‹ Journal de l'agricultureChapitre 199 sur 527 · VIII. — L'alcool et les eaux-de-vie. — Le vinage · texte numérisé non relu

VIII. — L'alcool et les eaux-de-vie. — Le vinage

Nos lecteurs savent les efforts que font les distillateurs de betteraves pour obtenir la réduction à 20 fr. de l'impôt qui pèse sur les alcools, lorsque ces alcools seraient employés au vinage, c'est-à-dire à laccroissement de la richesse alcoolique du vin. Cette agitation a donné ridée aux producteurs d'eaux-de-vie des Charentes de demander à leur tour d'ol)lenir la faveur d'une réduction d'impôt, et voici la pétition que le Comice agricole de Saintes a adressée à ce sujet à M. le ministre du commerce et des travaux publics :

« Mensieur le ministre, lea doléances continuelles des fabricants d'alcool du nord de la France, et de quelques producteuis de vins inférieurs (doléances dont la presse agricole retentit chaque jour), à l'eUet d'obtenir du gouvernement une réduction de 90 à 20 francs des droits sur les alcools de grains et de betteraves, destinés seulement à être mêlés aux vins, inquiètent les propriétaires de nos contrées, qui verraient dans ce dégrèvement une cause permanente de dépréciation pour les eaux-de-vie, source principale du revenu de la terre dans les Charentes.

« Le Comice agricole de l'arrondissement de Saintes, monsieur le ministre, n'a pas à rechercher ici si le mélange des alcools de grains et de betteraves avec le jus de la vigne ne serait pas une violation flagrante de la loi relative à la vente des marchan'Iises, car il ne saurait évidemment entrer dans la pensée de ces fabricants de cacher aux acheteurs la composition des liquides vendus, et le gouvernement, du reste, tiendrait assurément à ce que les futadles portassent, en ce cas, une marque distinctive.

« Le Comice agricole n'a pas non plus, monsieur le ministre, à se demander si les producteurs de vins impropres à la consommation ne devaient pas s'attendre d'une manière certaine aux résultats dont ils se plaignent, soit en choisissant des cépages abondants, mais donnant des vins défectueux, soit en plantant, sous un climat défavorable à la vigne, ou bien sur des terres plutôt propres aux céréales et aux prairies qu'à la production vmaire.

« Le Comice ne comprend pas davantage, monsieur le ministre, pourquoi les producteurs de ces mauvais vins ne suivent pas l'exemple des Charentes, où la plus petite exploitation est munie d'un alambic d'un prix très-modique et qui leur permettrait de prendre, dans leurs vins mêmes, la quantité d'eau-de-vie nécessaire k leur amélioration et leur consommation.

a Mais, monsieur le ministre, le point principal sur lequel le Comice agricole désire surlout appeler votre haute et bienveillante attention est le suivant :

« Les alcools de grains et de betteraves étant à 60 francs l'hectolitre, et les droits abaissés à 20 francs, ensemble 80 francs pour un hectolitre, alcool à 90 degrés, donnant un hectolitre et demi, à 59 ou 60 décilitres, réduisent par conséquent à 54 fr. environ l'hectolitre, et si l'on suppose le prix moyen de l'eau-de-vie des Charentes à 75 ou 80 fr., il en résulterait un écart de 20 à 24 fr. au profit de celui qui mêlerait de l'alcool à son vin en vue de le distiller.

*■ Maintenant, monsieur le ministre, du moment où ces mélanges (qui présentement et quoi qu'on en ait pu dire, sont très-rares chez les propriétaires non patentés et non soumis à l'exercice) seraient opérés sous l'égide de la loi, il est permis d'affirmer que les commerçants et les consommateurs seraient dans une défiance continuelle vis-à-vis des producteurs, ce ([ui entraînerait inévitablement un avilissement considérable de nos excellentes eaux-de-vie et amènerait pour toujours la ruine des Charentes.

1 Aussi, monsieur le ministre, en présence des avantages qui seraient accordés aux fabricants d'alcools de grains et de betteraves, qui, à l'aide d'un moyen très-

ingénieux, pourraient désormais faire entrer dans la consommation leurs spiritueux à 20 fr. de droit par hectolitre, alors que les nôtres continueraient à supporter 90 l'r. Nous viendrions demander à Voire Excellence, comme compensation légitime du préjudice énorme qui nous seiait causé, de vouloir bien étendre vos faveurs jusqu'à nous, en abaissant de 90 fr. à 20 fr. les droits qui pèsent sur nos eaux-devie consommées en nature et qui en ariêtent si grandement la vente. <t Confiant dans votre justice, nous avons l'honneur d'être, etc. »

La véritable solution de la question ne pourra être trouvée que dans une réforme radicale de l'impôt des boissons que nous espérons obtenir.

Page 1