congénères de l'humus; les autres contiennent en plus de l'azote, et se rapprochent, par leur propriété, des déjections animales. Ainsi l'on expérimente successivement sur les matières sans azote et sur les matières azotées, et l'on constate l'action de chacune; on passe ensuite à l'étude des éléments minéraux. Ici le sujet se complique et l'expérience présente plus de difficulté. Les éléments minéraux contiennent de l'acide sulfurique, de la potasse, de la chaux, de la magnésie, etc. ("). Dans l'impossibilité d'essayer séparément l'action des acides et des bases, qui, à raison de leurs propriétés corrosives ou caustiques, feraient périr les plantes, on est forcé de combmer ensemble. Mais comme il peut se faire que les acides, les terres et les alcalis exercent une action différente suivant l'ordre de leur combinaison, on devra multiplier les essais de manière à réaliser tous les modes de combinaisons possibles. En procédant ainsi on est conduit à instituer les expériences suivantes :

I II m IV

Phosphates. 1 Phosphates. 1 Phosphates. 1 Phosphates. )

Sulfates jterreux. Sulfates.. .. [alcalins. Sulfates (terreux. Sulfates. ... Jalcalins.

Chlorures..' Chlorures..' Chlorures..' Chlorures..!

Silicates alcalins. Carbonates terreux. Oxyde de fer. Oxyde de fer.

Oxyde de fer. Oxyde de fer. Silice gélatineuse. Silice gélatineuse.

Silice gélatineuse.

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