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Tome I de 1S67. — 5 mars, \i

pas de croisements semblables qu'il est ici question. J'ai cru devoir rappeler ces faits pour prévenir tout malentendu entre nous et ceux qui n'ont pas la même opinion que nous. J'ajouterai encore que si l'on veut transformer une race par le croisement, il faut persévérer longtemps dans l'emploi exclusif des mâles de la race améliorante, jusqu'à ce que la nouvelle race soit fixée, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'on soit arrivé au moins à la huitième génération. Ces réserves étant faites, je crois que si, par un croisement intelligent, on a uni ensemble deux races qui se conviennent, on peut très -bien unir ensemble les métis provenant de ce croisement, et obtenir ainsi une bonne sous-race, ayant autant de sang des deux races dont elle provient, qu'il conviendra à l'éleveur de lui,en donner.

Cette multiplication de métis accouplés entre eux est proscrite par les puritains, qui veulent que, se bornant à un seul croisement, on donne toujours à des femelles d'une race commune des mâles de la race améliorante, pour obtenir des bêtes de service, pour la boucherie ou une autre destination, mais qui ne seront jamais employées à la reproduction. Cette méthode a certainement ses avantages, mais tous les cultivateurs, tous les éleveui's, comprendront comme moi, qu'elle est rarement praticable et qu'elle exigerait dans son application un tel concours de circonstances, qu'elle ne peut pas être généralement admise,

Prétendra-t-on que, ici, dans la Bavière rhénane, nos paysans qui élèvent chaque année un si grand nombre d'excellents bœufs, devraient d'abord entretenir et multiplier des vaches communes, puis aller chercher en Angleterre des taureaux durhams pour produire des métis de demi-sang? — Il est évident que celte production de métis de demisang ne peut avoir lieu que dans des circonstances exceptionnelles. Or, je dis que l'on peut arriver au même but, produire de très-bons métis, en suivant un chemin beaucoup plus facile, c'est-à-dire en accouplant ensemble des métis, et je le prouve par des faits.

Il y a des races très-anciennes, qui sont fixées, qui sont constantes, telles sont les races hollandaise et suisse. Lorsque par l'absence générale de bonnes routes, les communications étaient ti'ès-difficiles, on trouvait partout des races, ou des familles de bêtes, reconnaissables à des caractères qu'elles devaient au sol, à la nature des fourrages et au régime auquel elles étaient soumises. La race courtes-cornes ou durham n'est pas de ce nombre, elle est d'une création récente, et si cette création est environnée de mystères, il est bien certain qu'elle a été formée avec des bêtes qui n'appartenaient pas à une même race. Ceux qui ont vu des vaches hollandaises et des durhams, ne peuvent pas douter qu'il n'y ait dans la race durham beaucoup de sang hollandais. Si donc cette race durham, qui doit aujourd'hui fournir les types améliorateurs, n'est pas elle-même une race primitive, une race pure, pourquoi ne veut-on pas que nous formions d'autres races, ou sous-races, comme celle-là a été formée ; pourquoi prétendre que nous devons, pour chaque génération, recourir aux reproducteurs de la race-mère? On serait tenté de croire que ceux qui soutiennent cette opinion sont ceux qui ont à vendre des taureaux qu'ils veulent faire chèrement payer en continuant indéfiniment un commerce irès-lucratif.

Un fail certain, nié ou avoué par les éleveurs, c'est que déjà, en beaucoup d'endroits, les bêtes ont été améliorées par l'infusion d'un peu de sang durham.

J'ai fait connaître la race du Glane, Bavière rhénane, et je m'en suis beaucoup occupé. Comment a-t-elle été formée, c'est ce que personne ne sait. La petite ville de Kousel, qui en est le point central, a été trois fois incendiée dans la guerre de Trente Ans. Ce malheureux pays a été tellement dévasté et ruiné, qu'une risible tradition rapporte qu'il n'a été sauvé qu'une seule vache, dans un château, dont les ruines existent encore près de Kousel. Après la paix, le pays se repeupla; avec les habitants revinrent les vaches, compagnes nécessaires du cultivateur; il en vint certainement de tous les côtés, et certainement aussi on ne fut pas difficile sur le choix. Comment, dans de telles circonstances, s'est-il formé une bonne race fournissant de bonnes laitières et de bons bœufs à engraisser, race dont le mérite est si bien reconnu, que chaque année, à l'automne, des jeunes taureaux en très-grand nombre sont vendus pour la France et pour l'Allemagne aux foires de Kousei, dé Guimbach et autres? La conséquence que je tire de ce fait, c'est que l'on peut faire ce que le hasard a fait, et on peut faire mieux. Des éleveurs qui, tout eu reconnaissant le mérite de la race du Glane, ne se faisaient pas illusion sur ses imperfections, ont fait venir des taureaux durhams, et ont obtenu des bêtes plus fines, plus précoces et plus faciles à engraisser; on a vu des métis ayant avec la robe isabelle de leurs mères des formes plus parfaites. On a employé ces métis à la reproduction, et je crois avec beaucoup d'autres éleveurs que l'on créera une race du Glane améliorée par un peu de sang durham. Les Anglais ne sont pas seulement d'habdes éleveurs, ils sont encore d'habiles marchands, et il est de leur intérêt de faire croire aux éleveurs du continent qu'ils doivent toujours venir en Angleterre chercher et payer fort cher des types améliorateurs. J'espère que bientôt on pourra se passer d'eux.

Qu'est-il arrivé avec les soutlidowns? — Le premier bélier que j'ai eu de cette race venait de Lespinasse, c'est vous, mon cher Moll, qui me l'aviez vendu. li était remarquable par ses formes, mais il n'avait presque pas de laine, et les southdowns de cutte époque fléchirent généralement par la légèreté de leurs toisons. D'où vient que les southdowns d'aujourd'hui portent de lourdes toisons? — J'ai la conviction, comme si je l'avais vu, que par un habile mélange des leicesters avec les southdowns, on est parvenu à faire des bêtes parfaites de formes, ayant suffisamment de laine, et conservant la face et les jambes brunes des soutlidowns. Ceux qui douteront doivent aller voir les remarquables animaux qu'obtient, à Handisburg, M. Rathusis, par des mélanges de races dont il ne fait pas mystère.

Les porcs témoignent aussi de l'habileté des éleveurs anglais, mais ces races si parfaites, je ne crois pas qu'elles soient pures, je les crois primitivement sorties d'un mélange de cochons cochinchinois avec les cochons indigènes. Quoi qu'il en soit, les porcs anglais rendent de grands services sur le continent et me fournissent encore la preuve qu'on peut très-bien allier ensemble des métis. J'ai introduit ici les premiers porcs anglais; depuis, plusieurs propriétaires-cultivateurs en ont encore fait venir. Les paysans n'en voulurent pas et ils avaient rai-

son ; ils ne les trouvaient pas assez robustes pour aller clierclier au loin leur nourriture dans les champs et dans les bois, comme doivent le faire les bêtes maigres des troupeaux communaux. Mais ces porcs anglais ont produit des métis qui ont été acceptés dans quelques villages, qui de là se répandent et amènent une lente, mais certaine amélioration de toutes les bêtes du pays.

Nous avons encore sous les yeux, en France, un exemple qui prouve • comme l'on peut avantageusement unir entre eux des métis. Cet exemple, c'est la Normandie qui le fournit. Ce qu'était l'ancienne race des chevaux normands, i! serait difficile de le dire ; on a jadis introduit des étalons espagnols, napolitains, danois, anglais, et la province offrait un grand nombre de sousraces ou familles. Depuis on a reconnu, et l'expérience a prouvé, que l'étalon anglais était celui qui convenait comme type améliorateur, et de ce mélange il est résulté la belle race actuelle, qui a pris rang et qui est connue sous le nom de anglo-normande. Mais fera-t-on croire aux éleveurs normands qu'ils ne doivent employer à la reproduction que des Juments de leur ancienne race et des étalons anglais? — Cette doctrine conviendrait certainement aux éleveurs de pur sang anglais, mais elle ne peut pas être admise, elle n'a pas même besoin d'être discutée. Les éleveurs emploient, selon ce qu'ils veulent produire, des étalons de pur sang, ou ayant trois quarts, demi, ou seulement un quart de sang, et ils obtiennent ainsi de beaux et bons chevaux de service qui sont chaque jour mieux appréciés. Non-seulement des départements de l'Est de la France, mais de diverses parties de l'Allemagne, on va chercher en Normandie et payer à de hauts prix des étalons de la race anglo-normande.

Je pense que tous ces faits, auxquels on pourrait en ajouter beaucoup d'autres, suffiront pour éclairer la question et prouver d'une manière évidente que nous soutenons la bonne cause.

Avec la facilité actuelle des communications et par suite des expositions, l'élevage du bétail prend une face nouvelle. Les cultivateurs voyagent, voient, comparent et s'instruisent; on transporte à peu de frais les animaux à de grandes distances; de là il résultera nécessairement une amélioration de beaucoup de races locales et une fusion générale. Pour les bêtes à cornes et à laine, les durhams, les southdowns, et, dans certains cas, les leiccsters, sont appelés à jouer un grand rôle et sont à recommander avec les réserves que j'ai faites.

Pour les chevaux, les croisements irrationnels sont bien plus dangereux, et les éleveurs ne sauraient être trop prudents. Les Ardennes, les paries prussienne, belge et le Luxembourg possèdent une ancienne et excellente race de chevau.v de travail; on a voulu l'améliorer et on a failli la gâter par l'introduction d'étalons percherons, normands, danois, anglais ; heureusement on s'est arrêté à temps dans celte fausse voie, et on est revenu au véritable moyen d'amélioration, celui qu'on nomme la sélection, un choix sévère et intelligent des reproducteurs. Espérons que les Français, qui possèdent les meilleures races de chevaux de travail qui existent, sauront les conserver pures et les amélioreront seulement par elles-mêmes, en se gardant des croisements. Pour cela aussi vous êtes d'accord avec moi. Continuez à professer les vraies

doctrines, et si vous trouvez de l'opposition chez quelques agronomes séduits par de brillantes, mais fausses théories, vous aurez pour vous les cultivateurs et éleveurs praticiens, et l'expérience de chaque jour prouvera que nous soutenons la bonne cause.

Votre affectionné, F. Villeroy.

Rittershof, 14 février 1867.

P. S. Ma lettre était déjà fermée lorsquej'ai lulecbmpte rendu d'uneséance delà Société d'agriculture où M. Sanson rend compte de ses observations sur des chevaux d'un régiment de la garde impériale.

M. Sanson a trouvé qu'une partie des jeunes chevaux achetés en Normandie ont encore dans la tête le type défectueux de l'ancienne rare normande, front étroit, chanfrein long et forlement busqué, et de Ik il conclut que, loin de former une race, les métis sont dans nn état de variabiUlé désordonnée, et qu'ainsi on ne peut pas former par le croisement une race nouvelle.

La conclusion i igoureuse serait qu'il faut laisser à la vieille race normande ses défauts et renoncer à les corriger; c'est ce que M. Sanson ne veut cerîainemsnt pas plus que les éleveurs normands. Or, comme on ne peutpas tout d'un coup changer lesjuinents de toute la Normandie, il est bien évident que le seul moyen à employer, c'est celui auquel on a recours: donner aux juments des étalons exempts du défaut qu'on veut faire disparaître. Mais les|pûulains iiesont pas seulementles enfants de leurs pères, ils sont aussi les enfants de leurs mères, et il est dans l'ordre naturel des choses que des défauts anciens, invétérés, de la race maternelle, se reproduiront encore, malgré les bonnes qualités et l'influence de la race paternelle.

Si M. Sanson nous disait : Tous les jeunes chevaux ont la mauvaise conformation de tête de la vieille race normande, alors on pourrait être d'avis de renoncer à la transformation de la race par l'emploi des étalons anglais; mais M. Sausona trouvé beaucoup déjeunes chevaux t(ui ont déjà la bonne conformation de la tête anglaise ou arabe ; doue la transformation est possible, ce n'est qu'une affaire de temps. Que les éleveurs normands persistent avec énergi';, qu'ils emploient parmi les étalons qu'ils ont à leur disposition les meilleurs; qu'ils remplacent successivement leurs vieilles juments par de jeuues juments qui seront exemptes du défaut qu'on cherche à faire disparaître, et ils atteindront certainement le but; plus ils avanceront, plus leur tâche deviendra facile. Les améliorations sont lentes dans l'élevage des chevaux; il faut cinq ans pour produire un cheval; mais eu persévérant dans la route aujourd'hui tracée, on arrivera certainement au but, créer une bonne race anglo-normande avec des caractères fixes et exempte des défauts delà vieille race normande.

A ceuxf[ui douteraient encore de la possibilité de cette création, je ferai une observation bien simple : avec des étalons danois, on a jadis formé une race qui était fixée et constante ; pourquoi ne voulez-vous pas qu'on puisse faire aujourd'hui ce qu'on a fait jadis? Toute la différence, c'est que jadis on a mal fait, et aujourd'hui on a la certitude de bien faire ; il faut seulement que les éleveurs, instruits ar l'expérience, travaillent avec énergie et persévérance pour réparer les fautes de eurs pères.

Mon cher Moll,

Depuis ma dernière lettre, j'ai pensé aux durhams et aux anglo-normands. Je vous disais pour les durhams que je reconnais en eux les formes de la race hollandaise. Cette opinion a été contestée, parce que les vaches hollandaises sont généralement noires, et les durhams ne doivent pas (selon Stephens) avoir un seul poil noir. Mais si le mélange n'a pas eu lieu avec des bêles hollandaises, il a eu lieu avec des bêtes du Jutland ou du Holstein. Cette opinion est celle des auteurs anglais les plus accrédités, Youatt, David Low. — Ils disent même que Ton croit que la robe blanche que l'on rencontre fréquemment chez les durhams vient des vaches blanches que Je riches lords entretenaient dans leurs parcs.

Les partisans de la p/ ' ^"^Ja race ont dit que GoUing n'a pas introduit dans ses étables une seule bête / j ; c'est possible, mais il est certain qu'il a travaillé

sur une race qui était / ,e plusieurs races.

Pour les chevaux d/ .lie race normande, j'ai dit qu'on a introduit des étalons

le

espagnols, napolitains, danois; j'aurais dû insister sur ces derniers qui ont été réellement les créateurs de la race normande avec les tètes busquées. J'aurais pu citer parmi les races créées l'ancienne excellente race de Deux-Ponts, créée avec des juments anglaises et des étalons arabes.

Votre affectionné, F. Villeroy.

Ritterstiof, 18 février 1867.

Résultats de la peste bovine. — Discours de M. Vœlcker sur l'application des engrais. — L'élevage du porc. — Les Chambres d'agriculture. — Les durhams-manceaux au Concours de Smithfield. — Mort du révérend Samuel Smith.

L'année qui vient de s'écouler a été pour l'agriculture anglaise une époque de malheurs et de ruines. — Raconter l'iiistoire de cette triste période serait, comme je l'ai déjà remarqué, une tâche bien ingrate et surtout bien stérile. Je n'aurais à raconter que des désastres, sans même pouvoir en atténuer le sombre caractère parle compte rendu d'une de ces grandes assises de la Société royale d'agriculture qui, à cause des circonstances néfastes créées par la peste bovine, n'a pu avoir lieu l'été dernier. Toutefois, cette triste année de 1866, qui a commencé et continné son cours sous de si lugubres auspices, s'est terminée, comme je l'ai raconté dans ma dernière chronique, par des fêtes et des réunions fort brillantes, où les agriculteurs anglais, voyant enfin poindre à lliorizon un rayon d'espérance et une chance prochaine de délivrance du fléau dont ils ont tant souffert, se sont retrouvés avec toute l'expression, la joie et la bonne humeur que ressentent toujours les gens qui échappent à une calamité. Aujourd'hui que la peste bovine est pour ainsi dire épuisée et finie, on peut se former une idée des perles éprouvées par les agriculteurs de l'Angleterre. Au 1'^' décembre 18GG, 78 semaines s'étaient écoulées depuis la première apparition de la maladie, et d'après les statistiques, 253,77 1 animaux ont été attaqués et 52.450 animaux non atteints de la maladie mais ayant été en contact avec des troupeaux infectés, ont été préventivement abattus. Le tableau suivant de la statistique du fléau, comparée avec la même période en 1865, donnera une idée de sa décroissance.

Augraentalion Diminuiicn

Semaine 1866. 1865. en 1866. en 1866.

se lerniinant Cas. Cas. Cas- Cas.

Juin 23 500 30 470 "

Juillet 7 327 575 " 248

Août 4 234 1145 V 914

Septembre 1 113 922 » 809

Octobre 6 32 1436 " 1404

Novembre 3 2 3158 » 3156

lécembre I 32 5679 » 5647

Depuis cette époque les cas ont été insignifiants et tous ont eu lieu sur un seul point du Yorkshire. En comparant la marche de l'épizootie l'année dernière avec celle de 1865^ on voit que les agriculteurs anglais ont lieu de se féliciter de leur position présente, malgré la recrudescence qui s'est manifestée dans la dernière semaine de novembre, et qui;, Dieu merci, n'a point continué. Au moment où j'écris ces lignes, le fléau a presque complètement disparu, quelques cas seulement s'étant déclarés dans les environs de Holderness, et dans une seule étable des environs de Londres.

Il est naturellement difficile de fixer une valeur aux animaux qui ont succombé à la maladie; mais on peut dire approximativement que les pertes essuyées par l'agriculture anglaise depuis 1 8 mois ne sont pas au-dessous de 1 50 millions de francs. Si encore cette quantité énorme de bestiaux avait été seulement compensée par une augmentation sensible dans le prix de la viande; mais non, la différence entre les prix actuels et ceux de l'époque antérieure à l'invasion du fléau est presque nulle. En prenant, par exemple, le prix moyen des bœufs au marché de Noël, en 18C4, où il n'était nullement question de peste bovine, on trouve qu'il était de 1 fr. GO le kilogramme. En 1865, époque où, comme on la vu par le tableau ci-dessus, la maladie emportait près de 7,000 têtes par semaine, la moyenne n'était que ae 1 fr. 50 : en 1866, la moyenne n'a pas été plus élevée que l'année précédente.

Cette anomalie tient à deux causes. D'abord, pendant l'épizootie, les éleveurs et les engraisseurs se sont naturellement empressés de se défaire de leurs animaux le plus promptement possible, ce qui a nécessairement augmenté l'approvisionnement des marchés. D'un autre côté, l'importation s'est accrue dans une proportion considérable, surlout en ce qui concerne les marchés des grandes villes telles que Londres et Liverpool, et par Liverpool, Manchester, etc. , car les restrictions sévères décrétées par les ordonnances spéciales du Conseil de la Reine, contre le déplacement des animaux vivants, entravait d'une manièi-e sensible l'approvisionnement de ces marchés en animaux vivants. Ces l'estrictions ont eu pour effet naturel de convertir le commerce des bestiaux sur pied en celui de viande morte. Aujourd'hui, les importations de l'étranger consistent principalement en viande tuée, car la quarantaine imposée aux animaux vivants et l'obligation de les abattre au lieu du débarquement, entraînaient des frais considérables que la viande tuée n'a pas à supporter.

Un autre effet remarquable de la peste bovine, c'est la révolution opérée dans le commerce du lait à Londres. Avant l'invasion du fléau l'approvisionnement de la métropole avait sa source dans d'immenses étables situées autour de la banlieue, où des milliers de vaches soumises à la stabulation parmanente et, par conséquent, nourries artificiellement, fournissaient ce qu'on peut appeler les éléments de la consom • mation immense de lait faite par les habitants de Londres. L'industrie agricole avait peu ou point de participation à ce gigantesque trafic. Les propriétaires de ces grandes étables, dont quelques-unes contiennent jusqu'à mille vaches, fournissaient à eux seuls le lait nécessaire au déjeuner et au thé de trois millions d'habitants. Dieu sait la quantité

d'eau qui entrait dans la composition du liquide plus ou moins blanc apporté chaque matin et chaque soir à la porte des maisons de Londres, dans des seaux de fer-blanc luisant comme de l'argent, enjolivés de garniture de cuivre brillant comme de l'or et portés par des hommes revêtus de ces blouses blanches capricieusement plissées et brodées qui causent tant d'ébabissement aux étrangers qui visitent Londres pour la première l'ois -

Le fléau n'a pas plutôt paru en Angleterre qu'il s'est abattu avec la promptitude et les effets terribles de la foudre sur les étables en question, oîi les malheureuses vaches vivant d'une vie factice tombèrent en un clin d'œil par milliers. Dans quelques semaines tout fut balayé, mais seaux et porteurs restèrent, n'en continuèrent pas moins leurs courses accoutumées et servirent les habitants de Londres comme par le passé. En présence de cette calamité sans exemple, on dut naturellement s'adresser à l'agriculture. Les chemins de fer, heureusement, par la rapidité du transport, purent recueillir sur leur parcours dans tous les rayons partant de Londres, le lait fourni par les ferm.iers, et, afin de se prêter à ce nouveau Iratic, des tarifs spéciaux furent adoptés par toutes les lignes.

Cette révolution dans le commerce du lait s'est non-seulement accomplie pour Londres, mais pour toutes les grandes villes, car ce mouvement a prouvé que le commerce du lait tiré des campagnes est plus avantageux, et pour le commerçant, et surtout pour le consommateur. D'un côté, la production est moins dispendieuse; le transport, comme on va le voir tout à l'heure, ajoutant peu de chose au prix de la marchandise, et, de l'autre, les débitants qui reçoivent leur lait directement à la gare des chemins de fer n'ayant pas le temps de le manipuler, le détaillent à leurs clients bien moins falsifié qu'autrefois. Voici, d'après une communication émanant directement des sept grandes lignes qui aboutissent à Londres, la statistique de l'augmentation de transport qui a eu lieu en 1866, en ce qui concerne la quantité de lait transportée à Londres.

Cette augmentation pour Tune des compagnies s'est élevée sur la quantité transportée en' 1864, c'est-à-dire avant l'invasion du fléau, à 80 pour 100; pour une autre à 120 pour 100; pour une troisième à 352 pour 1 00. La compagnie du Nord-Est et celle de Brighton évaUient cette augmentation à 60 fois plus qu'en 1 864. Le nombre des stations qui fournissent le lait de la capitale est aujourd'hui de 220, à des distances qui varient de 10 à 300 kilomètres, et le prix du transport varie du minimum de 1 centime le litre au maximum de 4 centimes, (jui, même pour les plus grandes distances, n'est dans aucun cas surpassé.

On conçoit facilement que l'agriculture trouve son compte à cette révolution qui ouvre de si considérables marchés aux produits des vacheries. Si, comme tout le fait croire, ce nouvel état de choses est devenu permanent, ce sera une importante compensation aux pertes occasionnées à l'agriculture par la peste bovine.

Dans le compte rendu de l'exposition porcine du Concours de Sinithûeld, que j'ai fait dans ma dernière chronique, on a pu remarquer que les lauréats sont presque tous des éleveurs inconnus dont les noms n'avaient jamais figuré sur les listes des concours. Ainsi, à

l'exception de lord Radnor, M. Stearne^ deSuffolk, et les fermes royales de Windsor qui emportent quelques prix, tous les autres lauréats sont des hommes nouveaux dont le nom était inconnu. Cela s'explique par la facilité extrême avec laquelle tout éleveur peut former une porcherie^ quand il y met du soin et de l'intelligence. L'espèce porcine, quand la race est bien choisie, est si rapidement prolifique qu à peu de frais une porcherie est bientôt montée, et lorsqu'on a eu soin de bien choisir les animaux-souche et qu'on traite leur progéniture selon les règles de l'hygiène propre à l'espèce porcine, on est sûr de réussir en peu de temps.

Il ne faut pas oublier que l'élevage du pore est une des branches les plus importantes de l'industrie agricole, surtout pour la petite culture, et en même temps l'une des plus lucratives lorsqu elle est conduite avec l'intelh'gence et le soin nécessaires. Seulement il existe presque partout sur les règles de cet élevage une assez grande ignorance et surtout une incurie regrettable qui font que les races les meilleures et les mieux choisies finissent par s'abâtardii", et au bout de quelques générations ne produisent plus que des animaux malingres, chétifs et difformes, ne présentant plus aucun des caractères de l'amélioration.

Frappé de ces décourageants effets de l'ignorance de l'hygiène propre à l'espèce porcine et des préjugés funestes qui existent chez nos éleveurs les mieux intentionnés, je me suis attaché, depuis plusieurs années, à recueillir les résultats de ma propre expérience et de celle dos éleveurs qui ont le mieux réussi en Angleterre, et qui, depuis un grand nombre d'années, maintiennent toujours la supériorité de leurs produits sans détérioration, sans abâtardissement, sans diminution de qualités, et qui, au contraire, perpétuent leur race en améliorant toujours les conditions de symétrie, de forme, de précocité et d'aptitude à l'engraissement que l'on demande à l'espèce porcine. Ces observations, je compte les exposer dans un petit travail que je prépare dans une forme complètement pratique, et qui sera le résultat de l'expérience la plus heureuse et la plus féconde. A ce titre, ce travail ne pourra manquer d être utile aux agriculteurs '.

Il est une qualité surtout qui est des plus précieuses dans la viande du porc, c'est la prépondérance du maigre. Ce qu'on reproche avec raison aux races améliorées c'est leur aptitude à former de la graisse à la presque entière exclusion du maigre, des cellules adiposes et point de fibre. Cela tient encore plus au choix des individus de chaque race, qu'à la race elle-même et à la manière de nourrir, et ceci est un point que je démontrerai par des faits que tout agriculteur pourra corroborer par sa propre expérience. — Mais je ne veux point anticiper sur le traitement de ce sujet si important, et je reviens à ma chronique.

Dans cette première quinzaine de décembre dernier, dont j'ai déjà raconté les fastes, le Concours de Smithfield n'a pas été le seul pré'exte de cette grande affluence d'agriculteurs qui se sont réunis à Londres de tous les points du Royaume-Uni. Comme je l'ai dit dans ma dernière chronique, il y avait d'autres points d'attraction, tels que réunion du

1. Lard et jambon, Manuel de la Porcherie, paraîtra prochainement.

Club central des fermiers, assemblée annuelle de la Société royale, banquets, etc. — Parmi ces intéressants épisodes de la semaine de Smithfield, comme on nomme cette époque unique de l'année, nul n'a excité autant d'intérêt que le discours du savant professeur Vœicker, sur la distribution des engrais. Ce discours, prononcé devant le Club des fermiers, c'est-à-dire devant une réunion des agriculteurs les plus éclairés et les plus pratiques du inonde, avait pour but de soulever et de discuter l'importante question suivante : Quelle est la meilleure méthode et l'époque la plus favorable pour appliquer les engrais au sol?

Il n'était guère possible de donner cette lecture dans des circonstances plus favorables, car le concours et les autres réunions agricoles avaient attiré au Club central des fermiers les hommes les plus expérimentés de l'agriculture anglaise. Aussi la discussion qui a suivi l'exposé du savant professeur a été des plus intéressantes et des plus instructives. — Certes le sujet n'est pas nouveau, et de prime abord on se sent disposé à critiquer le chimiste d'avoir choisi une question aussi usée pour en faire le thème d'un discours adressé à une nombreuse assemblée de cultivateurs, qui, certes, doivent être au courant de la manière d'étendre le fumier sur leur terre. C'est une opération aussi vieille que lagriculture, et cependant il est certain que pas un des nombreux assistants n'est sorti de cette séance satis avoir appris quelque chose qu'il ne savait pas. Du reste, comme l'a fort bien remarqué M. Vœicker, si dans les discussions agricoles on n'admettait que les sujets nouveaux, il faudrait renoncer à ces discussions faute de sujets, car qu'y a-t-il de nouveau en agriculture? On a bien inventé dernièrement des moyens mécaniques pour agir sur le sol, mais c'est après tout la vieille charrue, la vieille herse, le vieil araire. Les moyens ont sans doute été fort améliorés, mais les opérations essentielles sont toujours les mêmes. Non, l'agriculture n'est point susceptible d'invention ni de nouvelles découvertes, car elle repose en entier sur les lois immuables de la nature. Les seuls services que la science ait rendus à l'agriculture, c'est d'en avoir expliqué et raisonné les principes, c'est d'avoir non pas changé, mais éclairé la pratique. La science n'a jamais pu précéder la pratique agricole, elle la suit pas à pas, la raisonne, l'explique, l'éclairé et sans contredit lui donne une direction plus sûre, mais voilà tout.

Il n'est guère de sujet en agriculture où la science unie à rex2)érience pratique puisse rendre de plus grands services aux agriculteurs que celui de l'application des engrais. Cette application doit nécessairement varier, non-seulement en ce qui concerne la composition de l'engrais, mais encore selon la nature du sol, les conditions climatériques et les exigences des récoltes que l'on veut cultiver. Toutes ces questions sont éminemment pratiques, il est vrai, mais elles forment aussi un champ légitime où la science est à même de verser ses lumières en donnant une raison d'être aux pratiques les plus heureuses, c'est-à-dire en expliquant le succès des agriculteurs les plus habiles. C'est cette considération qui a rendu la séance du Club central des fermiers si intéressante. Là, en effet, se trouvaient réunis les deux éléments essentiels de la lumière, c'est-à-dire la pratique agricole

représentée par les agriculteurs les plus éminents de l'Angleterre, et !a science dans la personne d'un des plus savants et en même temps des plus modestes chimislos de notre temps. Donner un compte rendu de cette séance m'entraînerait trop loin, je me réserve de le résumer plus tard, et me contente d'en indiquer ainsi le caractère intéressant. Le Club central des fermiers, au sein duquel cette séance a eu lieu, est aujourd'hui installé dans son nouveau local, à l'hôtel de Salisbury, tout près de l'ancien hôtel d'York, maintenant démoli pour faire place à la station du chemin de fer. Je ne sais si c'est l'influence du nouveau local plus vaste, et surtout infiniment plus confortable que l'ancien, ou bien lesmalheurs dernièrement éprouvés qui font naître le besoin d'association, qui ont influé sur les destinées de ce club important, toujours est-il que le nombre de ses membres s'est dernièrement considérablement accru , et que son importance comme centre de l'éunioa, comme noyau d'organisation et surtout comme société de débats agricoles où s'agitent et se discutent les questions de pratique, de science et d'économie, a pris depuis quelque temps des proportions imposantes. Pendant toute l'année, à l'exception de la saison des concours d'été et de la.moisson, où les cultivateurs ont peu de loisir, le premier lundi de chaque mois, un des membres du Club fait une lecture sur un sujet arrêté à l'avance, et sur laquelle s'engage une discussion quelquefois fort animée, mais qui se distingue toujours par beaucoup d'urbanité et de modération. Pour donner à nos lecteurs une idée de la nature de ces sujets, voici le programme de la session 1 866 :

5 Février 1866. — Culture du sol'en Angleterre, son présent et son avenir. 5 Mars. — La peste bovine et les mesures du gouvernement. 2 Avril. — Les Comices et leur influence sur le progi-ès agricole. 7 Mai. — Accroissement et production de la viande.

5 Novembre. — L'agriculture en Amérique.

10 Décembre. — La meilleure méthode et l'époque la plus favorable pour appliquer l'engrais au sol.

La liste pour l'année 1 867 n'est pas moins intéressante :

4 Février. — Abolition des droits de péage sur les voies publiques.

4 Mars. — L'émigration.

1" Avril. — Utilité d'un ministère de l'agriculture.

6 Mai. — La meilleure méthode de faire la moisson.

4 Novembre. — Administration des sociétés de secours mutuels dans les districts

ruraux.

9 Décembre. — Etat présent de la culture à vapeur.

Il s'est formé dernièrement en Angleterre plusieurs associations sous le nom de chambres d'agriculture, dans le but d'organiser dans chaque centre agricole une association des agriculteurs les pkis influents du comté, pour veiller sur les intérêts de l'agriculture et exprimer les vœux et les besoins de l'industrie agricole, et à l'occasion exercer sur le gouvernement une pression légitime, afin d obtenir et justice et protection. Dans les grands centres industriels et manufacturiers , il existe depuis longtemps déjà des des chambres de commerce, dont l'action a été on ne peut plus salutaire aux intérêts sur lesquels ces chambres ont mission d'exercer leur vigUance et qu'elles sont chargées de protéger. Cette institution manquait à l'agriculture, et les malheurs du

présent en ont fait sentir plus que jamais l'impérieuse nécessité. La question de la peste bovine que l'on croyait éteinte et qui, helas ! vient de se renouveler d'une façon si terrible dans l'une des grandes étables d'Islington, tout près du marché au bestiaux — celle non moins importante du travail agricole qui devient de plus en plus difficile à trouver, cetle aulre question de la taxe sur la drèclie, et celle du péage sur les routes publiques^ toutes ces questions, dis-je, dans les circonstances difficiles où se trouve aujourd'hui l'agriculture anglaise, ont naturellement appelé l'attention sérieuse des agriculteurs, et c'est surtout le besoin d'examiner ces questions qui a donné l'idée de la création des chambres d'agricrdfure. Afin de relier toutes ces forces séparées et d'en réunir toutes les idées et toutes les influences; on a, en outre, organisé une chambre centrale^ dont le siège est à Londres, et dont l'existence a été inaugurée à l'époque du dernier concours de Smithfield. Je ne manquerai pas de tenir nos lecteurs au courant des actes et des conférences de ces chambres d'agriculture, car l'intérêt agricole est partout solidaire, et ce qui intéresse fortement l'agriculteur dans un paj's ne peut ètie indifférent aux agriculteurs étrangers, et il est à la fois utile et intéressant de faire coanaître les opinions et les idées des cultivateurs anglais sur des questions qui. après tout, affectent l'intérêt général de l'agriculteur d'une manière plus ou moins immédiate.

La peste bovine, qu'on croyait reléguée dans un coin du Yorksliire, vient tout à coup de se déclarer dans une de ces grandes étables laitières de Londres, déjà si cruellement décimées au commencement du fléau. Sur 4G vaches que contenait cette élable, un tiers a été subitement attaqué, et on a dû immédiatement tout détruire. Les vaches saines ont été envoyées à la boucherie, celles qui étaient mortes ont été détruites par le feu, et l'établissement tout entier rigoureusement séquestré. Au moment où j'écris ces lignes, il ne s'est déclaré aucun autre cas. On a déjà demandé dans la Chambre des conmiunes une enquête rigoureuse pour découvrir la cause de cette nouvelle attaque.

Dans le numéro de ce journal, publié le 2t) janvier, notre collaborateur M. Jamet, à propos de l'excellence du croisement durham, que, du reste, je préconise moi-mêmeavec une conviction tout aussi intense que la sienne, cite deux faits qui, par leur importance, demandent à être ou corroborés ou démentis par le chroniqueur du dernier Concours de Smithfield. M. Jamet, avec une foi qui démontre son enthousiasme, dit que « l'un des bœufs achetés par un Vendéen au mois de février 1866, a été revendu 1 ,270 francs pour l'Angleterre, après un engraissement ultra-commercial de neuf mois; il a dû figurer au dernier Concours de Smithfield '. »

Plus loin, je lis les lignes suivantes : « L'un des bœufs durhamsmanceaux de la métairie de la Hinrière a obtenu un second prix au Concours de Smithfield. Je tiens le fait d'un voisin de l'engraisseur de la Vendée. Le premier prix a été remporté par un durham-normand, vendu par M. du Frétay, de la Loire-Inférieure.-»

J'en suis fâché pour M. Jamet et pour la bonne cause qu'il soutient avec tant de chaleur et d'enthousiasme, mais il n'y a pas un mot de

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