Tome I de 1867. — 20 mars
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ville comme h. nous, de la plus complèle impraticabilité, tant par ce fait qu'il n'existe pas de chambrées saines que par l'impossibilité de généraliser l'emploi du microscope dans tous les cantons des vingt-huit départements séricicoles. Cette impossibilité résulte non-seulement du prix élevé du microscope, mais encore de la diiKculté de s'en servir, difficulté très-réelle qui nous a élé affirmée d'une manière très-nette et très-précise par M. Guérin-^Méneville, avec les preuves à l'appui, preuves que nous proluirons le cas échéant, si cela est nécessaire. Mais, si les éducateurs ne doivent plus avoir recours au commerce et à la spéculation, si le procédé de M. Pasteur est complètement impraticable, il ne leur reste donc, comme nous l'avons déjk dit, que l'initiative des particuliers, ou l'initiative de l'Etat, ou l'initiative d'une association spéciale pour arriver à produire la graine de vers à soie, c'est-à-dire un des trois éléments essentiels de l'industrie séricicole.
Grâce aux tournées annuelles que M. Guérin-Aléneville fait dans les départements séricicoles, par ordre de S. Exe. le ministre de l'agricullure, il a pu signaler le premier l'initiative des particuliers, s'exerçant dans les Basses-Alpes, pour la confection des graines, par des éducations isolées et restreintes; mais M. Guérin- Méneville n'a pas hésité à signaler les nombreux écueils où doit se briser ce mouvement spontané, sans unité, sans direction et sans garantie; nos lecteurs connaissent déjà CCS écueils par nos citations.
Quant à l'initiative de l'État, nous avons exposé dans quelle mesure elle pouvait s'exercer, par notre lettre en date du 17 mars 1866. Nous sommes toujours prêt à faire cette expérimentation, si elle nous est demandée, dans les conditions que nous avons exposées. Mais, on le conçoit, il ne peut s'agir pour le ministère de l'agriculture que d'une expérience à faire dans l'intérêt général et non d'une enlreprise ayant pour but de produire à perpétuité des graines de vers iî soie par des éducations spéciales réduites à 3 grammes. Une association formée par les éducateurs, les grands propriétaires, les filateurs, les fabricants de soieries, peut fonder et perpétuer celte entreprise dont nous avons donné les bases générales.
Parmi tant de germes déposés par la pensée humaine dans le sein de la société actuelle, beaucoup sont destinés à périr, quelques-uns sont destinés à vivre ; de ce nombre est le principe d'association qui surgit et se développe sous des formes si diverses, — sociétés de secours mutuels, sociétés de production, sociétés de crédit, sociétés de consommation.
Des hommes généreux et inteUigents, en France, en Angleterre, en Allemagne, en Prusse, ont tenu à honneur de consacrer à la fondation de ces sociétés leur temps, leur influence et leur fortune. Dans nos contrées, à ^'ienne, M. le docteur Couturier; à Grenoble, M. Taulier; à Valence, MM. Frandon et Vasseur ont suivi cette voie féconde. — Les créations dues à l'initiative de ces hommes dévoués au bien public, de ces esprits élevés, aflîrmeut tous les jours la force, la \italité et la tendance religieuse du principe d'association. Il n'est pas possible d'associer les intérêts tans unir les cœurs. Dans une certaine mesure, associer les hommes pour la consommation, pour la produclion, pour l'échange, c'est les faire grandir en bien-être, en moralité, en esprit religieux; c'est les préparer, les initier progressivement à l'association intégrale dont le but ultérieur n'est autre que la loi religieuse de l'Evangile : union du l'homme avec lui-même, union des hommes entre eux, union de l'homme avec Dieu.
Si le principe d'association n'a pas donué jusqu'à ce jour tous ses fruits, c'est que les masses populaires et surtout les pipulatious rurales n'ont pas été initiées progressivement et préparées à l'absociation par des associations partielles, et pourtant c'est aux populations rurales que l'association est le plus nécessaire, et c'est dans le milieu agricole que l'association doit donner ses plus grands résubats. Natura 7Xon facil saltus, disent les médecins: hniliim séries junclumiiuc pollct, dit le poète. Sous ces deux aphorismes il cil facile de découvrir la loi du mouvement progressif qui régit la vie des plantes, des animaux, des hommes, et préside aux développements successifs des sociétés humaines qui ont aussi leurs périodes asccn-
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danies, leur apogi5e, leur décadence. Celto loi est méconuiio par ceux-lîi mêmes qui s'ëlaieut doDaë la mission de la vulgariser et qui ont cru qu'il suftisait d'une terre neuve et libre, d'un peuple neuf, pour y implanter brusquement, sans préparation, san-i transition, le principe d'association. Taudis ((u'on Amérique, les essais, les tentatives brusqu.'es d'association ont échoué, dans la vieille Europe, sous la pression irrésistible de la nécessité, les classes ouvrières se sont onjk'ag.'es spontanément et progressivement dans celte voie, et le mouvement qui s'appelle le mouvement des sociétés coopératives, possède eu lui tant de vie et d'avenir, qu'il ne s'arrêtera que lorsqu'il sera arrivé à son but, le but de l'associatio:! intégrale : union do l'Lommj avec lui-mîuue, union dos hommes entre eux, uniou des hommes avec Dieu.
L'Europe et l'Amérique sont en présence sur le grand champ de bataille paciliijue de l'agriculture, de l'industrie, et de la circulation des produits. L'Amérique donne largement l'instruction, la libeité, la propriété. L'Europe ne peut, autant que l'Auiériquo dunner, à l'iustruction, donnant trop aux armées, ni autant à la liberté à cause des vieux partis, ni autant à la propriété jiar défaut d'espace ; inais l'Europe peut devancer l'.ituérique si elle entre dans la voie de l'association, et elle y est entrée et y entrera de plus ea plus, parce qu'elle y est poussée par des nécessités impérieuses de toute espèce.
N'est-ce pas une nécessité impérieuse qui force aujourd'hui les éducateurs des vingt-huit départements séricicoles à s'associer pour réaliser parles éducations spéciales de graine la régénération de leur industrie ? N'est-ce pas sous l'indueDce d'une nécessité inip'rieuse que les magasins généraux ont été fondés à Lyon, puisque depuis trente ans tous nos mouliniers ont succombé sous les exigences des intermédiaires? N'est-ce pas le désir de rendre nos relations avec rindo-Chine directes et exemples de tout intCi'médiaire qui a inspiré la lettre si remarquable adressée par S. Exe. le ministre de l'agriculture aux chambres de Paris, Lyon et Saint-Éiienne; lettre-dans laquelle il dit textuolleinent : i Oii les efforts individuels seraient impuissants, l'oi"iocialion cû)içue et pratiquée sur de larr/cs bases, aurait des chances certaines de triompher. Cette dépense, qu'une seule maison ne peut supporter, se réduirait, pour les commanditaires d'un vaste conipioir, à des proportions peu considérables. Celle letire est restée sans réponse et nous le concevons, ce n'est ])as à des commerçants qu'il fallait s'adretser, mais bien à des agriculteurs, qui ne peuvent ni acluter ni vendre sans se trouver en face d'un intermédiaire. Une grande maison de Lyon avait eu l'iilée de ces comptoirs centralisant en Chine, au Japon et dans l'Inde, les achats et les ventes, idée féconde qui s'appliquera un jour dans chaque canton de la France, imprimant à notre production agricole et industrielle un essor plein de vigueur par la double garantie donnée aux producteurs et aux consommateurs.
Qu'est-ce aujouri'hui que le principe d'association? C'est un levier lout-puis.^ant placé dans les mains de tout le monde; dans les mains des riches et dans les mains des pauvres, fonciionuanl sous toutes les formes de gouvernement, dans les républiques comme dans les monarchies.
IJaus une série d'articles très-remarquables publiés dans le Salut public de Ly.>n p4r M Dameth, sur le mouvement coopératif, nous trouvons et nous citons le passage suivant :
« La première banque d'avances lut fondée à Delitzch, petite ville de Prusse, en 1851, par M. Schultze, qui se voua dès lors avec une infatigable ardeur au succès et à la multiplication de ces institutions. Aujourd'hui, l'Allemagne eu compte près de raille. 11 y a eu des tâtonnements, des éclies, des remanieaienls de statuts. En somme, le succès est général. En 1863, le total des prêts faits par les banques d'Allemagne s'est élevé à 8ô millions. Ce chiffre a été encore de beaucoup dépassé les années suivantes. On voit que l'œuvre entre dans une phase de puissance. Qvi pourrait se rendre co.mpte de ce que ces 85 millions, fractionnés en une innombrable multitude de prêts, représeutinl de services rendus k la classe ouvrière? et qui pourrait y songer sans émotion? Les sociétés de crédit se jjropagenl dans l'Eu-
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rope entière; il s'en établit de tous côtés, en Angleterre, en France, en Belgique, en Hollande, en Italie, etc. A Paris, elles sont au nombre de cinquante environ. La Suisse en compte déjà quelques-unes. »
Pourquoi les éducateurs, les grands propriétaires, les filateurs, les fabricants de soieries ne se serviraient-ils pas, comme les pauvres ouvriers de la Prusse, de ce levier puissant de l'association pour relever leur industrie?
Alors que nous leur donnons la formule régénératrice des petites éducations réduites à trois grammes, en contrées saines, alors que nous leur donnons le signe de la longévité si facile à employer pour reconnaître les races pures, et que le conçois des savants leur est acquis ; outre les travaux si remarquables de M. Robinet, de M. Pasteur, M. Guérin-Méneville a bien voulu nous promettre le concours de sa longue expérience et il a poussé l'obligeance jusqu'à mettre à notre disposition la feuille de la ferme impériale de Vincennes ? Où est la difiiculté qui s'oppose àl'emploi du levier puissant de l'association? Est-ce la question d'argent? 120,000 ou 130,000 francs à réaliser par souscription de 100 à 50 francs pour sauver une industrie qui donne annuellement à la France 60, 80 et jusqu'à 100 millions? La difficulté n'est pas là : la difficulté sérieuse, c'est l'isolement, le découragement et l'incurie des éducateurs, l'ignorance de la vraie question séricicole et de la solution que nous en avons donnée. La publicité insuffisante, là est l'obstacle sérieux, et pour le surmonter nous avons fait et nous allons faire tous nos efforts : ainsi, nous avons posé la question séricicole devant l'Académie des sciences par nos deux lettres duSûjuin et du 16 novembre 1866.
Notre dernière lettre a été transmise à la commission des vers à soie; nous appuyant sur la misère des vingt-huit départements séricicoles et sur leur profonde détresse, nous allons demander respectueusement à la commission des vers à soie de vouloir bien faire connaître son jugement sur la valeur des petites éducations réduites à 3 grammes. Nous sollicitons le même jugement de la Société centrale et impériale d'agriculture.
Connaissant toute la sollicitude de Son Exe. le ministre de l'agriculture pour les intérêts de l'industrie séricicole, nous le prierons très-respectueusement de vouloir bien, vu l'urgence et la nécessité, demander à la Commission séricicole instituée par l'Empereur, et à toutes les Sociétés d'agriculture, leur jugement sur la valeur pratique du procédé de grainage de M. Pasteur et sur la valeur pratique des éducations restreintes; si notre demande est prise en considération, nous mettrons à la disposition de S. Exe. le ministre de l'agriculture tel nombre d'exemplaires de notre brochure qu'il lui plaira nous demander.
Nous adresserons notre brochure à tous les journaux des départements séricicoles, les priant de nous donner le plus tôt possible le concours tout-puissant de leur publicité.Si nous faisons tous ces efforts pour vulgariser et bien poser la question séricicole, c'est qu'il faut agir très-vile pour ne pas manquer la campagne séricicole, car nous ne saurions trop le répéter, cette campagne passée, rien de sérieux ne peut se tenter pour la sériciculture jusqu'en 1868; c'est 60 à 80 millions perdus ; c'est la misère plus profonde, ce 'sont les mûriers arrachés de plus en plus et non remplacés. Voulant témoigner notre reconnaissance au savant directeur du Journal dh l'agrlcullure, nous lui offrons cinq cents exemplaires de noire brochure, pour les donner en prime aux abonnés de 1867, affirmant par ce don que nous voulons faire du Journal de l'agriculture le centre et le pivot de la rélorme séricicole.
Un dernier obstacle pourrait encore surgir dans l'esprit de nos lecteurs sur les tendances et la direction de l'association séricicole. Nous allons résumer ces tendances en quelques lignes.
Fondée dans l'intérêt général, fous les efforts de l'association devront tendre à ce but de produire et de livrer les graines de vers à soie, avec les garanties les plu^ complètes et au plus bas prix possible ; prenant le contre-pied de la spéculation et du commerce, qui nous font payer de plus en plus cher des graines de plus en plus mauvaises, avec cette circonstance aggravante que cet abus dure depuis quinze ans.
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l'association séricicole ne pourra pas et ne voudra pas spéculer, c'est-à-dire agir en vue d'un bénéfice à retirer sur le prix de la graine. Pourquoi? Parce que l'intérêt bien entendu des éducateurs, des grands propriétaires, des filateurs, des tabncants de soieries, exige impérieusement que la graine des vers à soie soit livrée aux éducateurs dans les meilleures conditions de pureté et de bon marché.
Au point de vue des garanties de pureté, la Société, outre le premier choix qui sera fait avec le plus grand soin, ne livrera pas une seule once sans donner le nom de la race et toutes les phases de l'éducation relatées sur une feuille d'observations, rédigée et signée par le directeur du grainage et vériQée par des inspecteurs spéciaux nommés par l'Etat et payés par la Société. Au point de vue du prix, une fois la réserve faite et assurée, la Société livrera ses graines au prix de revient, dans lequel seront compris l'intérêt du capital de fondation et les frais généraux et spéciaux.
Nous livrons ces appréciations à nos lecteurs, mais il est évident que la Société une fois constituée pourra les modifier, en restant fidèle à l'esprit de sa fondation ; elle pourra dresser, comme les Anglais, un stud-book ou livre généalogique, et un herd-book, livre du troupeau, de la race, de la famille. La Société pourra aussi, dans son intérêt et dans l'intérêt général, publier des instructions spéciales pour améliorer les conditions hygiéniques des magnaneries actuelles et réagir ainsi d'une manière continue sur les éducateurs ; nous avons voulu surtout indiquer l'esprit et les tendances de la future Société de la réforme séricicole, disant et répétant qu'il est du plus haut intérêt et de la plus grande urgence de la fonder en 1867, c'est-à-dire dans deux mois, sous peine de prolonger d'un an la misère des 28 départements séricicoles français.
Humble pionnier de la science, médecin praticien perdu dans la vallée de l'Isère,, nous n'avons pas les qualités et encore moins l'autorité scientifique nécessaires pour réaliser, dans le délai si court de deux mois, l'œuvre difficile de la Société séricicole. Nous confions cette œuvre à tous ceux qui s'intéressent à cette malheureuse industrie, à tous ceux dont c'est le devoir de la relever. Si, malgré nos efforts, nos espérances sont déçues, si la Société de la réforme séricicole ne se forme pas en 1867, tout ce qu'on vient de lire s'appliquera à la campagne de 1868 ;jl n'y aura que les dates à changer avec de la misère en plus et des difficultés toujours croissantes pour retrouver les races pures. Au 1" janvier 1868 comme au 1" janvier 1867 nous affirmerons hautement qu'il n'y a point de salut pour la sériciculture hors d'une association réalisant les éducations spéciales de graines réduites à .3 grammes en contrées saines.
Notre tâche, au point de vue de la production de la graine, est finie ; la tâche des éducateurs, des grands propriétaires, des filateurs, des fabricants de soieries, commence ; c'est à eux de s'entendre, de se réunir et de former la Société de la réforme séricole dont nous avons indiqué les bases, leur laissant le soin de lui donner une forme plus nette et plus arrêtée.
Nous avons déjà reçu des adhésions nombreuses et nous espérons en recevoir de plus nombreuses encore; elles seront toutes transmises à la commission séricicole de notre Société d'agriculture qui en gardera le dépôt et en dressera l'inventaire.
Les adhésions pourront aussi être adressées à M. Barrai, le directeur du Journal de l'Agriculture, ce journal étant le centre et le pivot de la réforme séricicole; le chiffre de la souscription individuelle ne pourra dépasser 100 fr., et ce chiffre sera réduit si le nombre des souscripteurs dépasse 1,300. Dès que les adhésions auront atteint le chiffre de 1,300, nous provoquerons une réunion générale dans la ville qui nous sera désignée par le plus grand nombre des adhésions : Grenoble, Valence ou Lyon.
La Société se constituera régulièrement, nommera un directeur général, un secrétaire-trésori'îr, douze directeurs spéciaux de grainage. Le secrétaire-trésorier fera les recouvrements. Le directeur s'occupera sur-le-champ de rechercher les meilleures graines par la prime, dont le chiffre aura été fixé. Il choi-
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sira les douze directeurs spéciaux de grainage , désignés par la Société ou à son choix, les installera en Corse, en Algérie, en Suisse ou dans le nord de la France.
Il n'y a pas un jour à perdre si l'on veut que tout soit prêt pour la campagne séricicole de 1867.
Si, par défaut de publicité, cette belle expérimentation ne peut se faire en 1867, nous aurons au moins la consolation d'avoir fourni tous les éléments de l'expérimentation de 1868; mais, nous le répétons, ce retard d'un an comporte des pertes énormes et la misère toujours croissante pour 28 départements français. — Nous croyons intéresser nos lecteurs en leur donnant nos prévisions sur la récolte soyeuse de 1867. — Evidemment les mouliniers, les filateurs, les fabricants sont sous le coup de cette appréhension que la matière première, la soie, va manquer. C'est par cette appréhension qu'il faut expliquer les prix de 109 et 111 fr. le kilog. qu'ont atteint les premières marques de Brousse. Ces craintes se justifient par la diminution progressive des envois de l'étranger.
Les grandes et les moyennes magnaneries chômeront cette année pour ces motifs que les graines sont chères et incertaines, que la main-d'œuvre est rare et chère. Comme toujours, les graines de reproduction donneront peu de résultats, ayant été faites avec des races pébrinées et dans un milieu infecté. Les graines du Japon d'importation directe ne seront pas aussi abondantes que l'an passé, et leur pris moyen, qui est de 15 fr. aujourd'hui, pourrait bien monter; l'infériorité de ces graines à la filature, la facilité avec laquelle les cocons verts se tachent, la petitesse des cocons, rebuteront beaucoup d'éducateurs, et elles ne seront achetées qu'à défaut des graines ou cocons jaunes.
Nous avons reçu des lettres desquelles il résulte que les graines à cocons jaunes ont été faites dans les Hautes-Alpes, dans les Basses-Alpes, dans le Cher, le Lot, dans la Haute-Marne, dans l'Isère. M. Grand, de la Terrasse (Isère), nous a e.xposé sa manière de procéder qui se rapproche beaucoup de nos petites éducations, dont il a saisi et compris l'utilité et la nécessité depuis longtemps. Nous avons vu chez M. Dufètre, de la Sone, des cocons jaunes très-beaux, provenant de la graine de M. Grand. Ne connaissant pas le signe de la longévité, tous ces éJucateurG ne peuv^tpas cette année, comme l'au prochain, s'assurer de la bonté de leurs graines, et pourtant c'est dans toutes ces petites éducations restreintes que nous devous placer nos meilleures espérances pour 1867. Nous devons tenir compte dans nos prévisions de l'infection corpusculeuse et miasmatique, à laquelle il faut ajouter les éventualités de la saison.
La conclusion à tirer de tous ces faits c'est que la récolte de 1867 sera une ir'espetile récolte.
Autant la question de la graine est urgente et nécessaire, autant la question de la magaanerie hygiénique , industrielle et mobile doit paraître et paraît inopportune aux éducateurs, qui n'ont plus qu'une pensée, réduire leurs éducations et arracher leur mûriers. Mais au point de vue élevé de la science, la queSlion de la magnanerie prend une importance capitale, par ce fait que, le problème delà graine étant résolu, si le problème de la magnanerie hygiénique l'est aussi, nonseulement l'industrie séricicole se relève, mais nous arrivons à ce but ardemment cherché de produire la soie à bon marché, la suie usuelle, la soie pour tous ; outre ce résultat grandiose, la magnanerie hygiénique touche à la médecine par la question de l'hygiène générale, qui est le grand côté de la médecine, et à la réforme des hôpitaux, que tous les médecins désirent, et dont la Société do chirurgie a jeté les bases par une discussion mémorable.
Il nous est donc impossible, en ce moment et à cette place, de donner à la question de la magnanerie hygiénique, industrielle et mobile, tous les développements qu'elle comporte ; mais nos lecteurs peuvent prendre date de notre promesse, et, dès que nous aurons organisé pour la sériciculture la production des graines pures et à bon marché, nous rentrerons dans notre rôle de médecin, et nous mettrons en