ET FÉVRIER
Voici les noies que nous adressent nos correspondants sur l'état de leurs récoltes en terre; elles montrent comment l'agriculture atraversé la période des froids que nous avons eus en janvier.
M. Vandercolme écrit de Rexpoëde (Nord), le 12 février :
Il faut remonter au commencement du siècle, pour trouver un hiver où il soit tombé une aussi giande quantité de neige. Au dégel, toutes les parties basses de l'arrondisseiuent ont été inondées. L'eau, n'ayant pas fait un trop long séjour sur la terre, tout fait espérer que le mal ne sera pas grand. Les blés, les colzas ont conservé très-belle apparence. Il faut attendre maintenant un temps plus sec pour préparer les terres pour l'ensemencement des lins et des avoines. La santé de nos bestiaux continue à. être bonne. Si la peste bovine continuait à se propager en Belgique, il faudrait des mesures énergiques pour garantir notre frontière, car il n'y a aucune séparation établie entre les pâturages belges et français.
M. Cappon écrit de Merville (Nord), le 9 février :
Les premiers jours de 1867 ont été marqués par une avalanche de neige qui n'a duré que deux jours, suivie d'une petite gelée ; c'était un échantillon de ce qui eut lieu après, car du 15 au 20 janvier une neige venant du nord-ouest n'a pas cessé de tomber et de couvrir la terre d'nu linceul blanc d'une épaisseur de 3C cent., ce qui ne s'était pas vu dans nos contrées depuis longues années. La fonte de cette grande quantité de neige n'a amené aucun accident à mentionner, lorsqu'elle s'est opérée sans pluie ; une petite inondation s'en est suivie, mais sans dommages. La neige qui couvrait nos blés les a garantis de la gelée aussi sont ils actuellement de toute beauté ainsi que les colzas et toutes les plantes fourragères en terre. Point de maladie de bestiaux à mentionner ; gras et maigres (race bovine) conservent leur grand prix. Le blé tend à la baisse. Les légumineux restent staûonnaires, les fèves (ou féveroles) sont très-recherchées à un haut prix de 20 à 20 fr. 50 c. l'hectolitre.
Les porcs et porcelets ne conservent pas leur haut prix. Les bons chevaux jeunes sont recherchés, mais les qualités inférieures sont délaissées.
L'état sanitaire est généralement bon.
M. Champion écrit de la Chaumière (Aisne), le 4 février :
Les gelées survenues dans le courant de janvier ont permis aux cultivateurs de pouvoir charrier leurs fumiers dans les champs. Mais les deux dégels, surtout celui du 23 janvier oh. nous avons eu 13°, arrivant lorsque la terre était gelée, ont produit beaucoup d'eau par la fonte de la grande quantité de neige qui couvrait le sol. La neige et les gelées ont eu un bon effet en ce qu'elles ont fait mourir les repousses d'avoine et les raveluches. Cependant dans certains blés il y a encore un peu d'herbe qui, lors des gelées, se trouvait garantie par la neige. Ils sont bien moins engagés que l'année dernière à pareille époque ; les blés de betteraves sont les plus propres. Les seigles et jarosses sont assez vigoureux pour la saison. Il nous faudrait un bien beau mois de février pour assainir les terres et permettre de les disposer à recevoir les ensemencements ae blé de mars et d'avoine. Sur les marchés aux grain?, les acheteurs, se réglant sur Paris, demandent de la baisse que la culture n'est pas disposée à leur accorder en présence du peu de rendement des blés.
M. Dubosq écrit de Château-Thierry (Aisne), le 14 février :
Les dernières gelées ont-elles été favorables aux futures récoltes? Ont-elles été de nature à détruire les insectes nuisibles, à faire disparaître les plantes parasites? Voilà les questions qu'on s'adresse. Il est facile aujourd'hui d'y répondre. Les gelées arrivant au moment où les terres étaient imprégnées depuis longtemps d'une grande humidité, leur action a été complètement nulle pour amener la destruction des mauvaises herbes; les insectes n'ont point été atteints, le froid n'a pas été assez
rigoureux, aussi, dans ce moment, les limaces commencent à faire sentir rudement leur présence. Les neiges, qui pendant quelques jours ont légèrement couvert la terre, n'ont pas amené, lors de leur fonte, la destruction d'aucun des animaux nuisibles , On doit craindre qu'au printemps, les insectes fassent subir aux céréales de sérieux dommages, que les plantes parasites ne nuisent essentiellement au plan de blé, en paralysant son développement, ce qui, l'année dernière, a malheureusement contribué à rendre la récolte en grains si peu satisfaisante. La Marne est sortie deux fois de son lit; les terres riveraines ont été inondées sur plusieurs points. Jusqu'ici on ne pense pas que de grands dommages aient été causés, les eaux sont montées lentement et se sont retirées de même. Les travaux de labours sont en ce moment complètement interrompus, les terres étant par trop mouillées pour qu'elles puissent être travaillées convenablement. On attend avec impatience un changement favorable dans la température, autrement il serait impossible, dans l'état actuel des ;erres, d'opérer les ensemencements du printemps, dont l'époque approche trèsrapidement. Les luzernes, minettes, trèfles et autres plantes fourragères, n'ont pomt souffert des rigueurs de l'hiver, il y a donc espoir d'une bonne récolte.
M. le D' Rottée écrit de Clerroonl (Oise), le k février :
Les récoltes en terre sont dans de bonnes conditions. Le manteau de neige dont elles ont été couvertes les a protégées contre l'intensité du froid. Les cultivateurs espèrent que les circonstances mé-téoriques auront été favorables à la destruction des plantes parasites et des insectes nuisibles qui menaçaient de tout dévorer.
M. Bove écrit de Panillers (Somme), le 1 1 février :
Depuis le dégel du 22 janvier, nous jouissons d'une température exceptionnellement douce et pluvieuse. Aussi les blés sont-ils trop forts, ceux faits après betteraves poussent activement; si le printemps est favorable ils seront meilleurs que les premiers. Les colzas présentent une végétation des plus luxuriantes. Les fourrages d'hiver n'ont point soufiert des gelées des 20 et 21 janvier, où le thermomètre est descendu pendant ces deux jours à — 14 et — 15 degrés centigrades, protégés qu'ils étaient par un épais manteau de neige. Les trèfles s'infestent de anauvaises herbes. La plaine, en ce moment, réjouit l'œil. Si le temps se remettait au beau pendant quelques jours, on sèmerait œilleti«s sur labours faits en bon temps. Dans les premiers jours de février on voyait dans les champs quelques laboureurs, mais depuis il n'a pas été possible de travailler la terre. Lîs bêtes à laine sont d'une excessive cherté; nonobstant, les laines delà dernière tonte ne trouvent plus acheteurs. Les vaches alainières et pleines se vendant bien. Les chevaux du Vimeux de 30 mois sont recherchés. Les porcs de toute espèce sont en baisse.
L'état sanitaire de tous nos animaux est excellent. Indépendamment de deux boucheries par actions fondées récemment, Péronne, ville de 4,500 habitants, possède une boucherie de viande de cheval.
M. l'abbé Millier écrit d'Ichtratzlieim (Bas-Rhin)^ 1« 7 févriei- :
On craint beaucoup ici que la sursaturation du sol par les eaux ne vienne à nuire aux cliamps enÛblavés. Jusqu'ici ks semailles d''automne s'étaient très-bien conservées, mais on appréhende que des froids survenant ne donneni lieu au déchaussement. On craint pareillement, le même cas échéant, pour les prairies qui longent l'Ill et ses affluents, et où les eaux d'inondation ayant fait un trop long séjour, ont tout à fait ramolli le sol et soulevé le gazon ; que les racines des herbes ne périssent par de fortes gelées, qui probablement surviendront encore , ce qui endommagerait ces prés pour plusieurs années; car, hors de là, l'immersion dans des eaux chargées de substances fertilisantes, par le dépôt qu'elles ont formé , leur serait d'une grand* utilité. En automne nos cultivateurs, selon l'usage généralement reçu en Alsace, ont confié pour la conservation aux silos beaucoup de navets, de betteraves et de carottes. Ils n'avaient pas compté sur na hin'ej aussi diluvien. Or, en ce moment, il se trouve que beaucoup de ces racines ont péri dedans par la pourriture.
M. Félizet écrit d'Elbeuf (Seine-Inférieure), le 10 février :
Grâce aux quelques jours de bonne gelée et d'assez abondantes neiges que nous avons eus à la fin de janvier, la végétation des récoltes en terre s'est heureusement
• NOUVELLES DE L'ÉTAT DES RECOLTES EN JANVIER ET FEVRIER. iiî5
un peu ralentie et beaucoup d''insectes nuisibles ont été détruits. Cependant, sous riniluence du temps doux actuel et de l'hmnidité qui recommence, les coquelicots, les nielles, les renoncides filaires, les mourons et autres herbes parasites que le froid avait enrayés aussi chez nous, se remetlent à rivaliser de vigueur avec les blés. Par bonhenr ces derniers, toujours d'une force supérieure, promettent de conserver 'leur suprématie que de rationnels hersages, dans le courant de mars, viendront favoriser encore. En fondant tout à coup et en pénétrant profondément lie sol, la neige a fait périr une quantité considérable de mans : Dieu veuille que les pluies d'aujourd'hui fassent justice du reste; — à quelque chose mal serait bon — L'adage de nos ancêtres : <^ A la Chandeleur, les (frandes rigueurs, i chaque année se laisse oublier davantage. Durant ses rares apparitions, on dirait que le soleil commence à adoucir ses froids regards dliiver; les arbres, les oiseaux eux-mêmes, de leur côté, semblent déjà s'apprêter aussi à nous parler leur langage de printemps.
M. Coutil écrit des Andelys (Eure), le 1 2 février :
Nous avons en une forte gelée du 12 an 22 janvier, la terre était aussi couverte . d'une couche de neige d'environ 0,10 cent, d'épaisseur. Elle n'a pas causé de dommage aux colzas qui sont très-forts. La végétation a repris une nouvelle vigueur, sous l'influence de la douce température de ces dernières semadnes. Les seigles et les blés sont très-vigoureux, la saison est trop Làtive. La pluie tombe presque tous les jours, elle est accompagnée d'un vent violent qui rend très-pénibles les travaux des chiunps.La neige n'était pas assez abondante dans nos contrées, au moment du dége], pour détruire les mulots; leur nombre a cependant diminué. La Seine est sortie de son lit et forme, en de nombreux endroits, comme d'immenses lacs. A part les prairies naturelles, les antres récoltes auront à souffrir du séjour prolongé des eaux. Rien de nouvoaiu au sujet des troupeaux, l'état sanitaire est toujours satisfaisant.
M. de Villifiî's de l'Isle-Adam écrit de Sairgé (Sarthe)', le 9 février :
Les nouvelles agricoles sont complètement nulles ; la terre est tellement détrempée par des pluies incessantes, que les labours et les charrois de terreau ou d'engrais sont tout à fait impossibles. Les céréales d'hiver ont toujours bonne apparence.
M. Boudy écrit de Grand-Jouan (Loire-Inférieure), le 7 février : L'abaissement de température arrivé à partir du 12, ayant été précédé d'un vent capable d'enlever L'humidité dont les plantes pouvaient être imprégnées, les récoltes en terre n'ont pas été endommagées par la gelée; Les froments et lés avoines d'hiver semés dans de bonnes conditions continuent en eiïet à offrir un aspect satisfaisant, mais une certaine quantité de champs moins favorisés laissent toujours à désirer.
M. Rebaudingo écrit de Châtillon-sur-Loire (Loiret), le 5 février :
L'année agricole 1866-1867, actuellement engagée, se trouve dans des donnies moyennes sous le rapport du calorique et de la pluie, permettant aux céréales et aux herbes de montrer de belles apparences. Le pain est cher et en dehors de la classe agricole on se plaint; il n'y a pas qœ le pain qui soit cher, les boissons, la viande, les denrées le sont également. On serait donc mal venu de parler aujourd'hui deS' prétendues souffrances de l'agriculture et de faire autre chose pour ï'enquôte, sinon de n'en plus parler. Mieux vaut remuer sa terre, faire plus d'engrais, s'ingénier à en créer, s'occuper d'amendements, mieux soigner et choisir ses bestiaux. Mieux vaut irriguer ou assainir ses prés. Mieux vaut encore améliorer son matériel et chercher à obtenir une partie des prestations pour les appliquer aux chemins ruraux malheureusement délaissés depuis ISâÔ, pour ne s'occuper que des chemins vicinaux, et délaisser les chemins ruraux devenus des impasses pendant la majeure partie de l'année. On Fa dit bien des fois, on peut aller aux foires et marchés voisins, mais on ne peut pas aller dans ses chamois.
M. Bcutrais écrit de Vendôme (Loir-et-Cher), le 2 février :
Les récoltes en terre ne semblent pas avoir souflêrt de la gelée ni du verglas qui a couvert notre pays pendant 48 heures.
M. L. Duguet écrit de La Châ:tre (Indre), le 1" février :
J'espère que les froids auront détruit les limaces et retardé la végétation des blés trop avancés. La santé des bestiaux est assez satisfaisante, si ce n'est celle de quelques troupeaux métis-mérinos qui sont devenus phthisiques, je crois, par la trop grande quantité d'eau dans les herbes de la fin de l'année ; si l'on eût un peu nourri les animaux à la bergerie avec des fourrages secs, et si on ne les eût pas fait sortir trop matin, cela ne serait pas arrivé.
MM. Jolivet et Le Corbeiller écrivent de Cungy (Indre), le 12 février :
A part la petite branche dégelée des 12 et 21 janvier, nous avons eu, pendant les mois de décembre, janvier et première quinzaine de février, un temps exceptionnellement humide : Nos terres sont lavées et, si pendant trois mois il a fallu se croiser les bras, aujourd'hui la persistance de la pluie nous inspire des craintes sérieuses pour les emblavures de mars, qu'il est temps de commencer dans nos parages. Les travaux agricoles ne souffrent pas seuls de cet état de choses : il n'est bruit autour de nous que de troupeaux perdus par la cachexie aqueuse et il est certain que dans deux mois les bergeries saines seront rares dans nos contrées. Malgré cela, il est juste de dire que les récoltes en terre : blé, avoines et vesces d'hiver , ont conservé une belle apparence.
M. le D"^ Petit écrit de Louhans (Saône-et-Loire), le 3 février :
Aux froids vifs et aux fortes gelées des jours passés a succédé une température très-douce, trop douce même. Les blés sont d'un vert magnifique, bien garnis, mais un peu herbeux ; les navettes ne semblent pas promettre une bonne récolte, elles montent déjà et bien des plants mettent la fleur; on a à craindre les gelées encore bien probables dans la saison où nous sommes. Les colzas sont magnifiques, ils commencent aussi à monter, mais ils ont moins à craindre que les navettes. Les vignes, en treillages surtout, ont souffert des gelées, bien des yeux sont détruits; les vignes basses enfouies sous la neige n'ont pas souffert, seulement dans quelques localités on sera obligé de tailler court, pour le motif que j'indique plus haut. On ne dit rien encore des arbres fruitiers, ils ne paraissent pas avoir soufl'ert. Quelques poiriers de la variété Beurré d'Aremberj semblent cependant avoir été quelque peu atteints par la gelée. Je vous disais dans une précédente lettre que la température était descendue un matin à 17° centig. au-dessous de 0. Nous avons aujourd'hui une forte foire, les bœufs gras très-nombreux se vendent lentement. Les porcs gras font 50 à 55 fr. les 50 kd ; il y a peu de marchands, la foire est un peu gâtée par une autre foire, assez considérable, qui se tient à 10 kilom. de chez nous. Ces loires sont trop nombreuses, elles se ruinent les unes les aitres ; il n'est pas rare de voir un même jour une foire se tenir dans trois ou quatre communes trop rapprochées. Il y a là un grand inconvénient, acheteurs et vendeurs se partagent, hésitent sur le lieu ou ils devront se rendre de préférence. Il en résulte une vente moins avantageuse, moins de choix dans les marchandises; il y a désavantage pour l'acheteur et pour le vendeur.
M. Garin écrit de Nantua (Ain), le 7 février :
L'année 1867 a débuté d'une manière bien exceptionnelle et par un mois de janvier très-humide, peu froid et surtout remarquable par l'énorme quantité de neige tombée du 13 au 17 sans aucune interruption. Avec cela nous n'avons eu que quelques jours de froid dont le plus fort n'a pas dépassé — 10*. 5. La quantité de pluie tombée pendant ce mois a été de 185 mill., y compris 90 cent, de neige, qui se sont réduits à 55 mill. d'eau. Il y a eu dans les rues de Nantua jusqu'à 62 cent, de neige à la fois pendant plusieurs jours. Cependant, sous l'action d'un vent violent du midi, accompagné de pluie, cette masse de neige a fondu et disparu beaucoup plus vite qu'on n osait l'espérer. Le peu de temps néanmoins qu'elle est restée sur le sol a suffi pour féconder la végétation de nos champs qui parraissent beaucoup plus verts qu'auparavant. Partout les blés se montrent bien. Ils sont forts et vigoureux. Aussi, il y a une baisse générale des grains sur nos marchés, qui tient plutôt aux arrivages considérables des blés étrangers dans nos ports, qu'à la belle apparence de la récolte .
M. Pierre Valin écrit de l'Arbresle (Rhône)^ le 7 février :
Les frimas du mois de janvier ont été favorables; les emblavures, sous la couche
épaisse de neige qui les a recouvertes'pendant presque deux semaines, se sont fortifiées et aujourd'hui paraissent des plus vertes; on remarque aussi qu'elles sont peu encombrées d'herbes parasites. Les travaux de préparation des vignes sont en retard ; il faudrait une série de belles journées ensoleillées pour exécuter Je provignage et la taille. La cherté du blé n'est guère qu'une cause de gène dans nos cantons; car ici beaucoup de familles, même agricoles, achèlent du blé au lieu d'en vendre. La production des céréales n est pas la grande industrie agricole de la région : on trouve beaucoup plus d'avantage à produire par exemple le vin et les laitages.
M. Hipp. Trénel écrit de Septème (Isère), le 12 février :
L'hiver, avec toutes ses rigueurs, est venu interrompre tous les travaux de la campagne; les 13, 14 et Ib janvier, une neige abondante, accompagnée d'un vent du nord extrêmement violent, a couvert la terre d'une épaisseur de 55 à 60 centimètres. Dans la nuit du 17 au 18, un froid de 14 degrés centigrades, avec givre, a causé des dégâts considérables aux vignes à hautes tiges et aux arbres et arbustes à feuilles persistantes, tels que cèdres du Liban, déodoras, thuyas, fuzains, lauriers, etc. A ce froid rigoureux a succédé le dégel, qui a duré du 20 au 26. Février nous a ramené le beau temps, qui a asséché les terres et permis la reprise des défoncements et du transport des engrais dans les prairies. Les blés, couverts par la neige, n'ont point souffert; la chaleur exceptionnelle de 15 degrés et le vent du sud en ont activé la végétation, et ils présentent un aspect magnifique; seulement, les mauvaises herbes sont très-nombreuses. Les colzas sont beaux. Les bestiaux se vendent toujours à des prix élevés; les vins se placent à de bons prix; les fourrages seuls sont délaissés.
M. de Brives écrit du Puy (Haute-Loire), le 1 0 février :
Nous avons eu pendant le mois de janvier des neiges abondantes et des froids très-vifs, qui n'ont Juré que quelques jours; eu ce moment nous jouissons d'une température de printemps fort agréable, mais peu rassurante pour l'avenir de nos récoltes. Le prix des blés, après avoir atteint 30 fr. l'hectolitre, est descendu audessous de 25 fr., sans cause apparente. La récolte du froment ayant été l'année dernière de moitié inférieure à celle d'une année ordinaire, on ne pourrait expliquer la baisse que par une forte importation. Les bestiaux gras se vendent mal, mais les bêtes jeunes et d'avenir sont très -recherchées et atteignent de très-hauts prix.
M. Menudier écrit du Plaud-Chermignac (Charente- Infér.j, le 7 février :
Sauf une semaine de froid, janvier a été constamment pluvieux, et le commencement de février ne l'est pas moins; aussi tous nos travaux de taille de vigne, liage de sarments, hersages et binages de froments sont-ils fort en relard; et ce contre- temps est d'autant plus vivement senti que nous sommes bien convaincus, à l'avance, que les bras se montreront plus exigeants. La température est tiède; l'avoine est tallée et le froment va l'être; les prairies poussent, les bourgeons des arbres fruitiers gonflent, et le bois de la vigne pleure; puisse cette précocité ne pas nous amener de regrets. — Nous n'avions pas encore vu tous les bestiaux à un prix si élevé, ce que nous expliquons ici par l'apparence des prairies, le typhus à l'étranger, et l'impossibilité, pour celui-ci, de combler les vides.
M. de Lentilliac écrit de Lavallade (Dordogne), le 4 février :
Seize jours de pluie, plus de la moitié du mois, en fallait-il davantage pour continuer la série de nos inondations perpétuelles, pour rendre inaccessibles à tout travail nos terrains d'argile plastique! Le transport même des fumiers n'a pu s'effectuer qu'en partie, les neuf jours cle gelée n'ayant pas donné au sol toute la consistance nécessaire pour résister k la pénétration des véhicules. Ces pluies interminables, qui prennent pour nous les proportions d'une calamité, auront-elles pour unique conséquence d'arriérer nos travaux en faisant perdre un temps précieux à nos animaux et à nos bras? Nous craignons bien qu'il en soit autrement. Les froments, qui reposent sur un sol sursaturé d'eau, dont les. engrais ont été élavés, parfois entraînés hors du champ, sont généralement fort clairs, et même entièrement absents dans certaines zones. Talleront-ils davantage le printemps arrivé pour compenser les vides? Espérons-le !
a68 NOUVELLES DE L'ÉTAT DES RÉCOLTES EN JANVIER ET FÉVRIER.
M. d'imbert écrit de Port-Sain te-Marie (Lot-et-Garonne), le 11 février :
Nous aTons eu quelques journe'es de froids assez, vifs vers la fin de la première quinzaine de janvier. Il y a dû périr, à coup sûr, beaucoup de limaces et autres insectes nuisibles. Néanmoins les fourrages de printemps sont dévastés et on s'in- (juiète sérieusement des moyens de nourrir les bestiaux à cette époque de l'année. Les froids n'ont eu que cinq ou six jours de durée et la température la plus douce a immédiatement succédé; mais aussi les brouillards et la pluie sont revenus et les terres sont détrempées au point de ne permettre aucun travail. Le soleil qui ne paraissait plus a reparu depuis deux jours , mais il est à craindre que ce ne soit qu'une apparition de courte durée. Au milieu de tant de circonstances défavorables, il faut pourtant noter que les blés ne paraissent pas avoir souffert. Ils montrent la plus belle apparence, ne se sont pas étiolés et s'annoncent suffisamment fournis.
M. de Galbert écrit de La Buisse (Isère), le 1 0 février :
Ma dernière lettre faisait pressentir la chute d'une neige abondante. Elle est, en effet, tombée en telle quantité, qu'un grand nombre de greniers et de hangars ont eu leurs toitures écrasées par le poids d'un amoncellement de 70 à 80 centimètres. C'était la hauteur normale dans les champs. Jugez quelle devait être l'épaisseur de la couche dans les ravins. Elle a disparu, comme elle était venue, avec la même rapidité et sans causer, heureusement, la moindre inondation. Nos emblavures et nos prairies ont dû regretter que le froid et la neige aient si peu duré. D'un autre côté, le retour du beau temps permet tous les travaux de la saison. Partout on voit le vigneron la serpette ou le sécateur à la main. Nos marchés ont peu varié depuis un mois. Les vins seuls ont repris d'environ 10 pour 100. Nos foins ont moins d'écoulement dans le Midi cfue les années précédentes. Les pailles, au contraire, sont très-recherchées. On continue à arracher les mûriers. Si le gouvernement n'accorde pas une indemnité ou un dégrèvement d'impôts aux propriétaires ruinés par l'absence de récoltes, il ne restera bientôt plus de mûriers que pour nourrir la volaille.
M. Laupjes écrit de Rousson (Gard), le 8 février :
La température du mois a été très- variable; nous avons eu des jours trèsrigoureux pendant lesquels le thermomètre ne s'est pas élevé au-dessus de zéro et des jours excessivement chauds. Le vent a été en moyenne doux, mais il a soufflé le 15 du mois avec la violence de l'ouragan, ce jour-là la neige tombait à gros flocons et elle était balayée dans les bas fonds, injectée dans le comble des maisons par la force de la tempêie; depuis longtemps nous n'en avions pas eu une quantité aussi considérable; ses couches superposées dans un lieu faisaient défaut ailleurs, aussi il n'a pas été possible de la mesurer exactement. C'est un moment d'attente pour l'agriculture, la terre sommeille, nous appelons le beau temps pour faire fonctionner la charrue.
M. Boucoiran écrit de Nîmes (Gard), le 10 février :
La neige a couvert le sol pendant dix jours, et l'on doit à sa présence l'innocuité des froids qui l'ont accompagnée. Une autre circonstance qui a préservé beaucoup de plantes en terre de tout mal, c'est que le dégel, une fois commencé, n'a pas été interrompu par des retours de froid.
On a craint un moment pour les oliviers, mais, sauf quelques brindilles qui, en certains points plus exposés que d'autres, paraissent être atteintes d'un commencement de désorganisation, la gelée qui était combattue par un soleil radieux pendant la durée du jour, n'a pas produit le mal qu'on redoutait.
Depuis huit jours il fait de fortes chaleurs. Sous l'action d'un soleil qui devient brûlant de midi à deux heures, les amandiers ont ouvert tous leurs boutons à fleurs, et ceuï des autres arbres fruitiers grossissent à vue d'œil. Dieu veuille qu'un retour du froid ne nous enlève pas la récolte des fruits, comme il est arrivé l'année dernièrel
M. de Gasparin écrit d'Orange (Vaucluse) et de Tarascon (Bouchesdu-Rhône), le 9 février :
La beauté soutenue de l'hiver n'a été interrompue que pendant huit jours, du
15 au 21 janvier, où nous avons vu les champs couverts de 25 à 30 centimètres de neige. La terre n'a jamais été gelée, et sa chaleur a fait disparaître la neige assez rapidement; les travaux de la campagne n'ont donc éprouvé qu'une très-courte interruption, d'autant mieux que la sécheresse a persisté et a toujours permis les labours d'hiver. Les cultures des vignes, des oli-viers et les travaux de défoncement sont très-avancés, et les ouvriers de la campagne , grâce à ces circonstances, peuvent supporter sans trop de gêne l'élévation du prix du pain. Les blés ont une trèsbelle apparence, mais ceux en grenier sont attaqués par les insectes, et les détenteurs ont hâte de s'en défaire. Les fourrages sont à donation, et la récolte prochaine des prairies naturelles est en bonne préparation.
M. Esqnirol écrit de Labége (Haute-Garonne), le 10 février : J'aurais bien voulu pouvoir dire quelque chose de bon au sujet de nos récoltes, je ne le puis ; toujours de la pluie : aussi les blésjaunissent, les travaux n'ont pu être repris, la terre est saturée d'eau. Les céréales sont envahies par les herbes de toute sorte ; aussi, crainte de mauvaise récolte. Dans quelques localités on a pu cependant semer les vesces de printemps sur des terres déjà prêtes depuis le mois de décembre dernier, elles ont été recouvertes avec la herse. Depuis trois jours environ le soleil se montre radieux; espérons qu'il continuera et que dans quelques jours, grâce à son influence, nous pourrons activement labourer.
M. le D'' Piffard écrit de BrignoUes (Var). le 6 février :
La taille des vignes marche avec assez de rapidité dans nos contrées. C'est taujours à court bois que cette opération est pratiquée. Quelques propriétaires ont fait des essais sur la taille, d'après le système du docteur Guyot; mais tous y ont promptement renoncé; les vignes traitées par ce procédé ne donnant qu'un vin faible et sans couleur. Les premiers labours donnés dans l'intervalle des vignes se font dans de bonnes conditions. La journée glaciale du 16 ayant trouvé nos oliviers couverts de neige ou de verglas, nous avons craint pour ces arbres; fort heureusement ils n'en ont pas eu à souffrir. Stagnation presque complète sur toutes les transactions des denrées agricoles; toutefois, pas de baisse sensible dans leurs prix.
M. Allier écrit de Berthaud (Hautes-Alpes) , le 4 février :
Pendant tout le mois de janvier nous avons eu, en général, une température douce pour la saison, puisque la moyenne a été de 2°. 23 au-dessus de zéro, et cjue le thermomètre n'est descendu que deux fois dans la nuit à 8° au-dessous. La neige, tombée en abondance sur nos montagnes, s'est convertie pour nous en pluie ou a fondu immédiatement, et le sol a été tellement saturé d'eau que, même dans les rares beaux jours dont nous avons joui, on n'a pu se livrer à aucuns travaux extérieurs autres que ceux nécessaires pour faciliter l'écoulement des eaux qui, du reste, n'ont causé aucun préjudice aux récoltes en terre, car elles présentent toutes des apparences satisfaisantes.
M. Pons-Tande écrit de Mirepoix (Ariége), le 29 janvier :
La neige qui a été fort abondante dans plusieurs régions n'a fait que paraître et disparaître dans le sud-ouest. Les récoltes en terre n'ont pas eu encore à souffrir de la rigueur du temps ; mais l'humidité constante retarde les labours préparatoires aux semailles du printemps. L'état sanitaire du gros bétail ne laisse rien à désirer ; il n'en est malheureusement pas ainsi des troupeaux de bêtes à laine qui commencent à être infestés par la cachexie. On devait s'attendre à l'envahissement de cette maladie à cause de la persistance de l'humidité; il y avait lieu d'en prévenir les terribles eflets par l'administration de quelques fourrages toxiques. i
M. de Moly écrit de Toulouse (Haute-Garonne), le 1 5 février :
Quelques centimètres de neige le 13 et le 14 janvier, suivis de trois ou quatre jours de gelée dont le maximum a été un seul jour de 6 degrés au-dessous de zéro; voilk quel a été tout l'hiver, à Toulouse et dans les contrées environnantes. Dès le 19, le dégel survint et depuis lors la température a été presque toujours relativement élevée, aussi la végétation s'est-elle reveillée. Les amandiers fleurissent et les abricotiers ne tarderont pas à les suivre. Les gelées tardives fort à craindre encore pourront compromettre ces productions et plus tard peut-être celles de la vigne. Ce
qu'il y a de bien plus fâcheux, c'est que le temps ayant été trop souvent pluvieux, on a encore de la peine à reprendre les travaux extérieurs et en particulier les labours pour les semailles du printemps. Ils sont très en retard, et d un autre côté on a des craintes sérieuses pour les blés trop avancés et dont beaucoup sont infectés de mauvaises herbes; puissent ces pressentiments ne pas se vérifier!
M. Proyart écrit d'Hendecourt-lez-Cagnicourt (Pas-de-Calais), le 1 5 février :
La neige a été abondante cette année, et les récoltes ont été suffisamment couvertes pour être préservées des gelées que nous avons eues à supporter pendant le mois de janvier. Le dégel s'est manifesté dans la nuit du 22 au 23 et s'est effectué dans des conditions satisfaisantes. Avec février, nous sont arrivés des pluies et des vents très-violents, de véritables tempêtes. Les pluies battantes ont rafltrmi le sol ; et jusqu'à ce jour, toutes les récolles en terre présentent un aspect très-satisfaisant.
M. du Peyrat écrit de Beyrie (Landes), le 2 février :
Nous espérons que les six jours consécutifs de gelée que nous avons eus auront détruit les germes d'une grande partie des insectes qui nous font une terrible guerre depuis deux ans. Le rendement de nos grains en a été diminué du tiers, et les prix étant très-bas en juillet, époque où nous avons été obligés de les vendre, ne pouvant espérer de les conserver en magasin, notre revenu de cette année a été d'un tiers au-dessous de la moyenne. L'agriculture est le commerce des espérances, et le cultivateur espère toujours un meilleur temps. Les travaux du mois ont consisté en coupes et transports de bois pour barriques et échalas; on vient de commencer la taille des vignes. On a transporté des feuilles et du terreau pour des composts arrosés de purin, et l'on a occupé les ouvriers, pendant le mauvais temps, aux ouvrages intérieurs de la ferme. Les cultures en terre ont la plus belle apparence, surtout les avoines; les blés sont aussi fort beaux. Le bétail, bien nourri avec des fourrages hachés mélangés de betteraves, est en très-bon état. L'engraissement des bœufs est terminé. Espérons donc, encore une fois, que la récolte de 1867 sera meilleure que celle de 1866, année si mauvaise sous tant de rapports.
M. Chaurand écrit de Lyon (Rhône), le 13 février :
Les blés sont généralement beaux ; couverts de neige pendant la gelée, ils n'ont pas souffert et ils végètent vigoureusement, favorisés par un temps magnifique. Les Beaux jours que nous avons depuis trois semaines ont permis de pousser activement les travaux préparatoires pour les semailles de printemps. Les prairies naturelles commencent à reverdir ; les trèfles ordinaires ont conservé leurs feuilles de l'automne; le trèfle incarnat entre en végétation; les luzernes ne paraissent pas encore. Les vignes sont en partie taillées dans les communes situées au sud de Lyon. Les approvisionnements de fourrage sont encore considérables et permettent d'entretenir une quantité de bétail dont l'influence se fera sentir sur les récoltes de l'année.
M. Nebout écrit de Ferrières (Allier), le 14 février :
Depuis les quelques jours de neige de janvier, nous jouissons dans ce pays, généralement très- froid l'hiver, d'une température vraiment printanière. Aussi sous ce ciel doux par exception, voit-on les plantes se réveiller de leur sommeil, les arbres fruitiers et forestiers gonfler leurs bourgeons, les prairies naturelles se revêtir d'un admirable manteau de verdure ; de bonne sole, qui sont composée de la famille des graminées ellégumineux, peuvent déjà commencera fournir un bon pâturage. La neige, loiude nuire à nos emblaveurs d'hiver, leur a été d'un grand secours en détruisant beaucoup d'insectes ou larves nuisibles ; seulement il est à regretter qu'elle ne se soit pas assez prolongée; cependant j'ai vu quelques champs où elle n'a pas été profitable ; ce sont ceux qui ont été emblavés avant les pluies diluviennes de septembre. Ces champs battus et ravinées ont une bien médiocre apparence. Sauf celte exceplion, lout le reste est très-beau et fait espérer une abondante récolte. A propos de la récolte de 1866, maintenant, les baltaisons sont finies, ou presque fiuies. Hélas I le rendement eu grains, sauf de rares exceptions, est encore plus faible qu'on l'avait jugée. Vu ce déficit sur le produit brut, nos prix de cette contrée sont peu rémunérateurs, car c'est à peine si nous pouvons vendre nos seigles (notre grand produit) 13 à 13 fr. 50 l'hectolitre, généralement le peu de blé qu'on
récolte et qui est toujours de bonne qualité, le cultivateur de nos contrées le vend pour les semences. Nos bestiaux se portent bien, et se vendent cher, surtout les vaches qui sont prêtes à mettre bas, cependant depuis quelques jours on craint de la baisse. Les petits porcelets se vendent assez cher. Depuis le mois de janvier, nous avons eu beaucoup trop d'eau, qui a détrempé nos labours. De sorte qu'ils nous a été impossible d'y entrer. Nous aurions bien besoin de quelques jours de sécheresse, afin de finir d'exécuter les travaux pour les semailles du printemps, et pour y conduire la chaux et les fumiers.
M. Chariot écrit de Château-du-Loir (Sarlhe), le 14 février :
Les blés, les seigles et les avoines d'hiver poussent à merveille ; les luzernes ont pris de la vigueur. Il pleut tous les jours et l'on attend que la terre soit ressuyée pour exécuter les labours préparatoires aux semailles de printemps. '
M. de Thouron écrit de Saint-Junien (Haute-VienHe)^ le 10 février :
Le temps continue à être déplorable, toujours de l'eau; aussi la terre est tellement détrempée qu'il est presque impossible d'y pénétrer. Nous ne pouvons rien faire, le transport des fumiers est impossible, on peut en dire de même des labours. Comment va-t-on semer les avoines? voilà le moment qui arrive, et, vous connaissez le proverbe qui dit : « Avoine de février remplit le grenier. » Nous n'avons pas eu de neige et très-peu de froid. Nos abricotiers commencent à fleurir, nos prairies sont tellement avancées qu'on pourrait les livrer à la pâture. Les foires continuent à être très-bonnes, les animaux de toute espèce s'y vendent fort cher. Notre bétail se porte bien.
M. de Presle écrit de Saint-Martial (Dordogne), le 10 février :
Des pluies continuelles, des brouillards épais avec tempêtes et coups de vent, six jours de gelée pendant lesquels le ciel a presque toujours été couvert, telles sont les influences météorologiques qui ont dû agir sur les récoltes en terre. Les travaux d'hiver sont complètement nuls. — Les attelages ne peuvent bouger des étables. Les plantations d arbres et de vignes sont très-retardées. Très-peu de vignes sont taillées. La livraison des tabacs commencée le 20 janvier continue. Beaucoup de tabacs sont avariés, la pourriture occasionnée par l'humidité constante qui règne dans le sud-ouest en est la cause ; la grêle ayant déjà fait beaucoup de mal à cette récolte, son produit en général sera loin de valoir ceux des autres années. — La végétation, favorisée par une température (jui varie entre 10 et 12 degrés centigrades, fait des progrès; les spirées sont en feuilles, les narcisses de diverses espèces sont en fleurs et les arbres fruitiers nous montrent leurs boutons déjà gonflés, — Les gelées n'arriveront-elles pas trop tard pour arrêter la végétation et ne causeront-elles pas des accidents? Une baisse sensible existe depuis près d'un mois dans nos foires sur les bestiaux gras.
En résumé, la situation des récoltes en terre est assez diverse selon les pays, mais elle n'est pas mauvaise. Ici, les pluies trop abondantes arrêtent tous les travaux préparatoires des semailles de printemps ; là, au contraire, la sécheresse et le beau temps persistants permettent les labours et façons des diverses cultures. Dans le nord et l'est de la France, les froids ont été plus intenses qu'ailleurs; les céréales sont sorties vertes et belles de dessous la neige et leur état est satisfaisant ; les colzas sont beaux. En général on se plaint que le froid et la neige n'aient pas duré assez longtemps; on espère que les frimas auront détruit les insectes, et effectivement on s'aperçoit déjà que les mauvaises herbes sont moins abondantes que l'année dernière. Mais, depuis le dégel du 23 janvier, la température semble vouloir s'élever et un printemps précoce s'annonce. Dieu veuille qu'il ne soit pas suivi d'un brusque et funeste retour de l'hiver !
J.-A, Barral.