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vrai dans les lignes que je viens de citer. La bonne foi de notre collaborateur a été indignement trompée par le voisin de l'agriculteur vendéen, et par l'autre personne qui lui a dit que le bœuf de M. du Frétay a remporté le pi-emier prix. Au dernier Concours de Smithfield il n'y avait pas un seul animal d'origine étrangère.

Tous les animaux exposés étaient nés et engraissés en Angleterre, et les animaux primés appartenaient tous à des éleveurs et engraisseurs anglais depuis leur naissance. J'ai sous les yeux le catalogue et la liste officiels des animaux exposés et engraissés, et je puis assurer à mon honorable collaborateur que ce qu'on lui a raconté est une invention ridicule, et je suis fort étonné qu'il ait pu ajouter foi à des assertions aussi absurdes. La bonne cause de l'amélioration des races bovines par le croisement durbam que M. Jamet soutient avec un talent et une chaleureuse persévérance, qui l'honorent^ ne saurait certes être avancée dans l'esprit des routiniers par des assertions aussi évidemment fausses et impossibles. Les déclarations d'exposition au Concours de Smithfield devant être faites au moins trois mois à l'avance, comment donc un bœuf vendu au fameux Vendéen, en lévrier 186G, et ultracommercialement engraissé par ce même Vendéen pendant neuf mois, ce qui nous amène en novembre, aurait-il pu figurer au Concours de Smithfield au commencement de décembre? Certes, si pat eil phénomène avait eu lieu, si parmi les animaux même seulement exposés j'avais pu en découvrir deux d'origine française, et si surtout ces deux animaux avaient remporté l'un le premier, l'autre le second prix, mes lecteurs connaissent assez la chaleur de mon patriotisme et la conviction profonde que j'éprouve au sujet des croisements par le sang durbam, pour croire vjue je n'aurais point passé sous silence un événement aussi remarquable et un triomphe aussi flatteur pour notre agricultui'e. Malheureusement, ces deux lauréats n'existaient que dans l'imagination crédule de M. Jamet, car il n'y en avait pas l'ombre d'un au Concours de Smithfield. Le premier prix dans la catégorie des animaux de races croisées de trois ans a été remporté par M. James Stewart, d'Aberdeen, pour un bœuf durham-angus, et une médaille d'argent a été décernée à M. William Thomson, de Miltown, comme éleveurdudit bœuf. Le deuxième prix a été adjugé à M. John Farthing pour un bœuf devon-guernesais, élevé par l'exposant, et le troisième prix a été décerné à M. Kobert Moir, d'Aberdeen, pour un durham-angus élevé par M. Robert EUon, également d'Aberdeen.

Dans la catégorie des bœufs au-dessus de trois ans, le premier prix a été remporté par Richard HeathHarris, engraisseur écossais, pour un durham-écossais élevé par Alexandre Cowie^ d'Aberdeen. Le deuxième et le troisième prix ont été également remportés par des engraisseurs et éleveurs écossais^ ainsi que la seule mention honorable qui ait été dé cernée.

Certes, il y a loin de l'Ecosse à la Loire-Inférieure et à la Vendée. C'est avec un regret bien sincère que je termine ma chronique par l'annonce de la mort du révérend Samuel Smith de Lois Weedon. C'est une nouvelle perte pour l'agriculture dont on ne saurait exagérer l'importance. M. Samuel Smith, on se le rappelle, poursuivait depuis longues années dans un champ voisin de son presbytère les expé-

riences plus intéi'essanles qu'on ait encore faites dans la culture des céréales. Le but de ces expériences qu'il conduisait avec une science profonde et la plus scrupuleuse exactitude, était de constater si dans les terres de loam argileux à sous.-sol profond il n'était pas possible de. produire du blé sans engrais, en y suppléant par une jachère profondément cultivée. A cet effet, il avait divisé une partie de ce champ en bandes alternes qu'il ensemençait successivement chaque année, de sorte que chaque bande se reposait un an. Les bandes jachérées étaient soumises à des labours très-profonds qui consistaient à réunir à chaque façon à la couche végétale une légère couche du sous-sol. Le succès le plus éclatant n'a pas cessé pendant, je crois, une douzaine d'années successives, de couronner ses savantes expériences que j'ai du reste plusieurs fois décrites dans ma Revue ac/ricole de l'Angleterre, sujet intéressant que je crois utile de traiter de nouveau ici dans un prochain travail. La mort du révérend Samuel Smith est d'autant plus regrettable qu'elle entraînera probablement l'abandon de cette série d'expériences, car il n'est guère supposable qus son successeur à la cure de Lois Weedon continue cette culture si extraordinaire par sa méthode et par ses résultats.

F.-R. DE LA TrÉHONNAIS.

Monsieur le directeur.

Depuis quelques années, dans le canton de Montrésor, département d'Indre-et-Loire, est venu s'établir un cultivateur belge : il a loué une ferme de 150 hectares. Instruit, actif, très-intelligent, arrivant dans un pays dont la culture était assez arriérée et où l'on manquait d'engrais et de fourrage, il a compris qu'il devait faire tous ses efl'orts pour se procurer de quoi fumer ses terres. Il avait de l'argent et pouvait disposer de sommes importantes pour donner à sa ferme ce qui lui manquait. Il a eu recours à diverses espèces d'engrais du commerce, et celui qui lui a le mieux réussi est le guano du Pérou. Il ne s'est pascontenté de profiter seul des bénéûces que procure cet excellent engrais, il a voulu que ses ouvriers, tous petits propriétaires, ses voisins et tous les cultivateurs du pays qu'il habite pussent, aussi eux, employer le guano, et il en a établi un dépôt chez lui, se contentant, pour ])ayer sa peine et rentrer dans l'intérêt de son argent, d'un béûéfice extrêmement minime. Les belles récoltes de grain et de fourrage qu'il obtenait, chaque année, au moyen du guano, ont engagé bien des fermiers et des propriétaires à venir en prendre chez lui et, maintenant, il en vend, tous les ans, plus de cent mille kilogrammes.

Après un déménagement considérable, je retrouve, en rangeant des papiers avec ma mère, une petite histoire qu'elle a écrite il y a quelques années : elle rend compte des résultats obtenus, avec un peu de guano, par une femme veuve. C'est un fait, entre mille, pris parmi ceux qui ont eu lieu dans le canton de Montrésor. Malgré son peu d'importance, peut-être cette petite histoire pourra-t-elle intéresser quelques-uns de vos lecteurs. On commençait seulement, à cette époque, à employer le guano du Pérou dans la localité^

LE GDANO. 421

Une petite histoire d'une bonne femme et d'un peu de guano.

Depuis bientôt cinq ans j'ai à mon service une pauvre veuve ayant passé la cinquantaine. Elle est chez moi en qualité de sous-bergère.

Dans mon pays, où malheureusement les moutons ne jouent qu'un rôle secon- 'daire parmi le bétail des fermes, on ne les confie qu'à des jeunes filles, fort ignorantes et fort routinières; aussi les troupeaux sont-ils, tant à cause de la mauvaise nourriture que du défaut de soins, la plupart du temps, dans un état piteux ; ne pensant pas comme mes voisins, soignant beaucoup mes moutons qui sont de la belle race de la Gharmoise, et ayant un troupeau qui passe pour beau, j'avais besoin de deux bergères, celle que j'avais depuis treize ans ne pouvant plus suffire, malgré son habileté, son savoir et son activité, aux soins qu'exigeaient mes brebis dont le nombre allait toujours croissant chaque année. Voici comment ma pauvre veuve est entrée à mon service.

Elle gagnait chez moi 105 francs d'argent et je devais, avec mes hommes, mes chevaux et mes charrues faire son bien, c'sst-à-dire donner toules les façons à trente-trois ares de terre labourable que lui avait laissés, en mourant, son pauvre homme, avec une chétive petite maison entourée d'un tout petit jardin et d'une petite vigne, le tout flanqué d'une grosse dette de cinq cents francs.

La première année qu'elle est entrée chez moi, la pauvre bonne femme avait un peu de fumier, parce que, du vivant de son mari, elle avait une vache. Ayant donc bien fait labourer ses trente-trois ares avec une bonne charrue Dombasle, porté son fumier, hélas ! bien maigre, — il avait un an et était passé à l'étatde terreau selon l'usage dii pays, — semé son blé, elle attendit que la Providence voulût bien protéger sa petite récolte. Cette récolte ne fut pas mauvaise : une brave femme récolta 3 hectol. de fromeul d'assez bonne qualité. Jamais elle n'en avait tant eu, et elle bénissait la Providence et sa maîtresse qui, elle, après la Providence, bénissait la charrue, car cet instrument avait fortement remué la terre et lui avait donné une profondeur de terre meuble inaccoutumée; bref, la pauvre veuve vendit blé et paille, ce qui lui fit pas mal d'argent; ce produit, joint à son gage, lui permit de commencer à s'acquitter. L'année suivante, après un bon labour d'automne, elle sema de l'avoine d'hiver, mais celle-ci gela en partie et la récolte fut bien médiocre. Elle vendit encore grain et paille, et l'argent fut de nouveau employé à éteindre la dette. D'après l'assolement triennal du pays, qu'elle suivait, la troisième année ne fut pas bonne : c'était l'année de jachère et, sans î;a vigne qui lui donna assez de vin pour payer les façons et avoir quelques francs de reste, elle n'aurait rien retiré de son petit bien; mais je lui fis bien façonner sa terre, à plusieurs reprises, à la charrue et à la herse : elle reçut une bonne jachère.

Lorsque le moment d'ensemencer arriva, la pauvre bonne femme vint me trouver bien triste.

— Ah! madame, comment faire? je n'ai pas un brin de fumier cette année et bien peu d'argent pour en acheter; mais ce qui est pis encore, c'est qu'il m'est impossible d'en trouver seulement une tomberée. Les temps sont bien changés, madame ; autrefois on trouvait du fumier tant qu'on en voulait, mais aujourd'hui tout le monde voudrait en acheter et personne n'en veut vendre. Comment faire? comment faire? Ma terre est cependant, grâce à vous, madame, en meilleur guéret qu'elle ne l'a jamais été; mais si j'y mets du blé sans fumier, vaut autant que je le garde dans mon grenier, je ne récolterai pas la semence.

— Eh bien, mère Benoit, je vais vous indiquer un moyen, un bon moyen.

— Ah! mon Dieu, ma chèiedame, que je serais contente! carsivous savieziCeux qui ont vendu les terres à défunt mon pauvre homme me demandent que je finisse de les payer; l'époque va bientôt arriver; puis, je paye cinq du cent et cela me fait grand tort, je vous assure.

— Allons, ma bonne femme, ayez confiance en moi.

— Chère dame, vous ne donnez, à moi comme aux autres, que de bons conseils, dites-moi donc ce que je dois faire.

— Eh bien, mère Benoit, il faut acheter du guano pour fumer votre terre et vous récolterez du blé !

— Madanje, le croyez-vous? Puis, si j'achète pour plus de guano que je ne récolterai de blé, je n'en serai pas mieux. Combien donc m'en faudrait-il? Vous, savez, madame, que Michel a joliment labouré mon champ et qu'il est en bien bon état.

— Vous avez 33 ares de terre, mère Benoît, il me reste 120 kilog. de guano de celui que j'ai acheté pour mes ensemencements, je vous les cède, prenez-les. — Vous les ferez répandre sur votre terre après y avoir fait semer le blé, on enterrera le tout à la fois.

— Et combien ça nie coùtera-t-il, madame?

— Pas cher, mère Benoît, j'ai payé le guano 38 fr. les 100 kilog.; vos 120 kilog. ne vous coûteront que 45 fr. 60 pour fumer tout votre champ.

— Mais, madame, c'est presque la moitié de mon gage de toute l'année! Comment me décider à une pareille dépense? Et si mon blé ne vient pas, quel tort ça me fera, madame ! Il vaudrait peut-être mieux garder mon argent.

— Comme vous voudrez, mère Benoît ; alors il ne fallait pas me demander un csnseil, puisque vous ne voulez pas le suivre.

— Ohl madame, pardonnez-moi, mais, voyez-vous, c'est tant d'argent pour moi!

— Comme vous voudrez, encore une fois, mère Benoft.

— Vous ne m'avez jamais fait que du bien, ma chère dame, sans doute vous voulez m'en faire encore; je vais prendre votre guano et j'espère que, Dieu aidant, cet argent rentrera dans ma pauvre bourse.

Et en disant ces mots la mère Benoît s'empressa d'aller me chercher cette grosse somme dans son coffre, mais elle ne put s'en dessaisir sans verser quelques larmes.

Le blé fut semé et le guano aussi, puis du trèfle au printemps suivant. Tout venait à merveille. L'inijiatience était grande pour la pauvre femme. Enfin la moisson se lit, le blé était beau, pas versé, mais haut, bien grené, la paille forte et blanche. Il a été batlu, ce blé; et la bonne femme en a vu sortir 8 hectol. qui, à 20 francs, lui ont fait 160 francs ; puis elle a vendu son chaume sur place, — car on coupe encore le blé à mi-paille dans les petites cultures du pays, — elle en a retiré 17 fr. 50. Elle avait 750 kilog. de paille qui, à 4 fr. les 100 kilog., font bian 30 fr. ; plus les menues pailles, environ 5 francs.

Frais.

Labours, semailles et hevsage

Compte

géndrul.

ProdiiiCs.

Blé 8 hectolitres à 20 fi-

Paille, 750 kil. à 4 fr. les 100 kil.... Chaume

Moi^-son

Menues pailles

Total...,

Battage

Balance en bénéfice ... .

. .. 'iVi »

Total ....

Je n'ai pas besoin d'ajouter combien fut heureuse ma pauvre bonne femme quand elle vit la grosse somme d'argent qui lui restait et qu'elle devait au guano. Cette somme fat d'autant plus grosse qu'elle n'avait pas à payer les 30 francs de façon qu'avait reçue sa terre, elle les avait gagnés par son temps, c'était une portion de son gage; aussi acheva-t-elle, cette année-là, de se libérer entièrement.

CoRA Millet, née Robinet,

Membre correspondant de la Société impériale et centrale d'agriculture de France.

Voici, monsieur le directeur, l'histoire telle que je la retrouve. Permettez-moi d'ajouter que, l'année suivante, la récolte de trèfle fut fort belle, ce que j'attribue encore au guano qui favorise si bien la végétation de ce fourrage. Je pourrais encore citer une foule de faits semblables à celui-ci, car tous les petits propriétaires du pays ont imité la mère Benoît; aussi qu'en esl-il résulté? C'estque les ouvriers agricoles sont devenus extrêmement rares, attendu que presque tous ceux qui, autrefois, étaient obligés, pour vivre, d'aller à la journée, ont maintenant acheté des terres, grâce aux bonnes récoltes que leur a procurées le guano, et qu'ils aiment mieux rester chez eux, à faire leur bien, que d'aller travailler chez les fermiers leurs voisins.

Les bras venant à manquer, on a eu recours à la vapeur pour les remplacer, et ce fermier belge, dont j'ai parlé plus baut, a maintenant deux machines à battre à vapeur qu'il emploie et qu'il loue; il va se servir de l'une de ces loconiobiles pour faire les plus gros travaux de sa ferme, il pense même à les utiliser toutes les deux pour labourer ses terres, .f'espère qu'il aura, sous peu, mis ce projet à exécution.

11 a donc sufti qu'un homme intelligent introduisît, dans ce petit coin de la France, un excellent engrais pour faire une sorte de révolution dans la culture des terres et apporter une grande amélioration dans la manière de vivre d'un grand nombre d'ouvriers.

Recevez, monsieur le directeur, etc.

E. Millet,

ancien élève de Graiid-Jouan.

GRÉxVTION D'UN LIVRE GÉNÉALOGIQUE

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