CRÉATION D'UN LIVRE GÉNÉAL03IQUE POUR LA RACE PERCHERONNE
plus la patience d'attendre les améliorations que le temps et l'étude doivent consacrer et solidement établir. Il lui faut les choses tout de suite, et souvent, pour jouir plus vite, elle se contente de produits frelatés. C'est pour cela que Ja manie de mélanger sans discernement les races est entrée dans les habitudes de beaucoup d'éleveurs de chevaux, ignorants des lois de l'élevage, que la méthode des croisements, mal comprise et mal appliquée, est venue menacer de destruction nos races nationales cependant si précieuses.
L'armée, qui ne s'occupe pas d'élevage, pousse aux crois-5meats, parce que par eux elle obtient plus rapidement les chevaux dont elle a besoin ; mais combien, par ce moyen, fait-elle produire de chevaux impropres h son service ! En effet, avec un étalon de sang et une jument commune, on fait au premier croisement un cheval ordinairement bcn, et même distingué. Mais si l'on veut se servir de ce produit comme reproJucteur, on n'obtient souvent que des animaux manques et décousus, à moins que les deux races que l'on mélange n'aient entre elles des affinités telles qu'elles ne forment pour ainsi dire qu'une seule et même variété. C'est ainsi que les races du ÎVIiJi se perdent par l'intusion du sang anglais tt semblent se régénérer par l'influence du sang oriental; tandis que les races du Nord acquièrent une plus grande valeur par leur mélange avec le pur sang d'Angleterre.
La pratique des croisements tend donc à faire disparaître nos anciennes races françaises. L'administration pousse elle-même à la destruction de ces races, en laissant le champ libre à la spéculation, qui regarde le présent sans se préoccuper de l'avenir; en se laissant trop influencer par les maximes de l'hippodrome et les besoins de l'armée, car elle n'accorde que des primes parcimonieuses aux gros chevaux et en refuse aux animaux à robes claires, pour les prodiguer aux étalons de demi-sang. Il faut donc, pour conserver nos races indigènes, avoir recours à l'initiative individuelle. La création de livres généalogiques est le seul moyen certain de pouvoir un jour retrouver des reproducteurs purs pour reconstituer les espèces un instant négligées et mélangées.
Avec les races tracées aux livres généalogiques, il sera même possible de satisfaire en grande partie aux vœux de l'administration. Elle veut des chevaux à robes foncées, die veut des chevaux légers: avec la race percheronne pure, et en n'employant que des reproducteurs inscrits à son livre généalogique, il sera possible de faire les chevaux qu'elle demande ; il sera possible de refaire les chevaux bai-brun, autrefois si nombreux dans le service des postes; il suffira de les payer plus cher.
Dans les races les mieux fixées, il se produit accidentellement des différences de pelage, d'aptitudes et de conformation, que l'on peut reproduire par des appareillements judicieux et persévérants, de sorte que, même avec le pur sang percheron, il sera possible aux uns de faire le léger cheval de guerre aux couleurs foncées, en nourrissant moins abondamment les poulains, et aux autres, au moyen d'une riche, abondante et volumineuse alimentation, de faire les puissants animaux à robe grise destinés aux rudes labeurs de l'agriculture intensive et industrielle, des omnibus et du camionnage des grandes villes.
Tous les hommes qui feront inscrire leurs animaux au livre généalogique de la race percheronne concourront énergiquement à la conservation de cette race, car, quelle que soit la voie qu'ils choisissent, qu'ils préfèrent les animaux légers aux robes fcncées, ou bien les puissants chevaux aux robes claires, ils auront empêché qu'aucun sang étranger ne vienne se mêler au vieux sang percheron. Alors, quand dans l'avenir les consommateurs reconnaissant que, par le croisement, on n'a jamais pu faire ni un bon cheval de limon, ni un bon cheval d'omnibus, ni un bon moellonnier, refuseront les chevaux croisés, et plus encore qu'aujourd'hui, payeront cher les percherons de pure race.
Au moyen des tamilles conservées authentiquement pures, il sera facile de refaire la race un instant compromise et de la rendre abondante sur le marché. Il suffira alors de quelques modifications dans les conditions de l'élevage, de l'alimentation, de l'hygiène, pour, en quelques générations, confondre, s'il le faut, les variétés diverses obtenues dans la race et en refaire une race aussi homogène qu'elle l'était naguère quand le service des postes venait lui demander ses vigoureux porteurs et ses rapides chevaux de malle.
La création d'un livre généalogique à .=on usage est donc un sûr moyen de conserver la race percheronne pure et de la perfectionner, tout en lui perpiet!.înt de fournir à l'élevage industriel de bonnes juments très-propres h