L.V RÉFORME SÉRIGICOLE
lu:ïiière ce fait clair et évident pour nous aujourd'hui, savoir que Dieu, en nous donnant la soie, nous a obligés à la recherche des conditions hygiéniques de la magnanerie, et qu'en résolvant ce problème nous aurons du même coup et par surcroît résolu tous les problèmes hj'giéniques qui se rattachent au tectum humain, ce qui sera la confirmation évidente de notre devise : Dcus maxiinus in minimis.
Félix Achard, Docteur en médecine k Sainl-Marcellin (Isère) .
La culture eut d'abord sans doute pour but de pourvoir aux besoins immédiats de l'homme. Elle est chargée aujourd'hui de satisfaire aux insatiables marchés de cités auprès desquelles Babylone ou l'ancienne Rome ne sont rien. Cette exportation vers la ville ne peut avoir lieu que d'un pays fertile où la population est faible relativement à l'étendue du territoire ; si une culture spoliatrice enlève à la terre les éléments de sa ftrlililé, l'agricuheur, découragé par ses rendements, émigré. Un peuple naît, se développe en raison de la fertilité du sol, et disparaît, dit Liebig, quand celui-ci est épuisé. Les trésors intellectuels, seuls fruits de l'éducation et de la civilisation, ne disparaissent pas, mais se déplacent.
Le sol de l'Europe est, suivant l'illustre chimiste allemand, mal cultivé; en général, on ne lui rend pas, depuis des siècles, ce qu'on lui enlève tous les ans. Si, même, la culture est portée dans certains endroits à un degré relatif de perfection, celle-ci est due, la plupart du temps, au voisinage des villes et à l'opulence ancienne de pays enrichis par le commerce, où la propriété territoriale était la moindre pjarlie de la fortune de ses possesseurs, qui s'y attachaient comme à un objet de lu.xe, situation qui survit quelquefois à l'anéantissement du commerce lui-même.
Nous ne nous arrêterons à des prédictions qui ont pu paraître des attaques contre l'avenir de l'humanité, que pour constater qu'elles peuvent trouver fondement dans des méthodes générales de culture qui s'opposent à l'entière réintégration dans le sol des éléments fertilisateurs, par la perte presque complète des principes fixes des récoltes exportées.
La Providence, disent les opposants d'une théorie aussi magistrale, a mis sous la main de chaque cultivateur le trésor caché du vieillard de la Fontaine. Travaillez, prenez de la peine, et la terre vous rendra les éléments nécessaires à des fumures qui entretiendront une fertilité éternelle. Mais Liebig n'a dit nulle part qu'on dût abandonner le plus complet des engrais, le fumier; il n'a pas dit non plus que celui produit par un hectare de terre dût suffire à entretenir éternellement la productivité du sol, ce qui équivaudrait à dire que la matière se reproduit d'elle-même.
Dieu a laissé à l'homme le soin d'améliorer son sort. Gomment ne lui aurait-il pas permis de modifier les conditions d'un sol épuisé ou ingrat, en empruntant le carbone, le phosphore aux réservoirs naturels et à ces vastes gisements géologiques qu'il a répandus sur la terre pour les besoins de l'industrie et de l'agriculture? Nos pères aussi gémirent de l'emploi du charbon fossile; c'en était fait, disaient-ils, de la valeur de leurs bois qui, au contraire, a doublé. Empêcherez-vous d'emprunter aux terrains qui en surabondent, les carbonates, les phosphates, etc.? iVIais, justement, vous doublerez, triplerez peut-être leur valeur, comme cela arrive pour les terres qui recèlent les phosphates fossiles. Voudrez- vous que, par privilège, l'habitant du littoral demeure en possession des éléments de fertilisation que présen:c le monde de la mer et de ceux enlevés au sol par les cours d'eau qui vont s'engloutir dans son sein?
L'homme semble toujours à la recherche d'un remède souverain, et l'on s'imaginait, avant 1840, que l'humus était le seul élément de la production. L'agriculteur qui savait produire le plus d'humus était le plus capable. On reconnaissait cependant la nécessité de fumer les terres, et on avait, malgré soi, l'idée de la restitution; mais on crut que, par l'emploi des fumiers, les récoltes ne feraient jamais défaut au cultivateur intelligent.