LA RÉFORME SÉRICICOLE
grande association,, puiscfue' seule une grande association pourra rechercher avec succès les racôs restées pures, pourra avec succès les conserver et les perpétuer par des éducations spéciales de graines.
Ce n'est pas une création temporaire, fondée en vue seulement de la pébrine, que les éducateurs et les grands pro)*riélaires, les filateurs et les fabricants de soieries, auront à inaugnrer, c'est une création destinée k vivre à travers les siècles, tant que les hommes et surtout les femmes voudront se vêtir de soie, tant que les nations chrétiennes de l'Occident poursuivront le difficile problème de la soie usuelle, de la soie à bon marché, de la soie pour tous, problème résolu pour le chanvre, le lin, le colon, mais qui reste à résoudre pour la soie.
Que cette fondation se fasse tôt ou qu'elle se fasse tard, cette année ou la sui-vante, une fois faite elle doit être perpélnelle, puisque h. l'avenirles éducations spéciales de graine devront toujours être séparées et distinctes des éducations industrielles; séparation indispensable et forcée, puisqu'elle est fondée sur l'expérience faite depuis des siècles au Japon, sur l'hygiène, sur la physiologie et sur la raison, sur la raison qui veut qu'on sépare ce qui est distinct, sur la physiologie qni exige qu'on élève autrement les vers à soie destinés à donner de la. graine que les vers à soie destinés à donner des cocons, sur l'hygiène qui nous oblige à améliorer incessamment les races par des éducations spéciales dans lesquelles toutes ses lois seront observées sous le rapport du logement, des qualités de l'air, de la qualité de la feuille, et sous le rapport de la reproduction. C'est donc une œuvre nouvelle dont nous jetons les bases, outre que c'est ime œuvre de la plus impérieuse nécessité, au point de vue des intérêts matériels des éducateurs, des propriétaires, des filateurs et des fabricants de soieries.
Lorsqu'on songe aux grandes choses qu'ont réalisées et que réalisent tous les jours les sociétés coopératives de consommation, de production et de crédit, on se demande avec étonnement pourquoi le principe d'association est si lent à pénétrer dans l'industrie agricole dont les souffrances sont si vives? Pourquoi des éducateurs éclairés, des grands propriétaires, des filateurs, des fabricants de soieries ne feraient pas, dans l'intérêt de leur industrie, ce que de pauvres ouvriers, seuls on guidés par des hommes généreux et dévoués, ont pu accomplir dans les faits de la vie matérielle, grandissant daBS cette lutte incessante en moralité et en intelligence?
L'association séricicole que nous voulons fonder aura deux phases bien distincteSi La première phase aura pour but de rechercher les races présumées pures et de les essayer ; d'éliminer toutes les races malades ou douteuses et de conserver précieusement les races dont la pureté aura été constatée, soit par l'examen visuel, soit par l'examen microscopique, soit à l'aide du signe tiré de la longévité.
Une fois nantie de ces races précieuses, l'association séricicole entrera dans une deuxième phase, la phase de la production en grand pour tous les éducateurs qui lui adresseront leurs demandes d'avance, clause de la plus haute imporlance puisqu'elle permettra à l'association, constituée avec un faible capital mais nantie de graines éprouvées, de suffire, sans engager d'autres capitaux que ceux des demandeurs, à la production la plus étendue des graines de vers à soie, soit au chiffre, souvent répété par nous, de 400,000 onces ; telles sont les bases générales de l'association séricicole que nous voulons fonder non-seulement en France, mais encore en Italie et en Espagne, c'est-à-dire dans tout l'Occident.
Félix Achard,
Docteur en méJccine à Saint-Marcellin (Isère).
{Séances des 20 et 26 décembre 1866 et 2 jinivier 1867.) — M. de Lavergne a reçu et présente un échantillon du pain vendu sur le marché de la ville de Toulouse au prix de 0 fr. 29 le kilog. Depuis que l'honorable vice-président a soulevé
cette question a la Société, le prix de ce pain a augmenté d'un centime. On fabrique et on vend sur ce marché 1,000 à 1,100 kilog. de cejiain, par Jour, et cette quantité ne suffisant pas pour les acheteurs, on construit des ateliers dans lesquels on pourra panilier 6,000 kilog. par jour.
Le général Morin, dans des expériences de mouture faites au Conservatoire des arts et métiers avec les moulins de M. Itouchoa, de la Ferté-sous-Jouarre, a obtenu 83 à 84 kilog. de fariue par 100 kilog. de blé et 100 kilog. de cette farine ont rendu 127 kilog. de pain. Le prix de vente du pain à Toulouse, prix égal, comme nous l'avons vu, à celui du kilogramme de froment, n'est donc pas un fait extraordinaire. Il n'en est pas moins intéressant, ainsi que le fait remar(]uer INIj Pa3'en, de constater qu'on peut vendre de bon pain à meilleur marché que les boulangers.
M. Combes, désirant savoir en quelles quantités se délivre ce pain à l'acheteur, au détail ou par lots, M. de Lavergne ajoute qu'il se vend par kilogramme, non pas aux enchères ni à la criée, mais de gré à gré, d'après un prix hxj par jour et affiché par l'adjudicataire. M. Raynala appris que la Société d'agriculture de Toulouse a trouvé ce pain d'excellente ipalité, et qu'on vend aussi du pain à un prix inférieur dans le département du Gers.
Le général Morin trouve la question très-importante et ne saurait demander trop de faveurs pour les Sociétés de consommation. Il rapporte qu'en 1842, le 10° régiment d'artillerie, étaut en garnison à Toulouse, achetait en gros tous les vivres et les détaillait aux compagnies. Sur un effectif do 1,000 à l,20o hommes, on réalisa une économie, au profit de l'ordinaire, de 20,000 à 25,000 fr.,bien que les hommes reçussent presque toujours de la viande deux fois par jour. Même chose a été faite à Strasbourg, et ce système est aujourd'hui généralisé dans l'armée.
M. Becqnet lit un rapport sur un travail de M. Poncins, inspecteur des forêts à Orléans; ce travail, qui traite du boisement daÉa Sologne, a été couronné parle Gomité central d'agriculture de la Sologne, en 1866. L'honorable rapporteur, tout en approuvant le plan général de l'auteur et la manière dont il l'a traité, dift'ère'd' opinion avec lui sur quelques points de détail. Il est urgent de reboiser la France en général et la Sologne en parliculier, mais on diffère sur les procédés et les essences à préférer. M. de Lavergne partage l'opinion de M.Becquet sur la nécessité du reboisement et sur la préférence à donner au pin sylvestre sur le pin maritime ; mais, s'il approuve la proportion de 300,000 hectares à reboiser sur 450,000 hectares de superficie totale, il présume qu'on laissera les propriétaires entièrement libres et qu'on se bornera à les conseiller.
M. Becquerel appelle l'attention sur deux puissants moyens d'amélioration poirr la Sologne, les routes et la chaux. On va faire six ou sept chemins ds grande communication dans le centre de la Sologne, afin d'y permettre le transport de la marne que le chemin de fer n'amène que vers l'un des points de la circonférence.
M. de Béhague s'est bien trou/é de l'emploi du pin de Bordeaux qui lui donne un revenu net moyen de 20 fr. par hectare. Dans plusieurs de ses terres, le pin sylvestre se développe lentement et, arrivé à un certain âge, se couronne et meurt, sans doute parce que son pivot rencontre un sous-sol imperméable. C'est à la grande propriété qu'il faut s'adresser pour le reboisement; le petit propriétaire ne fera pas de plantations forestières. M. Huzard dit qu'il ne faudrait pas être exclusif; il a vu, dans un grand nombre de sols, le pin maritime se plaire mieux et croître plus vite ue le pin sylvestre. M. Pépin confirme encore ce fait, en rappelant que, sur le omaine d'Harcourt, des pin.s maritimes semés par M. Delamarre, de 1810 à 1812, ont put être exploités déjà en 1850. Il conseille de semer les pins maritimes en mélange avec les sylvestres, dans la proportion de un dixième des premiers, qu'on exploite lorsqu'ils ont atteint l'âge de 7 à 8 ans ; les sylvestres, bien abrités jusque-là, se développent dès lors en liberté et très-rapidement.
M. le président annonce à la Société la perle qu'elle vient de faire dans la personne de deux de ses correspondants: M.Jacques, ancien jardinier en chef à Neuilly, membre correspondant depuis 1834, et M. Plauche, de'îoulon.
M. le secrétaire perpétuel n'a pu faire l'analyse du pain de Toulouse procuré par M. de Lavergne, et qui était devenu très-dur par suite du long temps écoulé depuis sa fabrication. Néanmoins, il a pu, s'assurer que ce pain contenait une proportion de sel presque double de celle renfermée dans le pain de Paris, et que ce pain trempe bien dans la soupe. M. de Lavergne répond que, dans le Midi, le pain est toujours très-salé, et que ce n'est pas là un fait anormal de fabrication. Il a surtout tenu, il
le répète, à constater qu'on peut donner de très-bon pain au même prix que celui du kilogramme de froment.
M. Robinet fait observer que cette vente publique a lieu au comptant, tandis que celle des boulangers se fait le plus souvent à crédit, ce qui est une cause considérable d'augmentation dans le prix de revient. Il serait donc juste d'exaroiner toutes les faces de la question, comme le loyer des magasins, le capital industriel, l'intérêt des sommes avancées, etc., avant de reprocher aux boulangers des bénéfices qui ne sont que justes le plus souvent et qu'on a bien exagérés.
M. le vice-président fait remarquer à la Société un fait économique assez curieux : autrefois et jusqu'à ces derniers temps, le prix du blé était plus élevé dans le midi que dans le nord de la France ; en ce moment, c'est le contraire. Aujourd'hui le prix du blé est plus fort de 2 fr. à 2 fr. 50 dans la région du sud et de 90 c. dans celle du centre que dans le nord.
M. Combes, sans nier ni chercher à expliquer cette différence, croit que les écarts dans les prix, pour toute la France, ne sauraient désormais être bien considérables, à cause du bas prix et de la célérité des transports ; il y a des variations locales, mais elles sont à la fois peu importantes et peu durables.
M. Barrai présente une note de M. Vaudercolme, membre correspondant, sur la situation de l'agriculture dans l'arrondissement de Dunkerque, et sur le blé chiddam, qu'il cultive depuis quatre ans. L'auteur de cette note appelle l'attention sur les syndicats des watringues, qui sont chargés d'entretenir les chemins, et dont il serait facile d'imiter l'organisation. M. Barrai obtient ensuite la parole pour lire un extrait de la suite de ses Études sur la ferme de Masny. Ce mémoire traite de la statique chimique du sol, d'après des chiffres exacts recueillis depuis onze ans. Tenant compte des grains, du lait, de la viande et des pulpes exportés, des engrais et des betteraves importés, il arrive^ ce résultat que le sol s'est enrichi en azote et en acide phosphorique, et qu'il s'est appauvri en potasse. M. le président Chevreul engage M. Barrai à étudier au même point de vue les importations et les exportalions de soude ; on a plusieurs fois exprimé l'opinion que ces deux corps pouvaient se substituer l'un à l'autre ou se suppléer, sans que la végétation en souffrit. M. de Lavergne déclare qu'il n'acceptera que contraint et forcé la conclusion qui ressort explicitement du travail de M. Barrai, que l'assolement alterne ne peut' entretenir ni surtout accroître avec ses seules ressources la fécondité du sol. M. Boussingault, appuyant les conclusions de M. Barrai, regarde comme indispensable à l'assolement alterne le secours des prairies naturelles irriguées, dans la proportion d'un tiers environ de la superficie totale. Sur la demande de plusieurs membres, le mémoire de M. Barrai sera imprimé et ensuite discuté dans une des prochaines si'ances.
M. Isidore Pierre, membre correspondant, lit de nouvelles recherches expérimentales sur la végétation du blé, et étend les conclusions qu'il avait posées dans im premier travail publié par lui sur le même sujet.
L'ordre du jour appelle la nomination d'un vice-président pour l'année 1867, M. le vice-président de Lavergne prenant de droit le fauteuil de la présidence. M. Chevreul, président sortant, est nommé vice-président par 26 voix sur 29 votants.
M. Becquet lit un rapport sur un ouvrage de M. Bouquet de la Grje, inspecteur des forêts. L'auteur a fait hommage à la Société d'un exemplaire de son Guide du r/arde forestier, parvenu à sa cinquième édition. Il a eu surtout pour but de donner aux jeunes gardes les moyens de s'instruire dans leurs fonctions, et de faciliter leur avancement.
M. Florent Prévost lit un Mémoire sur les services que les hirondelles rendent à l'agriculture en détruisant une foule de larves et d'insectes parfaits, notamment les hannetons. Il rapporte, à ce sujet, qu'il a fait recueillir une assez grande quautité de hannetons, qu'il les a fait sécher au four, les a réduits en farine,- et s'est servi avantageusementde cette substance mélangée àdes matières végétales, comme du son, pour élever déjeunes oiseaux. Il demande qu'on veille à la conservation des hirondelles qui ne causent aucun dommage et rendent au contraire d'immenses services, conclusion qui est chaudement appuyée par M. le baron Séguier. M. Bobinel rapporte le dire d'un charpentier qui lui expliquait que les hirondelles n'habitent pai les clochers d'une certaine élévation, parce qu'elles n'y trouvent ni insectes ni araignées. ^,1. Chevreul croit qu'en effet certains animaux ne peuvent vivre au delà de
certaines hauteurs, parce que l'air y est trop sec et que les courants y sont trop violents.
M. Guérin-Meneville fait observer que la dessiccation retarde le développement des insectes, mais ne les fait pas toujours périr; une larve peut être, par exemple, conservée pendant un long temps dans une atmosphère à la fois chaude et sèche; son développement s'arrête ; mais il ne se complétera que lorsque l'air sera redevenue suffisamment humide. M. Ghevreul, en effet, s'est assuré que les matières plastiques desséchées dans le vide ne se coagulent pas et se redissolvent dans l'eau.
M. Heuzé otfre à la Société un exemplaire du Traité qu'il vient de publier sur le porc. M. de Lavergne lui demande s'il pourrait lui donner l'explication d'un fait économique assez important, la baisse persévérante, depuis trois ans, de la valeur des porcs dans le Limousin. M. Heuzé répond qu'elle tient à ce que la viande de ces animaux ne se conserve que difficilement dans le sud-ouest depuis quelques années, parce qu'on ne prend pas les précautions nécessaires. En Angleterre, on ajoute au sel du sucre et du salpêtre, ce qui contribue à assurer la conservation, et donne aux jambons surtout une saveur tenue en grande estime. M. Payen croit devoir ajouter que les aliments qui ont servi à engraisser les animaux ont une grande influence sur la qualité et probablement aussi sur la conservation de la viande. Quand il faisait ses expériences avec M. Magendie, il a remarqué une grande différence entre la chair et le lard de ceux engraissés par ce physiologiste, à Sannois, avec des débris végétaux et des racines, et de ceux qu'il engraissait lui-même, à Grenelle, avec des débris animaux, comme des têtes de moutons, etc. Les premiers avaient une viande longue, dure, à fibres grossières et un lard mou; les seconds une chair plus savoureuse et plus tendre, un lard plus ferme.
A. GOBIN