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IX. — Nécrologie

Nous avons anjourd'huià présenter à noslecteurs un triste bulletin nécrologique. La mort a frappé vivement dans les rangs des agriculteurs.

Nous payerons d'abord un juste tribut de regrets à la mémoire du vétéran peut-être de Tagriculture du Nord, l'un des fondateurs de la culture des betteraves et de la fabrication du fcucre. M. Amédée Hamoir, né le 6 septembre 1783, est mort le 6 mars 1867, à l'âge de 83 ans et 6 mois. Les événements politiques l'avaient laissé, à l'âge de vingt ans, devant une position complètement à faire. Ce fut vers le commerce qu'il dirigea dirigea cette activité dévorante et cette droiture de principes qui devaient lui conquérir une excellente position.

En 1827, le commerce ne paraissant plus offrir à M. Hamoir les conditions nécessaires à son besoin d'action et à l'avenir de ses enfants, il fit l'acquisition de la ferme de Saultain, pour y installer la fabrique de sucre qui fonctionne encore aujourd'hui; c'était la seconde de l'arrondissement. Il attaqua la question agricole avec cet esprit ferme et juste qui assure le succès. Dans un pays où la routine et l'ignorance régnaient en maîtres, de lui-même il supprima la jachère, introduisit les fourrages artificiels, et implanta en même temps la culture inconnue de la betterave. A la même époque, il faisait l'acquisition à bas prix de tous les fumiers du régiment de cavalerie de Valenciennes, entretenait un bétail relativement nombreux, et suffisait avec une culture de 160 hectares à l'alimentation d'une usine qu'on regardait alors comme très-importante. Depuis, rétablissement n'a cessé de marcher et de croître, se maintenant toujours à la tête du progrès, adoptant de bonne heure les nouveaux procédés dont il payait quelquefois les épreuves, mais en somme ouvrant sans cesse la marche. Ses cinq enfants ont passé par cette école industrielle, et ont tous, pendant un temps plus ou moins long, dirigé la ferme de Saultain. Chaque fois que l'État a attaqué l'industrie sucrière, M. Hamoir s'est trouvé sur la brèche, n'épargnant ni son temps ni son argent pour défendre les intérêts de tous ses collègues. Il s'est trouvé, dans ces circonstances, en relation avec d'éminents hommes d'État, dont la fréquentation avait formé dans son esprit une idée nette et sérieuse des grandes affaires d'une nation. M. Hamoir a été successivement conseiller d'arrondissement, puis conseiller général. Maire de sa commune pendant de longues années, il reçut à sa mort les adieux les plus touchants. Une foule considérale, accourue de toutes parts, s'est jointe aux habitants pour rendre un dernier hommage à l'homme de bien, à cette nature droite et bienveillante, à laquelle jamais personne n'a demandé en vain un acte de dévouement.

Nous devons également rendre ici un hommage public à la mémoire de M. Raphaël-Cerf Lippinann, propriétaire-agriculteur, chevalier de la Légion d'honneur, adjoint au maire de Strasbourg, qui est mort dans cette ville le 9 mars, à l'âge de soixante-deux ans. Nous l'avons eu plusieurs fois comme collègue dans les jurys des concours régionaux. Tous ceux qui l'ont ainsi fréquenté rendaient justice à son sens droit et à ses profondes connaissances agricoles. Il a été fondateur de la colonie pénitentiaire établie aux portes de Strasbourg, colonie où les travaux agricoles moralisent les malheureux enfants que la misère et le défaut d'éducation y conduisent.

La Société départementale d'Ille- et- Vilaine vient de perdre un de ses membres fondateurs les plus actifs et les plus dévoués, dans M. Paul Hardouin, maire de la commune de Noyal-sur- Vilaine pendant vingt-cinq ans, et conseiller général de canton depuis 1834 jusqu'à ce jour. Il eut constamment pour souci la défense et la prospérité des intérêts agricoles. M. Hardouin s'était attaché particulièrement à maintenir le travail au sein des campagnes, en y conservant l'industrie de la fabrication des toiles. Il a fait mille sacrifices pour que les grandes usines n'absorbassent pas autour de lui^ par le progrès des machines mécaniques, une fabrication faisant vivre des milliers de familles.

Nous avons aussi le regret d'annoncer la mort de M. Arnould, président de la Société d'agriculture d'Alger. Plusieurs fois, nous avons publié qHclques-unes de ses communications, dénotant de grandes connaissances agricoles et un "rand dévouement aux choses de la vie rurale; c'est une grande perte pour l'agriculture militante de 1 Algérie.

Enfin, nous devons encore annoncer la mort de M. Verrier, jardinier de l'École impériale d'agriculture de la Saulsaie. C'était un homme d'un grand mérite. Le jardin de la Saulsaie était certainement un des mieux entretenus de France ; il formait une véritable école modèle d'arboriculture. M. Verrier était un de nos meilleurs collaborateurs; sa mort inattendue, comme celle de M. Arnould^ comme celle de M. Lippmann, met le deuil dans nos rangs.

On trouvera dans ce numéro la suite de la discussion entre M. Ville et M. Rohart sur les engrais chimiques. Nous avons résumé en tête de l'article notre opinion. Ici, nous ne prenons la parole que pour insérer une réclamation que nous adresse M. Cavallier, dont, il y a quinze jours, nous avons rapporté une expérience. Voici ce que nous écrit M. Cavallier :

« Je regrette que, dans le compte rendu que vous avez consacre, dans votre dernière chronique, à mes essais sur les engrais chimiques, vous ayez passé sous silence les deux résultats qui sont à mes yeux les plus importants.

« Mes essais ont compris deux séries solidaires quoique indépendantes : su. petit champ d'expériences formé de six parcelles d'un are ; deux cultures d'un hectare chacune. Ce sont ces deux résultats que vous avez omis de citer et auxquels j'attache d'autant plus de prix qu'ils out reproduit en tout point les résultats du champ d'expériences : ce qui prouve qu'on peut en toute confiance se guider sur les indications de ces derniers pour se diriger dans le choix des engrais les plus convenables.

« Une antre raison me fait regretter la suppression contre laquelle je réclame. Dans les deux expériences que vous avez omises, j'avais employé des quantités inégales de sulfate d'ammoniaque; or j'ai constaté qu'à mesure que la dose de sulfate d'ammoniaque est plus grande, les rendemenis s'élèvent dans une proportion considérable. Il est donc vrai que la matière azotée remplit à l'égard de la betterave le rôle prédominant que M. Georges Ville lui attribue.

K En efl'et, j'ai obtenu, avec 400 kilog. de sulfate d'ammoniaque, 47,325 kilog. de racines décolletées; avec 500 kilog. de sulfate, 51,000 kilog. de racines, et avec 650 kilog. de sulfate, 59,640 kilog. Ce point est fondamental, selon moi, et j'ai la ferme persuasion que les hommes pratiques me sauront gré de le rétablir.

« Vous exprimez le regret, monsieur, que je n'aie pas mis en regard des rendements déterminés par l'emploi des engrais chimiques ceux produits par le fumier. Il m'est facile do réparer cette omission. Quatorze années d'expérience m'en donnent les moyens. Dans la dernière statistique de notre région, vous pourriez lire : Mesnil Saint-Nicaise, fumure 70,000 kilog., et à l'article du questionnaire concernant les betteraves : 28,000 kilog.; àHombleux, près Nesle, lumure 57,000 kilog., et 27,000 kilog. de betteraves. Malgré la confiance que méritent ces chiffres, je ne puis cependant m'en porter garant. Voici ceux qui résultent de mon expérience.

<t Je fume à raison de 50,000 kilog. de funjier, et je récolte au maximum 35,000 kilog. de bettteraves à l'hectare. Ces chiffres sont loin de ceux que vous annoncez. iVIon fumier pourtant est de très-bonne qualité, car il est produit par 300 moutons dont la ration se compose de 5 kilog. de pulpe de betteraves bien pressée, de 300 grammes de tourteau de colza, et de paille à volonté.

« Vous dites qu'au moyen de 39,500 kilog. de fumier on obtient facilement des rendements supérieurs à 50 et 59,000 kilog. de betteraves. Je vous crois puisque vous l'afiimez; mais, je l'avoue, cela est bien extraordinaire et difficile à concilier avec les faits si intéressants que IVI. Corenwinder vient de publier ', Vous savez en effet que cet honorable savant n'a récolté en pleine Flandre que 53,500 kilog. de betteraves sur une terre qui n'avait jamais été soumise à celte culture et qu'il avait fumée cependant avec 55,000 kilog. de fumier aidés de 1,100 kilog. de tourteaux de colza et 550 kilog. de guano. Pour ma part, j'ai obtenu rarement de bons résultats avec le fumier seul, car la betterave redoute les sols rendus légers par l'élément pailleux; elle y pivote mal et à la moindre sécheresse la végétation s'étiole. Les engrais pulvérulents, et surtout les engrais chimiques, déterminent, au contraire, des rendements beaucoup plus élevés. Il est entendu qu'il est toujours question, dans nos évaluations, de la betterave à sucre. J'ai donc acquis par une expérience coûteuse la conviction (|ub le fumier n'est pas l'engrais propre à la betterave, à moins qu'il ne soit parfaitement décomposé et dans un état d'extrême division lorsqu'il est mélangé à la couche arable. Gela veut-il dire qu'il ne serait pas plus profitable à d'autres cultures ? Je l'ignore, ou plutôt je n'ai pas l'intention de traiter aujourd'hui cette questiou.

« Homme pratique avant tout, je cherche le progrès avec bonne foi et sans idée préconçue. Je ne suis inféodé à aucun système; je ne veux être l'homme de personne. Aussi, réservant mon droit d'expérimentation et demandant à en user largement, je compte poursuivre mes essais sur les engrais chimiques ; surtout multiplier mes petits champs d'expériences et dire l'année prochaine, comme je l'ai dit cette année, ce que j'aurai vu, ce que j'aurai constaté sans flatterie, mais aussi sans partialité pour JVI. Georges Ville. J'ai l'intention, en outre, de multiplier les comparaisons entre le fumier et les engrais chimiques, afin de décider sans retour de quel côté est l'avantage sous le double rapport des rendements et de la dépense.

<t Je vous le déclare, une chose me préoccupe de plus en plus : c'est l'épuisement manifeste de nos terres. Nous exportons chaque année une partie de leurs éléments de fertilité les plus précieux, sous forme de grain, de viande et de betterave même, car la pulpe ne restitue pas tous les minéraux perdus par le sol. Cette situation est alarmante. D'après M. Georges Ville, on peut en conjurer les redoutables conséquences en élevant la dose de nos fumures : pour lui, fumier et engrais chimiques sont synonymes ou plutôt équivalents. M. Georges Ville pense que là où le fumier manque, les engiais chimiques peuvent en tenir lieu; que là où sa pro ludion est

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