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LA RÉFORME SÉRICIGOLE. — IX

Calculs cl prix de revient de la graine. — Au temps heureux oiî chaque éducateur faisait sa graine, elle coûtait 5 ou 6 francs; ce prix se composait de la aleur du cocon et de la main-d'œuvre. Depuis quinze ans, le commerce nous la fait payer 14, 15 et 20 francs; il y a aujourd'hui des graines de 30 francs. Cet écart résulte de la difficulté de trouver des races ayant quelque garantie des risques courus, de la mévente possible, du danger des transports, de la multiplicité des intermédiaires. Avec l'association séricicole, nous reviendrons progressivement aux prix primitifs et à la bonté primitive des graines. Sécurité sur la qualité, prix modéré, tel est le double but que nous voulons atteindre. Voici les moyens et la voie : 400,000 onces, qui sont approximativement le chiffre de la consommation en

1. Vuir le Journal de V Agriculture, t. I, de 1806, p. 320 et 461 ; t. Il, p. 46 et 163; et les numéros des 20 janvier, 5, 20 février et 5 mars derniers, t. I de 1867, p. 147, 263, 345 et 441.

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France, sont le résultat de 400,000 livres de cocons, dont le prix était, avant la maladie, de 2 à 3 francs la livre, en moyenne 2 fr. 50 ; la graine se vendait 5 ou 6 francs, à cause de la main-d'œuvre et du choix des cocons; les graines mises à l'éclosion valaient donc en moyenne 5 X 400,000, soit 2 millions. Depuis quinze ans, le commerce et la spéculation nous les ont vendues à des prix variables entre 10 et 30 francs, ce qui porterait les sommes payées par les sériciculteurs à 4, 6 ou 8 millions par an, si les graines de reproduction n'étaient pas intervenues dans une proportion assez forte. Le commerce ne pouvait, du reste, faire mieux, ayant h payer cher les cocons de graine, à courir des risques graves par les transports, et surtout à subir les conditions onéreuses des intermédiaires préposés à la vente; les éducateurs auraient subi sans se plaindre les prix élevés de la graine ; mais, ce qu'ils ne pouvaient subir, c'est la mauvaise qualité des graines qui, payées chèrement, les engageaient encore à des frais d'éducation dont les résultats se soldaient toujours en perte.

C'est donc à l'association des sériciculteurs, des grands propriétaires, des filateurs, des fabricants de soieries qu'échoit le rôle et le devoir de produire la graine de vers à soie eu lui rendant toute sa pureté d'autrefois et pi'ogressivemsnt la modicité de ses prix primitifs. Voici les moyens : Pour faire 400,000 onces de graine de vers à soie, il faut produire 400,000 livres de cocons, soit 4,000 quiutaux de 50 kilogrammes. Pour produire ces 4,000 quintaux de cocons, il faut élever les vers à soie provenant de 4,000 onces de 30 grammes, avec cette condition expresse que ces vers à soie seront élevés en petites éducations spéciales réduites de 3 ou 4 grammes, car, en grande éducation, l'once donne rarement le quintal. Gomment pourrons-nous arriver, en 1867, à produire ces 4,000 onces, soit 120 kilogrammes de graine qu'il nous faut, pour faire, en 1868, les 400,000 onces qui constituent la consommation annuelle des 28 départements séricicoles français.

Nous posons le problème en graud et avec les chiffres les plus élevés ; mais il est facile de le faire en petit et ave: des chiffres réduits; seulement, on arrivera moins vite.

Prenons la feuille de mûrier qui existe au bois de Boulogne (le bois de Boulogne n'est ici que pour figure; nous pourrions prendre uue plantation de mûriers abandonnée en Corse, ou en Suisse); cette feuille du bois de Bnilogne suffit à la nourriture des vers à soie provenant de 6 onces. Ces 6 onces, élevées en une seule éducation, peuvent donner au maximum 300 kilogrammes, dont le prix moyen est de 1,500 francs. Consacrée au grainage par petites éducations, celte feuille va nous donner un produit de 6,0i.0 francs, en portant l'once à 10 francs, et de 12,000 francs, en la mettant au taux actuel de 20 francs. Ecart considérable qui prouve combien les éducations spéciales de graine peuvent devenir fructueuses lorsqu'elles seront faites avec des races complètement saines. 6 onces de 30 grammes font 180 grammes qui, divisés par éducations de 3 grammes, donnent 60 éducations spéciales dont la direction peut être confiée à un seul graineur. Ces 6 onces donneront de 600 à 700 livres de cocons qui fourniront de 600 à 700 onces de graine. Trois grainages pareils donneront en moyenne 2,000 onces.

Mais la première année l'association sera obligée d'opérer sur des graines qui n'auront pas été éprouvées, qui seront très-incertaines et donneront des insuccès très-nombreux, vu qu'elles seront soumises aux procédés d'investigation très-sévères que nous avons exposés. Si nous voulons obtenir ce grand et beau résultat qui consiste à pouvoir produire, en 1868, le chijfre élevé de 400,000 onces de graine d'une pureté authentique, il faudra que l'association double ce chiffre et installe dans le nord de la France, en Corfe ou en Algérie, 12 grainages comprenant chacun soixante petites éducations de trois grammes. Ces douze grainages pourront donner 8,000 onces, mais les graines qui seront formées donneront à l'expérimentation très-sévère de ce début, des insuccès nombreux qui réduiront ce chiffre de 8,000 onces à 4,000, peutêtre à 2,000, et peut-être encore à moins.

De là l'importance pour la société d'avoir dès le début les meilleures graines et

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la nécessité de les attirer à elle par des prix élevés et par l'atlrait d'une prme importante, soit de 10,000 fr., donnée à la meilleure race.

Voici le prix de revient de ces graines, en prenant pour élément le grainage du bois de Boulogne qui comporte 6 onces de graine divisées en soixante éducations spéciales :

1" Prix de 6 onces à 20 fr 120 fr.

2° Indemnité de 40 fr. aux 60 employés qui prêteront leur

local 2,400

3° 100 quintaux de 50 kilog. de feuille, à 5 fr. les 50 kilog. 500 4° Appointements du directeur spécial de ces soixante grai-

nages 2,400

Total .... 5,400 fr.

Le produit étant de 600 onces, le prix de revient s'élève à 9 fr. ; mais le produit peut s'élever à 700 onces, chiffre qui sera dépassé avec des races pures. Le prix de revient tombe alors à 7 fr. , et nous espérons à l'avenir arriver à produire la graine à

5 fi:., en nous appuyant sur ce fait bien connu des vieux éducateurs que la livre de cocons a pu donner jusqu'à une once et demie de graine et même plus. Si un grainage qui doit produire 600 à 700 onces coûte 5,400 fr., 12 grainages coûteront 64,800 fr.

Un éducateur très-capable auquel nous avons soumis ce calcul, nous a fait observer que, vu la nécessité pour notre graineur de prendre des aides et de fournir la bruyère et divers autres objets, il serait nécessaire de porter le chiffre de ses appointements à 1,000 fr. par mois, ce qui porterait le chiffre de notre grainage de

6 onces à 6,000 fr. et les 12 grainages à 72,000 fr.

Nous avons fait, pour arriver au prix de revient de nos graines, des recherches très-mullipliées et très-difficiles, et toujours nous sommes arrivé à cette conclusion qu'il était possible, non au début, mais en quelques années, d'arriver aux anciens prix de la graine, c'est-h-dire à 5, 6 ou 7 fr. — Ce résultat découle de l'association des éducateurs qui ne spéculera pas et produira à coup siir et avec garantie des graines qui lui seront paijées d'avance; il découle aussi de la fécondité énorme du ver à soie, dont le papillon donne jusqu'à 700 œufs, et de la végétation du mûrier qui donne, au dire dejM. deGasparin, 14,000 kilog. de feuilles à l'hectare, résultat trèsvariable suivant les contrées et les expositions, et que nous n'avons pu, pour cette raison, fixer d'une manière précise, bien que nous ayons consulté sur ce sujet un grand nombre d'éducateurs qui ont fait ou qui possèdent des plantations considérables de mûriers. Nous n'admettons pas non plus avec M. de Gasparin qu'il soit possible de nourrir 28 onces de graine avec 14,000 kilog. de feuilles, chiffre de la production de l'hectare, ce qui ne donnerait que 10 quintaux de feuilles par once, au lieu de 16 qui est le chiffre de Dandolo; malgré toutes ces divergences et ces difficultés, nous sommes toujours arrivé à cette conclusion que l'association séricicole pourrait, à l'aide des petites éducations spéciales, et à l'aide surtout des moyens de diagnostic très-précis exposés en cet écrit, donner des graines avec une garantie complète et à des prix très-réduits. Or, nous croyons que c'est là le but à atteindre pourmettre un terme aux souffrances de l'industrie séricicole. Auchiffrede 72,000 fr. il faut ajouter, pour la prime et la publicité 15,000

Pour la direction, la correspondance, la comptabilité et les frais imprévus, dans une entreprise aussi nouvelle 45,000

Soit au total '. 60,000

qui, joints au 72,000 72,000

donnent '. 132,000 Ir.

132,000 francs pour inaugurer cette première campagne qui aura pour but et pour résultat de fixer les destinées de la sériciculture.

1,320 souscriptions de 100 fr. couvriront ces premiers frais, et si le nombre des souscripteurs était double, c'est-à-dire de 2,640, le chiffre de la souscription des-

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cendrait à 50 fr. — Si tous les éducateurs, si tous les grands propriétaires, si tous les fabricants de soieries partageaient nos convictions, nul doute qu'il ne fût possible de fonder l'association et de la faire fonctionner pour la campagne de 1867.

Nous avons fait pour vulgariser nos idées tout ce qui était en notre pouvoir; nous avons saisi de la question séricicole l'Académie des sciences elle-même par une étude critique du teau mémoire de M. Pasteur. Nous prions tous les journaux de Paris et des départements séricicoles qui s'intéressent aux souffrances de la sériciculture ds nous donner l'aide de leur publicité, de ne pas nous épargner les critiques que nous méritons sans doute; nous ne craignons pour la cause de l'industrie séricicole que nous défendons qu'une seule chose, Vétouffement par le silence, ce grand écueil où viennent se briser les inventeurs et les travailleurs de la province. Nous allons, par l'offrande de ce travail, saisir de la question séricicole : 1° Son Exe. le ministre de l'agriculture ; 2° le président de la commission néricicole instituée par l'Empereur ; 3° l'Académie des sciences; 4° la Société centrale et impériale d'agriculture ; 5° toutes les Sociétés d'agriculture des départements séricicoles , toutes les chambres de commerce ; voulant, parcelle offrande, mettre le salut de la sériciculture entre les mains de ceux dont c'est le rôle et le devoir de veiller à ses intérêts.

Et nous répétons qu'en cette crise suprême de l'industrie séricicole, l'œuvre à accomplir est tout, les personnes et la nôtre rien; — qu'il ne faut tenir compte que de la vérité et n'épargner à notre travail aucune observation, aucune critique, parce que, loin de les redouter, nous sommes toujours prêt à les fah-e tourner au profit du salut de la sériciculture que nous poursuivons.

Nous écrivons et nous agissons sous la pression impérieuse d'une nécessité à laquelle il est impossible d'échapper, c'est la nécessité de réaliser l'association de la réforme séricicole avant le 1" mars 1867, pour ne pas manquer la campagne de cette année; manquer cette campagne, s'ajourner à 1868, c'est faire perdre à la sériciculture 60 à SO millions, prolonger d'un an ses longues misères et s'exposer à voir disparaître le mûrier, l'un des trois éléments essentiels de la production de la soie.

Pour ces motifs et vu l'urgence, nous prions tous les éducateurs qui nous liront, tous les grands propriétaires, tous les iilateurs, tous les fabricants de soieries, qui partageront nos idées, de vouloir bien s'entendre, se réunir et nous adresser isolément ou mieux collectivemcnl leurs adhésions, en joignant à ces adhésions leurs observations et critiques, l'indication des graines qu'ils savent être restées pures, l'indication des personnes capables de diriger les éducations spéciales, l'indication de la personne qui, dans leur conviction, peut le mieux diriger la Société séricicole dans la période difficile des débuts. Si, ce que nous n'osons espérer, ces adhésions s'élèvent au chiffre de 1,320, nous déclarerons la Société constituée et nous provoquerons une réunion générale pour son organisation définitive. Dans le cas contraire, à notre profond regret, nous déclarerons la Société ajournée jusqu'en 1868. Nous avons commencé et entrepris la réforme séricicole , sous les auspices et avec les encouragements de M. Guérin-Méneville, le savant professeur de sénculture comparée de la ferme impériale de Vincennes ; nous allons la terminer avec des documents nouveaux dus à sa bienveillance.

Parti de Paris pour se rendre au Congrès scientifique de Nice, M. Guérin-Méneville a bien voulu s'arrrêter à Saint-Marceliin et nous donner la soirée du 21 décembre et partie de la journée du 22. Toutes les idées nouvelles émises par nous ont été de nouveau discutées et approfondies, et nous sommes heureux d'apprendre à nos lecteurs que, non content d'approuver ce que nous avons dit sur l'intervention de la spéculation et du commerce pour la production, le transport et la vente des graines de vers à soie, M. Guérin-Méneville nous a encore fourni des faits de la plus haute gravité concernant la vente des graines avariées, faits qu'il nous sera facile de dérouler si notre thèse venait à être contestée.

Le procédé de grainage préconisé par M. Pasteur paraît à M. Guérin-Méne-

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