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VI. — Les chemins vicinaux

Quoique ce soit avec raison que l'on demande l'achèvement de la vicinalité rurale, il faut reconnaître que de grandes choses ont été faites depuis trente ans, et chaque année la situation devient meilleure. En lisant l'extrait suivant de l'Exposé de la situation de l'Empire, on reconnaîtra le bien qui a été fait, mais on verra en même temps l'immensité du travail qui reste encore à exécuter. •

<> Le service des chemins vicinaux, dont le développement intéresse si vivement la prospérité de l'agriculture et de l'industrie, est toujours l'objet des préoccupations de l'administration, des sacrifices des conseils généraux et des efforts des conseils municipaux. Ses ressources se sont élevées, en 1865, à 121-, 763, 410 fr. 77, savoir : 80,807,320 fr. 87 en argent, 40,956,u89 fr. 90, provenant de prestations-en nature. Ces ressources ont été réparties entre les différentes catégories de chemins de la manière suivante :

fr.

Cliemins de grande communication 42..380,812..')S

Chemius d'inlérêt comraun 31 ,847, ',>■«. 7()

Cheiûins ordinaires 40,498,443.00

Dépenses diverses du service , 7,036,925 . 83

chemins d'intérêt commun.

(Nombre : 6,896.)

CHRONIQUE AGRICOLE (DEUXIÈME QUINZAINE DE FÉVRIER 1867). 397 « Les travaux neufs exécutés dans l'année ont compris, savoir : •

MMrea.

Chemins de grande communication amenés à l'état d'entretien., I,l.'i0,030

— de premier empierrement. . . 28^,185

— — de terrassement 427,064

Chemins d'intérêt commun amenés à l'état d'entretien 2,530,372

— — de premier empierrement 564,477

— — de terrassement 1,180,126

Chemins vicinaux ordinaires amenés à l'état d'entretien 3,768,101

— — de premier empierrement 1,285,581

— de terrassement 2,439,348

« Le prix de revient des travaux a varié suivant les catégories de chemins :

fr. c. . fr. c.

. .. I Construction 9.86 10.51

Chemms de grande communication, j g^^j^^^^^ ^3^ ^ 3^

... ., ,, „ i Construction 5.48 5.15

Chemins d intérêt commun j ^^^^.^^-^^ 020 0.20

„,.,.. I Construction 3.94 3.90

Chemins ordinaires j ^^^^^^^^^ ^,,4 ^^^

« Au 1" janvier 1866, la situation des chemins vicinaux des trois catégories se résumait ainsi :

Mètres.

!A l'état d'entretien 72,424,625

A l'état de premier empierrement. 2,333,780

A l'état de terrassement 2 , 807 , 966

A l'état de sol naturel 5,656,787

A l'état d'entretien 49,294,794

A l'état de premier empierrement. 5,040,162

A l'état de terrassement 7 ,699 , 277

A l'état de sol naturel 19,623,612

A l'état d'entretien 118, 430, .509

Chemins vicinaux ordinaires. 1 A l'état de premier empierrement. 28,708,697

(Nombre : 203,583.) j A l'état de terrassement 39,229,873

I A l'état de sol naturel 167,428,069

On devra remarquer la grande étendue des chemins qui sont encore soit à l'état de terrassement, soit à l'état de sol naturel. Ainsi, sur un total de 518,000 kilomètres de chemins vitîinaux, il y a encore 193,000 kilom. en sol naturel et 50,000 environ à l'état de terrassement, c'est-à-dire que plus du tiers de la vicinalité rurale est presque à l'état de projet; c'est près d'un milliard qu'il faudra encore dépenser. Aussi est-il nécessaire que dans toutes les communes on se mette à la besogne. C'est pour cela que nous donnons notre complet assentiment à la proposition contenue dans la lettre suivante de M. le vicomte de Saint-Trivier :

« Monsieur et cher Directeur, a Je viens attirer votre attention sur une partie de l'agriculture qui me paraît presque complètement deshéritée aujourd'hui. Je dois reconnaître avant tout qu'aucun gouvernement n'a prodigué à l'agriculture autant d'encouragements de tous genres que celui de Sa Majesté l'Empereur; aussi ne puis-je m'expliquer l'omission que j'ai à vous signaler que par la persuasion où l'on est en haut lieu, que tous ceux qui ont bien mérité de l'agriculture sont dignement récompensés. Permettez-moi donc de votis parler des chemins vicinaux et des maires qui les font ouvrir. Inutile, je crois, de faire ressortir ici l'utilité des chemins vicinaux qui sont peut-être plus indispensables à l'agriculture que les canaux, les fleuves et les chemins de fer, car ils servent à transporter, de la ferme aux champs et des champs à la ferme, les engrais et les récoltes qui doivent forcément subir ces premiers frais avant d'être envoyés dans les usines ou sur les lieux de consommation directe. A qui doit-on ces chemins vicinaux? En grande partie aux maires des communes rurales, et ici j'ai le regret de dire que la plupart de ces humbles fonctionnaires qui

prodiguent leur temps, leur intelligence et leur argent, ne sont jamais récompensés da toutes les peines qu'ils se sont données pour doter leur pays de voies de communication et faciliter ainsi le développement plus rapide de l'agriculture.

a Le gouvernement a bien, il y acfuelque temps, par une louable initiative, mis chaque année un certain nombre de décorations à la disposition des préfets pour récompenser les services gratuits des liuinbles magistrats de nos campagnes ; malheureusement peu d'entre eux sont appelés à en profiter. En effet, il y a beaucoup d'anciens services à récompenser. Dans nos contrées il n'est pas rare de renconlrer des maires comptant trente ou quarante ans d'exercice ; mais ce ne sont pas ordinairement ceux-là qui ont rendu le plus de services actifs à leur pays. Vous le savez, toute innovation rencontre des obstacles, et cela est vrai, surtout quand il s'agit d'ouvrir de nouvelles voies de communication. Deux cas se présentent : ou bien vous avez affaire à une population routinière, alors le paysan vous répond : «< Nous avons bien passé.jusqu à présent, laisseî-nous tranquilles avec vos chemins neufs, nous n'en voulons pas. » Et vous qui voyez plus loin que tous ces braves gens, qui savez que là est l'avenir du pays, vous continuez, es|5érant que plus tard l'on vous rendra justice; mais, en attendant, l'heure du suffrage universel arrive, et vous vous trouvez en face d'une minorité hostile quand ce n'est pas d'une majorité compacte qui vous met à la porte du conseil municipal, et vous empêche d'achever les améliorations commencées.

K Second cas : Vous avez eu la chance, malgré quelques sourds murmures, de créer des chemins, mais la viabilité de votre commune est incomplète; vos habitants ont reconnu tous les avantages des voies nouvelles et ils en réclament d'autres. Vous êtes heureux et fier, et vous vous croyez sauvé ; mais c'est justement alors que se présentent les plus graves diflicultés. Tous veulent le chemin le plus près de chez eux, à leur commodité, sans s'inquiéter de leurs voisins; ils le veulent tous, mais il ne faut pas toucher à telle terre à tel pré, il faut leur payer au poids de l'or les terrains à occuper et il faut surcharger la commune entière d'impôts extraordinaires. Vous faites venir votre agent voyer, vous faites dix tracés, vous ouvrez enfin votre chemin, mais vous avez mécontenté tout le monde, [et vous arrivez à la réélection dans des conditions encore plus mauvaises que la première fois. Si vous n'êtes pas réélu, et cela se rencontre assez fréquemment, vous rentrez chez vous heureux d'avoir pu rendre quelques services à votre pays, mais triste de vous voir récompensé par l'ingratitude de vos concitoyens. Il arrive enfin certains cas où, las de lutter, abreuvé de dégoûts, vous donnez volontairement votre démission, mais alors, adieu tout espoir de récompenses, car, s'il y a quelques honneurs accordés aux maires en exercice, l'on voit plus que rarement ces mêmes honneurs accordés aux maires démissionnaires ou non réélus.

« Je viens donc, mon cher directeur, vous prier d'employer toute votre influence pour que le gouvernement veuille bien instituer des récompenses spécialement destinées à encourager ces maires de la campagne qui, en ouvrant des voies de communication nouvelles, rendent à l'agriculture autant de services que ceux qui introduisent dans leurs contrées des cultures améliorantes; cultures qui ne peuvent, la plupart du temps, se faire que lorsque le pays a été doté de routes praticables à la place de chemins étroits et à pentes impossibles, comme cela se rencontre toujours dans les pays de montagnes. Ne pounait-on pas, dans chaque concours régional, accorder une ou plusieurs médailles aux maires qui auraient ouvert le plus de chemins vicinaux sur le territoire de leurs communes, et fait le plus de sacrifices particuliers pour en hâter l'ouverture et l'achèvement? Une magnifique exposition agricole est ouverte à Paris cette année; ne pourrait-on pas y adjoindre un concours entre tous les maires de France ]iour les chemins faits depuis 1852? Gela prouverait au monde entier que la sollicitude du gouvernement de l'Empereur s'étend jusqu'aux plus petites choses et que rien n'échappe à son œil vigilant.

« Voici, mon cher directeur, les idées que je voulais vous soumettre. Si vous croyez qu'elles soient utiles et pratiques, accordez-leur l'hospitalité dans votre journal et appuyez-les de toute l'autorité que vous donnent votre science et votre longue carrière agricole. « V"= de Saint-Trivier,

« Propriétaire viticulteur et maire de Vauxrenard (Rliùnc). i>

Les communications entre les petites communes de l'Empire sont, pour l'amélioration de la vie rurale, d'une imporlance capitale. Sans

aucun doute il a fallu pourvoir avant tout aux moyens de mettre en relation les uns avec les autres les grands centres de population. Mais de même qu'il est important que les rues des grandes villes soient bien pavées et bien éclairées, il est nécessaire que les chemins ruraux cessent d'être des fondrières pleines de danger. Le gouvernement pourvoit avec une sollicitude digne de tous les éloges à la surveillance de la grande vicinalité; il faut, comme le demande M. de Saint-Trivier, qu'il encourage la petite. Du reste, nous rendons un plein hommage aux mesures prises dans ces derniers temps pour pourvoir, au moyen de subventions, à l'achèvement des cheminsvicinaux d'intérêt commun, mesures dont l'Exposé de la situation de l'Empire rend compte dans les termes suivants :

a Sous le régime de la loi du 2! mai 1836, le service vicinal échappait, en grande partie, aux conseils généraux. La direction en était presque entièrement réservée, soit au préfet, soit au ministre. Laloi du ISjuillet 1866 a profondément modifié cette organisation. C'est aux assemblées départementales qu'appartiennent aujourd'hui, en matière de vicinalité, les attributions les plus importantes. Il était donc naturel qu'un vif sentiment de reconnaissance accueillît cette partie libérale de la loi, et principalement la disposition en vertu de laquelle les conseils généraux répartiront désormais les subventions accordées sur les fonds départementaux aux chemins vicinaux de grande communication ou d'intérêt commun; dans tous les départements, cette répartition s'est accomplie avec le plus grand soin. Prévoyant le cas où des accidents fortuits exigeraient, dans le cours de l'exercice, des réparations immédiates, plusieurs conseils ont laissé à la disposition personnelle du préfet un crédit affecté aux dépenses imprévues, et l'ont mis ainsi en mesure de pourvoir à toutes les nécessités. »

Mais, cela dit, il reste encore beaucoup à faire, et nous reviendrons, dans notre prochaine chronique, sur ce sujet important, ainsi que sur une foule de questions agricoles traitées dans l'Exposé de la situation de l'Empire. Ce n'est pas, en effet, au seul chapitre intitulé : De l'AgricuUure, qu'il est question de choses agricoles. En vertu d'une force majeure, toutes les administrations sont obligées de toucher plus ou moins au domaine rural. En ûu de compte, tout aboutit à la terre comme tout en provient.

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