III. — Le typhus des bîies à cornes
Nous disions, dans nos derniers bulletins, que le typhus contagieux des bêles à cornes était toujours à nos portes. Les nouvelles de Belgique nous donnaient de continuelles inquiétudes, parce que les fovers d'infection étaient trop près de nous pour que nous n'ayons pas à craindre que le fléau ne passât nos frontières. On nous signale une décroissance dans les cas d'épizootie, et nous sommes heureux de l'annoncer aux agriculteurs de notre pays. En Angleterre, des mesures énergiques avaient prévenu la propagation du mal. Le 23 févriei", on ne retrouvait qu'un seul cas de typims, dans le comté de Slalîord, circonscription de Stone.
L'animal atteint était une vache, qui fut promptement abattue par l'ordre de l'inspecteur. On voit que le cattle-plague est bien près de s'éteindre. Il n'apparaît plus, en effet, avec les caractères d'une épizootie envahissante; on le trouve pour ainsi dire à l'état sporadique, s'éteignant ici pour reparaître plus loin. L'autorité anglaise a ligoureusement mis en pratique le procédé qui fut appliqué avec vigueur dans notre pays dès le moment où la frontière sembla menacée. La Grande-Bretagne a conmiencé tardivement à user de celle mesure, mais elle l'a mise en pratique sur une grande étendue, puisque le nombre des bestiaux abattus s'élève aujourd'hui à 52,641 .
Pendant que l'autorité s'occupe avec une sollicitude méticuleuse de prévenir le retour d'une épizoolie qui a coûté au pays 253,(SG7 animaux depuis sa première apparition, quelques cultivateurs, oubliant déjà l'expérience de la crise qu'ils viennent de traverser, exposent, dans un but intéressé, leurs compatriotes à de nouveaux désastres en contrevenant aux règlements sur la déclaration et la circulation des bêtes à cornes dans le Royaume-Uni. Le nombre de ces spéculateurs est considérable, et le Noi'lli Brilish Agriculturisl annonce sommairement quelques condamnations qui on oui frappé 124 dans le Berkshire, 253 dans le Cornouailles, 408 dans le Devonshire, 147 dans le Dorsetshire, 141 dans le Gloucestershire, etc. Les peines appliquées ont été assez sévères, et un certain nombre de contrevenants ont été condamnés à la prison.
En Belgique, le typhus épizootique ne paraît pas devoir cesser de sitôt. Les renseignements qui nous parviennent sont extrêmement décourageants, comme on va le voir. A Hasselt, par exemple, un des foyers d infection du typhus, on a pris la décision énergique d'abattre en masse et tout d'un coup tous les animaux infectés, et le nombic des sujets abattus s'est élevé à 928. Il ne restait plus alors que 412 animaux. Ces animaux, examinés avec le soin le plus scrupuleux, ont été trouvés parl'aitement sains; mais on s'attend à tout instant à voir le mal apparaître au milieu d'eux. Leur contact avec les sujets infectés rendait cette prévision certaine, et le gouvernement contracta avec les propriétaires une convention d'indemnité, ii la suite de laquelle un abatage général fut résolu et exécuté. Indépendamment des foyers d'infection nettement limités où le mal se développe tout d'abord et n'a cessé de
sévii', on signale de nouvelles apparitions sur des localités isolées, à Houlliaelen, par exemple, à Limbourg et sur divers points delà campagne de Liège. Le typhus épizootique paraît se diriger vers la frontière prussienne, près des villes de Clèves et de Goeb. Le gouvernement prussien a pris d'énergiques mesures et a établi un cordon sanitaire extrêmement serré sur toute la ligue de la frontière. La circulation des bestiaux est interdite de Belgique sur le territoire allemand, et les voyageurs eux-mêmes sont soumis à une fumigation comme des marchandises suspectes. C'est, on le voit, un véritable état de siège pour la Belgique. Quand le typhus épizootique envahit toutes les contrées voisines, on comprend que les éleveurs se soient émus à l'approche du concours qui doit avoir lieu dans l'île de Billancourt. M. Gallicher, vice-président du Comice agricole de Bourges, nous demande s'il sera bien prudent de conduire les animaux à un concours général, quand nous voyons le mal se propager avec tant de subtilité ; il s'exprime en ces termes :
« Le temps d'incubation ne pourrait-il pas laisser inaperçue l'inoculation du mal, et ne pourrions-nous pas rapporter dans nos provinces, avec nos médailles et nos animaux primés, le g-irme du terrible lléau? Si l'administration, en oivrant les portes de l'Exposition, laisse à chacun de nous la responsab.lité des conséquences de ce concours, n'y a-t-il pas imprudence de noire part à répondre à son appel? L'abstention ne serait-elle pas plus sage? Le plus grand nombre des éleveurs français prendront certainement ce dernier parti, et sacrifieront les avantages du concours à une grande raison de salut public; mais n'y aurait-il pas des imprudents disposés à braver le danger pour la conquête de quelques couronnes? »
D'un autre côté, M. le vicomte deTocqueville, président de la Société d'agriculture de l'arrondissement de Compiègne, nous a adressé, ainsi que nous l'avons annoncé dans notre Bulletin hebdomadaire du 17, le vœu émis par cette Société, pour que les animaux de l'espèce bovine ne soient pas admis à l'Exposition universelle de 1867; ce vœu est ainsi conçu :
La Société,
Considi'rant les ravages que le lyplius de l'espèce bovine exerce depuis deux ans dans les contrées limitrophes delà France, fléau dont les sages mesures du gouvernement l'ont seule préservée jusqu'à ce jour; — Considérant le caraclère éminemment contagieux de celte redoutable maladie qui se propage non-seulement par le coniact des animaux entre eux, mais encore par la transmission à de grandes distances de germes contenus dans les objets qui ont touché ou même approché les animaux atteints de cette afieclion; — Considérant que, parmi les nombreux étrangers qui afflueront à Paris pendant la durée de l'Exposition universelle, il peut s'en trouver qui, à leur insu, y a|iportent quelques-uns de ces germes ; — Considérant les pertes incalculables qui pourraient résulter pour la France de l'invasion de la maladie au sein de l'agglomération considérable d'animaux réunis à l'Exposition et la gêne extrême qui s'en suivrait au point de vue de son alimentation;— Considérant, en particulier, combien cet événement serait désastreux pour l'agriculture déjà en lutte contre tant de difticultés ; — Émet le vœu auprès au gouvernement que les animaux de l'espèce bovine ne soient pas admis à l'Exposition universelle de 1867.
Nous répétons qu'il ne faut pas se livrer à une panique prématurée; on peut attendre jusqu'aux premiers jours d'avril. La décroissance des cas de perte bovine est signalée partout, elle nous fait espérer la disparition complète de la maladie.
D'après l'état du fléau à 1 époque du concours, il sera toujours temps de prendre une décision pour sauvegarder le salut public et les intérêts
particuliers. Dans tous les cas, il n'est nullement prouvé encore que le typhus se communique autrement que par le contact des animaux malades avec les animaux sains. Le concours de Billancourt n'étant pas international, il ne doit recevoir que des animaux français, et les germes, probablement, ne peuvent pas être transmis par des personnes ayant fait un voyage de plus de cent lieues. Pour le moment, on n'a à combattre en France que la pleuropneumonie, qui fait de grands ravages dans les étables du Nord, sans que, nous écrit de Templeuve M. Dem^smay, l'inoculation puisse la combattre.